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Robert Beugré Mambé reconduit au poste de Premier ministre

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Robert Beugré Mambé reconduit au poste de Premier ministre
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Robert Beugré Mambé a été reconduit au poste de Premier ministre de la Côte d’Ivoire, a annoncé mercredi la présidence ivoirienne dans un communiqué.

Le président Alassane Ouattara, qui a signé son décret de nomination, « lui a demandé de lui proposer un gouvernement dans les meilleurs délais », a précisé la secrétaire générale de la présidence, Masséré Touré, en lisant ce communiqué.

Robert Beugré Mambé exerçait depuis octobre 2023 la fonction de Premier ministre jusqu’à la dissolution du gouvernement le 7 janvier dernier.

Qui est Robert Beugré Mambé ?

Lundi 16 octobre 2023, Alassane Ouattara crée la surprise en portant à la Primature Robert Beugré Mambé, alors ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan. Discret, davantage associé aux dossiers urbains et aux rouages administratifs qu’aux joutes partisanes, l’homme se retrouve propulsé au centre de l’exécutif ivoirien, avec un portefeuille élargi puisqu’il cumule également les fonctions de ministre des Sports et du Cadre de vie.

Deux ans plus tard, au fil d’une séquence électorale majeure en 2025, il s’affiche comme l’un des visages les plus visibles de la majorité au pouvoir, appelé à composer avec des attentes sociales fortes, des enjeux de cohésion nationale et des défis d’infrastructures dans une métropole abidjanaise en transformation permanente.

Pour comprendre ce que représente Robert Beugré Mambé dans la Côte d’Ivoire contemporaine, il faut remonter à un parcours atypique à l’échelle politique : celui d’un ingénieur formé aux travaux publics, devenu directeur de cabinet, puis figure institutionnelle à la tête de la Commission électorale indépendante dans les années de tension qui précèdent la crise postélectorale de 2010-2011, avant de prendre, pendant plus d’une décennie, les commandes du District autonome d’Abidjan.

À travers lui, se lit aussi une tendance lourde de la gouvernance ivoirienne : la promotion de profils technocratiques et administratifs pour piloter des chantiers considérés comme stratégiques, de l’urbanisme à la mobilisation électorale, en passant par la coordination gouvernementale.

Des bancs d’école d’ingénieur aux sommets de l’administration

Robert Beugré Mambé naît le 1er janvier 1952 à Abiaté, localité rattachée à la zone de Dabou, au sud de la Côte d’Ivoire, non loin d’Abidjan. Son enfance et sa jeunesse se déroulent dans un pays en plein essor, marqué par la consolidation de l’État post-indépendance et par la priorité accordée aux infrastructures. Cette période façonne une génération d’administrateurs et d’ingénieurs convaincus que le développement se mesure autant en kilomètres de routes qu’en réseaux d’assainissement et d’équipements publics.

Après un baccalauréat scientifique obtenu en 1971, il suit une formation orientée vers les sciences et l’ingénierie, avant d’intégrer l’École nationale supérieure des travaux publics de Yamoussoukro, dont il sort diplômé en 1976. Il complète ensuite sa formation en France, notamment au Centre des hautes études de la construction à Paris, avec une spécialisation en calcul des structures, et suit plus tard des modules de formation continue, dont une formation liée au financement du logement.

Dans les biographies officielles et institutionnelles, ce socle technique est présenté comme un marqueur identitaire : Mambé est d’abord un homme de dossiers, un spécialiste des ouvrages, un profil fait pour planifier, dimensionner, superviser et arbitrer.

Ce profil d’ingénieur le conduit rapidement à occuper des fonctions au cœur de l’appareil d’État. Il passe par des structures d’études techniques et d’expertise, puis enchaîne des postes de direction de cabinet au sein de ministères aux périmètres voisins : construction, urbanisme, logement, environnement, transports.

