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à Douala, pénuries et flambée des prix frappent déjà les marchés

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à Douala, pénuries et flambée des prix frappent déjà les marchés
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Bien que se déroulant à des milliers de kilomètres de distance, le conflit en cours entre l’Iran, les États-Unis et Israël affecte déjà les commerçants de Douala, perturbant les chaînes d’approvisionnement et engendrant une incertitude sur les principaux marchés.

Au marché de la téléphonie, les vendeurs affirment que l’approvisionnement en smartphones, transitant en grande partie par le Moyen-Orient, est fortement perturbé. Les livraisons, qui prenaient auparavant quelques heures, sont désormais retardées de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines.

Marcial Tabeu, un vendeur de téléphones qui attend une livraison de 150 appareils en provenance de Dubaï, explique que la situation a considérablement compliqué son activité, la hausse des coûts de transport et la pénurie de stocks affectant ses opérations quotidiennes.

« Les prix des billets d’avion ont augmenté. Nous ne pouvons plus voyager. Nous n’avons plus de stock et nous avons du mal à servir nos clients lorsqu’ils viennent chercher des produits. Les marchandises qui arrivaient sous 24 heures mettent maintenant des semaines à arriver », déplore Marcial.

Dans une boutique voisine, la tension est déjà palpable. Face à la raréfaction des appareils disponibles, les commerçants sont contraints d’augmenter leurs prix tout en cherchant des solutions d’approvisionnement alternatives. Maslow Kouanga, vendeur de smartphones, indique que l’attention se porte désormais sur l’Asie, non sans inquiétude.

« Nous essayons la Chine car lorsqu’une voie est bloquée, il faut en chercher une autre. Nous avons également des partenaires là-bas », explique-t-il, tout en précisant que la distance pourrait compliquer la coordination.

Les répercussions se font sentir bien au-delà du secteur de l’électronique. Dans le quartier Anatole de Douala II, les vendeurs de vêtements musulmans sont eux aussi confrontés à des pénuries. Les étals qui présentaient habituellement les nouvelles collections importées sont désormais clairsemés, et les articles plus anciens peinent à trouver preneur.

Pour Belinda Jato, le manque de nouveautés affecte directement les ventes, car les clients sont souvent attirés par les modèles inédits.

« Quand les clients voient de nouveaux modèles, même mélangés à d’anciens, ils sont séduits. Or, il n’y a rien de nouveau, donc les anciens stocks se vendent très mal. »

Pour de nombreux vendeurs, le timing est catastrophique. À l’approche du Ramadan, période de pointe pour les ventes, les commerçants affirment que cette perturbation menace leur principale source de revenus annuelle. La demande de vêtements comme les abayas augmente généralement fortement lorsque les clients se préparent à aller à la mosquée et aux festivités.

Alors qu’elle réalise habituellement ses meilleures ventes à cette période, Marina, une autre vendeuse, confie que l’incertitude est accablante, son investissement étant désormais immobilisé dans des marchandises qui risquent d’arriver trop tard.

« Nous avons investi toutes nos économies, mais nous sommes maintenant bloqués. Nous ne pouvons pas passer de nouvelles commandes. Nos marchandises sont toujours à l’étranger et pourraient arriver après les fêtes. Nous essaierons peut-être de vendre, mais ce ne sera pas pareil. »

Certains commerçants qui s’étaient rendus au Moyen-Orient pour s’approvisionner sont désormais bloqués en raison de l’incertitude des horaires de vol, ce qui complique encore davantage leurs activités commerciales dans leurs pays d’origine. Dans une boutique de vêtements pour enfants à Anatole, l’activité a considérablement ralenti, la propriétaire étant toujours dans l’impossibilité de rentrer.

Pour ceux qui dépendent de la voie d’approvisionnement de Dubaï, les craintes liées aux risques de futurs voyages s’intensifient également.

Maslow Kouanga explique que l’imprévisibilité de la situation devient une préoccupation majeure pour les commerçants qui dépendent de voyages réguliers à l’étranger.

« Nous avons aussi peur, car on peut partir et du jour au lendemain, tout s’arrête, et on ne peut pas rentrer. »

Face aux tensions persistantes entre l’Iran, les États-Unis et Israël, les commerçants de Douala affirment évoluer dans un climat d’incertitude, attendant, s’adaptant et espérant que leurs marchandises arriveront à temps pour sauver la saison.

Cette situation survient dans un contexte d’instabilité croissante dans le Golfe persique, où des attaques de drones ont ciblé des infrastructures clés aux Émirats arabes unis, notamment aux abords de l’aéroport international de Dubaï et du port stratégique de Fujairah (un port polyvalent situé sur la côte est des Émirats arabes unis).

Depuis le début du conflit, les perturbations aériennes et le renforcement des mesures de sécurité autour des principaux nœuds de transport ont ralenti la circulation des marchandises.

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »

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« pendant que le pays s’enlise, la classe politique s’écharpe sur les réseaux »
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Le deuxième vice-président national du Social Democratic Front (SDF), Louis Marie Kakdeu, appelle la classe politique camerounaise à recentrer le débat sur les problèmes économiques et sociaux du pays, dénonçant une vie politique qu’il estime de plus en plus dominée par les querelles sur les réseaux sociaux.

Dans une tribune publiée samedi, intitulée « Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille », l’économiste et universitaire estime qu’une partie de l’opposition consacre désormais davantage d’énergie aux affrontements entre personnalités qu’aux propositions destinées à répondre aux difficultés quotidiennes des Camerounais.

« Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux », écrit-il.

Louis Marie Kakdeu cite notamment les difficultés liées aux infrastructures routières, aux approvisionnements en gaz, au coût de la vie et au chômage. Il déplore que ces sujets suscitent, selon lui, moins d’attention sur les réseaux sociaux que les polémiques entre responsables politiques.

Lire la tribune de Louis Marie Kakdeu :

« Cameroun : le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille

Coup de gueule : Pendant que le pays se noie, s’éteint et s’enlise, une néo-classe politique s’écharpe sur les réseaux sociaux. Le pouvoir n’a même plus besoin de se défendre. Les informations sur la mauvaise gouvernance du pays font beaucoup moins de bruit que la querelle de personnes. Ce n’est pas un accident. C’est un système. Et la néo-opposition dite « radicale » a pour mission d’aider le régime en place à distraire le peuple.

Une distraction regrettable

L’on met désormais 4 heures de temps en voiture entre Douala (Yassa) et Edéa (moins de 50 km), mais le citoyen qui est assis au fond d’un bus crasseux dans lequel il pleut ne se plaindra ni de la pluie qui tombe sur sa tête, ni de l’état de la route en dégradation avancée. Il cherche plutôt à sauver son téléphone et à se plaindre des problèmes de connexion internet qui l’empêchent de suivre en direct les clashes sur les réseaux sociaux : on y parle de tout sauf des milliers de Camerounais qui meurent sur les routes, de la pénurie de gaz, de la cherté du coût de la vie, du chômage massif, etc. On ne parle pas de ce qui accable le régime et qui concerne la vie quotidienne des citoyens. L’image de ce paradoxe camerounais est que les chômeurs ont voté le 12 octobre 2025 pour le ministre qui les a maintenus au chômage et qui leur a servi le bluff.

Le clash comme programme

Nous avons désormais une vie politique rythmée par des querelles, pas par des idées. Depuis la présidentielle d’octobre 2025, qu’a-t-on surtout débattu ? Des rumeurs de mœurs, des histoires d’argent, des « révélations » sans preuve et des audios « fuités ». Elles font cliquer, mais elles n’ont jamais produit un kilomètre de route ni un litre d’eau. Des procès en trahison sont le sport favori de certains. Il s’agit des débats sur la moralité des personnalités politiques comme s’il y avait un seul « saint » sur terre : « Que celui ou celle qui est saint(e) jette en premier la pierre sur l’autre ! ».

Vous voyez des gens dont les vies sont entièrement sales qui estiment que la vie des autres est sale. Un vrai paradoxe camerounais. On estime que la vie des personnalités politiques doit être « propre » comme si l’on était au ciel ou comme si l’on interdisait à certains d’être aussi « personnalités politiques » ou de le devenir pour monter le bon exemple. Une posture caractéristique d’un déficit criard d’engagement citoyen au Cameroun. Chaque jour, une part de l’énergie militante est dépensée à partager, commenter ou démentir des rumeurs.

Qui profite du bruit ?

La réponse est simple : le pouvoir en place. Un régime qui dure depuis plus de quarante ans n’a qu’un ennemi sérieux : le bilan. Tout débat sur les résultats l’oblige à répondre du délestage, du prix de l’eau, des chantiers inachevés, des budgets engloutis. Il n’a donc qu’un intérêt : que le débat porte sur autre chose. Chaque polémique entre néo-opposants lui offre ce cadeau. Avant les scrutins à venir, le régime affiche une retenue décrite comme de la discipline, pendant qu’une agitation désordonnée règne dans plusieurs camps de la néo-opposition. Le pouvoir peut se taire : la néo-opposition parle à sa place, et parle d’elle-même.

C’est le point le plus douloureux. Une partie de la néo-opposition qui se dit « radicale » a fait de la posture un projet : la dénonciation permanente, l’anathème contre ceux qui participent, le boycott érigé en principe, le « tout ou rien ». Elle vit du clash parce que le clash produit de l’audience, et l’audience passe pour une légitimité. Or, ni l’une ni l’autre ne remplacent une offre politique.

Le résultat est mécanique : Tant que « radical » signifie « celui qui hurle le plus fort », il n’y a ni programme chiffré, ni équipe prête à gouverner, ni ancrage local durable. Et le régime peut se présenter comme le seul acteur capable de gérer un État. On ne renverse pas un système avec des punchlines : on l’use par des propositions. Et c’est mon message principal aux citoyens camerounais. Je ne m’attends pas à être entendu ; je ne suis pas dupe. Mais je joue mon rôle.

À l’inverse, l’opposition authentique, celle qui fait le travail patient (élus locaux, programmes sur l’eau, l’énergie, la décentralisation, contre-budgets, contrôle de l’action gouvernementale), n’a ni les plateaux ni les partages. On dit de cette opposition qu’elle est invisible dans l’espace public qui récompense le scandale. Elle est pourtant la seule à préparer l’alternance et l’alternative pour de bon, celle qui permettra de gouverner ensuite et de gouverner utilement.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un feuilleton de plus. Il a besoin d’eau, de courant, de routes, de caniveaux qui ne débordent pas. Tant que les acteurs politiques préféreront le buzz et le bluff, les Camerounais continueront de payer la note, et le régime dormira tranquille.

Louis Marie Kakdeu, MPA, PhD & HDR
Deuxième Vice-Président National du SDF

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