Actualités locales
à Kolofata et Kerawa, l’eau au prix du danger
Le monde célèbre le 22 mars, la Journée mondiale de l’eau. Une journée pour rappeler l’importance d’une ressource vitale. Mais à Kolofata et Kerawa, dans le département du Mayo-Sava, région de l’Extrême-Nord du Cameroun, l’eau n’est pas seulement rare, en parler est un luxe, et la chercher peut devenir une épreuve de survie.
Sous le soleil implacable d’une savane de Kolofata, dans le département du Mayo-Sava, Aïssatou, mère de cinq enfants, serre contre elle un bidon jaune presque vide. Son fils de trois ans, trop faible pour marcher, reste assis à l’ombre d’un neemier. C’est l’une des rares essences qui résistent à la canicule écrasante des mois de mars et avril. Le thermomètre affiche à midi 43°C à l’ombre.
La veille, elle a parcouru plus de six kilomètres sans trouver une seule source d’eau potable. Ce matin encore, elle s’avance dans le lit asséché d’un mayo, espérant gratter quelques gouttes d’eau boueuse entre les fissures d’un lit de mayo transformé en poussière. Autour d’elle, d’autres femmes creusent en silence. Ici, chaque goutte d’eau se gagne contre la sécheresse et contre la peur.
L’eau, entre rareté et menace
À Kerawa comme à Kolofata, l’accès à l’eau est devenu un combat quotidien. Sous ce climat semi-aride aux vents secs et violents, les rivières ont disparu, les marigots se sont transformés en sable, et les puits ont tari. Les familles marchent des heures pour trouver une eau rare, souvent impropre à la consommation.
« L’année dernière, on allait puiser dans un marigot. Regardez-moi, j’ai 70 ans, je suis malade et fatiguée. Je passais la journée en rang. Quand je rentrais avec un récipient, cette eau servait d’abord pour la vaisselle et la lessive. Le reste, on le gardait. Même sale, on ne la versait pas. On attendait qu’elle se décante pour boire un peu », confie Zoura Fanta, le regard épuisé et la tête enveloppée d’un hidjab vert. Mais ici, la soif n’est pas le seul danger.
Dans cette zone frontalière du Nigeria, près de la ville de Maidugouri dans l’État du Borno, la forêt de Sambissa, fief de Boko Haram, est à une dizaine de kilomètres. Tout autour, une longue chaine montagneuse qui sépare le village Kerawa Cameroun, de son hyponyme nigérian. « La commune de Kolofata (631 km²) est une zone rouge », lance un humanitaire de passage dans la localité pour une opération de distribution de denrées. « Mais ce village Kerawa, c’est encore du rouge vif », précise-t-il, esquissant un léger sourire.
Le 11 février 2026, jour de la fête de la jeunesse, un jeune de moins de 20 ans est enlevé. Les soupçons pèsent sur les djihadistes du groupe armé nigérian. Il sera libéré un mois plus tard. Le 14 mars. Mais déjà la veille, le 13 mars, quatre autres enfants, dont deux élèves de CM2, disparaissent sur l’axe Kolofata–Kerawa. Jusqu’à notre part de la localité le 18 mars, on a été sans nouvelles d’eux.
Dans ce contexte d’insécurité, la corvée d’eau est une expédition à haut risque. Femmes et enfants, en première ligne, sont les plus exposés. « Ils peuvent s’infiltrer parmi nous. Tu ne sais pas qui est qui. Quand le point d’eau est loin, on attend les militaires ou les comités de vigilance. Sans eux, on ne peut pas y aller. On va vous prendre », témoigne un instituteur vacataire déplacé.
Dans son ancien village, Waouly, des hommes armés ont enlevé des habitants avant d’incendier toutes les concessions. Aujourd’hui, vidé de sa population, il n’en reste que des carcasses noircies, malgré le temps et la violence. Le silence est total. Au loin, l’on aperçoit des militaires en patrouille à pied, seuls signes de la présence humaine dans ce décor abandonné.
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 100vw, 1000px” data-pagespeed-url-hash=”1645311610″ onload=”pagespeed.CriticalImages.checkImageForCriticality(this);”/></p><h2><strong>Sur les routes de l’exil sans eau potable</strong></h2><p>Pour les déplacés, la situation est encore plus critique. Sur les routes de l’exil, sans accès à l’eau potable, certaines familles n’ont d’autre choix que de boire des eaux stagnantes, avec des conséquences graves sur la santé des enfants. La soif, la fatigue et la peur s’entremêlent dans un quotidien marqué par la précarité.</p><p>Au centre de santé intégré de Kerawa, les conséquences sont régulièrement visibles. « <em>Nous faisons constamment face à des cas de choléra, de maladies gastro-entériques, de fièvre typhoïde. C’est ici que l’on comprend ce que vaut l’eau</em> », explique l’aide-soignant Keda Emmanuel.</p><p>Face à l’urgence, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a engagé des actions pour rapprocher l’eau des populations. Forages réhabilités, points d’eau installés, systèmes alimentés à l’énergie solaire. Des solutions qui changent le quotidien. «<em> Beaucoup d’ouvrages étaient hors service ou insuffisants face à l’afflux de déplacés. Nous les avons remis en état et développé des mini-adductions d’eau pour garantir un accès plus stable</em> », explique Oliver Muvunyi, chef de la sous-délégation du CICR à Maroua.</p><p>Pour les habitants, ces installations représentent bien plus qu’un confort. Ce jour-là, à Kerawa, Aladji Daoud, 68 ans, ancien pépiniériste, charge trois fûts de 100 litres sur son tricycle. « Avant, je faisais 20 kilomètres jusqu’à Amchidé pour chercher de l’eau. Avec l’insécurité, c’était un risque énorme. On creusait même des trous dans le mayo pour récupérer une eau boueuse. Ça nous rendait malades. Aujourd’hui, avec ce forage, ouf ! On peut respirer. »</p><p>Dans les villages du Mayo-Sava, l’eau ne coule pas de source. Elle se cherche, parfois au péril de sa vie. La pression climatique, combinée à l’insécurité persistante, fragilise durablement les populations.</p><div class=)