Dans le paysage ivoirien, ces fonctions sont essentielles : elles mettent un haut fonctionnaire au centre de la coordination, entre l’exécutif politique, les administrations, les bailleurs, les collectivités et les entreprises. C’est aussi une école du pouvoir : on y apprend à négocier, à tenir les délais, à sécuriser des financements, à composer avec les contraintes budgétaires et les urgences sociales.

À la charnière des années 1990 et 2000, Robert Beugré Mambé est associé à des projets liés à l’habitat et à l’urbanisation, y compris dans des dispositifs impliquant des partenaires internationaux, comme la Banque mondiale, selon plusieurs biographies publiques. À ce moment, la Côte d’Ivoire fait face à une pression urbaine croissante, particulièrement à Abidjan. L’enjeu n’est plus seulement de construire, mais d’organiser : lotissements, voiries, drainage, services de base, gestion des déchets, et, plus largement, équilibre entre densification et qualité de vie.

Cette trajectoire explique en partie pourquoi, lorsque Mambé entre plus frontalement dans l’arène politique, son image reste longtemps celle d’un technicien passé maître dans l’architecture institutionnelle. Il n’est pas, au départ, un tribun : sa légitimité vient de l’administration, et sa manière d’exercer le pouvoir s’inscrit dans cette culture de la procédure, du chantier et du compromis.

La Commission électorale indépendante, une expérience au cœur des fractures

La Côte d’Ivoire des années 2000 est traversée par une crise politico-militaire, des négociations répétées et une question électorale centrale : comment établir une liste électorale jugée crédible par tous, organiser un scrutin et sortir durablement de l’instabilité ? Dans ce contexte, Robert Beugré Mambé est porté à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI) à l’automne 2005. Le poste est exposé : il faut arbitrer des contentieux sensibles, affronter la défiance et gérer une mécanique électorale sous surveillance nationale et internationale.

Son passage à la CEI s’inscrit dans une période d’extrême tension autour de l’identification, de l’inscription sur les listes, et des contestations entre camps politiques. La presse et plusieurs récits institutionnels évoquent des pressions, des accusations et des affrontements politiques, notamment autour de la confection de la liste électorale provisoire. Des responsables politiques de l’époque, au premier rang desquels Laurent Gbagbo et son camp, accusent Mambé de fraude ou de manipulation liée à l’inscription de centaines de milliers de personnes, accusations qui s’inscrivent dans une bataille plus large sur la légitimité du corps électoral.

En février 2010, la CEI est dissoute par décret, dans un climat de crise ouverte. Pour Mambé, l’épisode est un tournant. Dans l’espace public ivoirien, son nom reste associé à cette séquence : certains y voient la preuve qu’il a tenu sous pression sans céder, d’autres y lisent une période où la CEI était instrumentalisée, ou, à tout le moins, contestée dans sa capacité à produire un consensus. Le fait demeure : il a été l’un des visages d’une institution devenue, à ce moment, l’un des nœuds de la crise ivoirienne.

Dans les années qui suivent, la Côte d’Ivoire connaît la crise postélectorale de 2010-2011, une période tragique et déterminante. Mambé n’est pas présenté comme un acteur militaire ou partisan de premier plan dans cette phase finale, mais la CEI, son fonctionnement et sa crédibilité constituent l’un des terrains centraux des tensions ayant mené à l’affrontement. Cela donne à son parcours une dimension paradoxale : technicien de l’urbanisme d’un côté, homme placé au cœur de l’arbitre électoral de l’autre, avec, dans les deux cas, une constante : la gestion de mécanismes collectifs où la moindre décision se transforme en enjeu politique majeur.

Cette expérience à la CEI façonne aussi son profil aux yeux du pouvoir issu de 2011. Lorsque Alassane Ouattara arrive à la tête de l’État, il doit reconstruire des institutions, rassurer et relancer l’économie, mais aussi stabiliser Abidjan, cœur politique et économique. C’est dans ce cadre que Mambé est nommé, dès 2011, gouverneur du District autonome d’Abidjan.

