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Services postaux : le Tchad veut s’inspirer de la modernisation engagée par la Campost

(Investir au Cameroun) – Le Tchad regarde vers le Cameroun pour accélérer la modernisation de son secteur postal. En mission au Cameroun du 28 avril au 4 mai, une délégation de la Société tchadienne des postes et de l’épargne a affiché son intérêt pour l’expérience de la Cameroon Postal Services (Campost), opérateur public historique des services postaux et financiers.
À Yaoundé, les responsables tchadiens sont venus observer de près les outils sur lesquels la Campost appuie sa transformation. Selon l’entreprise camerounaise, la délégation a notamment visité le Data Center et le Centre de courrier hybride, deux infrastructures présentées comme centrales dans la modernisation de ses services.
Les échanges ont également porté sur les solutions financières numériques développées par l’opérateur public camerounais, parmi lesquelles CAMO, CAMPOSTPAY et MEI. À travers cette visite, N’Djamena cherche manifestement à identifier des leviers concrets pour relancer un secteur postal confronté, comme ailleurs dans la sous-région, aux défis de la digitalisation, de la rentabilité et de l’adaptation des services.
Reçue au ministère camerounais des Postes et Télécommunications, la délégation tchadienne a dit vouloir « s’inspirer des expériences réussies de la sous-région afin d’impulser une nouvelle ère de performance, de compétitivité et de modernisation du secteur postal tchadien ».
Lors des discussions avec la minister Minette Libom Li Likeng, les deux parties ont abordé plusieurs chantiers : la modernisation des infrastructures postales, l’amélioration des services financiers postaux, mais aussi le partage d’expériences en matière de gouvernance, d’innovation et de digitalisation. L’information a été rapportée par le ministère tchadien des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation de l’administration.
Pour les autorités tchadiennes, cette mission est présentée comme stratégique. Le secteur postal est en effet envisagé comme un outil de développement économique, d’inclusion financière et de connectivité nationale. En se tournant vers la Campost, le Tchad mise ainsi sur un retour d’expérience régional plutôt que sur des modèles importés de l’extérieur.
Reste toutefois une question de fond : au-delà de la visite d’étude et des déclarations d’intention, quelles solutions du modèle camerounais pourront réellement être adaptées au marché tchadien, et à quel rythme ? C’est sur ce terrain, celui de la mise en œuvre, que se mesurera la portée réelle de ce rapprochement entre les deux opérateurs postaux.
Ludovic Amara
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Expertise économique : la CEMAC au test du nouveau réseau africain des économistes en chef

(Investir au Cameroun) – La CEMAC dispose déjà d’une banque centrale commune, d’un mécanisme de surveillance multilatérale et de cadres de concertation. Le Réseau africain des économistes en chef, lancé le 12 juillet 2026 à Abidjan, ne lui sera utile que s’il accélère la circulation des analyses et leur traduction en décisions coordonnées.
La Banque africaine de développement (BAD), avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a lancé cette plateforme, aussi appelée African Chief Economists Network ou ACE-Network, à l’issue de la Conférence économique africaine 2026. Organisée du 10 au 12 juillet par la BAD, le PNUD et l’OCDE, la rencontre portait sur l’influence géopolitique de l’Afrique et sa résilience commerciale.
Le réseau doit réunir des économistes en chef d’institutions de développement, des responsables de banques centrales et de trésors nationaux, des conseillers de chefs d’État, des représentants des communautés économiques régionales, des universitaires, des think tanks et des économistes du secteur privé. Pour la CEMAC, il pourrait coordonner les diagnostics et porter les priorités de l’Afrique centrale. Mais le continent peine surtout à transformer les recommandations en action publique.
Un réseau de réaction rapide
L’ACE-Network n’est pas présenté comme une nouvelle organisation internationale, mais comme une plateforme souple chargée d’harmoniser le conseil économique, d’encourager des politiques innovantes et de renforcer la voix collective du continent. Il prévoit une réunion annuelle, des rencontres virtuelles trimestrielles et des sessions de réaction rapide en cas de choc majeur.
Cette fonction pourrait intéresser la CEMAC, exposée à des chocs communs : fluctuations des hydrocarbures, tensions sur les réserves de change, inflation importée, durcissement des financements, vulnérabilités budgétaires et ruptures d’approvisionnement. Le réseau permettrait de confronter ses analyses à celles d’autres banques centrales, unions monétaires et institutions africaines.
Il ne se substituera ni à la Commission de la CEMAC, chargée de la surveillance multilatérale, ni à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), responsable de la politique monétaire commune et de la gestion des réserves. Sa valeur ajoutée résidera dans la circulation des connaissances, la comparaison des politiques et la construction de positions africaines communes.
Une coordination déjà au cœur de la CEMAC
La surveillance multilatérale évalue les trajectoires économiques et financières des États, suit les critères de convergence et articule les politiques budgétaires nationales avec la politique monétaire commune. Le Rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025-2026 formule des orientations aux gouvernements. Un tableau de bord macroéconomique suit également les performances économiques, sociales et d’intégration régionale.
