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Expertise économique : la CEMAC au test du nouveau réseau africain des économistes en chef

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Expertise économique : la CEMAC au test du nouveau réseau africain des économistes en chef
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(Investir au Cameroun) – La CEMAC dispose déjà d’une banque centrale commune, d’un mécanisme de surveillance multilatérale et de cadres de concertation. Le Réseau africain des économistes en chef, lancé le 12 juillet 2026 à Abidjan, ne lui sera utile que s’il accélère la circulation des analyses et leur traduction en décisions coordonnées.

La Banque africaine de développement (BAD), avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a lancé cette plateforme, aussi appelée African Chief Economists Network ou ACE-Network, à l’issue de la Conférence économique africaine 2026. Organisée du 10 au 12 juillet par la BAD, le PNUD et l’OCDE, la rencontre portait sur l’influence géopolitique de l’Afrique et sa résilience commerciale.

Le réseau doit réunir des économistes en chef d’institutions de développement, des responsables de banques centrales et de trésors nationaux, des conseillers de chefs d’État, des représentants des communautés économiques régionales, des universitaires, des think tanks et des économistes du secteur privé. Pour la CEMAC, il pourrait coordonner les diagnostics et porter les priorités de l’Afrique centrale. Mais le continent peine surtout à transformer les recommandations en action publique.

Un réseau de réaction rapide

L’ACE-Network n’est pas présenté comme une nouvelle organisation internationale, mais comme une plateforme souple chargée d’harmoniser le conseil économique, d’encourager des politiques innovantes et de renforcer la voix collective du continent. Il prévoit une réunion annuelle, des rencontres virtuelles trimestrielles et des sessions de réaction rapide en cas de choc majeur.

Cette fonction pourrait intéresser la CEMAC, exposée à des chocs communs : fluctuations des hydrocarbures, tensions sur les réserves de change, inflation importée, durcissement des financements, vulnérabilités budgétaires et ruptures d’approvisionnement. Le réseau permettrait de confronter ses analyses à celles d’autres banques centrales, unions monétaires et institutions africaines.

Il ne se substituera ni à la Commission de la CEMAC, chargée de la surveillance multilatérale, ni à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), responsable de la politique monétaire commune et de la gestion des réserves. Sa valeur ajoutée résidera dans la circulation des connaissances, la comparaison des politiques et la construction de positions africaines communes.

Une coordination déjà au cœur de la CEMAC

La surveillance multilatérale évalue les trajectoires économiques et financières des États, suit les critères de convergence et articule les politiques budgétaires nationales avec la politique monétaire commune. Le Rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025-2026 formule des orientations aux gouvernements. Un tableau de bord macroéconomique suit également les performances économiques, sociales et d’intégration régionale.

Mais ces instruments ne garantissent pas la convergence des décisions. La zone reste exposée à des politiques budgétaires divergentes, à la dépendance aux hydrocarbures, aux tensions sur le marché régional de la dette et à une coordination imparfaite. En 2025, le Fonds monétaire international rappelait encore la nécessité d’une stratégie régionale cohérente pour préserver les finances publiques, la stabilité financière et la position extérieure.

L’ACE-Network pourrait rapprocher les producteurs d’analyses des décideurs, réduire les doublons et accélérer les réponses communes. Encore faudra-t-il que les administrations partagent leurs données, confrontent leurs diagnostics et acceptent de discuter certaines orientations économiques.

Un intérêt pour la BEAC et le Cameroun

Pour la BEAC, la plateforme ouvrirait l’accès à un réseau continental d’expertise sur les politiques monétaires, la stabilité financière, les systèmes de paiement, la gestion des réserves, les marchés de capitaux et les chocs extérieurs. La banque centrale produit déjà des statistiques, des analyses de conjoncture, des rapports de politique monétaire, des recherches et des prévisions couvrant les six pays de la CEMAC.

Le réseau pourrait confronter ces travaux à ceux d’autres institutions et mieux faire valoir les contraintes régionales : dépendance aux matières premières, faiblesse du commerce intracommunautaire, marchés financiers peu profonds, inflation importée et difficultés de financement des infrastructures.

La participation effective de la BEAC, de la Commission de la CEMAC ou d’autres institutions de la zone n’a toutefois pas été précisée. La liste des membres et leur répartition géographique constitueront donc un premier test de crédibilité.