Douze ans à Abidjan : gouvernance urbaine, vitrine politique et critiques

Être gouverneur du District autonome d’Abidjan n’est pas un poste protocolaire. Abidjan concentre une part décisive de la population urbaine, des activités économiques, des infrastructures stratégiques et des symboles de l’État. La capitale économique est un organisme vivant : elle grandit, se densifie, se congestionne, s’inonde par endroits, s’étend vers de nouvelles zones, et cumule des défis d’assainissement et d’aménagement.

De 2011 à 2023, Robert Beugré Mambé occupe cette fonction, ce qui en fait l’un des responsables administratifs les plus durables de la période Ouattara dans la métropole. Son action est souvent décrite, dans les communications institutionnelles et dans certains portraits de presse, comme une mission de modernisation : routes, échangeurs, embellissement urbain, espaces publics, coordination avec les communes, projets d’assainissement, et, plus globalement, transformation de l’image d’Abidjan.

Cette période coïncide avec une dynamique de grands travaux dans le pays, dont Abidjan est la vitrine. Dans une capitale économique où l’on inaugure régulièrement des infrastructures, le gouverneur du District devient un maillon essentiel : il doit porter des politiques visibles, organiser la gestion quotidienne, et répondre aux urgences, des embouteillages aux inondations, des marchés informels aux questions de salubrité.

Mais un bilan urbain se lit toujours à double face. Les grands ouvrages suscitent des attentes, et les chantiers peuvent nourrir des critiques : sur les déguerpissements, la gestion des occupations de l’espace, l’équilibre entre modernisation et précarité, ou encore la capacité à réduire concrètement les risques d’inondations dans les quartiers vulnérables. Dans une ville où coexistent quartiers d’affaires et zones d’habitat informel, l’urbanisme devient une politique sociale : chaque décision d’aménagement implique des arbitrages humains.

Robert Beugré Mambé se forge, dans cet exercice, une réputation d’homme de coordination, parfois austère, attaché aux procédures, mais capable de mobiliser des équipes et de tenir une ligne dans la durée. Il devient aussi une figure de la majorité présidentielle, au point d’être identifié, par plusieurs médias, comme l’un des cadres importants du RHDP, le parti au pouvoir. Les biographies publiques mentionnent également qu’il est devenu vice-président du parti, et qu’il a choisi de rester dans la coalition présidentielle lors de la rupture politique entre le PDCI et le RHDP en 2018, marquant un ancrage durable dans le camp Ouattara.

À partir de 2016, Mambé se voit confier une mission ponctuelle à dimension internationale : il est nommé ministre auprès du président, chargé des Jeux de la Francophonie organisés à Abidjan en 2017. Cette séquence renforce sa visibilité et son image d’organisateur. Dans un pays soucieux de projeter une image de stabilité, réussir un événement international est aussi une opération politique : c’est montrer un État fonctionnel, des infrastructures prêtes, une sécurité assurée, une administration capable.

En mai 2020, il est nommé ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, ce qui institutionnalise encore davantage son rôle. La fonction de ministre-gouverneur, dans l’architecture gouvernementale ivoirienne, renforce le lien direct entre la gouvernance urbaine et l’exécutif national. Pour Mambé, cela signifie une responsabilité accrue et une exposition plus forte, dans un Abidjan qui reste un baromètre social et politique : quand la ville va mal, le pays tremble ; quand elle se transforme, le pouvoir s’en prévaut.

De Songon à la Primature : l’ascension politique et la surprise d’octobre 2023

Si Robert Beugré Mambé est longtemps perçu comme un administrateur, il construit aussi, progressivement, une base électorale locale. Il est élu député de la circonscription de Songon en mars 2021. Songon, commune en périphérie d’Abidjan, connaît une croissance importante, à la fois résidentielle et économique. Dans le paysage ivoirien, tenir un ancrage local est un atout : il permet de sortir de l’image d’un technocrate déconnecté, et de montrer une proximité avec les réalités du terrain.

En 2023, il est également élu maire de Songon. Cette dimension municipale compte : elle l’inscrit dans une logique de gestion de proximité, dans une commune où les enjeux urbains sont très concrets, entre voirie, équipements, foncier et services. Elle contribue aussi à la perception d’un homme qui, tout en gravissant les échelons, conserve un lien avec sa zone d’origine, ce qu’il met en scène dans plusieurs déplacements publics.

