Au lendemain de son assignation à résidence à Douala, Maurice Kamto n’a pas mâché ses mots. Depuis la capitale économique, le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a lancé un message fort à ses partisans : rejeter la peur s’ils veulent voir un jour advenir un véritable changement politique au Cameroun.
“Nous n’avons qu’une seule vie, et la peur nous empêche de la vivre pleinement”, a-t-il déclaré lundi 9 juin, à l’issue d’un week-end sous haute tension.
Un retour mouvementé à Douala
Le professeur Kamto était attendu dimanche à Douala par plusieurs milliers de sympathisants, au lendemain de son retour de Paris, où il avait tenu un meeting très suivi. Mais les autorités locales en ont décidé autrement.
Dès samedi soir, le président du MRC a été placé en résidence surveillée. Le lendemain, les forces de l’ordre ont été massivement déployées dans la ville pour empêcher tout rassemblement.
Malgré cela, l’opposant et ses partisans n’ont pas cédé. “La peur n’a jamais sauvé personne”, a martelé Kamto dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux.
“Elle nous réduit à la servitude avant de nous achever. Il faut tuer la peur en soi avant qu’elle ne nous trahisse. Le peuple camerounais a les clés de son avenir entre ses mains”, a-t-il ajouté, visiblement déterminé à ne pas plier.
Un climat d’intimidation persistant
Lundi matin, la pression ne s’est pas relâchée. Des barrages ont été installés dans plusieurs quartiers de Douala, avec pour consigne d’interpeller toute personne tentant de rallier Kamto ou ses proches. Un dispositif sécuritaire impressionnant, malgré l’absence totale de violences la veille.
Ce n’est pas la première fois que le leader du MRC est empêché de s’adresser à ses soutiens. Depuis sa percée électorale de 2018, Maurice Kamto est régulièrement ciblé par des restrictions, ses déplacements et prises de parole étant souvent bloqués à la dernière minute.
Deux poids, deux mesures ?
Pendant ce temps, les meetings du parti au pouvoir, le RDPC de Paul Biya, se déroulent sans encombre. Les militants bénéficient de lieux ouverts, d’une protection policière, et n’hésitent pas à paralyser la circulation des heures durant pour tenir leurs rassemblements.
Un contraste qui alimente la colère d’une partie de l’opinion publique. “La répression d’État, financée avec nos impôts pour briser la volonté des citoyens pacifiques, est tout aussi révoltante que le terrorisme de Boko Haram, qui tue nos compatriotes”, a dénoncé Kamto, sans ambages.
Un appel à briser le cycle
À travers ses mots, le président du MRC appelle à un réveil collectif face à ce qu’il qualifie de régime autoritaire. Il en est convaincu : la peur est l’arme la plus efficace du pouvoir pour maintenir le statu quo. Et tant qu’elle dominera les esprits, le changement ne pourra advenir.
“Mais peur de quoi, et jusqu’à quand ?”, s’interroge-t-il. Une question rhétorique qui résonne chez nombre de Camerounais lassés des 42 ans de règne de Paul Biya.
Maurice Kamto entend poursuivre ses actions dans les prochains jours, malgré les pressions. Le bras de fer avec le pouvoir semble loin d’être terminé.
