Le Cameroun occupe, une fois de plus, le sommet d’un classement dont il se serait bien passé. D’après le rapport annuel publié ce mardi par leConseil norvégien pour les réfugiés (NRC), le pays est en 2024la crise de déplacement la plus négligée au monde. Une triste première place qui met en lumière l’ampleur de la souffrance des populations locales, entre violences armées, insécurité alimentaire et catastrophes climatiques… dans une indifférence quasi générale.
Une insécurité alimentaire galopante
Selon le rapport,au moins 2,8 millions de personnes souffrent actuellement de faim aiguëau Cameroun. Une situation dramatique alimentée par les conflits persistants dans plusieurs régions, mais aussi par des chocs climatiques de plus en plus fréquents et intenses. Dans l’Extrême-Nord, les inondations et la sécheresse se sont succédé, provoquant la pire saison des pluies depuis 1990. Résultat : des milliers d’habitations détruites, des récoltes anéanties et des infrastructures essentielles paralysées.
Et pendant que les besoins humanitaires explosent,les financements, eux, peinent à suivre. Moins de la moitié de l’aide nécessaire a été mobilisée en 2024. Pour les actions de protection, à peine 32 % des fonds ont été couverts, exposant particulièrement les femmes et les personnes déplacées aux violations de leurs droits fondamentaux.
Trois crises qui s’enracinent… dans le silence
Le Cameroun est aujourd’hui confronté àtrois crises majeures : les violences liées à Boko Haram dans l’Extrême-Nord, et les conflits séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ces situations, complexes et prolongées, touchent des millions de personnes. Pourtant, le pays reste largement ignoré par les projecteurs internationaux, les bailleurs de fonds et les décideurs politiques.
« Nous savions que 2024 serait une année difficile pour le Cameroun. Ce que nous n’avions pas anticipé, c’est l’ampleur de l’aggravation de la crise », déplore le NRC. « Le pays trône désormais en tête de notre classement des crises les plus négligées. »
D’après l’organisation,3,4 millions de personnes ont besoin d’aide et de protection, dont1,1 million de déplacés interneset près de500 000 réfugiés et demandeurs d’asile. Et parmi eux,près de 70 % vivent hors des camps officiels, souvent dans des zones reculées, sans statut juridique, ni accès aux services de base.
Enfants déscolarisés, populations piégées
Au-delà des chiffres, ce sont des vies brisées. L’absence de documents civils, la pénurie de ressources, la restriction d’accès aux soins ou à l’éducation plongent les communautés affectées dans une misère durable. Le rapport estime que1,4 million d’enfants ont besoin d’un soutien éducatif urgent, faute de pouvoir aller à l’école dans des conditions minimales.
Le Cameroun figure régulièrement dans le top 10 du classement du NRC depuis des années :premier en 2018, 2019 et 2024,deuxième en 2020 et 2023,troisième en 2021. Cette récurrence témoigne d’unenégligence chroniqueet d’une crise qui ne cesse de s’aggraver, sans réelle réponse de la communauté internationale.
Un mal global, un soutien insuffisant
À l’échelle mondiale, le rapport souligne quele nombre de personnes déplacées a doubléen dix ans. Pourtant,les financements humanitaires n’ont suivi qu’à moitié, laissant un gouffre de 25 milliards de dollars en 2024. Un montant que le monde dépense, en comparaison,tous les trois ou quatre jours dans le secteur de la défense.
Outre le Cameroun, l’Éthiopie figure cette année en deuxième position du classement des crises oubliées, sa pire place depuis la création du rapport. Le Mozambique arrive en troisième place pour la première fois, tandis que le Burkina Faso, qui avait été en tête en 2022 et 2023, descend au quatrième rang. Le Mali, l’Ouganda, l’Iran, la RDC, le Honduras et la Somalie complètent ce triste tableau.
Le rapport du NRC tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : sans une mobilisation urgente des médias, des donateurs et des États,des millions de personnes au Cameroun continueront de vivre dans l’ombre, loin de toute assistance, loin de toute perspective.














