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l’impératif de survie que personne ne voulait voir

𝐎𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐚𝐢𝐦𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐂𝐀𝐍 𝐭𝐨𝐮𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐚𝐧𝐬. 𝐎𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐲 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐞́𝐦𝐨𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐭𝐭𝐚𝐜𝐡𝐞́. 𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐚̀ 𝐮𝐧 𝐦𝐨𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐥’𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐢𝐭 𝐭𝐨𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐫𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐟𝐨𝐨𝐭𝐛𝐚𝐥𝐥 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́. 𝐄𝐭 𝐥𝐚 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐬𝐮𝐢𝐯𝐚𝐧𝐭𝐞 : 𝐥𝐚 𝐂𝐀𝐍 𝐛𝐢𝐞𝐧𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐞́𝐭𝐚𝐢𝐭 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐞 𝐮𝐧 𝐦𝐨𝐝𝐞̀𝐥𝐞 𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐭𝐨𝐱𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐂𝐀𝐅… 𝐞𝐭 𝐫𝐮𝐢𝐧𝐞𝐮𝐱 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐄́𝐭𝐚𝐭𝐬 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐬. 𝐈𝐥 𝐟𝐚𝐥𝐥𝐚𝐢𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮’𝐮𝐧 𝐨𝐬𝐞 𝐥𝐞 𝐝𝐢𝐫𝐞.
L’annonce a fait l’effet d’une bombe, et pourtant, elle était inéluctable. Patrice Motsepe, président de la CAF, a officialisé le passage de la Coupe d’Afrique des Nations à un rythme de quatre ans à partir de 2028. Les puristes crient à la trahison, les nostalgiques pleurent la « fête du football africain ».
Mais en tant qu’ Analyste et stratège, je regarde les faits, pas les émotions. Et les faits sont têtus : le football africain était structurellement en faillite avec son modèle actuel. La CAN biennale n’était plus un choix sportif. C’était une perfusion budgétaire. Une opération de survie permanente qui empêchait toute stratégie de développement durable.
Le pragmatisme stratégique face à la pression internationale : Motsepe et Infantino.
La CAF, prisonnière de sa propre compétition.
Disons-le sans détour : la CAF est structurellement dépendante de la CAN. Regardons la réalité en face : Avec un budget annuel d’environ 100 millions de dollars, la CAF dépendait à plus de 60% des droits TV et du sponsoring de la CAN. Autrement dit : sans CAN, la CAF suffoque. Avec une CAN tous les deux ans, elle survit… mais sans marge stratégique. C’est le syndrome de la monoculture économique : quand un seul produit finance toute une organisation, il ne sert plus le développement, il sert la survie. Résultat ? Aucune capacité d’investissement long terme, dépendance aux diffuseurs, vulnérabilité permanente aux pressions extérieures.
Les États africains : organisateurs… puis débiteurs.
Mais le vrai drame économique ne se joue pas à la CAF. Il se joue dans les capitales africaines. Organiser une CAN aujourd’hui, ce n’est pas une fête. C’est un effort budgétaire massif, souvent supérieur à 500 millions de dollars, entre stades, routes, hôtels, sécurité, mises aux normes FIFA, communication internationale. Au Cameroun on a arrêté de compter.
D’après mes informations, le Maroc a investi 1,2 milliard de dollars pour l’organisation de la CAN 2025. Ce chiffre représente environ 1% du PIB annuel du Maroc, ce qui illustre parfaitement l’ampleur de l’effort budgétaire exigé aux pays organisateurs. Et après le coup de sifflet final ? Des stades vides. Des infrastructures surdimensionnées. Des « éléphants blancs » coûteux à entretenir. On l’a vu en Afrique du Sud, au Gabon, en Guinée équatoriale, partiellement au Cameroun.
Le football repart. La dette reste. La CAN biennale obligeait les pays à courir un marathon financier… tous les deux ans. Aucun État sérieux ne peut tenir ce rythme sans sacrifier autre chose : santé, éducation, infrastructures sociales.
La guerre géopolitique du calendrier.
Il faut oser le dire : nous étions devenus les otages du calendrier européen. C’est une guerre silencieuse, mais brutale.
