Actualités locales
un prêtre brise le silence et défie la hiérarchie catholique

Une intervention publique du père Francis Sama Muma, prêtre catholique camerounais installé aux États-Unis, a relancé le débat sur le rôle de l’Église catholique face à la crise politique et sociale qui s’aggrave au Cameroun.
Dans une réflexion incisive, le père Muma s’interroge sur la capacité de la hiérarchie catholique du pays à prêcher l’Évangile avec crédibilité tout en se distanciant de ce qu’il qualifie d’injustice généralisée.
Ses propos font suite à un message récent de l’archevêque Andrew Nkea, président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (NECC), qui exhortait les Camerounais à « assumer leurs responsabilités civiques » tout en permettant aux évêques de se concentrer sur la prédication de l’Évangile.
« Ce message m’a consterné », écrit le père Muma. « Je me demande vraiment quel Évangile nous, le clergé, sommes appelés à prêcher, un Évangile qui n’aborde pas de front les injustices de notre société. »
Un Évangile qui dénonce l’injustice
Au cœur de la réflexion du père Muma La critique de Muma porte sur l’idée qu’une Église « apolitique » risque de devenir passive face à la souffrance. Il réfute la notion selon laquelle la distance politique exonère les responsables ecclésiastiques de toute responsabilité face aux abus de pouvoir.
« Le Conseil national de l’Église épiscopale (NECC) n’a pas besoin de devenir un parti politique pour s’attaquer directement aux maux de notre société », a-t-il affirmé, ajoutant : « Je ne crois pas que la position apolitique de l’Église soit synonyme de neutralité ou de passivité. »
Il s’est interrogé sur la réelle liberté des Camerounais d’exercer leur responsabilité civique lorsque les résultats semblent prédéterminés par ce qu’il a appelé « les hautes sphères du pouvoir camerounais ».
Regard vers l’extérieur
Pour appuyer son propos, le père Muma a cité des exemples hors du Cameroun où de hauts responsables ecclésiastiques se sont élevés avec force contre l’injustice. Il a notamment cité le pape Léon XIV, louant le pontife pour avoir « dénoncé avec force, précision et en public les excès du gouvernement des États-Unis, en particulier à l’égard des minorités et des opprimés ».
Il a également évoqué l’archevêque Edward Weisenburger, qui a publiquement condamné le massacre de civils à Gaza et a même invité un évêque local à collecter des fonds dans son archidiocèse. Selon le père Muma, de telles actions comportent des risques personnels et politiques réels. « Une telle position, dans le contexte politique actuel, peut valoir à quelqu’un d’être qualifié d’antisémite et même d’être emprisonné », a-t-il souligné. « Il connaissait les risques… mais il l’a fait malgré tout. »
Pour le père Muma, ces exemples soulèvent une question délicate pour les évêques camerounais : « Je me demande si notre Saint-Père et l’archevêque Weisenburger agissent à l’encontre du magistère qui appelle à l’apolitisme de l’Église ? »
Un rôle historique, une attente actuelle
Le père Muma a également évoqué l’histoire récente de l’Afrique, demandant si les évêques catholiques de la République démocratique du Congo avaient déjà été sanctionnés pour leur prise de position en faveur des élections. Il en déduit, selon lui, que la clarté morale exige depuis longtemps l’engagement, et non le retrait.
« Historiquement, l’Église catholique a été et demeure une voix puissante pour les sans-voix dans de nombreuses régions du monde », a-t-il écrit. « Le Cameroun ne saurait faire exception. »
Tout en reconnaissant que le clergé n’est pas autorisé à faire campagne pour des candidats politiques, il a souligné que l’enseignement de l’Église établit une distinction claire entre engagement politique et témoignage moral. Citant le Catéchisme de l’Église catholique, il a rappelé aux lecteurs que le clergé « a l’obligation d’enseigner la vérité morale aux puissants ». Il a également fait référence à Gaudium et Spes, le document du Concile Vatican II qui affirme que l’Église « ne peut rester indifférente à la dimension morale de la vie publique ».
Un appel entendu ou ignoré ?
L’intervention du père Muma reflète la frustration croissante des Camerounais qui, selon lui, « en ont assez des belles paroles sans actes ». À son avis, de nombreux citoyens se sentent impuissants, ce qui fait de l’Église l’une des rares institutions encore capables de former les consciences et d’exiger des comptes.
Reste à voir si le Conseil national des Églises catholiques (NECC) réagira. Mais le défi a été lancé publiquement et sans équivoque : en temps de crise nationale, le silence – ou la distance – peut constituer un choix moral.
Le père Muma a conclu son message sur une note d’espoir, adressant ses vœux de Nouvel An « pour la justice et la paix », tout en appelant les responsables de l’Église à se demander quel type d’Évangile le Cameroun a besoin aujourd’hui : un Évangile prêché uniquement en chaire, ou un Évangile qui interpelle directement les puissants.
