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Bauxite de Minim-Martap : A2MP veut retirer Canyon de la cote et remet en cause la rentabilité du projet

(Investir au Cameroun) – A2MP Investments, qui détient 55,56 % de Canyon Resources, veut prendre le contrôle total de la compagnie australienne, la retirer de la cote et revoir l’échelle du projet de bauxite de Minim-Martap. Dans son offre déposée le 29 juillet 2026, l’actionnaire majoritaire soutient que les hypothèses de prix, de fret et de production retenues par Canyon pourraient ne plus permettre une exploitation rentable du gisement camerounais.
Canyon Resources a confirmé avoir reçu cette offre publique d’achat non sollicitée et conditionnelle, portant sur l’ensemble des actions qu’A2MP ne détient pas encore. Le document de l’acquéreur a été publié le même jour sur la plateforme d’annonces de l’Australian Securities Exchange (ASX).
L’offre hors marché propose aux actionnaires minoritaires 0,05 dollar australien par action. Ce prix représente une décote de 42,5 % par rapport au cours de clôture de 0,087 dollar australien enregistré le 28 juillet, veille du dépôt de l’offre.
L’opération valorise les fonds propres de Canyon à environ 103 millions AUD. En ajoutant la dette nette évoquée par A2MP, la valeur d’entreprise ressortirait autour de 188 millions AUD.
A2MP devrait débourser au maximum 45,82 millions AUD pour acquérir les titres minoritaires existants. La facture pourrait atteindre 46,57 millions AUD si les options encore en circulation étaient exercées. L’acquéreur affirme disposer d’environ 127 millions de dollars américains de trésorerie pour financer l’opération.
L’offre reste conditionnée à l’obtention d’au moins 75 % du capital. Si sa participation dépasse 90 %, A2MP prévoit de procéder au rachat obligatoire des titres restants, puis de retirer Canyon Resources de l’ASX. Même en deçà de ce seuil, mais au-delà de 75 %, le groupe pourrait solliciter une radiation de la cote, sous réserve du respect des règles de la place boursière australienne.
Les dates d’ouverture et de clôture de l’offre n’étaient pas encore précisées dans le document déposé le 29 juillet.
Une prime réduite de moitié, un coût du fret presque doublé
Derrière l’opération boursière se profile une remise en cause des principaux paramètres économiques présentés par Canyon Resources dans l’étude de faisabilité définitive de Minim-Martap, publiée en septembre 2025.
Cette étude évaluait la valeur actuelle nette du projet à 835 millions de dollars américains et son taux de rentabilité interne avant impôts à 29 %. Elle reposait notamment sur une prime moyenne d’environ 11 dollars par tonne de bauxite, justifiée par la teneur élevée du minerai en alumine et sa faible concentration en silice.
A2MP estime désormais qu’une prime proche de 5 dollars par tonne sèche correspondrait davantage aux conditions du marché. Le groupe affirme appuyer cette estimation sur six mois d’échanges commerciaux avec des acheteurs potentiels.
Dans le même temps, il évalue le coût du fret au démarrage entre 32 et 36 dollars par tonne, contre 17 dollars dans l’étude de faisabilité.
À l’échelle d’une tonne, la combinaison de ces deux révisions détériorerait de 21 à 25 dollars l’équation économique présentée par Canyon : environ six dollars de prime en moins et entre 15 et 19 dollars de fret supplémentaire.
Cette comparaison ne constitue toutefois pas une nouvelle étude complète de rentabilité. A2MP ne recalcule pas l’ensemble des coûts, des volumes, des prix de vente et des investissements nécessaires au développement du projet.
L’actionnaire majoritaire estime néanmoins que les assurances, les droits à l’exportation, les frais d’échantillonnage, le carburant et certains investissements logistiques pourraient également avoir été sous-évalués.
« Le projet pourrait ne plus être viable dans sa forme actuelle et avec les financements disponibles », affirme A2MP.
Cette appréciation contraste avec les conclusions de l’étude de faisabilité, qui chiffrait les investissements globaux à 446 millions de dollars américains, dont 348 millions consacrés aux infrastructures ferroviaires. Canyon estimait alors disposer de bases raisonnables pour envisager le financement du développement, sans pour autant avoir sécurisé l’intégralité des capitaux nécessaires.
A2MP envisage une exploitation plus petite
A2MP ne se contente pas de contester certains paramètres financiers. L’actionnaire majoritaire envisage explicitement une exploitation plus petite que celle retenue dans la feuille de route de Canyon.
Si l’offre aboutit, il prévoit de réexaminer la stratégie, la situation financière, les actifs et les opérations de la compagnie. Cette revue devra notamment déterminer si Minim-Martap peut atteindre une production commerciale rentable aux prix et volumes retenus jusqu’ici.