Les clubs européens, qui emploient aujourd’hui 75% de nos meilleurs talents, ont gagné le bras de fer. La récente décision de la FIFA de ne libérer les joueurs que 6 jours avant le début de la compétition pour la CAN 2025 en est la preuve flagrante. C’est un mépris institutionnalisé.
Trop de CAN tue la valeur.
En économie, la rareté crée la valeur. La répétition excessive la détruit. Une CAN tous les deux ans fatigue le public, banalise l’événement, réduit la montée en désir, complique la monétisation premium. Les sponsors ne paient pas pour l’habitude. Ils paient pour l’exception. À force d’être fréquente, la CAN cessait d’être un « moment continental » pour devenir un « produit régulier ». Or, un produit régulier africain, mal préparé, sous pression, est mécaniquement dévalorisé face aux compétitions européennes ultra-structurées.
« C’est catastrophique… Il n’y a aucun respect pour le foot en Afrique. Le centre du football pour la FIFA, c’est l’Europe et c’est le seul qui compte. »
— Tom Saintfiet, sélectionneur du Mali (Source: BBC Afrique).
Comment voulez-vous construire une performance de haut niveau avec moins d’une semaine de préparation ? En acceptant cette humiliation répétée tous les deux ans, nous dévalorisions notre propre produit. Passer à 4 ans, c’est reprendre le contrôle de la rareté et de la valeur de notre événement.
La crise sanitaire et sportive: Au-delà de la politique, il y a l’humain. Nous traitions nos joueurs comme des machines. Tenez -vous bien : 70 Matchs par saison. 6 Jours de préparation
2029 : Ligue des Nations
Selon la FIFPRO, certains internationaux africains disputent jusqu’à 70 matchs par saison. Ajouter une compétition continentale intense tous les deux étés (ou hivers) était criminel pour leur intégrité physique. La multiplication des blessures et la baisse de régime des stars africaines lors des dernières CAN n’étaient pas un hasard, mais une conséquence physiologique directe de cette surcharge.
Si nous voulons voir nos Mohamed Salah, nos Osimhen ou nos Hakimi à 100% de leur potentiel, nous devons leur donner le temps de respirer. La rareté crée l’excellence.
L’impossibilité de développer : le mensonge du « on n’a pas d’alternative ».
Beaucoup disent : « La CAN biennale fait vivre la CAF. » Faux. Elle empêchait la CAF de vivre autrement. Tant que tout repose sur la CAN : pas de vraie stratégie commerciale diversifiée, pas de ligues continentales intermédiaires fortes, pas de narration continue, pas d’écosystème durable.
Passer à 4 ans, ce n’est pas perdre de l’argent. C’est acheter du temps pour en créer autrement. Le rythme biennal nous maintenait dans une « gestion de l’urgence » permanente. On ne construit pas des centres de formation, on ne rénove pas un parc de stades, on ne forme pas des cadres techniques en 24 mois. Le cycle de 4 ans offre enfin ce que l’Afrique n’a jamais eu : du temps long. Le temps nécessaire pour poser une question simple avant de construire : « À quoi servira ce stade dans 10 ans ? ». Le modèle marocain prouve que le développement demande du temps et des investissements massifs.
Pourquoi Motsepe a eu raison d’oser ?
Je lis les critiques, j’entends les accusations de « soumission à la FIFA ». C’est factuel mais je pense qu’il faut inverser le prisme. C’est une preuve de courage politique et de réalisme.
Patrice Motsepe n’a pas seulement coupé une branche, il a planté un nouvel arbre. En échange de cette réforme, il a négocié les contreparties stratégiques :
– Une augmentation significative des dotations financières de la FIFA.
– La création d’une Ligue des Nations Africaine annuelle dès 2029.
– Un alignement sur le calendrier international pour protéger nos joueurs.
Comme le soulignait brutalement l’icône égyptienne Aboutrika : « La CAF est au service de l’UEFA. Cela arrive quand tu ne connais pas ta valeur ni ta vraie place ». Paradoxalement, c’est en passant à 4 ans que nous retrouverons notre valeur. En rendant la CAN plus rare, mieux préparée, mieux financée et alignée sur les standards mondiaux, nous lui redonnons son prestige.