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Actualités locales
Célestin Bedzigui dénonce une atteinte grave à la démocratie au Cameroun

Le président du Parti de l’Alliance libérale (PAL), Célestin Bedzigui, critique vivement la suspension pour trois mois du Front du salut national du Cameroun (FSNC). Dans une tribune, le maire de Monatélé y voit un recul démocratique et conteste la légalité de la mesure prise par le ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Il appelle le président Paul Biya à faire rapporter la décision.
La suspension des activités du Front du salut national du Cameroun (FSNC) continue de susciter des réactions dans la classe politique. Dans une tribune intitulée « L’interdiction du FSNC : un crime grave contre la démocratie qui pèsera lourd dans le jugement de l’Histoire », Célestin Bedzigui, président du Parti de l’Alliance libérale (PAL) et maire de Monatélé, condamne la mesure annoncée par le ministère de l’Administration territoriale.
Le responsable politique considère cette suspension de trois mois comme une atteinte majeure au pluralisme politique. Selon lui, la décision dépasse le cadre d’une simple mesure administrative et constitue un signal préoccupant pour l’avenir de la démocratie camerounaise.
Célestin Bedzigui estime notamment que la suspension d’un parti ayant participé à l’élection présidentielle et disposant de représentants et de militants dans le pays revient à restreindre l’expression politique de ses sympathisants.
Lire la tribune de Célestin Bedzigui :
L’interdiction du FSNC : un crime grave contre la démocratie qui pèsera lourd dans le jugement de l’Histoire
L’interdiction pendant 3 mois du parti politique Front du Salut National du Cameroun (FSNC) est un crime grave contre la démocratie et pèsera lourdement en négatif dans le jugement que l’histoire rendra sur le bilan des années du Renouveau dans le domaine de la démocratie.
Ce n’est pas une simple décision administrative. Ce n’est pas un incident de parcours. C’est un acte fondateur d’une régression autoritaire assumée, un aveu d’échec et un tournant historique dont les conséquences dépasseront de loin les trois mois de suspension annoncés.
Sur le plan politique : le retour honteux à l’ère coloniale et le naufrage moral
Il faut mesurer la gravité symbolique de ce qui vient de se passer. Sur le plan politique, cet acte nous ramène au temps le plus sombre de notre histoire, au temps où le pouvoir colonial interdisait l’UPC.
En 1955, l’administration française, par arrêté, dissout l’Union des Populations du Cameroun. Pourquoi ? Parce que l’UPC portait la parole du peuple camerounais en quête de son indépendance véritable. Parce qu’elle demandait la réunification et l’indépendance immédiate. Le pouvoir colonial ne pouvait tolérer une opinion adverse qui contestait sa légitimité. Il a donc interdit.
L’histoire a jugé. Aujourd’hui, qui se souvient des noms de l’ administrateur colonial qui a signé l’interdiction de l’UPC ? Personne. En revanche, le peuple camerounais a fait de Ruben Um Nyobé un héros national. L’UPC, interdite, est devenue immortelle.
Qu’aujourd’hui, en 2026, sous un régime qui se prétend républicain, le Ministère de l’Administration Territoriale prenne une mesure identique contre le FSNC, c’est un pur naufrage de la morale républicaine. Que le Président de la République laisse que se dise, que se chuchote, que se crie dans les chaumières et sur les réseaux sociaux une similitude entre ce que faisait le colon et ce qui est fait aujourd’hui, dans le dessein identique de brider une opinion adverse, est une faute historique impardonnable.
C’est le reniement de tout ce que le 6 novembre 1982 était censé incarner. Le Président Biya est arrivé au pouvoir en promettant la rigueur et la moralisation, puis en 1990, en ouvrant le multipartisme. Il a suscité une espérance immense. Des millions de Camerounais ont cru que la page de l’autoritarisme à parti unique était tournée. Cette interdiction du FSNC est la preuve administrée que nous sommes revenus à la case départ, mais en pire. Car même le parti unique de 1966 à 1990 n’interdisait pas formellement l’opposition puisqu’elle n’existait pas légalement. Aujourd’hui, on crée une opposition légale pour mieux l’interdire légalement. C’est le cynisme à son paroxysme.
Le FSNC n’est pas un parti anodin. C’est un parti qui a participé à la dernière élection présidentielle, qui a des élus, des maires, des militants sur tout le territoire. L’interdire, c’est dire à ses 300 000 électeurs : votre vote ne compte pas, votre opinion est illégale pendant trois mois. C’est une privation collective des droits civiques. C’est un crime contre la démocratie, car la démocratie n’est pas seulement le droit de voter pour le parti au pouvoir, c’est le droit d’exister politiquement contre le pouvoir.
Sur le plan du droit : l’ensauvagement et l’ignorance des fondamentaux
Sur le plan du droit, cette décision est une monstruosité juridique qui constitue un recul intolérable de la gouvernance.
