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Hydrocarbures Transfrontaliers: Le Cameroun et la Guinée équatoriale scellent un accord historique

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Hydrocarbures Transfrontaliers: Le Cameroun et la Guinée équatoriale scellent un accord historique
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La Guinée équatoriale et le Cameroun ont officiellement acté, le mardi 3 février 2026 à Malabo, l’exploitation conjointe de leurs gisements d’hydrocarbures situés en zone frontalière. L’accord d’unitisation du projet du champ gazier Yoyo-Yolanda a été signé au Palais du Peuple, sous la présidence du Vice-président Equato-guinéen, S.E. Nguema Obiang Mangue, en présence de hautes autorités des deux pays et des principaux opérateurs pétroliers concernés. Le Cameroun y était représenté par le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry qui séjourne en République de Guinée Équatoriale depuis le 1er février 2026 pour une visite de travail.

Au cours de ce séjour en Guinée équatoriale, le ministre Fuh Calistus gentry a visité la raffinerie de gaz naturel Punta Europa. Il s’agit ici d’un pôle industriel majeur de l’Afrique centrale abritant un terminal d’hydrocarbures, une usine de Gaz naturel liquéfié (GNL) qui exporte du gaz pour des champs d’Alba et de Alen. Fuh Calistus Gentry accompagné entre autres par Nathalie Moudiki, haut cadre de la SNH, a également été convié à l’ouverture d’une station Tradex, où il a été reçu par le Viceprésident Equato-Guinéen, Teodoro Nguema Obiang.

Qualifié d’« étape historique » par les parties prenantes, l’accord consacre une volonté politique affirmée de transformer un potentiel géologique partagé en levier commun de croissance, de recettes publiques et d’emplois. Il s’inscrit dans la dynamique impulsée en 2023 par les chefs d’État camerounais et équatoguinéen, soucieux de renforcer leur positionnement comme pôles énergétiques crédibles en Afrique centrale.

UN CADRE JURIDIQUE POUR PRÉVENIR LES CONFLITS ET MAXIMISER LA VALEUR

Devant le Premier ministre équatoguinéen Manuel Osa Nsue, des membres du gouvernement, des représentants du Cameroun, de l’ambassade des États-Unis et des dirigeants de Chevron, de la Société nationale des hydrocarbures du Cameroun (SNH) et de GEPetrol, le Vice-président Nguema Obiang Mangue a insisté sur la portée stratégique de l’accord. « Les succès de cet accord démontrent que la coopération sincère est le chemin le plus direct pour la gestion efficace des ressources naturelles partagées », a-t-il déclaré.

 Concrètement, l’accord d’unitisation permet une gestion rationnelle et équitable du gisement Yoyo-Yolanda, conformément aux standards internationaux. Il complète l’accord bilatéral de 2023 qui avait posé le cadre juridique général de la coopération. En dotant les États et les opérateurs d’un instrument technique précis, le texte vise à sécuriser les investissements, optimiser la production et prévenir d’éventuels litiges futurs, fréquents dans les zones transfrontalières mal délimitées.

UN SIGNAL FORT DANS UN CONTEXTE ÉNERGÉTIQUE SOUS TENSION

Cette avancée intervient alors que les pays producteurs du golfe de Guinée font face à un double défi : le déclin naturel de certains champs matures et la pression croissante pour financer la transition énergétique sans renoncer aux revenus pétroliers et gaziers. Pour le Cameroun, dont la production d’hydrocarbures reste modeste mais stratégique pour l’équilibre budgétaire, l’exploitation conjointe représente une opportunité de stabiliser ses recettes et de valoriser des ressources jusque-là inexploitées.

Pour la Guinée équatoriale, c’est une première historique : jamais le pays n’avait engagé une exploitation conjointe de gisements frontaliers avec un État voisin. La présence de Chevron, acteur majeur du secteur en Afrique centrale, aux côtés des compagnies nationales SNH et GEPetrol, confère au projet une crédibilité opérationnelle supplémentaire. Elle traduit également l’intérêt renouvelé des majors pour des projets juridiquement sécurisés dans une région souvent perçue comme à risque.

