Connect with us

Actualités locales

Cemac : le FMI presse la BEAC de supprimer le financement des projets du secteur productif, la banque centrale résiste

Published

on

Cemac : le FMI presse la BEAC de supprimer le financement des projets du secteur productif, la banque centrale résiste
Spread the love

(Investir au Cameroun) – La suspension du guichet spécial de refinancement de la BEAC n’est pas seulement une décision technique. Elle révèle un désaccord plus profond entre la banque centrale de la Cemac et le Fonds monétaire international (FMI) sur le rôle de la politique monétaire dans le financement de l’économie réelle. Interrogé le 29 juin 2026 à Yaoundé, à l’issue du Comité de politique monétaire (CPM), le gouverneur Yvon Sana Bangui a indiqué que le gel décidé le 2 avril répondait à une recommandation du FMI visant la suppression progressive de ce mécanisme dédié au refinancement des crédits à moyen terme accordés aux projets productifs.

Selon le gouverneur de la BEAC, cette recommandation figure dans une note technique des services du FMI sur l’exécution de la stratégie régionale de la Cemac, élaborée en amont des concertations tripartites du 26 février 2026 entre l’institution de Bretton Woods et les autorités communautaires. Dans ce document consulté par Investir au Cameroun, le FMI recommande la« suppression progressive du guichet spécial de refinancement », parmi les« priorités additionnelles de politiques économiques pouvant contribuer de manière déterminante au renforcement des assurances régionales ».

Pour le FMI, l’enjeu est d’abord macroéconomique. Dans une union monétaire à parité fixe, la préservation des réserves de change constitue un élément central de stabilité. Or, après la baisse des avoirs extérieurs observée en 2025, l’institution estime que certains instruments de financement peuvent accroître la demande de devises, notamment lorsqu’ils servent à financer des projets nécessitant l’importation d’équipements industriels.

Yvon Sana Bangui résume ainsi l’argument du FMI :« Dans une situation de fragilité des réserves de change, tout financement de projets se traduit par des importations. Tous les projets qui ont été financés ont abouti à des importations, notamment des équipements industriels, ce qui a une conséquence immédiate sur nos réserves de change ». Autrement dit, le refinancement de crédits productifs peut soutenir l’investissement, mais il peut aussi exercer une pression sur les réserves lorsque les projets financés nécessitent l’achat de machines, d’équipements ou de services à l’étranger.

La BEAC refuse une suppression automatique

La recommandation du FMI se heurte toutefois à l’opposition de la banque centrale. Pour la BEAC, le guichet spécial de refinancement ne peut pas être supprimé au seul motif d’une tension temporaire sur les réserves de change. L’institution estime qu’il s’agit d’un outil utile pour accompagner l’investissement productif dans une région où les entreprises se heurtent à des conditions de financement souvent difficiles.

« Nous avons fait savoir au FMI que ce n’est pas parce qu’il y a une situation temporaire qu’il faut prendre une mesure de suppression du guichet spécial de refinancement. Sommes-nous la seule banque centrale qui dispose de cet instrument ? », s’interroge Yvon Sana Bangui.

Le gouverneur rappelle que cet outil existe depuis longtemps, mais qu’il était resté dormant avant sa réactivation. Pour la BEAC, sa remise en service répondait à un objectif clair : stimuler l’investissement productif et accompagner l’industrialisation dans les six pays de la Cemac, à savoir le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine.

« Nous disposons de cet instrument depuis fort longtemps. Nous avons voulu accompagner l’essor de notre économie, stimuler la croissance dans la zone Cemac en réactivant ce guichet qui était dormant. Nous ne pouvons pas aller vers sa suppression », affirme Yvon Sana Bangui.

La position arrêtée par la banque centrale est donc intermédiaire : le guichet est gelé, mais pas supprimé. Le CPM du 2 avril 2026 a décidé de suspendre les opérations, tout en mettant en place un groupe de travail chargé d’évaluer la pertinence du mécanisme, notamment à travers un benchmark international.

« Si aucune banque centrale au monde ne dispose d’un tel instrument, nous allons le supprimer. Mais s’il existe une seule banque centrale qui dispose d’un instrument d’accompagnement de l’économie réelle, nous n’allons pas supprimer le nôtre. Voilà notre position », explique le gouverneur.

Un outil contesté, mais jugé stratégique par la BEAC

Pour les dirigeants de la BEAC, le guichet spécial de refinancement joue un rôle stratégique dans une région où le financement de long terme reste limité. Il permet aux banques commerciales d’obtenir des ressources auprès de la banque centrale pour refinancer des crédits accordés à des projets d’investissement, notamment industriels, agricoles, miniers ou infrastructurels.

