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Bauxite de Minim-Martap : doute sur la capacité du projet à rembourser la facilité AFG de 82 milliards FCFA

(Investir au Cameroun) – Africa Minerals and Metals Processing Platform (A2MP), principal actionnaire de Canyon Resources, estime que les flux de trésorerie attendus du projet de bauxite de Minim-Martap pourraient ne pas suffire à assurer le service de la facilité syndiquée de 82 milliards de FCFA accordée par AFG Bank Cameroon à Camalco. Cette appréciation figure dans une déclaration d’offre déposée le 29 juillet 2026 par A2MP Investments auprès de l’Australian Securities Exchange (ASX), la principale place boursière australienne. Dans ce document, le groupe avertit également qu’en cas d’échec de son offre de rachat, il ne donne aucune assurance d’apporter de nouveaux financements à Canyon Resources.
« Les flux de trésorerie du projet semblent ne pas permettre d’assurer le service de la facilité AFG existante, sur laquelle environ 57 millions de dollars, soit 32,5 milliards de FCFA, ont été tirés », affirme A2MP. Le groupe et ses associés contrôlent déjà 55,56 % du capital de Canyon Resources et cherchent à acquérir les actions qu’ils ne détiennent pas encore.
Selon A2MP, l’insuffisance potentielle des flux du projet pourrait nécessiter de nouveaux apports des actionnaires. Le groupe précise cependant que, si son offre n’aboutit pas, il ne donne« aucune assurance »qu’il apportera des financements supplémentaires à Canyon.
Cette position ne constitue pas un refus définitif de financer Minim-Martap. Elle est formulée dans l’hypothèse d’un échec de l’offre et ne remet pas en cause les garanties déjà consenties au titre du crédit existant.
Près de 40 % de la facilité déjà tirés
Conclue en mai 2025, la facilité syndiquée porte sur 82 milliards de FCFA, présentés lors de sa signature comme l’équivalent d’environ 140 millions de dollars. Les 32,5 milliards de FCFA déjà mobilisés représentent 39,6 % du plafond contractuel. Le solde arithmétique non utilisé ressort ainsi à 49,5 milliards de FCFA.
Les montants exprimés en dollars ne correspondent toutefois pas exactement à ceux libellés en FCFA. Les 57 millions de dollars tirés sur une enveloppe annoncée de 140 millions représentent 40,7 %, tandis qu’A2MP fait état d’un solde non tiré d’environ 83 millions de dollars.
Ces écarts semblent principalement résulter des arrondis et des différents taux de conversion utilisés. La proportion la plus prudente reste donc celle d’environ 40 % de la facilité déjà mobilisés.
Le crédit est rémunéré à un taux fixe de 8 % par an, majoré de la TVA, et remboursable sur huit ans à compter du premier tirage. À encours constant, un montant de 32,5 milliards de FCFA générerait théoriquement environ 2,6 milliards de FCFA d’intérêts annuels, hors TVA et avant prise en compte de l’amortissement du principal.
Ce calcul ne correspond pas nécessairement au service contractuel effectif. Il n’intègre ni la date exacte des tirages, ni le calendrier de remboursement, ni les commissions et autres frais. L’échéancier détaillé du crédit n’a pas été rendu public.
La facilité doit exclusivement financer les infrastructures logistiques de Minim-Martap : acquisition de locomotives et de wagons, travaux ferroviaires, route d’évacuation du minerai et installations portuaires. Camalco en est l’emprunteur, tandis qu’AFG Bank Cameroon intervient avec d’autres établissements financiers dans le cadre d’accords de partage des risques.
A2MP reste co-garante du financement existant
L’absence d’engagement sur de nouveaux apports ne modifie pas le statut d’A2MP au titre de la facilité déjà accordée. Dans son document, le groupe rappelle qu’il en demeure co-garant aux côtés de Canyon Resources.
Le crédit est également sécurisé par une hypothèque de premier rang sur les concessions de Minim-Martap et par des sûretés portant sur les comptes bancaires du projet, les équipements, les futures créances issues des contrats d’enlèvement ainsi que les indemnités d’assurance.
Le contrat prévoit par ailleurs le maintien d’une réserve correspondant à deux échéances de principal et trois échéances d’intérêts. Il interdit la cession d’actifs importants, la souscription de nouvelles dettes et tout changement de contrôle sans l’accord préalable des prêteurs.
La déclaration d’A2MP ne fait état ni d’un impayé, ni d’un défaut contractuel, ni d’une activation des garanties. Elle formule une appréciation prospective sur la capacité du projet à dégager suffisamment de trésorerie pour assurer le service de sa dette.
Cette analyse est celle de l’actionnaire majoritaire et initiateur de l’offre. Elle ne constitue pas un diagnostic d’AFG Bank Cameroon et ne permet pas de conclure à une remise en cause de la facilité par la banque.