UNE COOPÉRATION APPELÉE À FAIRE ÉCOLE

Au-delà de Yoyo-Yolanda, l’accord est observé de près par les autres pays de la sous-région CEMAC, où plusieurs bassins sédimentaires transfrontaliers restent sous-exploités faute de consensus politique et technique. En ce sens, le partenariat Cameroun–Guinée équatoriale pourrait servir de modèle de gouvernance partagée des ressources naturelles, à l’heure où la stabilité régionale et la coopération Sud-Sud redeviennent des priorités. « Le champ Yoyo-Yolanda représente bien plus qu’un gisement : il symbolise la maturité institutionnelle de nos États et notre capacité à transformer un défi géologique transfrontalier en opportunité de prospérité partagée », a résumé le Vice-président équatoguinéen.

Deux mois seulement après la dernière visite de Nguema Obiang Mangue à Yaoundé et ses échanges avec le président Paul Biya, la rapidité de la conclusion de l’accord illustre l’engagement personnel des dirigeants et la convergence d’intérêts des deux pays. Reste désormais le défi de la mise en œuvre effective, attendue par les marchés, les partenaires techniques et les populations riveraines, premières bénéficiaires promises de cette nouvelle ère de coopération énergétique.

Par Yves TCHENANG

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Finances publiques : Le satisfecit prudent du Fonds Monétaire International

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Finances publiques : Le satisfecit prudent du Fonds Monétaire International
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Une mission du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par Christine Dieterich, a séjourné au Cameroun du 29 janvier au 12 février pour mener les entretiens sur la consultation de 2026 au titre de l’article IV des statuts du FMI. Les consultations au titre de l’article IV interviennent annuellement dans tous les pays membres pour examiner les politiques économiques mises en œuvre. C’est pourquoi, même sans être sous-programme avec Fonds Monétaire international, le Cameroun a accueilli cette mission et quasiment tous les hauts responsables du pays en charge des dossiers économiques et des finances publiques lui ont ouvert les portes.

 Au terme de cette mission au titre de l’article IV, l’équipe du Fonds monétaire international (FMI) dresse un constat globalement positif de la trajectoire macroéconomique du Cameroun, tout en soulignant l’ampleur des vulnérabilités persistantes. Dans son communiqué de fin de mission, l’institution souligne que « l’économie camerounaise a fait preuve d’une résilience considérable ces dernières années, malgré une succession de chocs externes, mais la croissance économique demeure modérée. Nous prévoyons, indique la cheffe de mission, ́ que la croissance ralentira légèrement en 2025, passant de 3,5 % en 2024 à 3,1 %. Cette prévision tient compte des tensions à la fin de l’année après les élections, qui ont perturbé le commerce, les services et l’investissement, et freiné la demande intérieure. L’inflation a continué de diminuer en 2025, sa moyenne sur 12 mois se modère à 3,4 % er décembre ».

Ce satisfecit n’est pas anodin dans un contexte international marqué par la volatilité des cours des matières premières, le durcissement des conditions financières et les tensions géopolitiques. Selon le FMI, l’économie camerounaise a fait preuve de « résilience face aux chocs extérieurs », grâce notamment à une gestion budgétaire plus prudente et à la poursuite des programmes appuyés par l’institution. La mission note également que la croissance demeure positive et que l’inflation, bien qu’encore élevée, montre des signes de modération.

CONSOLIDATION BUDGÉTAIRE ET MOBILISATION DES RECETTES

Le cœur du satisfecit porte sur la consolidation des finances publiques. Le communiqué souligne que les autorités ont « continué d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures » et de « renforcer la discipline budgétaire ». Cette dynamique est jugée essentielle pour préserver la soutenabilité de la dette et restaurer des marges de manœuvre budgétaires. Toutefois, le FMI insiste sur la nécessité d’« accélérer les réformes visant à élargir l’assiette fiscale et à améliorer l’efficacité de l’administration des impôts et des douanes ».

L’enjeu est double : réduire la dépendance aux recettes pétrolières et financer durablement les priorités sociales et infrastructurelles. La mission appelle également à « poursuivre les efforts pour rationaliser les dépenses et améliorer la qualité de la dépense publique », un point sensible dans un contexte de tensions de trésorerie récurrentes.