La BEAC y voit un instrument de diversification des sources de financement, mais aussi une alternative aux conditions parfois coûteuses du marché international. Selon Yvon Sana Bangui, la Cemac doit tenir compte du durcissement des conditions d’accès aux capitaux extérieurs, dans un contexte où les taux appliqués aux emprunteurs de la région sont souvent pénalisés par la perception du risque.

« Aujourd’hui, il faut tenir compte des conditions de prêts à l’international qui deviennent de plus en plus difficiles avec des taux d’intérêt quelques fois usuriers, du fait des cotations faites par des cabinets extérieurs ne maîtrisant pas le contexte économique de notre région », soutient le gouverneur.

Cette position traduit une divergence de doctrine. Pour le FMI, la priorité est de protéger les réserves de change et de limiter les instruments susceptibles d’accroître la demande de devises. Pour la BEAC, la discipline extérieure ne doit pas conduire à priver la région d’un levier de financement de l’économie réelle, alors que les pays de la Cemac cherchent à diversifier leur base productive et à réduire leur dépendance aux exportations de matières premières.

Le Cameroun, principal utilisateur du guichet

Le Cameroun, qui concentre près de la moitié du réseau bancaire de la Cemac, est l’un des pays les plus actifs sur ce guichet spécial de refinancement. En 2025, plusieurs opérations portées par des banques locales ont été validées par la BEAC.

La banque centrale a notamment approuvé le refinancement de crédits de 41,2 milliards de FCFA accordés par des banques locales pour le projet d’exploitation du gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi. Elle a également validé le refinancement de prêts bancaires de 31,3 milliards de FCFA destinés au programme d’investissement de l’opérateur public des télécommunications Camtel.

D’autres dossiers ont également été introduits ou validés. CCA Bank a été autorisée à lever 30 milliards de FCFA auprès de la BEAC pour participer au financement d’un projet minier au Congo. Afriland First Bank a, de son côté, sollicité le refinancement de la banque centrale pour la construction d’une huilerie de 20 milliards de FCFA à la Société de développement du coton (Sodecoton).

Cet engouement illustre l’intérêt des banques et des industriels pour un instrument susceptible d’alléger le coût du financement de projets productifs. Mais il explique aussi les réserves du FMI : plus le guichet est sollicité, plus les projets financés peuvent générer des importations d’équipements et donc des sorties de devises.

Le débat s’élargit à la BDEAC

La BEAC assume toutefois sa volonté d’accompagner les économies de la sous-région. Le gouverneur cite, à titre d’exemple, le regain de coopération avec la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC). En 2025, la banque centrale a signé avec cette institution une convention de compte courant ayant permis d’allouer 120 milliards de FCFA au financement de projets de développement dans la Cemac. Elle a également procédé à l’augmentation de sa participation au capital de la BDEAC, à hauteur de 86 milliards de FCFA.

« On va aussi nous reprocher de réactiver l’accompagnement de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale ? », interroge Yvon Sana Bangui.« Ça traduit notre volonté d’accompagner nos économies. Nous assumons pleinement notre mission et notre engagement à soutenir notre communauté », ajoute-t-il.

Cette défense renvoie à une question de fond : jusqu’où une banque centrale peut-elle aller dans le soutien au développement sans compromettre son mandat de stabilité monétaire et extérieure ? Dans le cas de la Cemac, la question est d’autant plus sensible que la monnaie commune repose sur une parité fixe avec l’euro et que les réserves de change constituent un indicateur clé de crédibilité.

Entre stabilité extérieure et industrialisation

Le gel du guichet spécial de refinancement apparaît ainsi comme un compromis temporaire. La BEAC accepte de suspendre les opérations, le temps d’évaluer l’instrument et ses effets, mais elle refuse pour l’instant d’entériner sa disparition. Le FMI, de son côté, pousse à une réduction progressive des dispositifs susceptibles de fragiliser les réserves de change.

Pour les banques commerciales et les porteurs de projets industriels, l’issue de ce débat est stratégique. Une suppression du guichet réduirait l’accès à une source de refinancement jugée attractive pour les projets productifs. Mais son maintien, sans encadrement strict, pourrait nourrir les inquiétudes sur la position extérieure de la Cemac.

La décision finale dépendra donc de l’arbitrage entre deux impératifs : préserver les réserves de change, condition de stabilité monétaire, ou maintenir un instrument de financement de l’industrialisation dans une région où l’accès au crédit de long terme demeure limité. En gelant le guichet sans le supprimer, la BEAC cherche pour l’instant à gagner du temps. Mais le débat ouvert avec le FMI montre que la question du financement de l’économie réelle est désormais au cœur de la surveillance macroéconomique régionale.

