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Pressé par le FMI et le patronat, le Cameroun se prépare à resserrer la vis autour des cadeaux fiscaux aux investisseurs

(Investir au Cameroun) – Le gouvernement camerounais finalise actuellement un texte modifiant pour la 2è fois, après 2017, la loi d’avril 2013 portant incitations à l’investissement privé en République du Cameroun. Ce texte accorde aux investisseurs privés des exonérations fiscalo-douanières allant de 5 ans à 10 ans, dans le cadre de la réalisation de leurs projets d’investissements. Ces cadeaux fiscaux couvrent aussi bien la phase de démarrage des projets que celle de production.
Selon les informations révélées par le ministère des Finances dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2026-2028, la 2è modification de cette loi vise à rationaliser les dépenses fiscales de l’Etat – mesures particulières dérogeant au système fiscal de référence (SFR), qui occasionnent des pertes de recettes pour l’État–afin d’optimiser leur impact économique et social.
«En 2023, les dépenses fiscales se sont élevées à 449,4 milliards de FCFA – dont 113,5 milliards de FCFA en lien avec la loi de 2013, correspondant à 25,2% de la dépense fiscale globale, NDLR –Pour optimiser leur impact économique et social, un projet d’ordonnance modifiant la loi de 2013 est en cours de finalisation. Ce texte vise à mieux aligner les secteurs éligibles aux priorités de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), à substituer progressivement les exonérations par des crédits d’impôt mieux ciblés, et à renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation des dépenses fiscales», apprend-on du document élaboré par le ministère des Finances.
Accroissement des recettes
L’on peut cependant remarquer que la modification en cours de finalisation de la loi de 2013 sur les incitations à l’investissement survient après des interpellations aussi bien du Fonds monétaire international (FMI) que du patronat camerounais, sur l’efficacité réelle de ce texte. En effet, dans un communiqué publié le 30 janvier 2025 annonçant la conclusion d’un accord entre ses services et l’État, autour d’une revue du programme économique et financier avec le Cameroun, le FMI « encourage les autorités(…) à réviser la loi de 2013, afin de rationaliser les incitations à l’investissement». Surtout dans un contexte où le gouvernement a pour leitmotiv l’accroissement des recettes fiscales et douanières – et même non fiscales – afin de pouvoir satisfaire des besoins sans cesse croissants.
Cette suggestion du FMI survenait des mois après une sortie beaucoup plus vigoureuse du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), la principale organisation patronale du pays. «Les incitations aux investissements en République du Cameroun doivent être entièrement repensés », avait tranché Célestin Tawamba, le président du Gecam, au cours de la« rentrée économique du patronat »camerounais le 18 septembre 2024 à Douala.
Pression fiscale à géométrie variable
Dans le détail,le patron des patrons du Cameroun dénonce, par exemple,la longueur et le caractère injustifié des phases d’installation (de 5 à 7 ans) et d’exploitation des entreprises (jusqu’à 10 ans), pendant lesquelles les exonérations fiscalo-douanières accordées dans le cadre de cette loi sont valables.« Elles permettent à certaines entreprises d’utiliser ces avantages à d’autres fins que l’investissement réel annoncé, ou de continuer d’utiliser les avantages de la phase d’installation pour un projet déjà en phase d’exploitation »,croit-il savoir.
Par ailleurs, le président du Gecam s’insurge contre la confusion dans la compréhension des critères d’éligibilité, qui «laisse place à l’arbitraire et ne garantit pas l’équité dans le traitement des dossiers». Il y a aussi, poursuit-il, la non-prise en compte des spécificités des zones enclavées, afin d’encourager le développement équilibré des différentes régions, en droite ligne avec l’esprit de la décentralisation. De plus, ajoute Célestin Tawamba, certaines mesures sont inadaptées aux objectifs recherchés par la loi, ce qui «fait perdre des recettes importantes à l’État et augmente la pression fiscale sur les entreprises existantes, qui doivent combler le déficit ainsi créé».
Au regard de toutes ces tares, affirme le président du Gecam, «une refonte de la loi sur les incitations aux investissements est indispensable pour garantir une mise en cohérence d’ensemble, afin d’avoir un impact plus significatif». Ce d’autant plus que, soutient-on au Gecam, pour une proportion de 198 milliards de FCFA d’incitations fiscales et douanières accordées, la richesse créée se situerait autour de 41 milliards de FCFA seulement, soit 0,0018 % du PIB.
