Connect with us

Actualités locales

Budget 2026 : la manœuvre du Minfi pour sortir les cautions du contentieux fiscal du champ de la CDEC

Published

on

Budget 2026 : la manœuvre du Minfi pour sortir les cautions du contentieux fiscal du champ de la CDEC
Spread the love

(Investir au Cameroun) – Le nœud du problème se situe au point 291 de la Circulaire relative à l’exécution du budget de l’État et des autres entités publiques pour l’exercice 2026. Ce point rappelle que « les juridictions et administrations ne peuvent autoriser ou ordonner des dépôts et/ou consignations prévus par les lois et règlements auprès des personnes physiques ou organismes autres que la Caisse des dépôts et consignations (…) » et précise que les consignations et dépôts effectués en violation de cette règle sont « nuls et non libératoires, sous réserve des dispositions des textes particuliers, notamment en matière fiscale ».

C’est précisément cette dernière phrase qui oppose le ministre des Finances (Minfi) à la Caisse des dépôts et consignations (CDEC). Elle introduit en effet une « réserve » susceptible d’exclure du champ de la CDEC les cautions versées dans le cadre du contentieux fiscal. Pour plusieurs juristes, une telle exception entrerait en contradiction avec la loi n°2008/003 du 14 avril 2008 régissant les dépôts et consignations, dont l’article 6 pose un principe sans nuance : « les juridictions et administrations ne peuvent autoriser ou ordonner des dépôts ou consignations auprès des personnes physiques ou organismes autres que la Caisse des dépôts et consignations. Elles ne peuvent non plus autoriser les débiteurs, dépositaires et tiers saisis à les conserver en qualité de séquestre ». « Est-ce à dire qu’une circulaire — texte d’exécution — ouvrirait une exception là où la loi, elle, poserait un principe général ? », s’étonne un cadre des impôts.

La question de hiérarchie des normes surgit donc au cœur d’un sujet très concret : qui doit détenir l’argent du contentieux fiscal, et à quel titre ?

Passage en force du Minfi

Pour comprendre d’où vient cette tentative de dérogation, il faut remonter au 26 décembre 2025. Dans une note produite ce jour et consultée par Investir au Cameroun, le ministre des Finances demande, noir sur blanc, au directeur général du Budget de « reformuler le point 291 » du Projet de circulaire d’exécution du budget 2026.

Dans cette note, Louis Paul Motaze instruit l’introduction de la précaution qui concentre aujourd’hui la controverse : « Sous réserve des textes spécifiques, notamment en matière fiscale et douanière… ». Le ministre insiste par ailleurs sur la nécessité de préserver « les spécificités des procédures de recouvrement des recettes fiscales », lit-on sur la note.

À l’analyse, cette formulation donne la clé politique du dossier. Pour le ministre des Finances, il ne s’agit pas seulement de savoir si la CDEC doit recevoir ces fonds, mais de déterminer si l’administration fiscale peut continuer à gérer — directement ou indirectement — une masse financière liée aux contentieux.

Opposition de la CDEC

Face à cette offensive de l’argentier national, la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) réagit par une lettre datée du 26 décembre 2025 adressée au Secrétaire général des services du Premier ministre. Son directeur général, Richard Evina Obam, y dit constater la persistance d’une volonté de l’administration fiscale de ne pas se conformer à la législation sur les dépôts et consignations, tout en s’inquiétant des « réserves » opposées à la conservation des fonds issus des litiges fiscaux.

Surtout, la CDEC s’attaque au cœur du dispositif en contestant la nature comptable de ces montants. Dans sa correspondance, l’établissement public soutient que les sommes versées dans le cadre des contentieux fiscaux restent, par définition, contestées et ne devraient donc pas être assimilées à des recettes budgétaires. Il met en garde contre des risques pour la sincérité budgétaire, la transparence financière et la bonne gouvernance.

