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le Congrès américain dénonce une “fraude massive” au Cameroun et en Tanzanie
De hauts responsables du Congrès américain ont fermement condamné ce qu’ils qualifient d’élections frauduleuses au Cameroun et en Tanzanie, accusant les deux gouvernements de violence, de répression et de manque de transparence.
Cependant, l’administration Trump est restée silencieuse, une décision qui, selon beaucoup, témoigne du désintérêt de Washington pour la défense de la démocratie en Afrique.
En 2018, les États-Unis avaient rapidement exprimé leurs inquiétudes concernant les irrégularités lors des élections au Cameroun. « Ces irrégularités n’ont peut-être pas affecté le résultat, mais elles ont donné l’impression que l’élection n’était ni crédible ni véritablement libre et équitable », avait déclaré à l’époque l’ancienne porte-parole du département d’État, Heather Nauert.
Sept ans plus tard, aucune réaction officielle n’a été enregistrée après la proclamation de la victoire de Paul Biya, aujourd’hui âgé de 92 ans, pour un huitième mandat controversé. Le scrutin a été marqué par des violences, des intimidations et des meurtres lors des manifestations post-électorales.
En Tanzanie, la présidente Samia Suluhu Hassan a également obtenu un nouveau mandat après des élections qui ont fait plusieurs morts. Pourtant, les ambassades américaines dans les deux pays se sont contentées d’émettre des avertissements de sécurité au lieu de se prononcer sur la crédibilité des scrutins.
Face au silence du gouvernement américain, les parlementaires du Congrès, tant républicains que démocrates, ont décidé de prendre position.
« Le Cameroun n’est pas un partenaire des États-Unis et représente des risques économiques et sécuritaires pour le peuple américain », a déclaré le sénateur James Risch, président républicain de la commission des affaires étrangères du Sénat. « Il est temps de réévaluer cette relation avant que les conséquences ne s’aggravent. »
Il a accusé le régime Biya de corruption et de répression, affirmant qu’il « traque ses opposants politiques, facilite les activités illicites de Wagner et a créé les conditions propices au développement de groupes djihadistes comme Boko Haram et l’État islamique ». M. Risch s’est également inquiété de la détention illégale de citoyens américains au Cameroun.
La principale démocrate de la commission, la sénatrice Jeanne Shaheen, a concentré ses critiques sur la Tanzanie. « Le parti au pouvoir en Tanzanie a mis en danger la sécurité de ses citoyens et des touristes dans le pays », a-t-elle déclaré. « Après ces élections frauduleuses, la relation entre les États-Unis et la Tanzanie doit être réexaminée. »
À la Chambre des représentants des États-Unis, les législateurs ont également exprimé leur inquiétude face à la situation au Cameroun.
« Le partenariat de longue date entre les États-Unis et le Cameroun est fondé sur des valeurs communes, notamment le respect de la démocratie et des droits humains », a déclaré le représentant Jonathan Jackson.
« Je suis préoccupé par les informations faisant état de libertés politiques restreintes, de restrictions imposées à la société civile et aux médias, et de la privation du droit de vote dans les régions touchées par le conflit. »
Une autre membre, la représentante Sheila Cherfilus-McCormick, a condamné les meurtres et les arrestations de manifestants. « La violence n’a pas sa place en démocratie », a-t-elle déclaré. « Le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’expression sont fondamentaux et doivent être protégés. »
Changement de politique américaine sous l’administration Trump
Le silence de l’administration Trump s’inscrit dans un changement plus large de sa politique étrangère. Selon certaines informations, le secrétaire d’État Marco Rubio aurait affaibli le département chargé de la démocratie et des droits humains, en demandant aux diplomates de ne pas se prononcer sur l’équité ou la légitimité des élections.
Le défenseur des droits humains Jeffrey Smith, de Vanguard Africa, a averti que cette approche « encouragera davantage Biya et d’autres autocrates de la région ».
« C’est un moment critique pour la trajectoire démocratique de l’Afrique », a-t-il déclaré. « Le silence du Département d’État américain est dangereux. »
Les analystes estiment que le silence de Washington pourrait encourager l’autoritarisme en Afrique. Pour le Cameroun, cela soulève des questions quant à savoir si les États-Unis défendent toujours les valeurs démocratiques qu’ils ont autrefois défendues.
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Or Camerounais : l’Ouganda déclare 150,5 milliards de FCFA importés en 2024, après un flux non retracé de 43,4 milliards en 2023

(Investir au Cameroun) – L’Ouganda a déclaré avoir importé du Cameroun 3 175 kg d’or non monétaire sous forme brute en 2024, pour une valeur de 248,18 millions de dollars, soit environ 150,5 milliards de FCFA. Selon les données de WITS, tirées d’UN Comtrade, le Cameroun était cette année-là le sixième pays d’origine déclaré de l’or brut importé par l’Ouganda, derrière la Tanzanie, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mali et le Mozambique.