Brice R. Mbodiam
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Filière lait : le PNUD appuie la transformation locale face à un déficit national de plus de 120 000 tonnes

(Investir au Cameroun) – Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) entend accompagner le Cameroun dans la transformation locale du lait, alors que la production nationale reste très inférieure à une demande estimée à plus de 300 000 tonnes par an. Cette coopération doit porter sur le montage de projets, l’amélioration de la collecte et de la conservation ainsi que le renouvellement générationnel au sein des communautés pastorales.
L’engagement a été évoqué le 23 juillet 2026, lors d’une rencontre entre le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Dr Taïga, et le représentant résident du PNUD au Cameroun, Mathieu Ciowela.
Les échanges ont porté sur une assistance technique à la préparation de projets, l’appui à la transformation du lait local et la préparation d’une relève au sein des communautés d’éleveurs. Le partenariat vise à corriger plusieurs faiblesses structurelles qui limitent encore la production et la commercialisation des produits laitiers camerounais.
Un déficit supérieur à 120 000 tonnes
Selon les données du ministère de l’Élevage, la production nationale de lait a atteint 176 618 tonnes en 2023, contre 173 907 tonnes en 2022, soit une progression précise de 1,6 %, généralement arrondie à 2 %.
Face à une demande intérieure supérieure à 300 000 tonnes par an, le déficit théorique dépasse 120 000 tonnes. Cet écart est en partie couvert par les importations de lait, de poudre et d’autres produits laitiers.
D’après l’Institut national de la statistique, cité parBusiness in Cameroon, le pays a consacré 40,6 milliards de FCFA à l’importation de 20 596 tonnes de lait et de produits laitiers en 2023. Les industries auraient parallèlement importé 17 217 tonnes de lait en poudre ou concentré, pour 35 milliards de FCFA.
Ces deux montants ne doivent toutefois pas être automatiquement additionnés : les importations industrielles de poudre et de lait concentré peuvent déjà être comprises dans la catégorie plus large du lait et des produits laitiers.
Collecte, chaîne du froid et transformation
L’appui du PNUD devrait porter sur l’amélioration des systèmes de collecte, de conservation et de transformation, le renforcement des capacités des éleveurs, des collecteurs et des unités de transformation, ainsi que l’adoption de technologies modernes.
La faiblesse de la chaîne du froid reste l’un des principaux obstacles au développement du secteur. Une partie du lait produit dans les bassins d’élevage ne peut être rapidement acheminée vers les centres de consommation ou les unités industrielles. L’insuffisance des équipements de conservation provoque ainsi des pertes après la traite et réduit les volumes commercialisés.
À ces contraintes s’ajoutent les faibles rendements de nombreuses races bovines, le coût de l’alimentation animale, la dispersion des producteurs et le nombre limité d’unités de transformation à proximité des zones de production.
Le développement de centres de collecte équipés, de moyens de transport réfrigérés et de petites unités de pasteurisation pourrait mieux connecter les éleveurs aux industries et aux marchés urbains.
Un plan de 305,7 milliards de FCFA jusqu’en 2035
Le gouvernement considère la filière laitière comme un axe de sa politique d’import-substitution. Au-delà de la réduction de la facture extérieure, une transformation accrue du lait local pourrait créer des débouchés pour les éleveurs, les transporteurs, les collecteurs et les entreprises agro-industrielles.
En juin 2024, le Cameroun a adopté un plan de développement du secteur laitier évalué à 305,7 milliards de FCFA pour la période 2024-2035. Il ambitionne de porter la production nationale à plus d’un million de tonnes à l’horizon 2035.
Cet objectif suppose de multiplier par près de six le niveau de production enregistré en 2023. Sa réalisation dépendra de la mobilisation effective des financements, de l’amélioration génétique du cheptel, du développement des cultures fourragères et de la construction d’infrastructures de collecte et de transformation.
L’intervention annoncée du PNUD pourrait aider à structurer certains projets et à renforcer leur viabilité technique et commerciale. Aucun montant, calendrier d’exécution ou portefeuille précis d’investissements n’a toutefois encore été communiqué.
Mercy Fosoh
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