Mais ces instruments ne garantissent pas la convergence des décisions. La zone reste exposée à des politiques budgétaires divergentes, à la dépendance aux hydrocarbures, aux tensions sur le marché régional de la dette et à une coordination imparfaite. En 2025, le Fonds monétaire international rappelait encore la nécessité d’une stratégie régionale cohérente pour préserver les finances publiques, la stabilité financière et la position extérieure.
L’ACE-Network pourrait rapprocher les producteurs d’analyses des décideurs, réduire les doublons et accélérer les réponses communes. Encore faudra-t-il que les administrations partagent leurs données, confrontent leurs diagnostics et acceptent de discuter certaines orientations économiques.
Un intérêt pour la BEAC et le Cameroun
Pour la BEAC, la plateforme ouvrirait l’accès à un réseau continental d’expertise sur les politiques monétaires, la stabilité financière, les systèmes de paiement, la gestion des réserves, les marchés de capitaux et les chocs extérieurs. La banque centrale produit déjà des statistiques, des analyses de conjoncture, des rapports de politique monétaire, des recherches et des prévisions couvrant les six pays de la CEMAC.
Le réseau pourrait confronter ces travaux à ceux d’autres institutions et mieux faire valoir les contraintes régionales : dépendance aux matières premières, faiblesse du commerce intracommunautaire, marchés financiers peu profonds, inflation importée et difficultés de financement des infrastructures.
La participation effective de la BEAC, de la Commission de la CEMAC ou d’autres institutions de la zone n’a toutefois pas été précisée. La liste des membres et leur répartition géographique constitueront donc un premier test de crédibilité.
Pour le Cameroun, première économie de la CEMAC, l’intérêt du réseau dépendra de sa capacité à transformer la recherche en outils opérationnels. Les administrations pourraient accéder plus rapidement à des analyses comparatives sur les recettes non pétrolières, la dette, la qualité de la dépense publique, le financement des infrastructures, la politique industrielle et la mobilisation de l’épargne nationale.
Le réseau pourrait aussi aider le pays à porter ses priorités dans les débats sur la Zone de libre-échange continentale africaine, le financement climatique, la réforme des banques multilatérales de développement et la réduction du coût du capital. Il pourrait comparer les mécanismes utilisés ailleurs pour élargir l’assiette fiscale, mobiliser les fonds de pension, financer les infrastructures ou attirer des capitaux privés sans transférer l’essentiel des risques au budget de l’État.
Mais cet apport restera théorique si les travaux demeurent confinés aux réunions d’experts. Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente principale de la BAD, a fixé l’exigence : « Nous attendons de voir des résultats tangibles […] et des actions qui changent véritablement la vie des hommes et des femmes de notre continent. »
Réduire la dépendance intellectuelle
Pour Kevin Chika Urama, économiste en chef et vice-président de la BAD, le réseau doit renforcer la souveraineté intellectuelle de l’Afrique : produire davantage de diagnostics, de modèles économiques et de propositions africaines plutôt que de dépendre principalement d’analyses extérieures.
Cette ambition suppose d’investir dans les statistiques, les universités, les centres de recherche et les infrastructures de données, ces « infrastructures immatérielles » qui doivent compléter les investissements dans les routes, les ports, les transports et l’énergie.
Raymond Gilpin, économiste en chef du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, décrit le réseau comme « une force unifiée d’intellectuels africains ». Il estime qu’il sera « un véritable moteur de conception de solutions innovantes » pour atteindre les Objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Hanan Morsy, économiste en chef de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, souligne pour sa part que l’interdépendance croissante des crises rend cette coordination indispensable.
Une crédibilité encore à construire
Plus de 4 000 participants ont suivi virtuellement les trois jours de travaux, consacrés notamment à la dette, au financement du développement, aux marchés de capitaux, à la mobilisation des ressources nationales, à la politique industrielle, à l’intelligence artificielle, au climat et à l’intégration régionale.
Le réseau offre un cadre pour prolonger ces discussions. Mais sa crédibilité dépendra moins du prestige de ses membres que de ses productions et de leur utilisation réelle : secrétariat, ressources propres, recommandations, alertes économiques, études conjointes, réponse des gouvernements et mesure de l’impact.
Pour la CEMAC et le Cameroun, trois critères seront déterminants : la présence effective d’experts d’Afrique centrale dans ses instances, la production régulière de recommandations adaptées à la sous-région et l’intégration de ces analyses dans les décisions publiques.
À défaut, l’ACE-Network risquerait de rejoindre la longue liste des plateformes africaines dont les recommandations peinent à franchir les portes des administrations. Son premier test sera donc de démontrer qu’une meilleure coordination de l’expertise peut conduire à une meilleure coordination des politiques publiques.
Baudouin Enama à Abidjan
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