DETTE, ARRIÉRÉS ET GOUVERNANCE

Sur le front de la dette, l’institution relève des avancées dans la gestion et la transparence, tout en invitant les autorités à « maintenir une stratégie d’endettement prudente » et à « éviter l’accumulation de nouveaux arriérés ». La réduction des arriérés intérieurs demeure une priorité afin de soutenir la liquidité du secteur privé et de renforcer la crédibilité budgétaire de l’État.

Le communiqué met également l’accent sur la gouvernance et la transparence, considérées comme des leviers déterminants pour améliorer le climat des affaires. Le FMI encourage à « renforcer le cadre de lutte contre la corruption et à accroître la transparence dans la gestion des finances publiques ». Ces recommandations s’inscrivent dans une logique de crédibilisation des politiques publiques vis-à-vis des partenaires techniques et financiers, mais aussi des investisseurs.

 RÉFORMES STRUCTURELLES ET SECTEUR FINANCIER

Au-delà des équilibres macroéconomiques, la mission du FMI a insisté sur l’impératif des réformes structurelles. Il appelle à « accélérer la mise en œuvre des réformes destinées à améliorer l’environnement des affaires, promouvoir la diversification économique et stimuler l’investissement privé ». La diversification reste en effet un chantier central pour réduire la vulnérabilité aux chocs exogènes et créer des emplois durables. Le secteur financier fait également l’objet d’une attention particulière.

Le communiqué souligne la nécessité de « renforcer la stabilité du système bancaire et d’améliorer l’inclusion financière ». Dans un contexte où l’accès au crédit demeure contraint pour de nombreuses PME, la solidité du système bancaire et la qualité de la supervision prudentielle sont des conditions préalables à une croissance plus inclusive.

UN SATISFECIT SOUS CONDITIONS

 Si le ton du communiqué est globalement positif, il demeure conditionnel. Le FMI avertit que les perspectives restent exposées à « des risques importants, notamment liés à l’environnement extérieur et aux contraintes internes ». Les tensions sécuritaires, les aléas climatiques et la volatilité des marchés internationaux constituent autant de facteurs susceptibles de fragiliser les acquis. Raison pour laquelle l’institution recommande au autorités Camerounaises de « poursuivre résolument les réformes engagées » et de « renforcer les filets de protection sociale afin d’atténuer l’impact des ajustements sur les populations vulnérables ».

La dimension sociale apparaît ainsi comme un point d’équilibre délicat : filtrer les dépenses publiques sans compromettre les dépenses sociales. Ce satisfecit du FMI valide la trajectoire engagée, mais il ne vaut pas quitus définitif. Il souligne au contraire que la stabilisation macroéconomique doit désormais se traduire par des transformations structurelles plus profondes. La consolidation budgétaire, l’amélioration de la gouvernance, la diversification économique et la protection des plus vulnérables constituent les piliers d’une croissance durable.

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Dr Blaise MOUSSA : « L’eau est un facteur de paix ou de tension, selon la manière dont elle est gérée »

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Dr Blaise MOUSSA : « L’eau est un facteur de paix ou de tension, selon la manière dont elle est gérée »
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Défis Actuels : Monsieur le Président, le 23ᵉ Congrès international de l’AAEA vient de s’achever à Yaoundé. Quel regard portez-vous sur ces quatre jours de travaux ?

Blaise Moussa :  Je ressens avant tout une profonde satisfaction, mais aussi une responsabilité renforcée. Yaoundé a été, durant quatre jours, la capitale africaine de la réflexion stratégique sur l’eau et l’assainissement. Ce Congrès n’était pas un simple rendez-vous institutionnel. Il a été conçu comme un espace de solutions, d’innovation et d’engagement concret. Les échanges ont été riches, parfois exigeants, mais toujours orientés vers l’action. C’est exactement ce dont notre continent a besoin aujourd’hui.

Défis Actuels : Le thème retenu, « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique » était ambitieux. A-t-il trouvé un contenu réel ?

