Le candidat à la présidentielle camerounaise veut rompre avec la diplomatie pro-occidentale de Paul Biya et affranchir son pays de l’influence française.
MUTENGENE (Cameroun)— Dans un meeting électoral qui a enflammé la région du Sud-Ouest,Joshua Osih, président du Front social démocrate (SDF) et candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2025, a annoncé unerefonte radicalede la politique étrangère camerounaise. Au programme : la reconnaissance de l’État palestinien et une réaffirmation de la souveraineté nationale face aux ingérences étrangères, notamment françaises.
« Le Cameroun est le seul pays africain à ne pas reconnaître la Palestine. Cela changera dès notre arrivée au pouvoir », a-t-il lancé sous les applaudissements. Une déclaration qui sonne comme un camouflet à l’allié israélien, partenaire clé de Yaoundé dans la lutte contre Boko Haram.
Une rupture avec 42 ans de diplomatie pro-Biya
Actuellement, seuls le Cameroun et l’Érythrée refusent encore de reconnaître la Palestine à l’échelle continentale. Un alignement historique sur les positions occidentales que Osih juge« anachronique ».
Mais au-delà du symbole palestinien, le candidat vise surtoutl’héritage colonial français, toujours prégnant selon lui :« Nous rétablirons l’indépendance militaire et économique du Cameroun, vis-à-vis de tous les acteurs étrangers. »Sans préciser s’il quittera la zone franc CFA ou renégociera les accords de défense avec Paris, il promet unrééquilibrage des alliances.
Un discours qui résonne fortement dans un pays où les révélations d’Emmanuel Macron en 2020 — reconnaissant avoir fait pression sur Paul Biya pour libérer l’opposant Maurice Kamto — ont confirmé les soupçons d’ingérence.« La France a toujours un ministre des Colonies, il s’appelle le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères », ironise un militant du SDF dans l’assistance.
La visite qui inquiète
Les tensions se sont encore ravivées récemment avec la visite discrète du général de gendarmerie français, venu s’entretenir avec le ministre camerounais de la Défense. Pour l’opposition, le timing — à un an de la présidentielle — sentle soutien à un énième scrutin controversé.
« Depuis les élections truquées de 1992, Paris est le garant du système Biya », accuse un universitaire yaoundéais sous couvert d’anonymat. Avec 42 ans de pouvoir, le président sortant — âgé de 91 ans — n’a pas encore officialisé sa candidature, mais plus de 20 prétendants se bousculent déjà.
Parmi eux, Joshua Osih se distingue commele seul à proposer une véritable alternative géopolitique. Un pari risqué : si la reconnaissance de la Palestine pourrait isoler le Cameroun sur la scène internationale, elle lui attirerait le soutien des pays du Sud.
Le saviez-vous ?
En 2022, le Cameroun a acheté pour 123 millions de dollars d’armement israélien, dont des drones utilisés dans la lutte contre Boko Haram. Une dépendance stratégique qui compliquera toute rupture brutale.