Rappelons les principes élémentaires que tout étudiant en première année de droit apprend. Au Cameroun, la liberté de création et d’activité des partis politiques est garantie par la Constitution et encadrée par la loi n°90/056 du 19 décembre 1990. L’article 4 de cette loi est clair : un parti politique ne peut être dissous ou suspendu que par décision de justice.
Pourquoi le législateur a-t-il voulu cela ? Précisément pour éviter l’arbitraire administratif. Pour éviter qu’un ministre, qui est un militant du RDPC, ne puisse interdire un parti adverse à la veille d’échéances cruciales. Le législateur a voulu que seule une autorité impartiale, le juge, puisse porter une atteinte aussi grave à une liberté fondamentale.
Les arguments évoqués dans le communiqué du MINAT pour justifier la suspension du FSNC sont de nature judiciaire : « atteinte à la sûreté de l’État », « discours haineux », « incitation à la rébellion ». Fort bien. Si ces faits sont avérés, qu’on saisisse le procureur de la République, qu’on ouvre une information judiciaire, qu’on présente des preuves devant un tribunal contradictoire où le FSNC pourra se défendre avec ses avocats.
C’est le B.A.-BA de l’État de droit.
Le seul cas où une intervention de l’autorité administrative pourrait s’en prévaloir sans jugement préalable serait un cas de flagrant délit, de trouble grave et immédiat à l’ordre public nécessitant une mesure conservatoire de quelques heures, le temps que le juge se prononce.
La jurisprudence administrative est constante là-dessus.
Or, nous sommes à une année après l’élection présidentielle d’octobre 2025. Le Président du FSNC Issa Tchiroma Bakary n’est pas en garde à vue. Autant que le sait l’opinion publique, il n’est pas pris dans les entraves de poursuites judiciaires. Il n’y a pas de flagrant délit.
Que le Ministère de l’Administration Territoriale prenne une mesure de suspension de 3 mois des activités politiques d’un parti, sans jugement, sans débat contradictoire, relève donc d’un ensauvagement et d’une ignorance des fondamentaux du droit. C’est le retour de l’administrateur colonial qui gouvernait par arrêté. C’est la négation de la séparation des pouvoirs.
Un ministre de l’Administration, par définition, administre le territoire, il n’administre pas les opinions. Il n’a pas compétence pour juger si une opinion est bonne ou mauvaise, dangereuse ou non. Seul le juge en a la compétence.
En agissant ainsi, le MINAT crée un précédent mortel pour tous les partis, y compris ceux du pouvoir. Car demain, un autre ministre pourra interdire le RDPC pour les mêmes motifs fallacieux. Quand on ouvre la boîte de Pandore de l’arbitraire, on ne sait jamais qui y entrera ensuite.
Le jugement de l’Histoire : Jusqu’à quand ?
Et comme hier Cicéron interpellant Catilina, le conspirateur qui voulait détruire la République romaine, dans sa célèbre première Catilinaire : « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » – Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? – je me résous à demander au Président de la République : Jusqu’à quand laisserez-vous notre pays sombrer dans les abysses de l’inacceptable ?
Jusqu’où l’iniquité et l’incompétence détruiront-elles le visage de l’espérance que votre parole a suscité il y a 35 ans, en 1990, quand vous avez semblé ouvrir la porte de la démocratie au Cameroun ? J’ en étais. Des millions de jeunes vous ont cru. Ils ont cru que la liberté était irréversible.
Pensez-vous au jugement de l’Histoire, Monsieur le Président ?
L’Histoire ne retiendra pas le nombre de kilomètres de route bitumée, ni le nombre de stades construits. L’Histoire jugera un bilan à une seule aune : avez-vous laissé un Cameroun plus libre ou plus asservi que celui que vous avez trouvé en 1982 ?
L’interdiction de l’UPC a sali à jamais le bilan de la colonisation française au Cameroun. L’interdiction du FSNC pourra salira à jamais le bilan des années Biya.
Il est encore temps de reculer. Il est encore temps pour le Chef de l’État de demander au MINAT de rapporter son arrêté illégal. Ce serait un acte de grandeur. Ce serait la preuve que la République est plus forte que les réflexes autoritaires d’une administration aux abois.
Trois mois d’interdiction, c’est trois mois de trop. Mais dans la mémoire collective, ce sera une éternité. Car le peuple camerounais n’oublie jamais quand on lui interdit de penser. Il a pardonné beaucoup, mais il n’a jamais pardonné qu’on lui interdise d’espérer.
Un parti politique interdit aujourd’hui, c’est la démocratie camerounaise tout entière qui est mise en détention préventive. Et une démocratie en détention, c’est un peuple en prison.
Par Célestin Bedzigui
Maire A1 de Monatélé
Président du Parti de l’Alliance Libérale (PAL)
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