Blaise Moussa : Absolument. Ce thème n’était pas un slogan. Il a servi de fil conducteur à l’ensemble des travaux. Les six grands axes du Congrès ont permis d’aborder toute la chaîne de valeur : de la protection de la ressource jusqu’au service à l’usager, en passant par la gouvernance, le financement, la recherche et l’innovation. Le message est clair : nous n’avons plus le luxe des diagnostics répétitifs. Les solutions existent. Ce qui est attendu, ce sont des décisions courageuses et des mises en œuvre rapides.

Défis Actuels : Justement, quels enseignements majeurs ressortent de ces six grands axes ?

Blaise Moussa : Le premier enseignement est que la durabilité commence à la source. Sans gestion intégrée des ressources en eau, sans protection des bassins versants et sans anticipation des effets du changement climatique, aucun système ne tiendra dans la durée. Le second est que la performance des services dépend moins des infrastructures que de la qualité du management, des compétences humaines et de la gouvernance. Enfin, l’assainissement ne peut plus rester le parent pauvre du secteur. Collecter ne suffit plus : il faut traiter, valoriser et intégrer ces services dans une logique d’économie circulaire.

Défis Actuels : Le Congrès a été présenté comme « orienté solutions ». En quoi s’est-il distingué des éditions précédentes sur ce point ?

Blaise Moussa : La différence tient à l’approche. Nous avons volontairement réduit la place des constats généraux pour privilégier les retours d’expériences opérationnels, les outils concrets et les modèles reproductibles. Chaque Track devait répondre à une question simple : qu’est-ce qui fonctionne, dans quel contexte, et à quelles conditions ? Cette orientation a permis de rapprocher chercheurs, exploitants, collectivités et investisseurs autour d’un même objectif : transformer la connaissance en action. C’est une évolution majeure pour l’AAEA.

Défis Actuels : La question climatique a été omniprésente. L’Afrique est-elle suffisamment armée face à ce défi ?

Blaise Moussa : L’Afrique est en première ligne, alors qu’elle contribue très peu aux émissions mondiales. Les sécheresses, les inondations, la variabilité des ressources mettent nos systèmes sous pression. Le Congrès a montré que la résilience climatique doit être intégrée dès la conception des infrastructures, mais aussi dans la gestion quotidienne des services. Cela suppose des données fiables, des outils de modélisation, et surtout une planification à long terme. Nous devons sortir de la logique de réaction pour entrer dans celle de l’anticipation.

Défis Actuels : Peut-on affirmer que l’eau et l’assainissement sont désormais perçus comme des secteurs économiques à part entière ?

Blaise Moussa : Oui, et c’est une évolution essentielle. Longtemps considérés uniquement comme des secteurs sociaux, l’eau et l’assainissement sont aujourd’hui reconnus comme des piliers de la compétitivité économique. Ils conditionnent la santé des populations, l’attractivité des territoires, le développement industriel et la sécurité alimentaire. Le Congrès a clairement montré que chaque dollar investi dans l’eau génère des retombées multiples, en termes de croissance, d’emplois et de stabilité sociale. C’est un message fort adressé aux ministères des finances et aux décideurs économiques.

Défis Actuels :  La question du financement revient constamment. Où en est-on réellement ?

Le financement reste un nœud critique. Les besoins sont immenses, mais les ressources publiques sont limitées. Le Congrès a confirmé la nécessité de diversifier les mécanismes : financements concessionnels, partenariats public-privé, financements locaux, et amélioration de la performance financière des opérateurs. Un point a été très clairement posé : sans amélioration du recouvrement des factures et sans maîtrise des pertes, aucun modèle n’est viable. La crédibilité financière est une condition préalable pour attirer les investisseurs.

Défis Actuels : Les collectivités locales ont été très présentes, notamment à travers le Forum des maires. Quel message en retenez-vous ?

Blaise Moussa : Nous en retenons un message très fort, à savoir que les villes sont aujourd’hui en première ligne. L’urbanisation rapide, la gestion des déchets solides et liquides, l’assainissement non collectif sont des défis quotidiens pour les maires. Les expériences partagées, notamment sur la gestion participative et le recyclage, montrent que des solutions locales existent. Mais elles nécessitent un soutien politique clair, des financements adaptés et une forte mobilisation citoyenne.

Défis Actuels : Les collectivités locales semblent réclamer plus de responsabilités. Le secteur est-il prêt à cette décentralisation accrue ?