La ligne de fracture apparaît alors clairement. D’un côté, le Minfi raisonne en termes de recettes et de trésorerie ; de l’autre, la CDEC considère ces fonds comme des dépôts et consignations qui doivent être strictement cantonnés tant que le litige n’est pas définitivement tranché.

En réalité, ce débat n’a rien de nouveau. Dès 2016, dans son ouvrage La fiscalité, levier pour l’émergence des pays africains de la zone franc : Le cas du Cameroun, l’inspecteur des impôts Alain Symphorien Ndzana Biloa sonnait l’alarme. Selon lui, les remboursements de la DGI ne se font presque jamais en cash : ils prennent la forme de crédits d’impôt. Problème : « la comptabilité publique ne retrace pas les crédits d’impôt (…) comme des créances sur l’État », ce qui peut « jeter un discrédit sur la sincérité des recettes budgétaires déclarées ». Pire, poursuit-il, cette dette « n’apparaît pas dans le passif circulant de l’État », alimentant ainsi une sous-évaluation de la dette publique cachée et faussant, au passage, l’appréciation de la situation financière de l’État ainsi que les prévisions de recettes fiscales.

Pourquoi ces cautions sont une bombe froide ?

Au Cameroun, le contentieux fiscal n’est pas une formalité marginale. C’est un processus qui se déploie en deux temps — phase précontentieuse puis juridictionnelle — et le sursis à exécution est conditionné à des versements préalables. Selon les éléments exposés dans le dossier, ces versements atteignent 15% à l’étape ministérielle, 35% devant le tribunal administratif, et jusqu’à 50% au niveau de la Chambre administrative de la Cour suprême.

Dans le principe, ces montants ont une particularité : ils peuvent être restitués si le contribuable obtient gain de cause. C’est toute la logique de la CDEC : tant que l’impôt est contesté et que la décision n’est pas définitive, l’argent devrait rester consigné — donc disponible pour une restitution — et non absorbé comme une ressource budgétaire. D’ailleurs par définition, l’impôt est un prélèvement marqué par un caractère définitif.

Dans la pratique, malgré l’opérationnalisation annoncée de la CDEC en 2023, ces fonds continuent de suivre un circuit des recettes fiscales. « Les cautions liées au contentieux fiscal sont versées auprès des receveurs des impôts, exactement comme les autres recettes. D’ailleurs, les agents des impôts perçoivent des primes sur ces montants, puisque ces versements interviennent à la suite d’un redressement fiscal qu’ils ont eux-mêmes initié en amont », renseigne-t-on à la DGI. La CDEC présente cette situation comme une entorse à la gestion orthodoxe des finances publiques.

Opacité

Les données publiques sur les volumes des flux fiscaux en contentieux sont rares. Depuis 2023, ces statistiques ont d’ailleurs disparu des rapports annuels de la Direction générale des impôts (DGI), rendant plus difficile toute estimation de la « caisse grise » du contentieux — un silence qui nourrit la bataille des interprétations.

Les chiffres disponibles permettent néanmoins de prendre la mesure de l’enjeu. En 2021, un rapport de la DGI dénombrait 1 341 dossiers contentieux reçus, pour un montant total contesté de 98,3 milliards de FCFA. Sur ce volume, 852 dossiers ont donné lieu à des dégrèvements – la réduction ou l’annulation de l’impôt mis en recouvrement, soit un taux de révision de près de 64 %. Autrement dit, une large part de l’impôt contesté n’est pas « définitivement » due.

À cela s’ajoute une autre réalité : le traitement des recours contentieux reste loin d’être optimal au Cameroun. Selon le Plan stratégique 2026-2028 publié en décembre dernier par la DGI, à peine 32 % des recours sont vidés dans les délais légaux. L’administration fiscale reconnaît en plus que « quelques procédures encore semi-manuelles, pouvant rallonger les délais de traitement des dossiers contentieux ».