Brice R. Mbodiam

Lire aussi:

08-06-2026 – Cemac : la BEAC suspend les opérations de refinancement des investissements dans le secteur productif

17-02-2026 – Fer de Grand Zambi : cinq banques locales autorisées à lever 41,2 milliards de FCFA à la BEAC pour financer l’exploitation

16-01-2026 – CCA Bank annoncé sur deux deals de 34,1 milliards de FCFA dans des projets miniers au Cameroun et au Congo

30-09-2025 - Sonara : la BEAC disposée à activer son guichet B pour financer les travaux de réhabilitation à hauteur de 60%

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Click to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Actualités locales

Cacao : le ministre Mbarga Atangana pointe « l’écologie punitive » de la nouvelle règlementation de l’UE

Published

on

Cacao : le ministre Mbarga Atangana pointe « l’écologie punitive » de la nouvelle règlementation de l’UE
Spread the love

(Investir au Cameroun) – Alors que la filière cacao camerounaise se prépare aux nouvelles exigences européennes de traçabilité et de lutte contre la déforestation, les producteurs s’inquiètent du coût de cette transition. À l’ouverture des Cocoa Days, organisés ce jeudi 2 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a dénoncé une forme d’« écologie punitive », estimant que les planteurs sont appelés à supporter des contraintes croissantes sans contrepartie suffisante sur les prix.

Le propos intervient dans un contexte de retournement du marché local. Après l’embellie observée au cours des récentes saisons cacaoyères, avec des prix bord-champ ayant atteint jusqu’à 5 000 FCFA le kilogramme, les producteurs font face à une forte correction. Selon le ministre du Commerce, le kilogramme s’échange aujourd’hui autour de 1 800 à 2 000 FCFA, un niveau jugé insuffisant pour absorber les charges nouvelles liées à la conformité, à l’achat d’intrants et à la main-d’œuvre.

À en croire Luc Magloire Mbarga Atangana,« le sentiment des producteurs est que chaque jour, on leur demande toujours un peu plus, sans contrepartie ». Le membre du gouvernement dit ne pas contester le principe de la durabilité, mais interroge la répartition du coût de cette transition dans une filière où les petits producteurs restent le maillon le plus vulnérable.

Le RDUE, une pression déjà réelle sur la filière

Adopté par l’Union européenne, le Règlement contre la déforestation et la dégradation des forêts (RDUE) impose aux opérateurs et commerçants concernés de prouver que les produits mis sur le marché européen, ou exportés depuis l’UE, ne sont pas issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020 et respectent la législation pertinente du pays de production. Le cacao fait partie des produits concernés, au même titre que le café, le soja, le palmier à huile, le bois, le caoutchouc ou encore les bovins.

Même si sa pleine application a été repoussée — au 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs, puis au 30 juin 2027 pour les micro et petits opérateurs —, le règlement exerce déjà une pression sur les chaînes d’approvisionnement. Les exportateurs, acheteurs et industriels exigent progressivement des producteurs des informations plus précises sur l’origine des fèves, la géolocalisation des parcelles et le respect des normes sociales, environnementales et fiscales applicables.

Pour les producteurs camerounais, cette pression se traduit par une mutation du modèle de production. Le RDUE ne leur impose pas directement une obligation juridique uniforme, mais il conditionne l’accès au marché européen à une traçabilité plus exigeante. En pratique, les planteurs doivent donc s’adapter aux demandes de leurs acheteurs s’ils veulent continuer à écouler leur production dans les circuits d’exportation.

“Oui à la durabilité, mais aussi à la profitabilité”

Luc Magloire Mbarga Atangana assure que le Cameroun ne rejette pas l’objectif environnemental poursuivi par l’Union européenne.« Loin de moi l’idée ou l’intention de remettre en cause le règlement sur la déforestation, qui est une cause noble pour la préservation de l’environnement. Nos producteurs s’y sont pliés, parfois à leur corps défendant », a-t-il déclaré.

Mais le ministre pose la question de la compensation économique.« La question que ceux-ci nous posent est de savoir ce qu’ils reçoivent en retour », poursuit-il. Avant de résumer la position camerounaise :« Nous disons oui à la durabilité », mais aussi« oui, trois fois oui, à la profitabilité, à la décence des prix, à l’équité de la rémunération et à la transparence du marché ».