Une phase 1 financée, mais une montée en puissance encore à couvrir
En mars 2026, après le rejet par les actionnaires d’une augmentation de capital de 170 millions de dollars australiens, Canyon Resources assurait que sa trésorerie disponible et le financement AFG suffisaient à couvrir les investissements de la phase 1 jusqu’à l’expédition de la première cargaison.
La compagnie faisait alors état de 95 millions de dollars non tirés sur le crédit et d’environ 43 millions de dollars de trésorerie non auditée au 28 février.
« La phase 1 du développement de Minim-Martap demeure entièrement financée », soutenait-elle, sans besoin supplémentaire de fonds d’Eagle Eye Asset Holdings ou d’Afriland.
Cette couverture ne concernait cependant que la phase initiale. En juin, Canyon a indiqué que 160 millions de dollars supplémentaires seraient nécessaires pour financer la phase 2, comprenant de nouveaux travaux ferroviaires ainsi que l’acquisition de 15 locomotives et de 400 wagons additionnels.
Ces investissements doivent porter la capacité ferroviaire d’environ 35 000 à 105 000 tonnes humides par mois d’ici au début du troisième trimestre 2027.
Sans ce financement, la capacité annoncée resterait limitée à environ 35 000 tonnes par mois, soit 420 000 tonnes par an en supposant douze mois complets d’exploitation à ce rythme. Ce volume demeure très inférieur au premier palier de 1,2 million de tonnes par an retenu dans l’étude de faisabilité.
Le besoin de 160 millions de dollars pour la phase 2 ne démontre donc pas, à lui seul, que la première phase était sous-financée. A2MP va néanmoins plus loin : le groupe estime que la structure financière actuelle pourrait empêcher le projet d’atteindre une production durable tout en assurant le service de la dette AFG.
Les hypothèses économiques de l’étude de faisabilité contestées
Pour étayer son analyse, A2MP remet en cause plusieurs hypothèses de l’étude de faisabilité publiée en septembre 2025.
Le groupe estime que la prime de prix de la bauxite devrait être ramenée d’environ 11 à 5 dollars par tonne sèche. Le coût du fret au démarrage pourrait, selon lui, atteindre entre 32 et 36 dollars par tonne, contre 17 dollars retenus dans l’étude.
A2MP préconise également d’intégrer des prélèvements, taxes, assurances et dépenses logistiques plus élevés. Selon son analyse, la détérioration de l’écart entre les prix de vente et les coûts de transport pourrait compromettre à la fois la montée en cadence de Minim-Martap et sa capacité à rembourser la dette.
Ces hypothèses demeurent celles d’A2MP. Elles reposent notamment, selon le groupe, sur six mois d’échanges commerciaux avec des clients potentiels. Elles n’ont pas été validées par AFG Bank Cameroon ni, à ce stade, par un expert indépendant.
Leur publication intervient en outre dans le contexte d’une offre de rachat. A2MP propose 0,05 dollar australien par action Canyon, soit une décote de 42,5 % par rapport au cours de clôture de 0,087 dollar australien observé le 24 juillet, dernière séance de référence retenue dans son document.
Son appréciation pessimiste de la valeur et des perspectives de Minim-Martap doit donc être replacée dans le cadre de cette opération.
Au-delà du prix proposé aux actionnaires minoritaires, le document d’A2MP fait apparaître un désaccord de fond sur la viabilité économique du projet. Là où Canyon considère que la première phase demeure entièrement financée, son actionnaire majoritaire estime que les hypothèses de prix, de fret et de coûts logistiques ne permettent plus de garantir durablement le service de la dette et la montée en puissance de la production.
Cette divergence devrait être au cœur de l’analyse de l’expert indépendant chargé de déterminer si l’offre d’A2MP est équitable et raisonnable. Elle ne permet toutefois de conclure ni à un défaut de Camalco, ni à une remise en cause de la facilité par AFG Bank Cameroon.
Baudouin Enama
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Or Camerounais : l’Ouganda déclare 150,5 milliards de FCFA importés en 2024, après un flux non retracé de 43,4 milliards en 2023

(Investir au Cameroun) – L’Ouganda a déclaré avoir importé du Cameroun 3 175 kg d’or non monétaire sous forme brute en 2024, pour une valeur de 248,18 millions de dollars, soit environ 150,5 milliards de FCFA. Selon les données de WITS, tirées d’UN Comtrade, le Cameroun était cette année-là le sixième pays d’origine déclaré de l’or brut importé par l’Ouganda, derrière la Tanzanie, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mali et le Mozambique.