Un flux de 180 milliards depuis 2024

Du reste, le ministère des Finances avait lui-même donné un ordre de grandeur de cette cagnotte en reconnaissant qu’un basculement vers la CDEC pourrait produire un effet immédiat sur la trésorerie. Dans un exposé présenté au Conseil de cabinet du mardi 20 juin 2023, Louis Paul Motaze avertissait que « l’opérationnalisation de la Caisse des dépôts et consignations pourrait entraîner une réduction brusque des recettes de l’État d’environ 180 milliards de FCFA par an ». Mais ce montant est jugé minoré par certaines sources.

Ce chiffre agit comme une radiographie : si le transfert des cautions vers la CDEC « réduit » les recettes d’environ 180 milliards, c’est bien que ces fonds étaient, de facto, intégrés aux équilibres de trésorerie comme une ressource mobilisable. La question devient alors un arbitrage : accepter un choc de trésorerie en cantonnant strictement ces sommes à la CDEC, ou ménager, dans la circulaire, une exception «fiscale et douanière» afin de préserver les flux.

FMI : une réforme attendue, donc surveillée

La bataille — ou, plus exactement, le malentendu — entre la CDEC et le Minfi mérite d’être replacée dans un cadre plus large : celui des engagements pris par le Cameroun dans le sillage de son programme avec le Fonds monétaire international (FMI).

Au moment où le secteur privé dénonçait, à cor et à cri, la problématique des crédits d’impôt — avec, en toile de fond, la question des remboursements et des arriérés — le FMI, particulièrement attentif à l’amélioration du climat des affaires, a obtenu du Cameroun un engagement jugé crucial.

Dans une lettre d’intention en date du 15 juillet 2021, l’État du Cameroun, représenté par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, a souscrit à l’obligation de confier ces fonds à la CDEC « en tant que tiers de confiance », tout en rappelant la décision d’“opérationnalisation” de l’institution. La même lettre en explicite la finalité : la Caisse des dépôts et consignations « sera mise en service [et devra] notamment recueillir toutes les cautions payées par les contribuables dans le cadre des contentieux fiscaux, afin d’accélérer les restitutions le cas échéant ».

Au-delà du bras de fer Minfi – CDEC, le point 291 ouvre le procès de la gouvernance budgétaire : comment l’État traite-t-il, dans ses comptes, des fonds qui restent juridiquement contestés ? Tant que ces cautions pourront être assimilées — de fait ou par exception — à une ressource budgétaire et de trésorerie, la frontière entre dépôt provisoire et recette restera poreuse, avec un risque direct pour la sincérité, la transparence et la redevabilité. Reste donc le débat de fond, que la circulaire ne peut trancher à elle seule : faut-il maintenir une marge fiscale jugée « pragmatique » par certains, au risque de laisser l’urgence de trésorerie peser sur une règle de droit que le Cameroun a librement choisie ?

Baudouin Enama

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Click to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Actualités locales

« Le soutien appuyé de Samuel Eto’o à Gianni Infantino dépasse l’amabilité diplomatique »- Jean Pierre Bekolo

Published

on

Spread the love

«Si Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), soutient le projet de Gianni Infantino, c’est d’abord parce qu’il est milliardaire. Mais l’adhésion de Samuel Eto’o, loin d’émaner d’une idéologie au service des peuples africains, révèle tout autre chose : l’aspiration classique du dominé à rejoindre le camp des dominants», explique le cinéaste.

Lire ici sortie :

Le soutien appuyé du président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) à Gianni Infantino dépasse la simple manœuvre de couloir ou l’amabilité diplomatique. En s’alignant sur une FIFA résolue à accélérer la financiarisation du football mondial et à livrer le jeu aux capitaux privés, Eto’o n’agit pas par incohérence. Il applique sur la scène internationale la logique politique qu’on lui connaît face au régime de Paul Biya à Yaoundé : celle de la conquête individuelle au sein d’un ordre établi.