Ces flux prolongent une situation déjà observable en 2023. Kampala avait alors déclaré 1 117 kg d’or brut provenant du Cameroun pour 71,61 millions de dollars, soit environ 43,4 milliards de FCFA. Or aucune exportation camerounaise de ce produit vers l’Ouganda n’apparaît dans les données WITS pour cette année-là. Le Cameroun y déclarait 674 910 dollars d’exportations mondiales sous le code 710812, dirigées vers les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis.
Les stocks déclarés par Kampala dépassent la production semi-mécanisée enregistrée
Le volume attribué au Cameroun par l’Ouganda en 2023 dépasse même la production d’or issue de l’exploitation artisanale semi-mécanisée officiellement retracée cette année-là. Le rapport ITIE 2023, sur la base des déclarations de la Sonamines, chiffre cette production à 952,77 kg, contre 859,92 kg en 2022.
Les 1 117 kg déclarés par Kampala sont donc supérieurs de 164,2 kg, soit 17,2 %, à cette production enregistrée. Cette comparaison a toutefois une limite importante : les 952,77 kg ne correspondent pas à l’ensemble de la production aurifère susceptible d’avoir circulé au Cameroun. Ils représentent la production de l’exploitation artisanale semi-mécanisée retracée par la Sonamines. Le rapport indique par ailleurs qu’aucune production industrielle d’or n’a été déclarée au MINMIDT en 2023.
L’écart statistique avec l’Ouganda s’est amplifié en 2024. Entre les deux années, la valeur des importations ougandaises déclarées d’origine camerounaise a augmenté de 246,6 %, tandis que leur volume progressait de 184,2 %. En 2024, le Cameroun représentait ainsi 6,9 % des 46 197 kg d’or brut importés par l’Ouganda et 7,6 % de leur valeur totale de 3,27 milliards de dollars.
15,2 tonnes dans les statistiques miroir, contre 22,31 kg recensés par la DGD
Le cas ougandais s’inscrit dans une asymétrie plus large déjà relevée par le rapport ITIE 2023. La Direction générale des Douanes y fait état de 22,31 kg d’or exportés pour 904,14 millions de FCFA. Le tableau correspondant recense des opérations vers l’Italie, les Émirats arabes unis, les États-Unis et le Portugal. L’Ouganda n’y apparaît pas.
Le même rapport confronte ces données aux statistiques miroir d’UN Comtrade. Pour 2023, les pays partenaires ont déclaré 15 194 kg, soit 15,194 tonnes, d’or du code SH 7108 attribué au Cameroun, contre 22,3 kg dans les statistiques douanières nationales. Cette comparaison porte toutefois sur des nomenclatures qui ne sont pas parfaitement identiques et ne constitue pas une réconciliation opération par opération.
Les Émirats arabes unis concentrent l’essentiel des flux enregistrés par les pays partenaires. WITS indique qu’ils ont déclaré 14 048 kg d’or brut non monétaire importés du Cameroun en 2023, pour 879,72 millions de dollars. L’Ouganda arrive ensuite avec 1 117 kg pour 71,61 millions de dollars.
Les données transactionnelles de Volza apportent un autre élément. Au 15 septembre 2026, la plateforme recensait 128 expéditions sous le code 71081200000 entre le Cameroun et l’Ouganda, associées à 67 fournisseurs camerounais et cinq acheteurs ougandais. Volza est toutefois une base commerciale privée et non une statistique douanière officielle.
L’extrait de 70 lignes analysé par Investir au Cameroun ne couvre qu’une partie de cette base. Soixante lignes ont l’Ouganda pour destination et totalisent 2,043 tonnes selon les quantités renseignées. Plusieurs enregistrements présentent des unités ou des champs nécessitant une vérification. Ce total ne peut donc être assimilé à un volume annuel officiel d’exportations camerounaises.
Des écarts qui appellent une réconciliation douanière
UN Comtrade prévient que les exportations déclarées par un pays et les importations enregistrées par son partenaire peuvent différer pour plusieurs raisons : valorisation CIF des importations contre FOB des exportations, décalage entre expédition et enregistrement, transit par des pays tiers, entrepôts douaniers, classifications différentes ou règles distinctes d’attribution du pays partenaire.
Ces facteurs ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les écarts constatés entre les données camerounaises et celles déclarées par l’Ouganda ou les Émirats arabes unis. Inversement, les statistiques miroir ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’existence d’une fraude ou d’exportations clandestines.
L’ampleur et la répétition des divergences justifient néanmoins une réconciliation des données douanières. Celle-ci devrait permettre de rapprocher les opérateurs, dates, quantités, certificats d’origine, itinéraires, valeurs et caractéristiques des lots enregistrés de part et d’autre. Pour 2024, cette comparaison reste à compléter avec les données détaillées d’exportation du Cameroun.
Baudouin Enama
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