Pour le Cameroun, première économie de la CEMAC, l’intérêt du réseau dépendra de sa capacité à transformer la recherche en outils opérationnels. Les administrations pourraient accéder plus rapidement à des analyses comparatives sur les recettes non pétrolières, la dette, la qualité de la dépense publique, le financement des infrastructures, la politique industrielle et la mobilisation de l’épargne nationale.

Le réseau pourrait aussi aider le pays à porter ses priorités dans les débats sur la Zone de libre-échange continentale africaine, le financement climatique, la réforme des banques multilatérales de développement et la réduction du coût du capital. Il pourrait comparer les mécanismes utilisés ailleurs pour élargir l’assiette fiscale, mobiliser les fonds de pension, financer les infrastructures ou attirer des capitaux privés sans transférer l’essentiel des risques au budget de l’État.

Mais cet apport restera théorique si les travaux demeurent confinés aux réunions d’experts. Marie-Laure Akin-Olugbade, vice-présidente principale de la BAD, a fixé l’exigence : « Nous attendons de voir des résultats tangibles […] et des actions qui changent véritablement la vie des hommes et des femmes de notre continent. »

Réduire la dépendance intellectuelle

Pour Kevin Chika Urama, économiste en chef et vice-président de la BAD, le réseau doit renforcer la souveraineté intellectuelle de l’Afrique : produire davantage de diagnostics, de modèles économiques et de propositions africaines plutôt que de dépendre principalement d’analyses extérieures.

Cette ambition suppose d’investir dans les statistiques, les universités, les centres de recherche et les infrastructures de données, ces « infrastructures immatérielles » qui doivent compléter les investissements dans les routes, les ports, les transports et l’énergie.

Raymond Gilpin, économiste en chef du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique, décrit le réseau comme « une force unifiée d’intellectuels africains ». Il estime qu’il sera « un véritable moteur de conception de solutions innovantes » pour atteindre les Objectifs de développement durable et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Hanan Morsy, économiste en chef de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, souligne pour sa part que l’interdépendance croissante des crises rend cette coordination indispensable.

Une crédibilité encore à construire

Plus de 4 000 participants ont suivi virtuellement les trois jours de travaux, consacrés notamment à la dette, au financement du développement, aux marchés de capitaux, à la mobilisation des ressources nationales, à la politique industrielle, à l’intelligence artificielle, au climat et à l’intégration régionale.

Le réseau offre un cadre pour prolonger ces discussions. Mais sa crédibilité dépendra moins du prestige de ses membres que de ses productions et de leur utilisation réelle : secrétariat, ressources propres, recommandations, alertes économiques, études conjointes, réponse des gouvernements et mesure de l’impact.

Pour la CEMAC et le Cameroun, trois critères seront déterminants : la présence effective d’experts d’Afrique centrale dans ses instances, la production régulière de recommandations adaptées à la sous-région et l’intégration de ces analyses dans les décisions publiques.

À défaut, l’ACE-Network risquerait de rejoindre la longue liste des plateformes africaines dont les recommandations peinent à franchir les portes des administrations. Son premier test sera donc de démontrer qu’une meilleure coordination de l’expertise peut conduire à une meilleure coordination des politiques publiques.

Baudouin Enama à Abidjan

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« le peuple camerounais existe bien avant 1650, 1961 et 1972 »

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« le peuple camerounais existe bien avant 1650, 1961 et 1972 »
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Dans un éditorial consacré à l’histoire et à l’identité du Cameroun, Le Capitaine de vaisseau Serge Atonfack Guemo défend l’idée d’un peuple camerounais dont les racines socioculturelles seraient antérieures à la colonisation. Il met en garde contre les discours qui, selon lui, réduisent l’identité nationale aux héritages linguistiques et aux découpages historiques issus de la période coloniale et postcoloniale.

Atonfack Guemo prend position dans le débat sur les origines et la construction de l’identité nationale camerounaise. Dans un texte intitulé « Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1650, à 1961 et à 1972 », il appelle à reconnaître l’ancienneté des communautés et des traditions qui composent le pays.