Cette ligne traduit une préoccupation de plus en plus récurrente dans les pays producteurs : la durabilité ne peut pas être exigée uniquement au niveau de la production, sans mécanisme garantissant une meilleure rémunération des planteurs. Pour le Cameroun, l’enjeu est d’éviter que les nouvelles normes environnementales ne deviennent une barrière commerciale supplémentaire, supportée principalement par les petits producteurs.

Des charges en hausse pour les producteurs

Le ministre du Commerce estime que les prix actuellement pratiqués ne permettent pas aux producteurs de faire face aux charges induites par les nouvelles exigences. La transition vers une agriculture moins extensive, destinée à limiter la pression sur les forêts, suppose notamment d’améliorer les rendements sur des parcelles existantes. Cela passe par l’usage d’intrants, de traitements phytosanitaires et de meilleures pratiques culturales, dont le coût reste élevé pour de nombreux planteurs.

«On nous oblige aujourd’hui à pratiquer une agriculture non plus extensive, pour éviter la déforestation, mais intensive, sur des parcelles limitées, en utilisant des intrants chimiques. Or ceux-ci ne sont pas à portée de prix. Avant, nous utilisions des méthodes de culture traditionnelles sur nos parcelles»,explique Martin Kamdjeu, Président du conseil d’administration d’une coopérative agricole, et producteur dans la localité de Nkondjock.

À cette contrainte s’ajoute le renchérissement de la main-d’œuvre. Selon les producteurs, l’envolée des prix observée lors des précédentes campagnes a modifié l’équilibre local du travail agricole. Certains ouvriers sont devenus eux-mêmes propriétaires de parcelles, réduisant l’offre de main-d’œuvre disponible.

« Avec l’envolée du prix du kilogramme, certains ouvriers sont devenus eux aussi propriétaires de parcelles, donc producteurs. La main-d’œuvre est donc devenue rare et chère. Aujourd’hui, vous ne payez pas un ouvrier moins de 40 000 FCFA, contre 25 000 FCFA il y a encore quelques années », explique Hortense Nguele, présidente régionale de l’Association nationale des producteurs de cacao et de café.

Débat sur le partage de la valeur

Au-delà du coût des intrants et de la main-d’œuvre, plusieurs producteurs accusent les grandes firmes internationales qui achètent le cacao de préserver leurs marges, tout en transférant une partie du coût de la conformité vers l’amont de la chaîne. Cette critique relance le débat sur le partage de la valeur entre planteurs, exportateurs, industriels, chocolatiers et distributeurs.

Pour l’Union européenne, le RDUE vise à réduire l’impact de sa consommation sur la déforestation mondiale et à garantir que les produits importés ne contribuent pas à la dégradation des forêts. Mais pour les pays producteurs, la question demeure : qui doit financer l’adaptation des filières agricoles aux nouvelles exigences environnementales ?

C’est sur ce point que le ministre du Commerce cherche à déplacer le débat. Le Cameroun ne conteste pas officiellement la lutte contre la déforestation, mais il alerte sur une transition environnementale qui risque de fragiliser davantage les producteurs si elle n’est pas accompagnée par des prix rémunérateurs, des mécanismes de soutien et une plus grande transparence du marché.

La filière cacao camerounaise se retrouve ainsi prise entre deux impératifs : préserver son accès au marché européen en se conformant aux nouvelles normes, tout en évitant que le coût de cette conformité ne réduise davantage le revenu des planteurs. Pour Luc Magloire Mbarga Atangana, la durabilité ne pourra être acceptée durablement par les producteurs que si elle s’accompagne d’une meilleure équité économique.

Ludovic Amara

Lire aussi :

24-12-2025 – RDUE : le Cameroun affirme pouvoir produire du cacao sans déforestation grâce à 650 000 hectares

Le cacao camerounais bientôt soumis à sept exigences légales pour entrer sur le marché européen

30-06-2026-Agriculture durable : plus de 8 milliards FCFA investis depuis 2020 dans la certification des bassins agricoles

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Actualités locales

Mondial 2026 : Jules Denis Onana explique pourquoi l’Afrique peine encore à rivaliser au plus haut niveau

Published

on

Spread the love

Le constat sans détour de Jules Denis Onana après les éliminations de la RDC et du Sénégal : « Il nous manque encore quelque chose […]

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Actualités locales

Finance digitale : Wave affirme sa stratégie de long terme au Cameroun, premier marché mobile money de la Cemac

Published

on

Finance digitale : Wave affirme sa stratégie de long terme au Cameroun, premier marché mobile money de la Cemac
Spread the love

(Investir au Cameroun) – Près d’un an après le feu vert accordé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) à Commercial Bank Cameroun (CBC) pour déployer le service de paiement « Wave » en partenariat avec Wave Transfer S.A., la fintech intensifie ses échanges avec les autorités camerounaises et les acteurs de l’écosystème financier. Objectif : préparer son développement dans le principal marché du mobile money de la Cemac.

