Actualités locales
Michèle Ndoki échappe à une arrestation après avoir révélé des fraudes massives
L’avocate et figure politique camerounaise, Me Michèle Ndoki, co-fondatrice des Bâtisseurs de la Nation, a fui son domicile après avoir échappé de justesse à une arrestation suite à l’élection présidentielle contestée de 2025.
Sa fuite fait suite à la publication des résultats préliminaires du projet Disô, une initiative citoyenne de surveillance électorale coordonnée par les Bâtisseurs de la Nation et une coalition d’organisations de la société civile. Les données recueillies par le projet contredisaient les chiffres officiels publiés ultérieurement par le Conseil constitutionnel, qui déclarait le président sortant Paul Biya vainqueur.
Deux ans de préparation
Le projet Disô a été élaboré pendant deux ans, discrètement entre 2023 et 2025, par un réseau d’avocats, de spécialistes en informatique et d’organisateurs civiques sous la direction de Me Ndoki. Le nom Disô – qui signifie « sentinelle » dans plusieurs langues camerounaises – reflétait son objectif : veiller sur le vote des citoyens.
Initialement, l’équipe visait à déployer 30 000 observateurs bénévoles formés dans les dix régions du Cameroun. Malgré des ressources limitées et une pression politique croissante, le projet a réussi à former et à mobiliser 9 000 observateurs. Le jour du scrutin, des milliers d’autres citoyens ont contribué en fournissant des données participatives – envoyant des photos, des messages vocaux et des procès-verbaux signés des bureaux de vote à la plateforme Disô.
Grâce à une application mobile PWA, le système a transmis les données à une plateforme centrale en ligne pour une vérification croisée. Cela a permis de créer l’une des bases de données de résultats électoraux générées par les citoyens les plus complètes jamais constituées dans l’histoire politique du Cameroun.
« L’objectif était simple : la transparence », a expliqué Me Ndoki lors d’une conférence de presse. « Chaque vote enregistré par les citoyens renforce la démocratie. Nous voulions donner aux gens l’assurance que leurs voix étaient entendues et prises en compte. »
Des résultats préliminaires contredisant ceux de l’État
Moins de 48 heures après la fermeture des bureaux de vote, les analystes de Disô ont achevé une première agrégation des données vérifiées. Les résultats, présentés publiquement lors d’une conférence de presse à Yaoundé, montraient Issa Tchiroma Bakary en tête avec une avance confortable – un résultat qui divergeait fortement des projections officielles.
« Nos chiffres étaient cohérents, vérifiables et basés sur des documents signés », a déclaré Kingsley Sheteh Newuh, l’un des co-fondateurs des Bâtisseurs de la Nation. « Il n’y avait aucune ambiguïté. La tendance était claire : Biya avait perdu. »
La conférence de presse a suscité une attention nationale et internationale, plaçant Disô et sa porte-parole, Michèle Ndoki, directement dans le collimateur des autorités. Cela fait suite à de multiples menaces proférées par le ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji Paul, à l’encontre de Michèle Ndoki. Il a lancé ces avertissements lors de plusieurs conférences de presse.
Début de la répression
Avant même que le Conseil constitutionnel ne se réunisse pour proclamer les résultats, les forces de sécurité ont agi contre la coalition Disô. Selon des membres du groupe, des policiers en uniforme se sont rendus au domicile de Ndoki.
Une source proche de l’avocate a confirmé qu’elle avait reçu un avertissement discret indiquant qu’un mandat d’arrêt avait été émis et que ses déplacements étaient surveillés.
Cette même nuit, Ndoki a quitté Yaoundé pour Douala, où elle s’est faite discrète, évitant son domicile. Cependant, face à l’intensification de la surveillance à l’approche de l’annonce des résultats officiels, elle a décidé que le Cameroun n’était plus sûr pour elle. Empruntant des routes secondaires et des chemins ruraux, elle a traversé les régions de l’Adamaoua et de l’Extrême-Nord, naviguant à travers un territoire marqué par l’insécurité et des points de contrôle occasionnels. Après plusieurs jours, elle est entrée dans la clandestinité et, jusqu’à présent, a refusé de révéler sa localisation. Mais elle assure être en sécurité.