Puis vient octobre 2023. Après la démission du gouvernement conduit par Patrick Achi, et une période de rumeurs sur la succession, Alassane Ouattara nomme Robert Beugré Mambé Premier ministre le 16 octobre. La surprise est relevée par plusieurs médias internationaux : peu l’avaient placé en tête des pronostics. Dès le lendemain, 17 octobre, il prend officiellement ses fonctions et présente un gouvernement de 33 ministres. Il conserve en outre un portefeuille directement rattaché à des sujets très visibles : ministre des Sports et du Cadre de vie.

Cette double casquette a une portée politique. Le sport, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, dépasse la seule administration des compétitions : il touche à la jeunesse, à l’identité nationale, à la diplomatie d’influence et aux grands événements. Le cadre de vie, quant à lui, renvoie à l’urbanisme, la salubrité, l’aménagement, des thèmes où Mambé a construit sa légitimité. En somme, la nomination semble capitaliser sur son expertise urbaine, tout en l’exposant à des enjeux très populaires.

À la Primature, sa mission principale est de coordonner l’action gouvernementale, de piloter les politiques publiques et de servir de relais entre la présidence, les ministères et l’administration. Dans la tradition institutionnelle ivoirienne, le Premier ministre est un chef d’orchestre, mais la présidence conserve un rôle déterminant dans les grandes orientations. Cela place Mambé dans une position exigeante : il doit donner une cohérence aux politiques publiques, gérer les urgences, et porter un discours de stabilité dans un environnement politique souvent polarisé.

Son profil correspond à une logique de continuité et de maîtrise : il incarne une forme de “gouvernance par les chantiers”, où la performance de l’État se mesure aussi à sa capacité à livrer des projets, à améliorer des services, à rendre la ville plus praticable. Mais il hérite également de questions qui dépassent l’infrastructure : emploi des jeunes, coût de la vie, attentes sociales, rapport entre pouvoir central et collectivités, et climat politique à l’approche de la présidentielle de 2025.

Depuis 2023, un Premier ministre dans la séquence électorale et les défis du quotidien

Être nommé Premier ministre à deux ans d’une présidentielle est rarement neutre. En Côte d’Ivoire, l’élection de 2025 constitue une séquence majeure. Robert Beugré Mambé se retrouve en première ligne pour accompagner l’action gouvernementale dans un moment où chaque décision est scrutée, interprétée, parfois contestée. L’enjeu principal, côté pouvoir, est de maintenir l’image d’un pays stable, en croissance, et capable d’organiser des scrutins sans basculer dans la violence.

Au fil des communications officielles, Mambé insiste sur la mobilisation civique et le déroulement pacifique des élections. Le 25 octobre 2025, jour du scrutin présidentiel, il vote à Songon-Abiaté et appelle publiquement les Ivoiriens à accomplir leur devoir citoyen dans le calme. Ce type de prise de parole peut sembler classique, mais il s’inscrit dans une histoire nationale où les élections ont parfois été synonymes de rupture. La parole du chef du gouvernement prend alors une dimension performative : rassurer, apaiser, inciter à la participation.

Dans le même temps, son action s’étend à des politiques de jeunesse et d’emploi, mises en avant dans les communications de la Primature, comme des programmes de stage, d’apprentissage et de reconversion, ou des dispositifs de soutien aux entrepreneurs. Ces thématiques répondent à une réalité démographique : une population jeune, des attentes fortes en matière d’insertion, et une demande sociale d’opportunités concrètes.

Sur le volet “cadre de vie”, l’équation reste délicate. Améliorer l’urbanité d’Abidjan et d’autres villes suppose des investissements lourds, mais aussi des arbitrages sensibles : relogement, réorganisation des occupations, lutte contre l’insalubrité, gestion des déchets. Le Premier ministre, même si ces dossiers sont portés par des ministères et des collectivités, demeure comptable d’un résultat global : la perception de l’État dans le quotidien.