Le chef de la Division de la Communication au ministère délégué à la présidence de la République chargé de la Défense conteste les approches qui situent la naissance du Cameroun à des dates historiques précises, notamment janvier 1960, octobre 1961 ou encore la conférence de Foumban d’avril-mai 1972. Selon lui, ces repères ne sauraient résumer l’histoire des populations qui occupaient déjà le territoire avant l’arrivée des puissances étrangères.

Dans son argumentaire, Atonfack Guemo estime que les communautés camerounaises disposaient bien avant la colonisation de leurs propres espaces de peuplement, de leurs coutumes et de leurs formes de relations sociales. Il évoque notamment les liens de voisinage, les parentés et les similitudes entre les pratiques culturelles des différentes communautés.

Lire l’éditorial de Cyril Atonfack Guemo :

Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1960, à 1961 et à 1972

Une acception communément admise présente le fondamentalisme comme étant l’ensemble des radicalités qui défendent une conception rigoriste de la religion ou de la politique, au risque d’une confrontation avec la société environnante. Le fondamentalisme renvoie ainsi à une espèce de comparaison entre un état originel et ses évolutions. Ce qui peut donner de la matière pour une discussion constructive et mutuellement enrichissante, du moins pour des personnes bien intentionnées. Sinon de prêter à polémique, le fondamentalisme devient très vite polémologique, lorsqu’il se nourrit d’intransigeance, d’affabulations et de fausses allégations.

Ainsi en est-il du fait, pour certains, d’élever des techniques administratives apprises pendant l’occupation étrangère, en éléments culturels jouissant d’une légitimité égale à celle des fondements de l’écologie sociologique héritée de nos ancêtres. Il en va de même du travestissement d’autres pans de l’histoire de notre pays, qui consiste à faire croire que cette histoire ne commencerait qu’en janvier 1960 pour les uns, en octobre 1961 pour d’autres, ou après la conférence de Foumban d’avril-mai 1972 pour une autre mouvance. Autant d’aliénantes manipulations cognitives, autant d’enivrantes élégies qui engendrent le clivage, l’ostracisme, le déracinement et, au final, la violence.

Ces discours, tout ce qu’il y a de plus inepte, finissent par transformer de paisibles jeunes gens nourrissant des rêves d’un avenir radieux au sein de la cité Cameroun en de furieux désespérés animés d’une haine viscérale de leur propre pays, car se prenant pour les descendants de chimériques héros d’autrefois, intrépides défenseurs de royaumes qui n’ont pourtant jamais existé sous nos cieux.

Mais d’une manière qui ne serait autre que délibérée, tout semble mis en œuvre pour occulter, déformer, contrefaire l’irréfragable réalité selon laquelle nos divers sites de peuplement tribaux sont antérieurs à l’arrivée du colonisateur. Nos voisinages et consanguinités, nos divers us et coutumes ancestraux, qui entre eux partagent de très nombreux points de similarité, ont depuis toujours constitué des facteurs de fraternel rapprochement, voire d’inextricable intrication entre nos tribus.

Le peuple camerounais ne saurait donc être réduit à une addition, une juxtaposition, et encore moins à une superposition de tribalités sui generis, seulement liées par une communauté de langues étrangères d’un usage purement transactionnel. Le peuple camerounais est d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriaux. L’occupation étrangère n’y aura d’ailleurs rien changé, contrairement aux malsaines intentions opportunistes qui veulent regrouper les Camerounais en fonction des langues apportées de l’extérieur, ou en rapport avec les points cardinaux. Pareille catégorisation est une source additionnelle de tracas dont on devrait résolument se passer.

Car ce qui importe avant et après tout, ce n’est ni la fidélité proclamée à tel ou tel idiome d’outre-mer, ni la tapageuse démonstration du désir de mimétisme avec tel ou tel peuple étranger. Ce qui importe avant et après tout, c’est la volonté des Camerounais de faire de cette binarité linguistique d’opportunité un précieux instrument devant servir au rapatriement des savoirs techniques et technologiques, un important atout d’attraction et de facilitation dans le contact avec d’autres peuplades de la scène planétaire. Tout en préservant, tout en pérennisant et tout en promouvant l’être et l’artefact qui fondent à la fois l’originalité et la singularité de notre personnalité. Vous parlez d’un fondamentalisme inclusif ?

Sachons rester vigilants,
Sachons rester patriotes,
Sachons aimer définitivement le Cameroun.

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