Survivre d’abord, séduire ensuite.
Il fallait bien que quelqu’un ose dire la vérité : Le constat sans filtre
Le modèle biennal mettait la CAF sous dépendance. Il saignait financièrement les États africains. Il fabriquait des cathédrales sportives sans fidèles
Passer la CAN à 4 ans n’est ni une capitulation, ni un alignement servile sur l’Europe. C’est un acte de lucidité économique africaine.
Le football africain n’a pas besoin de plus d’événements. Il a besoin de moins d’urgences, plus de stratégie. Nous devons cesser de confondre quantité et qualité, agitation et action. Un stade vide après une CAN, ce n’est pas un accident. C’est un symptôme. Le symptôme d’un football pensé comme un événement politique, pas comme une industrie. Le symptôme d’une compétition qui oblige à dépenser vite… sans penser après.
La passion fait vibrer les stades. Mais seule l’économie bien pensée les maintient debout.
𝐀𝐥𝐞𝐱𝐚𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐒𝐢𝐞𝐰𝐞
𝐀𝐧𝐜𝐢𝐞𝐧 𝐃𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐂𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐂𝐀𝐅 • 𝐂𝐨𝐧𝐬𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐞𝐧 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 • 𝐒𝐭𝐨𝐫𝐲𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞𝐫 . 𝐀𝐈 𝐄𝐯𝐚𝐧𝐠𝐞𝐥𝐢𝐬𝐭
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le MRC accusé d’avoir financé une campagne destinée « à détruire Samuel Eto’o »

Le président de la Fecafoot a relayé, ce vendredi 18 septembre 2026, une interview de son soutien Salomon Beas, ancien militant du MRC, dans laquelle ce dernier accuse son ex-parti d’avoir financé des influenceurs pour « salir » l’image du patron du football camerounais. Une sortie qui intervient en pleine tempête financière autour d’un virement russe de plus de 500 000 euros.
Depuis son compte Facebook officiel, Samuel Eto’o a partagé une vidéo accompagnée d’un texte virulent. Le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) y fustige sans le nommer un groupe d’individus qui, selon lui, « détruisent méthodiquement » le Cameroun « au profit de » destinataires qu’il affirme connaître, sans les citer.
Mais la véritable cible de cette sortie est ailleurs. La vidéo en question est une interview de Salomon Beas, ancien militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), le parti de Maurice Kamto, et soutien revendiqué d’Eto’o. Dans cet entretien accordé à un plateau de télévision, Beas affirme avoir assisté, de l’intérieur du MRC, à des réunions « au directoire » destinées « à détruire Samuel Eto’o ». Il accuse nommément son ancien parti d’avoir « payé des influenceurs sur la toile à l’effet de salir son image et sa réputation ».
« Son seul péché, c’était d’avoir dit qu’il soutient Paul Biya »
Salomon Beas, qui a publiquement quitté le MRC et pris ses distances avec la formation de Maurice Kamto au cours de l’année 2026, livre un récit précis. Selon lui, le grief du MRC envers Samuel Eto’o remonterait à 2018, lorsque l’ancien capitaine des Lions Indomptables avait choisi de soutenir la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle. « Son seul péché, c’était d’avoir dit qu’il soutient le président Paul Biya », déclare-t-il dans la vidéo, assumant ses propos : « Je le dis et je l’assume. »
Une déclaration qui n’a rien d’anodin dans un pays où le MRC, principal parti d’opposition, n’a jamais reconnu les résultats du scrutin de 2018. Maurice Kamto, pourtant, n’a jamais attaqué personnellement Eto’o. En février 2025, le leader du MRC avait même salué en l’ancien footballeur un « joueur de talent, de génie », une « icône absolue » du football camerounais.