« Le projet de Minim-Martap pourrait ne pas être rentable aux prix et volumes actuellement proposés », soutient A2MP.
Si cette analyse était confirmée par des conseils indépendants, le groupe indique qu’il pourrait renoncer à développer le projet jusqu’aux niveaux de production actuellement annoncés. Certains travaux miniers seraient poursuivis, mais la configuration, l’échelle et le calendrier de l’exploitation seraient redéfinis.
Le retrait de la cote permettrait également de supprimer les coûts liés au maintien de Canyon sur l’ASX et de l’intégrer plus étroitement à la stratégie minière africaine d’A2MP.
Le groupe affirme vouloir développer au Cameroun une chaîne allant de l’extraction de la bauxite à la production d’alumine et d’aluminium. Son document ne précise toutefois ni les capacités envisagées, ni le coût des installations de transformation, ni leur calendrier de réalisation.
La première expédition repoussée au quatrième trimestre
Cette réévaluation intervient alors que le calendrier de Minim-Martap a déjà glissé. Initialement annoncée pour le premier semestre 2026, la première expédition de bauxite est désormais attendue au quatrième trimestre.
Canyon indiquait encore, le 26 juin, que les sept locomotives prévues pour la première phase avaient été livrées. Associées à 160 wagons, elles doivent permettre de transporter environ 35 000 tonnes humides de minerai par mois.
Pour porter cette capacité à 105 000 tonnes mensuelles dès le troisième trimestre 2027, la compagnie estime devoir mobiliser 160 millions de dollars américains supplémentaires. Ces ressources financeraient l’acquisition de 15 locomotives, de 400 wagons additionnels et le renforcement du réseau ferroviaire.
Sans ce financement, la capacité resterait limitée à environ 35 000 tonnes par mois. À titre purement arithmétique, une cadence constante de ce niveau correspondrait à environ 420 000 tonnes par an, hors interruptions, montée en puissance ou contraintes opérationnelles.
Ce volume demeure très inférieur au premier palier de 1,2 million de tonnes par an retenu dans l’étude de faisabilité.
Pour le Cameroun, une réduction de l’échelle du projet modifierait les perspectives de recettes minières, de trafic ferroviaire et d’activité portuaire associées à Minim-Martap. Cette hypothèse ne constitue toutefois pas encore une décision industrielle. Elle correspond au scénario avancé par A2MP pour justifier son offre et la décote proposée aux actionnaires minoritaires.
Canyon demande aux actionnaires de ne pas agir
Canyon Resources n’a pas encore répondu sur le fond aux critiques formulées par A2MP contre les hypothèses économiques de Minim-Martap.
Dans son communiqué du 29 juillet, la compagnie indique que son conseil d’administration examine la déclaration d’offre et prépare sa recommandation officielle. Il demande aux actionnaires de ne prendre aucune décision concernant l’offre ni les documents transmis par A2MP avant la publication duTarget’s Statement, qui présentera la position formelle de Canyon.
Cette réponse devra notamment être accompagnée d’une expertise indépendante sur le caractère équitable et raisonnable du prix proposé.
La réponse de Canyon devra donc aller au-delà de la défense du prix de son action. Elle devra convaincre les investisseurs que les hypothèses de l’étude de faisabilité de septembre 2025 restent valables malgré le renchérissement du fret, la baisse de la prime commerciale envisagée et les besoins de financement supplémentaires.
L’offre ouvre ainsi une confrontation entre deux scénarios industriels : celui d’un développement progressif vers plusieurs millions de tonnes défendu jusqu’ici par Canyon, et celui d’un projet redimensionné, contrôlé hors cote et intégré à la stratégie africaine d’A2MP.
Baudouin Enama
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Or Camerounais : l’Ouganda déclare 150,5 milliards de FCFA importés en 2024, après un flux non retracé de 43,4 milliards en 2023

(Investir au Cameroun) – L’Ouganda a déclaré avoir importé du Cameroun 3 175 kg d’or non monétaire sous forme brute en 2024, pour une valeur de 248,18 millions de dollars, soit environ 150,5 milliards de FCFA. Selon les données de WITS, tirées d’UN Comtrade, le Cameroun était cette année-là le sixième pays d’origine déclaré de l’or brut importé par l’Ouganda, derrière la Tanzanie, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mali et le Mozambique.