Le sport, lui, représente une autre vitrine. Les succès sportifs sont des accélérateurs de popularité, mais l’administration sportive se heurte aux infrastructures, aux fédérations, aux calendriers internationaux, aux financements, et à la nécessaire transparence. Dans un pays où le football est une passion nationale, les attentes autour des stades, de la formation, et de la gestion des compétitions sont élevées. En cumulant la Primature et ce portefeuille, Mambé se place volontairement sur un terrain d’exposition.

Enfin, la dimension politique interne n’est pas absente. Mambé est identifié comme un cadre du RHDP et une personnalité de la majorité présidentielle. À ce titre, ses déplacements, ses appels à la cohésion, ses rencontres avec des chefs traditionnels et des acteurs communautaires, prennent une tonalité qui dépasse l’administration : il s’agit aussi de consolider un climat de paix, de prévenir les tensions, et de préparer des échéances législatives et locales. En décembre 2025, la Primature communique ainsi sur des appels à des élections paisibles lors des législatives, signe que l’exécutif cherche à encadrer politiquement et symboliquement la période.

Dans ce paysage, Robert Beugré Mambé apparaît comme un Premier ministre de stabilisation et de continuité, dont l’autorité repose moins sur une posture charismatique que sur une capacité à orchestrer l’État. Son parcours explique aussi les attentes : on attend de lui des résultats mesurables, des chantiers livrés, des services améliorés. On attend également une gestion prudente des tensions politiques, héritées d’une histoire récente douloureuse.

Reste que la fonction de Premier ministre, en Côte d’Ivoire, se heurte à une réalité : l’exécutif est fortement structuré autour de la présidence. Le chef du gouvernement doit donc affirmer une capacité d’action tout en restant aligné sur la stratégie présidentielle. Dans cet équilibre, la marge d’autonomie est moins institutionnelle que pratique : elle se joue dans la capacité à faire travailler ensemble des ministères, à obtenir des arbitrages, à gérer les crises, et à incarner un discours qui tienne.

Pour ses partisans, Robert Beugré Mambé incarne l’efficacité, l’expérience et la méthode. Pour ses critiques, il symbolise un pouvoir technocratique parfois éloigné des difficultés quotidiennes, ou un système politique qui recycle des figures de l’appareil d’État. Mais tous s’accordent sur un point : son parcours le place parmi les acteurs les plus importants de la Côte d’Ivoire des années 2020, à la croisée de l’urbanisme, de l’organisation institutionnelle et de la vie politique.

Robert Beugré Mambé reconduit au poste de Premier ministre
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« le peuple camerounais existe bien avant 1650, 1961 et 1972 »

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« le peuple camerounais existe bien avant 1650, 1961 et 1972 »
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Dans un éditorial consacré à l’histoire et à l’identité du Cameroun, Le Capitaine de vaisseau Serge Atonfack Guemo défend l’idée d’un peuple camerounais dont les racines socioculturelles seraient antérieures à la colonisation. Il met en garde contre les discours qui, selon lui, réduisent l’identité nationale aux héritages linguistiques et aux découpages historiques issus de la période coloniale et postcoloniale.

Atonfack Guemo prend position dans le débat sur les origines et la construction de l’identité nationale camerounaise. Dans un texte intitulé « Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1650, à 1961 et à 1972 », il appelle à reconnaître l’ancienneté des communautés et des traditions qui composent le pays.

Le chef de la Division de la Communication au ministère délégué à la présidence de la République chargé de la Défense conteste les approches qui situent la naissance du Cameroun à des dates historiques précises, notamment janvier 1960, octobre 1961 ou encore la conférence de Foumban d’avril-mai 1972. Selon lui, ces repères ne sauraient résumer l’histoire des populations qui occupaient déjà le territoire avant l’arrivée des puissances étrangères.