« J’ai choisi de passer par le Nord car il y avait déjà beaucoup de manifestations là-bas et l’attention s’était portée sur cette région, ainsi que sur Issa Tchiroma Bakary et sa résidence. De plus, personne ne s’attendait à ce que je me dirige vers une région instable, alors que les gens la fuyaient », a déclaré Ndoki à MMI.
Sa fuite s’est avérée opportune. Dans les jours qui ont suivi, le gouvernement a lancé une vaste opération de répression à l’échelle nationale, ciblant les figures de l’opposition et de la société civile, arrêtant des dizaines de personnes à Yaoundé, Douala, Garoua et Bafoussam.
Une voix de la résistance
Depuis son lieu de refuge, Ndoki est restée en contact avec son équipe et ses alliés. Elle a participé à l’émission « Road To Etoudi » de MMI pour parler du travail qu’ils accomplissent.
« Les preuves que nous avons recueillies appartiennent au peuple. Aucun pouvoir, aussi bien établi soit-il, ne peut effacer cette vérité. Disô n’est pas une question de politique, c’est une question de responsabilité. »
Le calme et la détermination de l’avocate ont fait d’elle un symbole de courage civique dans un pays où la dissidence est souvent criminalisée.
Figure de proue du mouvement démocratique camerounais, Ndoki était déjà connue pour son franc-parler. Ancienne vice-présidente du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), parti d’opposition, elle a été arrêtée en 2019 pour avoir mené des manifestations post-électorales et a été libérée après huit mois de détention.
Depuis lors, elle a réorienté son action de la politique partisane vers l’engagement civique, fondant Les Bâtisseurs de la Nation afin de « construire la citoyenneté démocratique à partir de la base ».
Au cœur du projet Disô
La conception de Disô était à la fois technique et participative. Elle combinait la collecte de données mobiles et l’éducation civique, encourageant les citoyens à agir comme témoins du processus électoral. Les observateurs étaient formés pour documenter les procédures de vote, signaler les irrégularités et photographier les procès-verbaux avant leur transmission aux centres de centralisation officiels.
Les données recueillies sur le terrain étaient examinées par des équipes de vérification afin de garantir leur authenticité et leur cohérence. Selon des rapports internes, 72 heures après la fin du scrutin, le système avait reçu plus de 52 000 contributions, dont 8 700 images haute résolution de procès-verbaux signés.
Les résultats de Disô ont ensuite été comparés aux résultats officiels annoncés par le Conseil constitutionnel, révélant d’importants écarts dans plusieurs circonscriptions, notamment des renversements soudains des résultats en faveur du parti au pouvoir.
Réactions et inquiétudes internationales
Les organisations de défense des droits humains et les observateurs régionaux se sont alarmés du ciblage des dirigeants de l’opposition au Cameroun.
Parallèlement, le gouvernement camerounais est resté silencieux sur les tentatives d’arrestation, mais a accusé des « entités financées par l’étranger » de tenter de « déstabiliser le pays ». ELECAM, la commission électorale officielle, a qualifié les données citoyennes de « non officielles et trompeuses », sans toutefois aborder les irrégularités spécifiques documentées par les observateurs de Disô.
Un dangereux précédent
Les analystes avertissent que la répression contre la surveillance citoyenne pourrait créer un dangereux précédent. « Lorsque les gouvernements criminalisent la transparence, ils sapent la légitimité même qu’ils cherchent à protéger », a déclaré un observateur électoral régional connaissant bien la situation. « Disô a démontré que la technologie peut rendre la manipulation plus difficile – et c’est précisément pourquoi elle a été ciblée. »
Pour Michèle Ndoki, les conséquences ont été profondément personnelles. Ses amis décrivent son exil comme une épreuve déchirante, marquée par des jours de voyage sous la menace, une communication limitée et le soutien de sympathisants locaux dans le nord du pays. Pourtant, disent-ils, elle est restée inébranlable.