Ces flux prolongent une situation déjà observable en 2023. Kampala avait alors déclaré 1 117 kg d’or brut provenant du Cameroun pour 71,61 millions de dollars, soit environ 43,4 milliards de FCFA. Or aucune exportation camerounaise de ce produit vers l’Ouganda n’apparaît dans les données WITS pour cette année-là. Le Cameroun y déclarait 674 910 dollars d’exportations mondiales sous le code 710812, dirigées vers les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis.
Les stocks déclarés par Kampala dépassent la production semi-mécanisée enregistrée
Le volume attribué au Cameroun par l’Ouganda en 2023 dépasse même la production d’or issue de l’exploitation artisanale semi-mécanisée officiellement retracée cette année-là. Le rapport ITIE 2023, sur la base des déclarations de la Sonamines, chiffre cette production à 952,77 kg, contre 859,92 kg en 2022.
Les 1 117 kg déclarés par Kampala sont donc supérieurs de 164,2 kg, soit 17,2 %, à cette production enregistrée. Cette comparaison a toutefois une limite importante : les 952,77 kg ne correspondent pas à l’ensemble de la production aurifère susceptible d’avoir circulé au Cameroun. Ils représentent la production de l’exploitation artisanale semi-mécanisée retracée par la Sonamines. Le rapport indique par ailleurs qu’aucune production industrielle d’or n’a été déclarée au MINMIDT en 2023.
L’écart statistique avec l’Ouganda s’est amplifié en 2024. Entre les deux années, la valeur des importations ougandaises déclarées d’origine camerounaise a augmenté de 246,6 %, tandis que leur volume progressait de 184,2 %. En 2024, le Cameroun représentait ainsi 6,9 % des 46 197 kg d’or brut importés par l’Ouganda et 7,6 % de leur valeur totale de 3,27 milliards de dollars.
15,2 tonnes dans les statistiques miroir, contre 22,31 kg recensés par la DGD
Le cas ougandais s’inscrit dans une asymétrie plus large déjà relevée par le rapport ITIE 2023. La Direction générale des Douanes y fait état de 22,31 kg d’or exportés pour 904,14 millions de FCFA. Le tableau correspondant recense des opérations vers l’Italie, les Émirats arabes unis, les États-Unis et le Portugal. L’Ouganda n’y apparaît pas.
Le même rapport confronte ces données aux statistiques miroir d’UN Comtrade. Pour 2023, les pays partenaires ont déclaré 15 194 kg, soit 15,194 tonnes, d’or du code SH 7108 attribué au Cameroun, contre 22,3 kg dans les statistiques douanières nationales. Cette comparaison porte toutefois sur des nomenclatures qui ne sont pas parfaitement identiques et ne constitue pas une réconciliation opération par opération.
Les Émirats arabes unis concentrent l’essentiel des flux enregistrés par les pays partenaires. WITS indique qu’ils ont déclaré 14 048 kg d’or brut non monétaire importés du Cameroun en 2023, pour 879,72 millions de dollars. L’Ouganda arrive ensuite avec 1 117 kg pour 71,61 millions de dollars.
Les données transactionnelles de Volza apportent un autre élément. Au 15 septembre 2026, la plateforme recensait 128 expéditions sous le code 71081200000 entre le Cameroun et l’Ouganda, associées à 67 fournisseurs camerounais et cinq acheteurs ougandais. Volza est toutefois une base commerciale privée et non une statistique douanière officielle.
L’extrait de 70 lignes analysé par Investir au Cameroun ne couvre qu’une partie de cette base. Soixante lignes ont l’Ouganda pour destination et totalisent 2,043 tonnes selon les quantités renseignées. Plusieurs enregistrements présentent des unités ou des champs nécessitant une vérification. Ce total ne peut donc être assimilé à un volume annuel officiel d’exportations camerounaises.
Des écarts qui appellent une réconciliation douanière
UN Comtrade prévient que les exportations déclarées par un pays et les importations enregistrées par son partenaire peuvent différer pour plusieurs raisons : valorisation CIF des importations contre FOB des exportations, décalage entre expédition et enregistrement, transit par des pays tiers, entrepôts douaniers, classifications différentes ou règles distinctes d’attribution du pays partenaire.
Ces facteurs ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les écarts constatés entre les données camerounaises et celles déclarées par l’Ouganda ou les Émirats arabes unis. Inversement, les statistiques miroir ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’existence d’une fraude ou d’exportations clandestines.
L’ampleur et la répétition des divergences justifient néanmoins une réconciliation des données douanières. Celle-ci devrait permettre de rapprocher les opérateurs, dates, quantités, certificats d’origine, itinéraires, valeurs et caractéristiques des lots enregistrés de part et d’autre. Pour 2024, cette comparaison reste à compléter avec les données détaillées d’exportation du Cameroun.
Baudouin Enama
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