Samuel Eto’o n’a jamais masqué son ambition. Issu d’un milieu modeste à Douala, il s’est hissé au sommet du sport mondial à force de talent et d’acharnement, accumulant trophées, gloire et fortune. Devenu dirigeant, il assume une vision du pouvoir radicalement étrangère à la tradition progressiste — celle qui pense le monde depuis la condition des dépossédés et des exclus. Il lui préfère une dynamique d’ascension pure : si le système appartient aux puissants, la seule réponse rationnelle serait d’entrer dans le système pour devenir puissant à son tour.

Le « nkapitalisme » camerounais : l’illusion de l’agrégation individuelle

Cette démarche illustre ce que le penseur Pierre Fezeu décrit comme l’erreur intellectuelle et politique majeure des élites camerounaises contemporaines : croire que la somme des réussites individuelles finira, par ruissellement, par produire une réussite collective. Ce capitalisme à la camerounaise — ce « nkapitalisme » — est un mirage.

Cette vision érige l’exception (la trajectoire hors norme d’un athlète d’élite ou d’un homme d’affaires connecté au pouvoir) en méthode d’émancipation pour des millions de citoyens. Or, l’enrichissement personnel ne neutralise jamais les structures qui fabriquent la misère ; il s’en extrait, les contourne ou en tire profit. La fortune d’un champion ne bâtit ni hôpitaux de référence, ni écoles publiques, ni championnats locaux viables.

Dire à une jeunesse précarisée « travaille, bats-toi et deviens milliardaire » masque l’absence d’institutions fortes, de souveraineté économique et de redistribution. Présenter la réussite de quelques figures de proue comme la preuve que le système fonctionnerait pour tous revient à anesthésier toute velléité de transformation sociale.

Changer le système ou négocier sa place ?

C’est ici que se noue la fracture idéologique. La pensée critique part d’un constat matériel : les règles du jeu mondial produisent et reproduisent la sujétion des peuples du Sud. L’enjeu historique était de transformer ces règles. La mondialisation libérale a imposé une autre voie : constatant la difficulté de renverser l’ordre en place, pourquoi ne pas simplement y faire fortune ? On n’attaque plus la forteresse, on négocie son droit d’entrée ; on ne détruit plus la table des puissants, on cherche à s’y asseoir.

Eto’o ne veut pas abolir l’ordre qui concentre le capital à Zurich, Londres ou New York. Il veut prouver qu’un Africain peut négocier d’égal à égal avec les maîtres du jeu. L’ambition impose le respect sur le plan biographique, mais elle bute sur une contradiction politique insurmontable : la réussite d’un seul ne libère personne d’autre que lui-même.

L’Afrique, éternel réservoir de matière première

Le football mondial reproduit fidèlement la division internationale du travail. L’Afrique produit des joueurs parmi les meilleurs du monde, alimente les championnats européens et enrichit les sponsors globaux. Mais où se trouve la propriété africaine de cette immense valeur ? Ce n’est pas un hasard si la compétition reine du continent s’appelle la « CAN TotalEnergies ».

Qui possède les clubs et les marques ?

Qui contrôle les droits de diffusion et les plateformes médias ?

Qui maîtrise les infrastructures et décide de la circulation de l’argent ?

L’Afrique fournit la matière première humaine — ses corps, son énergie et son génie —, mais elle abandonne la valeur ajoutée aux places financières extérieures. Le problème n’est donc pas l’arrivée de nouveaux capitaux en soi, mais la propriété de ce capital : pourquoi le continent applaudirait-il l’expansion d’une industrie dont il demeure structurellement dépendant ?

Le miroir sud-africain et la leçon oubliée

Le cas de Patrice Motsepe et de l’Afrique du Sud post-apartheid offre un éclairage brutal sur ce fossé entre libération politique et dépossession économique — particulièrement au moment où des Africains y subissent des violences nées de la détresse matérielle.