« Elle connaissait les risques », a déclaré l’un de ses collègues. « Elle nous a dit que si la vérité lui coûtait sa liberté, elle valait quand même la peine d’être dite. »
La lutte plus large pour la démocratie
L’élection camerounaise de 2025 a été largement critiquée pour son manque de transparence, l’accès limité aux médias et l’exclusion des candidats de l’opposition par le biais d’obstacles administratifs. Le président Biya étant au pouvoir depuis plus de quatre décennies, les appels au renouveau démocratique se font de plus en plus pressants – tout comme les efforts de l’État pour museler la dissidence.
Dans ce contexte, l’histoire de Michèle Ndoki et de la coalition Disô reflète une lutte plus large pour la vérité et la responsabilité. Leur expérience met en lumière à la fois les possibilités et les dangers de l’autonomisation des citoyens dans des systèmes politiques étroitement contrôlés.
Depuis l’exil, Michèle Ndoki continue de plaider pour la libération des figures de l’opposition détenues et de tous les manifestants qui ont protesté pacifiquement contre la fraude. « Le peuple camerounais n’a pas voté par peur. Il a voté pour le changement. »
Alors que le pays attend d’éventuelles réactions internationales et des initiatives de la société civile en faveur de la transparence, une chose est claire : l’initiative Disô a transformé le paysage démocratique camerounais, démontrant que même sous pression, les citoyens peuvent construire des systèmes de responsabilité que le pouvoir ne peut facilement effacer.
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Blériot Nyemeck raconte comment Parfait Ayissi a perdu son poste de DG

Blériot Nyemeck est revenu sur les circonstances qui ont conduit au départ de Parfait Ayissi de la direction générale d’Info TV.
Invité de l’émission Obama Times ce dimanche 1ᵉʳ novembre 2026, diffusée sur A1 TV et présentée par Ernest Obama, il a notamment évoqué les sollicitations répétées du promoteur de la chaîne, Dieudonné Mveng, pour qu’il prenne la tête de la télévision, ainsi que l’incident survenu lors de la couverture de la Coupe André Onana à Oveng.
Selon son témoignage, Dieudonné Mveng lui aurait proposé de devenir directeur général d’Info TV environ six mois après son arrivée au sein de la chaîne. Une proposition qu’il affirme avoir refusée à plusieurs reprises, alors que Parfait Ayissi occupait déjà cette fonction.
« On est resté dans cette discussion pendant 18 mois », a déclaré Blériot Nyemeck, expliquant avoir finalement accepté après une longue période de réticence, en raison de difficultés de fonctionnement qu’il dit avoir observées au sein de la chaîne.
Cameroun Actuel vous propose cet extrait de l’interview de Blériot Nyemeck sur A1 TV :
Blériot Nyemeck : Six mois après mon arrivée à Info TV, M. Dieudonné Mveng me propose de devenir directeur général d’Info TV. Alors que Parfait Ayissi est directeur général, je lui dis non, ce n’est pas possible. Il me dit non, je lui dis ce n’est pas possible.
On est resté dans cette discussion pendant 18 mois. C’est au 18ᵉ mois, pour une raison que je vais évoquer ici, que j’ai fini par accepter.
Ernest Obama : Pourquoi vous avez accepté ?
Alors, Dieudonné Mveng décide chaque fois qu’il y a un problème, chaque fois qu’il y a un malentendu, avec Parfait Ayissi, il m’en parle et je lui dis : « Il faut en parler à Parfait. » Il me dit non, il s’en plaint, il se plaint de beaucoup de petites choses, mais notamment du fait que Parfait, dès que les émissions sont finies, il rentre directement, il quitte l’Info TV.
