Révélations sur les coulisses d’un dispositif sécuritaire sans précédent, orchestré depuis le Palais de l’Unité à la veille du rejet de la candidature de Maurice Kamto. Une préparation minutieuse qui en dit long sur les craintes du régime Biya.
Une réunion d’urgence à huis clos
C’est une réunion discrète, mais lourde de conséquences. Selon des informations exclusives obtenues parJeune Afrique, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence de la République, a convoqué en urgence les dix gouverneurs de région au Palais de l’Unité. Cette rencontre a pour objectif d’anticiper les réactions populaires après l’annonce du rejet de la candidature de Maurice Kamto.
La rencontre, organisée « la veille de l’annonce publique des noms des candidats », visait à « donner des instructions quant au dispositif de maintien de l’ordre à mettre en place ». Preuve que l’éviction du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) n’était pas une simple formalité administrative, mais bien une manœuvre politique préparée de longue date.
Un déploiement sécuritaire éclair
Dès le 25 juillet, à peine 24 heures après cette réunion, les forces de l’ordre quadrillent les artères des principales villes du pays. Une réactivité qui trahit une organisation rodée et des ordres transmis sans délai.
À Yaoundé, le siège du MRC est placé sous haute surveillance bien avant l’annonce officielle. « Des agents des renseignements en civil » y sont postés depuis plusieurs heures, selon nos sources. Même scénario à Douala, aux abords du siège du Manidem. Le régime, visiblement inquiet, redoute des mobilisations massives.
Pourquoi le pouvoir prend les menaces au sérieux
D’après nos informations, les « menaces de représailles contre des hauts responsables du pouvoir », proférées par des partisans de Kamto, ont été « prises au sérieux par le clan Biya ». Une inquiétude qui explique l’ampleur du dispositif déployé.
Cette réaction en dit long : le pouvoir reconnaît, malgré lui, la capacité de mobilisation de l’opposant. Et craint un embrasement.
Elecam et les forces de sécurité : une coordination troublante
Autre élément révélateur : la synchronisation entre la Commission électorale (Elecam) et les forces de l’ordre. Dès l’annonce du rejet de Kamto, policiers et gendarmes se positionnent autour du siège d’Elecam. Une réaction si rapide qu’elle laisse supposer une concertation préalable.
Cette collusion soulève des questions sur l’indépendance réelle de l’institution en charge des élections.
Une stratégie de communication calculée
Malgré la fuite de la liste provisoire des candidats dès le 24 juillet, les autorités ont attendu le 26 juillet pour officialiser leur décision. Un délai qui n’a rien d’anodin : il a permis au régime de maîtriser le calendrier et d’étouffer toute contestation dans l’œuf.
Ce que révèle cette affaire
Au-delà de l’éviction de Maurice Kamto, ces révélations mettent en lumière les méthodes d’un régime qui, face à une opposition grandissante, mise avant tout sur la répression et le contrôle de l’information.
Pour l’heure, le pouvoir camerounais ne prend aucun risque. Mais à trop verrouiller le jeu politique, ne s’expose-t-il pas à une explosion sociale ?
(Source : Enquête exclusive de Jeune Afrique)














