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quand l’Ordre des médecins agit, le ministère contourne la question qui fâche

Le 16 juillet 2026, deux institutions se sont exprimées sur une même affaire. Deux textes. Deux approches. Deux niveaux de fermeté.
D’un côté, le ministère de la Santé publique publie un communiqué de prévention. Il rappelle les risques liés aux injections de « Body Filler », invite les populations à la vigilance et affirme qu’il se réserve le droit de saisir les autorités compétentes contre les contrevenants. Le communiqué évoque les dangers sanitaires et annonce des vérifications administratives.
De l’autre, l’Ordre national des médecins du Cameroun franchit un pas supplémentaire. Il cite nommément deux personnes, indique que des plaintes ont déjà été déposées auprès des autorités compétentes et précise que les dossiers ont été transmis afin que des enquêtes soient menées pour établir les responsabilités.
La différence est de taille. Deux communiqués, deux philosophies : le ministère parle au conditionnel. L’Ordre agit au présent. Le ministère rappelle les textes. L’Ordre déclenche une procédure. Le ministère sensibilise. L’Ordre judiciarise.
Pourquoi contourner le sujet ? Autrement dit, pendant que l’administration explique ce qui devrait être fait, l’Ordre affirme avoir déjà saisi les autorités.
La question qui dérange
Une interrogation s’impose. Pourquoi le ministre de la Santé publique n’annonce-t-il pas lui-même l’ouverture de poursuites ou la saisine du procureur, alors que son communiqué rappelle que ces pratiques sont illégales et dangereuses ?
Le communiqué ministériel indique que le ministère « se réserve le droit de saisir les autorités compétentes » et que les activités exercées en violation de la réglementation feront l’objet des mesures prévues par les textes. Mais entre « se réserver le droit » et « nous avons saisi la justice », il existe un fossé.
Dans une affaire qui touche directement à la santé publique, beaucoup s’attendaient à une formulation plus directe si des poursuites avaient effectivement été engagées. L’Ordre met des noms. Le ministère reste général.
Le contraste est encore plus saisissant. L’Ordre des médecins identifie publiquement les personnes visées par les signalements et affirme que les plaintes ont été déposées. Le ministère, lui, ne cite personne. Il ne précise pas si des établissements ont été contrôlés. Il ne dit pas si du matériel a été saisi. Il ne mentionne aucune fermeture de structures. Il n’annonce aucune procédure judiciaire spécifique.
Ce silence nourrit les interrogations, même si un communiqué de prévention n’a pas nécessairement vocation à détailler des enquêtes ou des poursuites en cours.
Une affaire de santé publique ou de communication ?
Le fond du dossier est pourtant grave. Le ministère lui-même énumère les risques : infections sévères, réactions allergiques, douleurs chroniques, migration du produit, nécrose des tissus et complications pouvant engager le pronostic vital. Si ces risques sont suffisamment sérieux pour justifier une alerte nationale, la réponse de l’État est naturellement attendue sur deux plans : la prévention et l’application de la loi. La communication ne remplace pas l’action judiciaire lorsque des infractions sont suspectées.
Une crédibilité en jeu
Dans cette séquence, l’Ordre national des médecins apparaît comme l’institution qui prend l’initiative procédurale en annonçant le dépôt de plaintes. Le ministère, gardien de la politique sanitaire nationale, choisit une communication davantage centrée sur la sensibilisation et le rappel des règles.
Sur le plan de la perception, l’écart est réel : l’une des institutions affiche une démarche contentieuse explicite, l’autre privilégie un message de prévention.
En matière de santé publique, la pédagogie est indispensable. Mais lorsque des pratiques sont qualifiées d’illégales et susceptibles de mettre des vies en danger, l’opinion attend aussi des signaux clairs sur la mise en œuvre des sanctions prévues par la loi.
Car une règle qui n’est jamais appliquée finit par ressembler à un simple conseil. Et lorsqu’il est question d’actes médicaux invasifs pratiqués hors du cadre légal, la crédibilité des institutions se mesure autant à leurs communiqués qu’à leur capacité à faire respecter le droit.
Par Armel MBATCHOU
Journaliste, analyste politique et chroniqueur

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