À Batcham, l’enthousiasme qui avait accompagné l’intronisation du nouveau chef, Sonkwe Djintsa Adrien, laisse place à une vive controverse. Une partie de l’élite locale dénonce son soutien à Paul Biya pour la présidentielle de 2025, jugé contraire aux attentes de la population.
De la ferveur populaire à la déception
Le 9 août 2025, Batcham retrouvait enfin son chef traditionnel après dix-huit années de vacance. Une longue période marquée d’abord par un intérim, puis par un vide institutionnel à la suite du décès de l’intérimaire. Ce jour-là, l’accueil réservé à Sonkwe Djintsa Adrien avait des allures de libération.
Acclamé comme un « Messie » par une foule en liesse, il avait été porté au-devant de la scène avec une ferveur populaire rare. Les enfants de la communauté s’étaient massivement mobilisés, contribuant plus de 106 millions de FCFA dès les premiers jours pour soutenir la reconstruction de la chefferie. Aujourd’hui, la cagnotte atteint près de 200 millions de FCFA, signe d’une volonté commune de redonner à l’institution son lustre d’antan.
Mais la joie n’aura été que de courte durée. Une photo du chef Batcham à la présidence de la République, appelant publiquement à soutenir la candidature de Paul Biya en 2025, a provoqué une onde de choc. Pour une partie de l’élite locale, cette prise de position est vécue comme une trahison.
Une fracture au sein de la communauté Batcham
« C’est une image qui nous brise le cœur », lâchent certains notables, ulcérés par ce qu’ils considèrent comme un alignement politique en contradiction avec les valeurs de neutralité et d’intégrité attachées à la chefferie. Derrière cette décision, plusieurs voix accusent une élite « compradore » – parmi lesquels certains représentants communautaires disséminés dans le pays, ainsi que M. Manfouo Hervé, conseiller technique au secrétariat général de la Présidence – de tirer les ficelles pour préserver leurs privilèges.
Le reproche est clair : avoir privilégié des intérêts personnels au détriment d’un peuple déjà éprouvé par quarante-trois ans de gouvernance sans alternance. Et les avertissements sont sans détour : « Autant le peuple t’a porté avec amour, autant il saura t’ignorer et te rejeter si tu persistes dans ce choix », préviennent certains membres influents de la diaspora Batcham.
La fracture est désormais visible. Entre un chef célébré il y a quelques jours à peine et une communauté qui s’interroge sur son avenir politique, le fossé se creuse. À l’heure où le Cameroun s’avance vers une élection présidentielle cruciale, le cas Batcham illustre à quel point la question du soutien traditionnel, longtemps symbole d’unité, peut se transformer en un sujet explosif.