Blaise Moussa : La décentralisation est une opportunité, mais elle doit être accompagnée. Les maires ont démontré leur capacité d’innovation et leur connaissance fine des réalités locales. Toutefois, cela suppose un transfert effectif de compétences, des ressources financières adaptées et un appui technique constant. Le Congrès a montré que les approches intercommunales et les projets intégrés offrent des perspectives très prometteuses, à condition que l’État joue pleinement son rôle de stratège et de garant.

Défis Actuels : Quel rôle le secteur privé africain peut-il jouer dans cette transformation ?

Blaise Moussa : Un rôle déterminant. Le secteur privé africain est porteur d’innovations, de solutions techniques adaptées et de capacités d’investissement. Les forums d’affaires et les rencontres B2B organisés à Yaoundé ont montré un intérêt croissant pour les partenariats avec les opérateurs publics. Mais ces partenariats doivent être équilibrés, transparents et fondés sur des objectifs de performance clairs. L’enjeu n’est pas de privatiser l’eau, mais de mobiliser toutes les compétences disponibles au service de l’intérêt général.

Défis Actuels : S’agissant toujours d’impact, quel rôle jouent les grandes institutions financières africaines dans cette dynamique ?

Blaise Moussa : Elles jouent un rôle structurant. Au-delà des financements, elles produisent aujourd’hui un savoir stratégique : diagnostics sectoriels, analyses de performance, appui aux réformes. Ce Congrès a montré que la relation entre les opérateurs, les États et les bailleurs évolue vers plus d’exigence, mais aussi plus de partenariat. C’est une évolution saine.

Défis Actuels :  Le Congrès a aussi accordé une place importante aux femmes et aux jeunes. Pourquoi cet accent ?

Parce que l’inclusion n’est pas un slogan, c’est une condition de performance. Les femmes jouent un rôle central dans la gestion de l’eau au niveau des ménages, mais restent sous-représentées dans les postes techniques et décisionnels. Quant aux jeunes, ils portent l’innovation, notamment numérique et climatique. Les exclure, c’est se priver de solutions. Donner du pouvoir, des ressources et de la visibilité aux femmes et aux jeunes, c’est renforcer la résilience du secteur.

Défis Actuels :  L’innovation et le numérique ontils réellement trouvé leur place dans les débats ?

Blaise Moussa : Oui, très clairement. L’intelligence artificielle, l’analyse des données, les outils intelligents de gestion des réseaux ne sont plus des concepts lointains. Ils sont déjà utilisés pour réduire les pertes, améliorer la qualité de service et optimiser les coûts. Le Congrès a permis de montrer que l’Afrique n’est pas seulement consommatrice d’innovations, mais aussi productrice de solutions adaptées à ses réalités.

Défis Actuels : En tant que Directeur général de Camwater, qu’avez-vous retenu pour le Cameroun ?

Blaise Moussa : Le Cameroun a beaucoup appris de ce Congrès. Les visites techniques ont montré des avancées concrètes, mais aussi les défis à relever. Pour Camwater, cela renforce notre engagement à améliorer la qualité de service, à réduire les pertes, à moderniser nos outils et à renforcer les compétences de nos équipes. Le partage d’expériences avec d’autres opérateurs africains est extrêmement précieux.

Défis Actuels : Quel héritage souhaitez-vous laisser en tant que Président sortant du Congrès de l’AAEA ?

Blaise Moussa : Je souhaite que Yaoundé reste dans les mémoires comme un tournant. Un moment où l’AAEA a affirmé sa maturité et son rôle de plateforme panafricaine de solutions. Nous avons renforcé les partenariats entre opérateurs, encouragé le partage d’expertise et placé la question de l’action concrète au centre. Yaoundé ne doit pas rester un événement ; Yaoundé doit devenir un mouvement.

Défis Actuels : La passation à votre successeur pour le Congrès de 2028 s’est faite dans un esprit de continuité. Un mot sur l’avenir de l’AAEA ?

Blaise Moussa : L’AAEA est une institution solide, portée par des femmes et des hommes engagés. La transition s’inscrit dans une dynamique de continuité et de renforcement. Les prochaines étapes, notamment Dakar 2028, devront capitaliser sur les acquis de Yaoundé et aller encore plus loin dans l’opérationnalisation des engagements.