567 000 euros russes sur un compte personnel au Qatar
Ce n’est pas la première fois que Salomon Beas évoque ces accusations. Il les avait déjà formulées publiquement quelques mois plus tôt, sans que la vidéo ne bénéficie d’une aussi large diffusion. Sa rediffusion par Samuel Eto’o, ce vendredi, donne à ses déclarations une portée considérable et intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le président de la Fecafoot.
Ce dernier fait en effet face, depuis le 10 septembre, à des révélations de The Times et de L’Équipe selon lesquelles il aurait reçu sur un compte personnel ouvert à la Qatar National Bank de Doha, non pas les quelque 500 000 euros évoqués initialement, mais bien 567 570 euros versés par la Fédération russe de football après le match amical Cameroun-Russie du 12 octobre 2023. Deux virements distincts (455 056 euros puis 112 514 euros) dont d’anciens dirigeants de la Fecafoot affirment n’avoir jamais retrouvé la trace dans les comptes officiels de l’instance.
L’entourage d’Eto’o justifie ces transferts par des contraintes techniques : l’absence de numéro fiscal américain (TIN) de la Fecafoot, puis les sanctions internationales contre la Russie, qui auraient empêché la fédération camerounaise de disposer d’un compte en devises convertibles. Samuel Eto’o aurait été « mandaté » par le comité d’urgence pour servir d’intermédiaire. Des explications que ses détracteurs jugent insuffisantes, d’autant qu’aucun document comptable ou bancaire ne prouve, à ce jour, le reversement des fonds vers la Fecafoot.
Le silence de la Fifa, « interprété comme un soutien politique »
Guibai Gatama, ancien membre du comité exécutif de la Fecafoot écarté sous la présidence d’Eto’o, affirme que la commission d’éthique de la FIFA a été saisie « il y a plus d’un an » : sans réponse à ce jour. Un silence que les accusateurs d’Eto’o interprètent comme une protection institutionnelle, alors que le président de la Fecafoot est l’un des rares dirigeants au monde à soutenir ouvertement Gianni Infantino, en quête d’un nouveau mandat à la tête de la FIFA en 2027, et son projet controversé de commercialisation des droits de la Coupe du monde.
Le timing interpelle : c’est précisément après avoir pris publiquement la défense d’Infantino, fin août, que Samuel Eto’o a vu ressurgir ces accusations. « Il a suffi que je prenne la parole pour défendre nos intérêts, les intérêts de l’Afrique, pour qu’ils soient tous de sortie », a-t-il écrit sur Facebook le 11 septembre, dénonçant « les mêmes attaques, les mêmes éléments de langage, relayés presque simultanément ».
L’ACFAC réclame une enquête urgente
L’affaire a pris une nouvelle dimension lundi 15 septembre. L’Association des clubs de football amateur du Cameroun (ACFAC) a publiquement appelé le gouvernement camerounais à ouvrir « urgemment » une enquête sur la gestion de la Fecafoot. Se fondant sur la « gravité des accusations » et la « notoriété internationale » d’Eto’o, l’association a annoncé son intention de déposer plainte contre le président de la Fecafoot devant les tribunaux camerounais, et contre la Fédération russe devant la justice russe.
Contactés par plusieurs médias internationaux, ni Samuel Eto’o ni la Fecafoot n’ont répondu aux sollicitations. À ce jour, aucune procédure judiciaire n’a été formellement engagée au Cameroun.
La séquence est révélatrice d’une double offensive : celle d’Eto’o, qui tente de retourner l’accusation en désignant le MRC comme l’instigateur d’une cabale, et celle de ses adversaires, qui l’accusent d’avoir détourné des fonds destinés au football camerounais. Entre les deux, une constante : Maurice Kamto, cité malgré lui dans une guerre qui ne dit pas son nom.
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Voici le programme des obsèques traditionnelles d’Ananie Rabier Bindzi
Le programme prévoit un culte à l’église évangélique du Cameroun (EEC) à Douala le 26 septembre 2026, puis d’autres cérémonies du 4 au 5 décembre […]
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« le Cameroun n’est pas condamné à l’endettement perpétuel »

Le Cameroun doit-il revoir son modèle de financement de l’économie ? Dans une tribune consacrée aux finances publiques, l’économiste Louis Marie Kakdeu alerte sur la place croissante de l’endettement dans le financement de l’État et appelle à une diversification des sources de capitaux.
