Actualités locales
pourquoi la banane coûte de plus en plus cher malgré une production record
Les prix des bananes augmentent sur les marchés locaux à travers le Cameroun, malgré une forte croissance des exportations. En janvier 2026, le Cameroun a exporté 27 674 tonnes de bananes, soit une hausse de 27,39 % par rapport à janvier 2025, ce qui représente la meilleure performance mensuelle du secteur depuis 16 ans, selon les chiffres de l’industrie.
Malgré cet essor des exportations, les ménages affirment que les bananes deviennent de plus en plus inabordables. Au rayon bananes du marché de Dakar, les prix ont doublé. Cinq bananes plantains se vendent désormais à 200 francs CFA, contre 100 auparavant, et il ne reste que quelques régimes disponibles.
Martine Ikassi, acheteuse, explique que la hausse des prix rend difficile pour les familles de se nourrir de bananes comme aliment de base : « Avant, nous achetions sept bananes pour 100 francs, mais aujourd’hui, j’en ai acheté que cinq pour 200 francs. Il n’y a plus d’argent. Tout est cher, même les bananes, un aliment sur lequel nous pouvions compter. Je voulais en cuisiner pour mes enfants. »
Un autre client, Philip, explique que même avec un budget plus important, il est devenu difficile d’acheter suffisamment de bananes. « J’ai fait le tour du marché, impossible d’en trouver. Les bananes sont trop chères. Même avec 1 500 francs, on n’arrive plus à en manger correctement », déplore-t-il.
Il ajoute qu’avant, 2 000 francs suffisaient pour préparer une marmite de bananes pour toute la famille, mais ce n’est plus le cas.
Du côté des vendeurs, grossistes et détaillants affirment que les prix fluctuent quotidiennement en fonction de l’approvisionnement des agriculteurs et de la qualité des bananes livrées sur le marché.
Le vendeur Wandji Dorrette explique que la demande des acheteurs étrangers peut également influencer les prix : « Tout dépend des arrivages. Parfois, si les Tchadiens n’achètent pas beaucoup, ou s’il y a des problèmes avec les camions qui transportent les bananes, nous en avons en abondance et les prix baissent. »
Certains vendeurs s’interrogent sur les raisons de prix aussi élevés dans un pays qui produit des bananes localement. « Nous cultivons des bananes ici, dans ce pays, mais nous souffrons toujours. Nous ignorons où elles finissent toutes », déplore un vendeur.
D’autres affirment que les bananes vendues localement sont souvent celles qui ne sont pas exportables. « Ce sont des bananes qui ne peuvent pas voyager à l’étranger. Avant, on les jetait parfois. Maintenant, elles sont vendues ici, mais elles restent chères », explique un vendeur.
L’économiste Jean-Marie Biada explique que l’écart entre la hausse des exportations et les prix élevés sur le marché intérieur est en grande partie structurel.
Selon lui, plus de 95 % des bananes produites par les exploitations agro-industrielles sont exportées, ce qui rend le marché local dépendant des petits exploitants. « Les plantations locales sont généralement petites. La plupart des agriculteurs cultivent moins de deux hectares et associent la banane à d’autres cultures », explique-t-il.
M. Biada souligne également que le gouvernement n’a pas instauré de quotas obligeant les grands producteurs à approvisionner le marché intérieur.
« Le gouvernement a imposé des quotas aux agriculteurs industriels pour les contraindre à approvisionner le marché local, alors que les intrants nécessaires à la production – main-d’œuvre, sel, savoir-faire et transport – proviennent du Cameroun », a-t-il déclaré.
Pour stabiliser les prix, l’économiste suggère d’instaurer des quotas de production pour le marché local et de soutenir la création de grandes exploitations agricoles gérées par des investisseurs camerounais.
« Le gouvernement ne devrait pas avoir honte de créer ce que j’appelle un capital industriel local. Il fournit donc des capitaux. Nous disposons également de ressources humaines, de main-d’œuvre, et le gouvernement peut aussi faciliter l’accès à des bailleurs de fonds internationaux pour la création d’exploitations agricoles industrielles gérées par des Camerounais. »
La banane demeure l’un des dix principaux produits d’exportation non pétroliers du Cameroun, générant 36,6 milliards de francs CFA grâce à 243 428 tonnes exportées en 2024, selon l’Institut national de la statistique.
Parallèlement, alors que les exportations augmentent, de nombreux ménages constatent que cet aliment de base, autrefois abordable, disparaît progressivement de leur alimentation.
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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.
Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.
« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.
Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.
Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :
« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.
Une distraction regrettable
L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.
Le clash comme programme
Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».
Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.
Qui profite du bruit ?
La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.
C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.
Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.
À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF
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