Dans son argumentaire, Atonfack Guemo estime que les communautés camerounaises disposaient bien avant la colonisation de leurs propres espaces de peuplement, de leurs coutumes et de leurs formes de relations sociales. Il évoque notamment les liens de voisinage, les parentés et les similitudes entre les pratiques culturelles des différentes communautés.

Lire l’éditorial de Cyril Atonfack Guemo :

Le Cameroun : peuple d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriales, réalité socio-tribale bien antérieure à 1960, à 1961 et à 1972

Une acception communément admise présente le fondamentalisme comme étant l’ensemble des radicalités qui défendent une conception rigoriste de la religion ou de la politique, au risque d’une confrontation avec la société environnante. Le fondamentalisme renvoie ainsi à une espèce de comparaison entre un état originel et ses évolutions. Ce qui peut donner de la matière pour une discussion constructive et mutuellement enrichissante, du moins pour des personnes bien intentionnées. Sinon de prêter à polémique, le fondamentalisme devient très vite polémologique, lorsqu’il se nourrit d’intransigeance, d’affabulations et de fausses allégations.

Ainsi en est-il du fait, pour certains, d’élever des techniques administratives apprises pendant l’occupation étrangère, en éléments culturels jouissant d’une légitimité égale à celle des fondements de l’écologie sociologique héritée de nos ancêtres. Il en va de même du travestissement d’autres pans de l’histoire de notre pays, qui consiste à faire croire que cette histoire ne commencerait qu’en janvier 1960 pour les uns, en octobre 1961 pour d’autres, ou après la conférence de Foumban d’avril-mai 1972 pour une autre mouvance. Autant d’aliénantes manipulations cognitives, autant d’enivrantes élégies qui engendrent le clivage, l’ostracisme, le déracinement et, au final, la violence.

Ces discours, tout ce qu’il y a de plus inepte, finissent par transformer de paisibles jeunes gens nourrissant des rêves d’un avenir radieux au sein de la cité Cameroun en de furieux désespérés animés d’une haine viscérale de leur propre pays, car se prenant pour les descendants de chimériques héros d’autrefois, intrépides défenseurs de royaumes qui n’ont pourtant jamais existé sous nos cieux.

Mais d’une manière qui ne serait autre que délibérée, tout semble mis en œuvre pour occulter, déformer, contrefaire l’irréfragable réalité selon laquelle nos divers sites de peuplement tribaux sont antérieurs à l’arrivée du colonisateur. Nos voisinages et consanguinités, nos divers us et coutumes ancestraux, qui entre eux partagent de très nombreux points de similarité, ont depuis toujours constitué des facteurs de fraternel rapprochement, voire d’inextricable intrication entre nos tribus.

Le peuple camerounais ne saurait donc être réduit à une addition, une juxtaposition, et encore moins à une superposition de tribalités sui generis, seulement liées par une communauté de langues étrangères d’un usage purement transactionnel. Le peuple camerounais est d’origine, d’implantation et de mœurs immémoriaux. L’occupation étrangère n’y aura d’ailleurs rien changé, contrairement aux malsaines intentions opportunistes qui veulent regrouper les Camerounais en fonction des langues apportées de l’extérieur, ou en rapport avec les points cardinaux. Pareille catégorisation est une source additionnelle de tracas dont on devrait résolument se passer.

Car ce qui importe avant et après tout, ce n’est ni la fidélité proclamée à tel ou tel idiome d’outre-mer, ni la tapageuse démonstration du désir de mimétisme avec tel ou tel peuple étranger. Ce qui importe avant et après tout, c’est la volonté des Camerounais de faire de cette binarité linguistique d’opportunité un précieux instrument devant servir au rapatriement des savoirs techniques et technologiques, un important atout d’attraction et de facilitation dans le contact avec d’autres peuplades de la scène planétaire. Tout en préservant, tout en pérennisant et tout en promouvant l’être et l’artefact qui fondent à la fois l’originalité et la singularité de notre personnalité. Vous parlez d’un fondamentalisme inclusif ?

Sachons rester vigilants,
Sachons rester patriotes,
Sachons aimer définitivement le Cameroun.

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