La fin de l’apartheid a permis l’émergence d’une bourgeoisie noire influente dans les conseils d’administration. Pourtant, l’Afrique du Sud demeure l’une des sociétés les plus inégalitaires au monde, car la structure de propriété n’a pas été transformée. Quand la majorité reste prisonnière du chômage de masse et de la misère, les frustrations économiques finissent par se retourner contre les frères du continent.

La leçon est directe pour le Cameroun, où l’économie a trop souvent été évacuée du débat politique — rappelant l’époque où le Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi était ironiquement résumé par la formule populaire « Suffer Don’t Finish ». La représentation flatte la fierté, mais seule la possession réelle des leviers de production transforme les conditions matérielles d’un peuple. Changer la couleur de peau des dirigeants sans toucher aux structures économiques ne met pas fin à la violence de l’exploitation.

L’origine sociale ne fait pas la conscience de classe

Avoir souffert d’un ordre injuste ne pousse pas nécessairement à vouloir le détruire. Cela peut tout aussi bien nourrir le désir féroce de s’en extraire et d’adopter les réflexes de la classe dominante. On peut avoir été dominé et ne rêver que de devenir dominant.

Quand on renonce à transformer les rapports de domination, le pouvoir cesse d’être un instrument de libération collective ; il devient un sanctuaire individuel auquel il faut accéder pour sécuriser ses privilèges. La question n’est donc pas de plaquer sur Eto’o les étiquettes occidentales de droite ou de gauche, mais d’affronter le dilemme qui paralyse l’Afrique contemporaine : cherchons-nous à abolir les mécanismes d’oppression ou demandons-nous seulement que des Africains figurent parmi les oppresseurs ?

Dans le premier cas, on parle de transformation structurelle ; dans le second, d’un simple réaménagement des privilèges. Une société ne s’émancipe pas en contemplant ses millionnaires voyager en jet privé, mais en édifiant des structures collectives durables. Entrer dans le game n’est pas le posséder. Et devenir puissant n’a jamais suffi à libérer les siens.

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Actualités locales

Xi’s Album | Xi holds talks with Jordan’s king

Published

on

Xi’s Album | Xi holds talks with Jordan’s king
Spread the love

Xinhua communément appelée « agence Chine nouvelle », prononcer est la plus grande et la plus ancienne des deux agences de presse nationales chinoises.

CLIQUEZ ICI POUR LIRE L’ARTICLE ORIGINAL SUR camerounactuel.com

Continue Reading

Actualités locales

Fusion SABC–Guinness : la participation de BGI devrait passer de 84,12 % à près de 88 %

Published

on

Fusion SABC–Guinness : la participation de BGI devrait passer de 84,12 % à près de 88 %
Spread the love

(Investir au Cameroun) – La fusion par absorption de Guinness Cameroun SA (GCSA) par la Société anonyme des boissons du Cameroun (SABC) devrait faire passer la participation de BGI dans SABC de 84,12 % à environ 87,93 %, selon les calculs d’Investir au Cameroun. Sous réserve de l’approbation de l’opération et du maintien de l’actionnariat publié fin 2025, le poids cumulé des autres actionnaires reculerait parallèlement de 15,88 % à 12,07 %, sans qu’ils cèdent aucun titre.

Cet effet ne figure pas explicitement dans l’avis de fusion. Il ressort du croisement entre les modalités financières du projet et l’actionnariat publié par BGI. Selon l’avis dont les principaux termes ont été relayés le 20 août 2026 par Cameroon Tribune, les deux entreprises« ont établi un projet de fusion par voie d’absorption de GCSA par SABC ». Les copies certifiées de ce projet ont été déposées le 20 juillet au Registre du commerce et du crédit mobilier, auprès des greffes compétents de Douala.

Toutes les actions nouvelles reviendraient à BGI

L’opération prévoit l’émission de 1 811 106 actions nouvelles de SABC, d’une valeur nominale de 10 000 FCFA chacune, destinées à rémunérer l’apport des actionnaires de Guinness Cameroun. Le capital de SABC passerait ainsi de 57,363 milliards à 75,475 milliards de FCFA.

