Une coalition surprise pourrait bouleverser la donne politique en réunissant des figures aux trajectoires opposées. InfoMatin révèle les contours de ce possible front Nord-Ouest, tandis que les spéculations s’intensifient.
C’est une information qui fait déjà l’effet d’une petite bombe dans les cercles politiques camerounais. Selon les révélations de l’hebdomadaireInfoMatin, dirigé par Dieudonné Mveng, une alliance entre Issa Tchiroma Bakary, Maurice Kamto, Bello Bouba Maigari et Guibai Gatama serait en discussion en vue de laprésidentielle 2025. Une hypothèse qui, si elle se concrétise, pourrait redistribuer les cartes d’un paysage politique en pleine recomposition.
Des signaux politiques qui interpellent
Le journal rapporte que Bello Bouba Maigari, président national de l’UNDP et ministre d’État, subirait des pressions croissantes de sa base pour quitter le gouvernement. Une situation similaire à celle d’Issa Tchiroma, qui a officiellement annoncé sa démission et sa candidature. Les rapprochements entre ces figures n’ont rien d’anodin : le MRC de Maurice Kamto avait convié Bello Bouba à sa dernière convention, geste que ce dernier a rendu en invitant Kamto à son propre congrès.
Pour les observateurs, ces échanges ne relèvent pas du simple protocole. Ils pourraient trahir des négociations en coulisses, voire les prémices d’un pacte électoral.
Une coalition improbable… mais stratégique
À première vue, l’idée d’une alliance entre ces quatre personnalités semble audacieuse, tant leurs parcours divergent. Issa Tchiroma, ex-ministre et fidèle du régime Biya, se présente aujourd’hui en défenseur d’un « renouveau républicain ». Maurice Kamto, lui, incarne une opposition farouche au pouvoir depuis la présidentielle contestée de 2018. Bello Bouba Maigari, figure historique du Nord, a souvent été critiqué pour son silence face aux crises, mais son influence régionale reste intacte. Enfin, Guibai Gatama, journaliste et leader du mouvement11 millions de Nordistes, représente une jeunesse en quête de représentation politique.
Une telle coalition marquerait la naissance d’unfront Nord-Ouestinédit, capable de fédérer des courants jusqu’ici cloisonnés : opposition traditionnelle, société civile et élites septentrionales lassées de leur marginalisation.
Convergences d’intérêts ou mariage de raison ?
Reste à savoir si cette alliance tiendra face aux divergences idéologiques et aux egos. Comment Kamto, chantre d’une alternance radicale, pourrait-il s’entendre avec Tchiroma, hier encore porte-parole du régime ? Quel rôle pour Gatama, dont la fibre indépendantiste pourrait autant rassembler que diviser ? Et Bello Bouba, perçu comme un allié discret du RDPC, est-il prêt à rompre définitivement avec le pouvoir ?
Du côté du MRC, on tempère l’enthousiasme.« Toute alliance devra reposer sur une vision claire et partagée », glisse un cadre du parti. À l’UNDP, les déclarations officielles se font rares, mais la base milite pour une rupture.
Vers une recomposition historique ?
Au-delà des calculs politiques, cette éventuelle alliance reflète un mouvement plus profond : leGrand Nord, longtemps bastion du RDPC, cherche désormais à peser davantage dans le jeu national. L’usure du pouvoir, les doutes sur une candidature de Biya et les frustrations régionales pourraient favoriser l’émergence de nouveaux équilibres.
Si ce front voit le jour, il pourrait non seulement dynamiser le débat public, mais aussi bousculer les mécanismes traditionnels d’une présidentielle verrouillée depuis des décennies.
Reste à passer des intentions aux actes.La construction d’un projet commun, la définition d’une ligne politique claire et la gestion des attentes d’un électorat fragmenté seront autant de défis à relever.
Une chose est sûre : pour la première fois depuis longtemps, une alternative crédible se dessine au Cameroun. Et elle ne vient pas d’un seul camp, mais d’un étonnant mélange des genres. Laprésidentielle 2025s’annonce plus ouverte – et plus imprévisible – que jamais.














