L’affaire prend des allures de feuilleton judiciaire. Ce 2 juin, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a déposé un mémoire ampliatif devant la Cour Suprême, venant renforcer son recours contre Elecam. Au cœur du litige : l’accès à la liste électorale nationale 2024, un dossier sensible à quelques mois de la présidentielle.
Le contentieux prend de l’ampleur
Tout commence en mars dernier, lorsque le MRC saisit la justice pour obtenir la publication intégrale des listes électorales. Le parti d’opposition invoque alors le principe de transparence, crucial en période préélectorale. Mais le 18 février 2025, la Cour d’appel du Centre se déclare incompétente, créant un premier rebondissement.
« C’est un véritable déni de justice », nous confie un cadre du MRC sous couvert d’anonymat. « Comment peut-on garantir des élections libres si même l’accès aux listes électorales devient un parcours du combattant ? »
La bataille des interprétations juridiques
Le mémoire déposé ce lundi s’appuie sur une décision du Conseil Constitutionnel du 21 janvier 2025. Selon les avocats du MRC, cet arrêt aurait élargi les compétences des cours d’appel en matière électorale, bien au-delà des cas prévus par le Code électoral.
« La Cour d’appel a commis un excès de pouvoir négatif en refusant d’appliquer cette décision », argumente Me Ndongo, l’un des conseils du parti. « Les juges constitutionnels ont pourtant rappelé que leurs décisions s’imposent à toutes les juridictions. »
Un enjeu qui dépasse le cadre juridique
Derrière les arguties juridiques, c’est bien la crédibilité du processus électoral qui est en jeu. Le MRC dénonce une « chaîne d’évitements » institutionnelle, où chaque juridiction se renvoie la balle sans trancher le fond du problème.
« Cette affaire est symptomatique des blocages de notre système », analyse le politologue Armand Tchokonte. « À chaque élection, on retrouve les mêmes questions sur la transparence des listes électorales. La Cour Suprême a maintenant l’occasion de clarifier une fois pour toutes ces questions. »
L’heure des décisions approche
Tous les regards sont désormais tournés vers la plus haute juridiction du pays. Sa décision pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ce simple contentieux :
Un impact immédiat sur la préparation de la présidentielle 2025
Une clarification des compétences des différentes juridictions
Un signal fort sur l’indépendance de la justice électorale
Elecam, qui n’a pas encore réagi officiellement à ce nouveau développement, se trouve une nouvelle fois sous les projecteurs. Quant au ministère public, il devra préciser sa position après avoir soutenu la thèse de l’incompétence de la Cour d’appel lors du premier jugement.
Cette affaire, technique en apparence, touche en réalité au cœur des préoccupations des Camerounais : peut-on avoir confiance dans le processus électoral ? La réponse de la Cour Suprême sera analysée à la loupe par tous les acteurs politiques, mais aussi par la société civile et les observateurs internationaux.
Une chose est sûre : le combat du MRC pour la transparence électorale vient de franchir une nouvelle étape. Reste à savoir si la justice lui donnera raison.
