Le responsable politique estime que le recours à l’emprunt est devenu trop important alors que d’autres leviers, notamment les investissements directs étrangers, l’épargne de la diaspora, le crédit au secteur productif et les partenariats public-privé, restent insuffisamment mobilisés.
Les chiffres officiels confirment l’importance des besoins de financement. Le budget camerounais pour 2026 prévoit un besoin total de 3 104,2 milliards de francs CFA, contre 2 326,5 milliards en 2025, soit une hausse de 777,5 milliards. Le gouvernement prévoit notamment 826,7 milliards de tirages sur prêts-projets, 400 milliards de titres publics régionaux, 589,7 milliards de financement bancaire intérieur et un nouvel emprunt extérieur de 1 000 milliards.
Lire la tribune de Louis Marie kakdeu :
« Cameroun : l’impasse de la dette et le mirage d’un financement exclusif par l’endettement
Le gouvernement emprunte et les fonctionnaires détournent plus de 50% de cet argent emprunté : voilà l’image de la mauvaise gouvernance du Cameroun en 2026. Entre les tournées répétées du ministre des Finances vers les places financières, et l’absence persistante d’un nouvel accord avec le FMI, le Cameroun donne l’image d’un État en quête permanente de nouveaux créanciers. Mais les chiffres racontent une histoire plus préoccupante : celle d’un modèle de financement qui repose presque exclusivement sur l’endettement, pendant que les autres leviers (IDE, croissance interne, épargne de la diaspora, marché financier régional) restent largement sous-exploités. Je fais ici le décryptage de l’impasse dans laquelle le gouvernement actuel a mis le pays.
Un ministre en tournée permanente, un FMI qui se fait attendre
Depuis l’achèvement, en juillet 2025, du programme économique et financier 2021-2025 conclu avec le FMI, le gouvernement multiplie les rencontres avec les missions du Fonds, la dernière en date ayant eu lieu ce 17 septembre 2026. Un nouveau programme tarde pourtant à se matérialiser. En parallèle, le ministre multiplie les déplacements vers les capitales financières : ces 9 et 10 septembre 2026 encore, une forte délégation s’est rendue à Marlborough House, à Londres, pour un « market sounding » organisé par le Commonwealth Enterprise and Investment Council.
Or l’absence d’accord avec le FMI n’est pas anodine. Entre 2017 et 2025, le Cameroun a reçu environ 2 600 milliards de FCFA dans le cadre de deux programmes successifs, une manne que le pays n’a pas pu mettre à profit. Pour 2027, le déficit budgétaire global est projeté à 1018 milliards de FCFA et les 300 milliards espérés du FMI n’en couvriraient que près de 30%.
Un besoin de financement qui explose
Le budget 2026 affiche un besoin de financement de 3104,2 milliards de FCFA, contre 2326,5 milliards en 2025, soit une hausse de 777,5 milliards. Pour le couvrir, le gouvernement prévoit des tirages sur prêts-projets de 826,7 milliards, une émission de titres publics régionaux de 400 milliards, et un financement bancaire intérieur de 589,7 milliards. L’essentiel des ressources projetées provient donc d’instruments de dette.
Résultat de cette accumulation : le service de la dette devrait absorber environ 17 % des recettes fiscales au cours des trois prochains exercices, limitant la flexibilité du budget. Moody’s a confirmé, le 21 août 2026, une note souveraine « Caa1 », correspondant à un risque « à haut risque », en « quasi-défaut », pointant des liquidités tendues et une dette publique en hausse. L’échéance immédiate est lourde : le pays doit affronter, en 2026, un mur de dette de 3,54 milliards de dollars, avec un remboursement des créanciers multilatéraux, bilatéraux et privés atteignant un pic historique.