Avant la fusion, ce capital correspond à 5 736 363 actions. L’émission annoncée porterait leur nombre total à 7 547 469. Les nouveaux titres représenteraient ainsi presque exactement 24 % du capital post-fusion, même si leur valeur équivaut à 31,57 % du capital actuel.

Or, les comptes annuels 2025 de BGI, certifiés par PricewaterhouseCoopers Audit, indiquent qu’au 31 décembre 2025, cette entité du groupe Castel détenait 84,12 % de SABC et 100 % de Guinness Cameroun. Sauf modification intervenue depuis cette date, BGI devrait donc recevoir la totalité des actions créées en rémunération de l’absorption.

Le calcul est le suivant : [(84,12 % × 5 736 363 actions) + 1 811 106 actions nouvelles] ÷ 7 547 469 actions. La participation de BGI ressort ainsi à 87,9306 %, soit environ 88 %.

Les autres actionnaires ramenés à 12,07 %

L’opération ne changerait pas l’identité de l’actionnaire de contrôle, BGI disposant déjà d’une majorité très large dans SABC. Elle accentuerait néanmoins la concentration du capital entre ses mains.

Les autres actionnaires conserveraient le même nombre de titres, mais leur poids relatif tomberait collectivement de 15,88 % à environ 12,07 %. Leur participation reculerait ainsi de 3,81 points, tandis que celle de BGI progresserait dans les mêmes proportions.

Cette évolution constitue la principale conséquence actionnariale du projet : Guinness Cameroun, entièrement détenue par BGI à la dernière date documentée, serait transformée en actifs de SABC et rémunérée par des titres renforçant la position de la même maison mère dans la société absorbante.

Une prime de fusion de 253,65 milliards de FCFA

Sur le plan comptable, Guinness Cameroun apporterait à SABC un actif évalué à près de 329 milliards de FCFA et un passif d’environ 57 milliards, soit un apport net annoncé de 271,762 milliards de FCFA.

L’augmentation de capital de 18,111 milliards de FCFA ne constitue donc pas une levée de fonds en numéraire. Elle correspond à la fraction de cet apport net incorporée au capital social. La différence, soit 253,651 milliards de FCFA, serait inscrite en prime de fusion. Celle-ci représenterait 93,34 % de l’apport net.

La participation de 87,93 % demeure toutefois une estimation d’Investir au Cameroun, et non un taux annoncé par les entreprises. Elle repose sur la structure du capital publiée au 31 décembre 2025. Le taux de 84,12 % étant lui-même arrondi dans les comptes de BGI, le résultat définitif pourrait varier marginalement.

Le projet reste par ailleurs soumis à l’approbation des assemblées générales extraordinaires des deux sociétés. En vertu de l’article 679 de l’Acte uniforme de l’Ohada relatif aux sociétés commerciales, les créanciers non obligataires dont les créances sont antérieures à la publicité du projet disposent de 30 jours pour former opposition. Cette opposition ne peut cependant pas, à elle seule, interrompre la poursuite de la fusion.

La répartition définitive du capital devra donc être confirmée par les résolutions approuvant l’opération et par les publications légales postérieures. Mais les informations actuellement accessibles indiquent que l’absorption de Guinness Cameroun devrait renforcer de manière mesurable le contrôle de BGI sur SABC, au-delà de la seule restructuration comptable annoncée.

Baudouin Enama

Lire aussi :

27-07-2026 – Guinness Cameroon : la Cemac valide l’exécution de la feuille de route de Castel, sans donner le montant des investissements

12-03-2024 – Castel revendique plus de 45 milliards de FCFA d’investissements depuis le rachat de Guinness Cameroun en 2023

27-06-2023 – Rachat des actifs de Guinness Cameroun par Castel : le Trésor public engrange 51 milliards de FCFA d’impôts

Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Continue Reading

Trending

Rejoindre notre groupe télégram pour avoir les dernières infosCliquez ici