Alors que des millions de Camerounais peinent à obtenir leur carte nationale d’identité (CNI), une opération spéciale dans la commune d’Okola fait jaser. Lancée par le ministre Benoît Ndong Soumhet, natif de la Lékié, cette campagne combine distribution gratuite de CNI et inscription automatique sur les listes électorales. Une initiative présentée comme citoyenne, mais dont le timing et le caractère localisé soulèvent des questions.
Un parcours du combattant pour la CNI
Dans la plupart du pays, obtenir sa CNI relève du miracle. Des centres d’enrôlement saturés, des reçus provisoires qui deviennent permanents (certains datant de plus de cinq ans), une nouvelle biométrie 2024 qui n’a pas tenu ses promesses… Le tableau est connu. Pourtant, à Okola, le scénario est tout autre : ici, les cartes tombent comme des petits pains, et l’inscription électorale se fait en un clin d’œil.
Pourquoi Okola et pas ailleurs ?
Cette opération pilotée par un cacique du RDPC pose un sérieux problème d’équité. Comment expliquer qu’une seule commune bénéficie d’un traitement de faveur, alors que le reste du pays végète dans les files d’attente interminables ? Dans le Grand-Nord, l’Ouest ou les régions anglophones, des citoyens attendent parfois des années leur précieux sésame.
« Un électeur avec une CNI est un électeur mobilisable. Et un électeur mobilisable est un électeur contrôlable », nous glisse un observateur politique. Une phrase qui résonne étrangement à l’approche de la présidentielle de 2025.
La CNI, nouvel instrument politique ?
Le gouvernement camerounais a-t-il soudain trouvé la solution magique aux problèmes d’identification ? À en juger par l’opération Okola, la réponse est oui. Mais ce succès localisé démontre surtout que le blocage n’est pas technique, mais politique.
« Si c’est possible ici, pourquoi pas partout ? », s’insurge un habitant de Douala joint par téléphone. La question est sur toutes les lèvres. Entre les lignes, beaucoup y voient une stratégie calculée : garder la main sur l’accès à ce document essentiel, pour mieux contrôler l’échiquier électoral.
Une justice administrative à deux vitesses
Pendant qu’Okola savoure ce privilège, le reste du pays continue de se battre contre :
– Des centres d’enrôlement sous-équipés
– Un personnel insuffisant et mal formé
– Des retards inexplicables dans le traitement des dossiers
Cette discrimination territoriale nourrit un profond sentiment d’injustice. Elle renforce l’image d’un pouvoir qui gouverne au gré de ses intérêts électoraux, accordant ses faveurs à certaines zones jugées stratégiques.
Selon nos informations, des opérations similaires pourraient voir le jour dans d’autres bastions du RDPC.