Ces flux prolongent une situation déjà observable en 2023. Kampala avait alors déclaré 1 117 kg d’or brut provenant du Cameroun pour 71,61 millions de dollars, soit environ 43,4 milliards de FCFA. Or aucune exportation camerounaise de ce produit vers l’Ouganda n’apparaît dans les données WITS pour cette année-là. Le Cameroun y déclarait 674 910 dollars d’exportations mondiales sous le code 710812, dirigées vers les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis.
Les stocks déclarés par Kampala dépassent la production semi-mécanisée enregistrée
Le volume attribué au Cameroun par l’Ouganda en 2023 dépasse même la production d’or issue de l’exploitation artisanale semi-mécanisée officiellement retracée cette année-là. Le rapport ITIE 2023, sur la base des déclarations de la Sonamines, chiffre cette production à 952,77 kg, contre 859,92 kg en 2022.
Les 1 117 kg déclarés par Kampala sont donc supérieurs de 164,2 kg, soit 17,2 %, à cette production enregistrée. Cette comparaison a toutefois une limite importante : les 952,77 kg ne correspondent pas à l’ensemble de la production aurifère susceptible d’avoir circulé au Cameroun. Ils représentent la production de l’exploitation artisanale semi-mécanisée retracée par la Sonamines. Le rapport indique par ailleurs qu’aucune production industrielle d’or n’a été déclarée au MINMIDT en 2023.
L’écart statistique avec l’Ouganda s’est amplifié en 2024. Entre les deux années, la valeur des importations ougandaises déclarées d’origine camerounaise a augmenté de 246,6 %, tandis que leur volume progressait de 184,2 %. En 2024, le Cameroun représentait ainsi 6,9 % des 46 197 kg d’or brut importés par l’Ouganda et 7,6 % de leur valeur totale de 3,27 milliards de dollars.
15,2 tonnes dans les statistiques miroir, contre 22,31 kg recensés par la DGD
Le cas ougandais s’inscrit dans une asymétrie plus large déjà relevée par le rapport ITIE 2023. La Direction générale des Douanes y fait état de 22,31 kg d’or exportés pour 904,14 millions de FCFA. Le tableau correspondant recense des opérations vers l’Italie, les Émirats arabes unis, les États-Unis et le Portugal. L’Ouganda n’y apparaît pas.
Le même rapport confronte ces données aux statistiques miroir d’UN Comtrade. Pour 2023, les pays partenaires ont déclaré 15 194 kg, soit 15,194 tonnes, d’or du code SH 7108 attribué au Cameroun, contre 22,3 kg dans les statistiques douanières nationales. Cette comparaison porte toutefois sur des nomenclatures qui ne sont pas parfaitement identiques et ne constitue pas une réconciliation opération par opération.
Les Émirats arabes unis concentrent l’essentiel des flux enregistrés par les pays partenaires. WITS indique qu’ils ont déclaré 14 048 kg d’or brut non monétaire importés du Cameroun en 2023, pour 879,72 millions de dollars. L’Ouganda arrive ensuite avec 1 117 kg pour 71,61 millions de dollars.
Les données transactionnelles de Volza apportent un autre élément. Au 15 septembre 2026, la plateforme recensait 128 expéditions sous le code 71081200000 entre le Cameroun et l’Ouganda, associées à 67 fournisseurs camerounais et cinq acheteurs ougandais. Volza est toutefois une base commerciale privée et non une statistique douanière officielle.
L’extrait de 70 lignes analysé par Investir au Cameroun ne couvre qu’une partie de cette base. Soixante lignes ont l’Ouganda pour destination et totalisent 2,043 tonnes selon les quantités renseignées. Plusieurs enregistrements présentent des unités ou des champs nécessitant une vérification. Ce total ne peut donc être assimilé à un volume annuel officiel d’exportations camerounaises.
Des écarts qui appellent une réconciliation douanière
UN Comtrade prévient que les exportations déclarées par un pays et les importations enregistrées par son partenaire peuvent différer pour plusieurs raisons : valorisation CIF des importations contre FOB des exportations, décalage entre expédition et enregistrement, transit par des pays tiers, entrepôts douaniers, classifications différentes ou règles distinctes d’attribution du pays partenaire.
Ces facteurs ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les écarts constatés entre les données camerounaises et celles déclarées par l’Ouganda ou les Émirats arabes unis. Inversement, les statistiques miroir ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’existence d’une fraude ou d’exportations clandestines.
L’ampleur et la répétition des divergences justifient néanmoins une réconciliation des données douanières. Celle-ci devrait permettre de rapprocher les opérateurs, dates, quantités, certificats d’origine, itinéraires, valeurs et caractéristiques des lots enregistrés de part et d’autre. Pour 2024, cette comparaison reste à compléter avec les données détaillées d’exportation du Cameroun.
Baudouin Enama
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