Défis Actuels : Peut-on dire que l’Afrique est en train de reprendre la main sur son agenda de l’eau ?

Oui, et c’est l’un des signaux les plus encourageants de ce Congrès. L’Afrique ne veut plus seulement diagnostiquer ses problèmes. Elle veut produire et partager ses solutions. Cela passe par des politiques publiques cohérentes, des opérateurs performants, des partenariats équilibrés et une gouvernance responsable.

Défis Actuels : Quel message adressez-vous aux décideurs politiques africains à l’issue de ce Congrès ?

Blaise Moussa : Je leur dirais ceci : l’eau et l’assainissement sont des sujets politiques au sens noble du terme. Ils touchent à la dignité humaine, à la santé publique et à la stabilité sociale. Investir dans ce secteur, ce n’est pas une charge, c’est un levier de développement et de paix. Les choix faits aujourd’hui détermineront la trajectoire de nos pays pour les décennies à venir.

Défis Actuels : Au-delà des aspects techniques, peut-on dire que l’eau est devenue un enjeu de souveraineté et de stabilité en Afrique ?

Blaise Moussa : Sans aucun doute. L’eau est un facteur de paix ou de tension, selon la manière dont elle est gérée. Les ressources transfrontalières, les bassins partagés et les pressions climatiques exigent une coopération renforcée entre États. Le Congrès a rappelé que la sécurité hydrique est indissociable de la sécurité tout court. Investir dans l’eau, renforcer la gouvernance et promouvoir le dialogue régional, c’est contribuer directement à la stabilité du continent.

Défis Actuels : Un dernier mot pour conclure ?

L’eau est plus qu’une ressource. Elle est un droit, un facteur de cohésion et un moteur de développement. Yaoundé a montré que l’Afrique a les compétences, les idées et la capacité d’innover. À nous maintenant de transformer ces atouts en résultats concrets pour nos populations. C’est à cette condition que nous pourrons parler, sans détour, d’eau et d’assainissement pour tous.

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Port de Douala : les formalités atteignent 180 000 FCFA par camion

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Port de Douala : les formalités atteignent 180 000 FCFA par camion
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Le port de Douala est invité à mettre en place des mécanismes de dénonciation des pratiques illicites (numéros verts, plateformes anonymes) ; renforcer les contrôles internes et la responsabilisation des agents de même qu’ accélérer la dématérialisation. Ce sont les principales recommandations d’une enquête réalisée dans l’enceinte portuaire pour évaluer l’efficacité des procédures de transit, d’importation, de dédouanement et d’enlèvement.

Ce travail mené par l’Observatoire régional des pratiques anormales (OPA) en 2024 a révélé que la dématérialisation est encore incomplète sur la place portuaire de Douala. « Bien que des plateformes numériques existent (GUCE, CAMCIS), leur adoption est partielle. Des procédures comme l’émission du Titre de transit ou la Lettre de Voiture Internationale (LVI) comportent encore des étapes physiques », commente l’étude. Ces contacts physiques entre les acteurs favorisent des paiements illicites décriés par environ 20 à 30 % des Commissionnaires Agrées en Douane interrogés à différentes étapes. Autre constat effectué par l’enquête est que les délais et les coûts restent élevés. Les délais pour la levée de caution, la pose de balises GPS, le traitement SGS, etc sont « majoritairement jugés supérieurs à la normale » selon cette enquête. La durée moyenne du processus de sortie portuaire se situe à 8 jours, le temps de séjour des camions dans le port à 3 jours en moyenne. Quant aux coûts, les formalités diverses peuvent parfois atteindre 180 000 FCFA par camion d’après l’enquête, avec des paiements élevés pour les pesages et GPS.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du Programme d’appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale (PAGIRN), financé par l’Union Européenne. Les principaux objectifs étaient d’identifier les blocages dans le processus de dédouanement et de transit ; évaluer la performance des institutions impliquées (Douanes, PAD, GUCE, RTC, etc.) ; recueillir les perceptions des Commissionnaires agréés en Douane et proposer des recommandations concrètes pour fluidifier le transit des marchandises. La même enquête a été effectuée au port de Kribi.