Ernest Obama : Mais est-ce qu’il travaille là-bas ?
Blériot Nyemeck : Non, il était directeur général.
Ernest Obama : Mais le directeur ne doit pas rester au bureau tout le temps ?
Blériot Nyemeck : Non, non, le directeur suit la télé. Je ne parle pas du CEO, à moins que… Moi, c’est mon directeur qui gère au quotidien.
Donc, Dieudonné Mveng a besoin d’un directeur général présent, opérationnel. Alors, Parfait fait cela et Dieudonné pense qu’il doit s’en séparer. Je lui dis non.
Un jour, même Parfait et moi, nous discutons, on est allé lui dire que Nyemeck est en train… Je lui dis non, il n’en est rien. Dieudonné m’a proposé, je n’ai pas accepté.
Il se produit un événement un jour, lors de la coupe André Onana, à Oveng. Aristide Manda, je cite les contemporains, vient voir Parfait Ayissi. Il lui dit : Je veux que Info TV vienne couvrir l’événement.
Ils s’entendent et puis Aristide Manda verse ce qu’il faut pour la couverture. Il lui dit : « Mais je veux aussi que Blériot et toi soyez là, à mon nom. » Il donne à Parfait son carburant et il dit à Parfait : « Bon, tu remets ceci à Blériot. »
Parfait Ayissi me remet mon carburant, on va à Oveng. Quand l’équipe d’Info TV va à Oveng et à la fin de la cérémonie, l’équipe d’Info TV a des problèmes pour rentrer parce qu’on ne leur a pas donné leur argent de transport.
Ernest Obama : Qui n’a pas donné ?
Blériot Nyemeck : Parfait Ayissi ne leur a pas donné l’argent de transport. Et l’un des beaux-frères de Parfait est de la délégation, son beau-frère, le cousin à sa femme. Donc, les gars,
Ernest Obama : Est-ce qu’il avait vraiment reçu les frais de transport ?
Blériot Nyemeck : Il les avait reçus. Peut-être qu’il n’a jamais su.
Ernest Obama : Peut-être qu’il a oublié…
Blériot Nyemeck : J’ai dit à Dieudonné, tu aurais dû lui dire pourquoi tu l’as enlevé DG. Donc, alors, les gars, finalement, Aristide leur donne 10 000. Ils rentrent.
Quand ils arrivent, Dieudonné Mveng il décide que l’élément ne va pas passer. Aristide, qui a des accords avec André Onana, se rend compte. Il essaie d’appeler Dieudonné Mveng, Dieudonné Mveng ne le prend pas au téléphone.
Il est dépité. Il me joint. Il me dit Mais voici ce qui s’est passé. Tu sais, maintenant, le PDG m’insulte. Il dit que j’ai méprisé ses collaborateurs…
Je demande au PDG d’écouter Aristide ? Aristide Manda lui explique ce qui s’est passé et Dieudonné Mveng m’appelle et il me dit : je vais licencier Parfait Ayissi et je vais le relever de ses fonctions ce soir.
J’essaie encore de faire la médiation. Rien. […] Et Dieudonné, me dit : « Tu deviens DG. » Jamais de la vie, je ne peux pas remplacer Parfait Ayissi.
Et je lui suggère quelqu’un qui devrait le remplacer, puisqu’il est déjà décidé. Je lui suggère une femme qui avait été DGA. Il me dit non. Et lui-même propose une certaine Ilouga Hermine qu’il nomme.
Alors Parfait me reproche le fait que je ne l’ai pas prévenu des échanges que j’avais eus avec Dieudonné Mveng, sachant qu’on allait le relever de ses fonctions.
Mais je lui dis non, je ne pouvais pas revenir te dire que même si je te l’avais dit, qu’est-ce que cela aurait changé ? Parfait est donc relevé de ses fonctions de DG.
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