Dans ce cadre, une délégation du groupe a récemment conduit une série de rencontres avec des autorités monétaires et financières, des régulateurs, des représentants du gouvernement, des partenaires financiers ainsi que des acteurs du secteur numérique. Selon l’entreprise, ces échanges visaient à présenter sa vision pour le marché camerounais, à recueillir les attentes des différentes parties prenantes et à identifier les axes de collaboration susceptibles de favoriser le développement de services financiers numériques plus accessibles.

Les discussions ont notamment porté sur l’amélioration de l’accès aux services financiers pour les populations encore exclues du système bancaire, la mise à disposition de solutions de paiement simples et abordables, la protection des consommateurs, la conformité réglementaire et la sécurisation des transactions.

Une entrée encadrée par CBC

Cette offensive institutionnelle intervient après une étape réglementaire décisive. Le 11 juin 2025, la Cobac a autorisé Commercial Bank Cameroun à mettre à la disposition de sa clientèle le service de paiement « Wave », en partenariat avec Wave Transfer S.A. Cette précision est importante car Wave n’a pas été agréée comme établissement de paiement autonome au Cameroun. Son déploiement s’inscrit dans le cadre d’un partenariat bancaire avec CBC.

En vertu de cette autorisation, le service « Wave » doit permettre plusieurs opérations : dépôts et retraits d’espèces, transferts de personne à personne, paiements marchands, règlement de factures, paiements de masse, transferts entre portefeuille mobile et compte bancaire, consultation de solde, transferts internationaux entrants et achat de crédit de communication.

Pour Wave, l’enjeu est donc double : s’insérer dans le cadre réglementaire de la Cemac, tout en adaptant son offre aux usages locaux. L’entreprise met en avant un modèle fondé sur la simplicité, la transparence et l’accessibilité des services financiers. « Les services financiers doivent être simples, accessibles, transparents et adaptés aux réalités quotidiennes des populations », indique un responsable de l’entreprise.

Le Cameroun, locomotive du mobile money en Cemac

Le choix du Cameroun n’est pas anodin. Selon le rapport 2024 de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur les services de paiement dans la Cemac, le pays concentre 2,73 milliards de transactions mobile money sur un total sous-régional de 3,74 milliards. En valeur, les opérations réalisées au Cameroun atteignent 26 773 milliards de FCFA, sur un total de 34 779 milliards de FCFA pour l’ensemble de la Cemac.

Ces chiffres confirment le poids du marché camerounais dans les paiements numériques en Afrique centrale. Ils traduisent aussi l’ampleur de la concurrence à laquelle Wave devra faire face, dans un écosystème déjà dominé par des acteurs installés du mobile money, adossés aux grands opérateurs télécoms et à des réseaux de distribution étendus.

L’entreprise mise également sur son intégration au Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale (Gimac), qui devrait favoriser, à terme, l’interconnexion des services de paiement dans l’espace Cemac et faciliter les transactions transfrontalières.

Un marché massif, mais très encadré

L’arrivée de Wave intervient dans un marché à fort potentiel, mais fortement surveillé par les régulateurs. La croissance rapide du mobile money soulève des enjeux de protection des consommateurs, de lutte contre la fraude, de conformité, d’interopérabilité et de sécurité des transactions.

Pour les autorités monétaires, l’expansion des fintechs doit donc s’accompagner d’un encadrement strict. Le partenariat avec CBC permet à Wave d’entrer sur le marché à travers un acteur bancaire déjà soumis à la supervision de la Cobac et aux exigences techniques de la BEAC en matière de services de paiement.

Pour Wave, la phase actuelle de dialogue avec les autorités apparaît ainsi comme une étape de préparation stratégique. Elle doit permettre à l’entreprise de sécuriser son implantation, d’aligner son modèle avec les exigences réglementaires et de rassurer les parties prenantes sur sa capacité à opérer dans un environnement financier sensible.

Le déploiement effectif du service sera observé de près. Dans un marché camerounais massif, concurrentiel et encore marqué par de forts besoins d’inclusion financière, Wave pourrait contribuer à élargir l’offre de paiements numériques. Mais son succès dépendra de sa capacité à conjuguer prix attractifs, couverture du réseau, conformité réglementaire, sécurité des transactions et articulation opérationnelle avec CBC.

Amina Malloum

Lire aussi:

14-06-2025 – Paiements digitaux : la start-up Wave s’associe au banquier CBC pour se déployer au Cameroun

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Trending

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infosCliquez ici