Jean-Yves Massouka, chef de la cellule Facilitation des échanges PAD

« Cette étude vise à réduire les actes de corruption présumés et des faux frais sur la place portuaire »

« Nous avons cru devoir apporter un accompagnement significatif à l’Observatoire des pratiques anormales sur les principaux corridors d’Afrique centrale, pour que non seulement il ait l’ensemble des informations à communiquer, mais également l’ensemble des instruments qui ont été mis à disposition pour faciliter et rendre davantage pertinent cette étude. La place portuaire de Douala-Bonabéri est en train de finaliser son système d’informations portuaires, qui va permettre effectivement de capter l’ensemble des informations, que ce soit des armateurs, que ce soit des consignataires ou aconiers pour que ces informations soient circonscrites dans un module unique et à la disposition des autres parties prenantes. Donc le système d’informations portuaires sera totalement opérationnel d’ici le mois de septembre de l’année 2026 courant, et il y aura donc une dématérialisation totale et effective de la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri. N’étant pas dans un environnement idéal et exempt de tout dysfonctionnement, il y a souvent des actes de corruption présumés et des faux frais, comme cela s’entend souvent dans le jargon de facilitation des échanges qui sont identifiés dans la place portuaire de Douala-Bonabéri et dans les autres places portuaires. C’est la raison même de l’opportunité de cette importante étude qui vise effectivement à réduire à sa portion la plus congrue ces dysfonctionnements et de sorte que la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri soit la plus fluide et la plus linéaire possible en termes d’importation, d’exploitation et de transit, de cargaison et de marchandise. »
Albert ETOUNDI, pdt du Syndicat National des transitaires, acconiers et consignataires

« Si tout est dématérialisé, on aura trouvé les solutions à tous les problèmes »

« Ce sont des pratiques qui sont initiées par les différents opérateurs avec lesquels le commissionnaire en douane est en contact. À savoir, la douane, les forces de police, vous avez également des contrôles routiers. Au niveau des commissionnaires en douane, nous avons beaucoup de problèmes. Il y a des problèmes de travail extra-légal qui surgissent à chaque coup. Lorsqu’on veut sortir une marchandise, il faut payer ceci, il faut payer cela. Nous avons effectivement des problèmes au niveau des formalités. Mais la loi des finances de 2024, a autorisé que les déclarations d’importation ne soient faites que par les seuls commissionnaires en douane agréés. C’est déjà une avancée. Les marchandises ne vont plus attendre longtemps pour faire une déclaration à la douane avant de la valider. Et ensuite, tout est en train d’être mis en œuvre par le processus de dématérialisation des procédures. Vous savez, quand on dématérialise, la dématérialisation enlève le contact physique. On ne peut plus voir celui qui est en train de traiter votre dossier. On introduit un dossier à la douane, on attend le dossier à la sortie, c’est-à-dire pour avoir un bon de sortie de mise sur camion et que le camion s’en aille vers le corridor. Donc si tout est dématérialisé, je crois qu’on aura trouvé les solutions à tous les problèmes qui se posent. »
Pierre Guillaume BOUM BISSAI, représentant Cemac

« Sur recommandation de l’observatoire, la Cemac a déjà crée la Brigade Mixte Cemac »

« L’Observatoire des Pratiques Anormales est né de la nécessité de disposer d’indicateurs objectifs pour alimenter les politiques communautaires visant à renforcer la fluidité des échanges économiques et consolider notre intégration sous-régionale. Il s’inscrit dans le cadre de la démarche communautaire, décidée par les Chefs d’Etat, visant à donner corps à une véritable libre circulation des biens et des personnes à travers l’interconnexion des infrastructures de transport, l’intégration physique, et la fluidification des échanges. Sur la base des recommandations de l’observatoire, la Cemac a d’ores et déjà crée la Brigade Mixte Cemac, en cours d’opérationnalisation dans les Etats-membres, et sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoirs. Cette avancée est un produit concret du travail de l’OPA. De la même manière, avec l’appui de nos partenaires de l’Union européenne, nous travaillons déjà sur la mise en place d’un Observatoire Régional des Transports (ORT) et d’une gestion optimisée des corridors, dans le cadre de partenariat public-privé. »

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