Darak, Cameroun — La terreur est revenue frapper les rives du lac Tchad. Au moinsneuf pêcheurs ont été tuéset plusieurs autres personnes enlevées dans une série d’attaques menées ces deux dernières semaines par des combattants présumés deBoko Haram, dans la localité insulaire deDarak, située dans l’Extrême-Nord du Cameroun.
D’après des sources locales, ces agressions sont attribuées à la factionJama’atu Ahlis-Sunna Lidda’awati Wal-Jihad (JAS), l’une des branches les plus actives du groupe islamiste. Ce regain de violence s’inscrit dans un contexte déjà tendu, où les populations riveraines du lac vivent sous la menace constante des groupes armés.
« Neuf pêcheurs ont perdu la vie et quatre ont été enlevés. Ces derniers ont depuis été libérés, mais d’autres restent entre les mains des assaillants », a confié un responsable local sous couvert d’anonymat.
Enlèvements répétés et climat d’insécurité
Le week-end dernier, la même zone a connu un nouvel épisode dramatique avec l’enlèvement desix éleveurs, dontquatre femmes, toujours portés disparus. Ces incursions violentes ne sont malheureusement pas nouvelles : depuis des années, les civils sont pris pour cible dans cette région frontalière et instable, souvent victimes de vols de bétail, de rançonnements et d’enlèvements.
« En si peu de temps, la fréquence de ces attaques démontre une volonté claire dedéstabiliser les communautés rurales», analyse un expert sécuritaire régional interrogé parDW.
Des témoignages recueillis sur place évoquent un regain d’activité du groupe JAS, qui chercherait àrenforcer son emprise autour du lac Tchad, dans un contexte de tensions croissantes avec d’autres factions jihadistes, notamment l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
« La situation est très tendue dans les îles situées entre Katikimé et Coriya, près de Tchontchi. Des habitants ont fui, et les autorités locales demandent des renforts urgents », a rapporté un journaliste basé à Maroua.
Un lourd tribut pour les civils
Ces attaques viennent alourdir le bilan humanitaire déjà dramatique dans l’Extrême-Nord du Cameroun, où les populations civiles sont laissées à elles-mêmes face à la recrudescence des violences. Les pêcheurs et éleveurs, dont les moyens de subsistance dépendent directement du lac, sont les plus exposés.
Les associations locales de la société civile tirent la sonnette d’alarme : cette escalade de violences risque decreuser davantage l’insécurité alimentaire, de provoquer de nouveaux déplacements de population, et d’accroître un climat depeur généralisée.
« Ces groupes armés continuent de cibler les civils, semant la terreur à Darak et dans l’ensemble du bassin du lac Tchad », a ajouté un responsable administratif.
Un besoin urgent de réponse régionale
Jusqu’à présent, l’armée camerounaise n’a pas encore réagi officiellement à ces nouvelles attaques. Des opérations sont néanmoins en cours dans la région contre les factions actives de Boko Haram. Les analystes sécuritaires insistent sur la nécessité d’uneréponse régionale coordonnéeimpliquant le Cameroun, le Tchad, le Nigeria et le Niger, pour stabiliser durablement cette zone en proie à l’insurrection islamiste depuis plus d’une décennie.
Depuis le début de l’offensive de Boko Haram en 2009, lebassin du lac Tchadest devenu l’un des foyers de crise les plus instables du continent africain, avec desdizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Une spirale de violence que les populations de Darak, une fois encore endeuillées, paient au prix fort.