Les investissements étrangers : un levier en recul
Le discours officiel invoque régulièrement les IDE comme relais de financement (attraits des capitaux). La réalité chiffrée dit le contraire. Le stock d’IDE du Cameroun culminait à 560 milliards de FCFA en 2022. Il est retombé à environ 473 milliards en 2026, soit seulement 1,2 % du PIB, alors que la SND30 exige d’en mobiliser 1500 milliards par an, plus de trois fois le stock actuel.
Ce recul traduit des blocages structurels identifiés par les investisseurs eux-mêmes. Une enquête de la Banque mondiale (juin 2024-février 2025 sur 615 entreprises) cite l’accès au financement comme premier obstacle (28,8 %), suivi de l’accès à l’électricité (16,8 %), de la concurrence informelle (12,9 %) et de la corruption (7,3 %). La pression fiscale effective dans le formel atteint 57 %, la plus élevée de la CEMAC. L’on voit que le ministre des Finances se spécialise dans des voyages de luxe en vue d’endetter le pays au lieu de s’affairer à améliorer le climat des affaires.
La croissance nationale : un moteur trop faible pour financer l’ambition
Le second relais théorique (croissance économique et crédit au secteur productif) peine également à jouer son rôle. La croissance s’est maintenue à 3,5 % en 2025, pour la troisième année consécutive, un rythme jugé trop modeste. Le Comité national de suivi-évaluation (CNSE), dans un rapport d’août 2026, indique qu’à quatre ans de l’échéance 2030, seuls 49,6% des besoins d’investissement de la SND30 sont satisfaits ; l’écart entre investissements attendus et réalisés (2021-2030) atteint 44 432 milliards de FCFA. Le crédit au secteur productif ne représente que 17,6 % du PIB, contre une cible de 23,2 %. Ni la croissance organique ni l’investissement privé domestique ne comblent donc le déficit de financement.
Des mécanismes alternatifs évoqués mais jamais activés
Le gouvernement reconnaît pourtant, dans son discours, la nécessité de diversifier. À Londres, le ministre a plaidé pour des financements à coûts soutenables, des garanties, des financements mixtes et le partage des risques, plutôt qu’un simple recours accru à l’endettement. Le Cameroun explorerait ainsi les Panda Bonds (marché chinois), les Samurai Bonds (marché japonais) et les Sukuk (finance islamique), mais sans montant ni calendrier précisés. Ce ne sont que des discours ! Pourtant, deux gisements restent quasiment ignorés :
● La diaspora, forte d’environ six millions de personnes, dont l’épargne pourrait alimenter des instruments dédiés, mais qui reste absente des mécanismes de mobilisation actuels.
● Le partenariat public-privé et les financements mixtes, cités comme priorité mais, rarement traduits en projets concrets, faute d’un cadre incitatif stable.
Quelles solutions réalistes ?
1. Compter prioritairement sur la croissance locale en levant les obstacles cités par les entreprises (amélioration du climat des affaires) : accès au crédit local, fiabilité électrique, lutte contre la concurrence déloyale de l’informel.
2. Structurer une offre d’investissement pour la diaspora (obligations dédiées, garanties de change, guichet spécifique) plutôt que compter sur leur mobilisation spontanée.
3. Revoir la pression fiscale sur le secteur formel, la plus élevée de la CEMAC, qui décourage l’investissement qu’elle vise à financer.
4. Accélérer les financements mixtes et garanties partagées avec les bailleurs (Banque mondiale, BAD, AFD), moins coûteux que la dette souveraine pure.
5. Concrétiser, chiffres et calendrier à l’appui, les instruments alternatifs déjà annoncés (Sukuk, obligations vertes, Panda/Samurai Bonds).
6. Renforcer la mobilisation des recettes non pétrolières, priorité identifiée par le FMI lors de sa mission Article IV de février 2026.
Nous disons que le Cameroun n’est pas condamné à l’endettement perpétuel. Mais tant que les leviers alternatifs resteront des déclarations d’intention plutôt que des programmes chiffrés et exécutés, chaque nouvelle tournée du ministre des Finances ressemblera moins à une stratégie de diversification qu’à la gestion, au jour le jour, d’une dépendance devenue structurelle.
Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président du SDF »
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