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Moh SylveSter Tangongho, directeur général du Trésor, de la Coopération financière et monétaire : «Au moins sept nouvelles banques vont s’implanter au Cameroun d’ici 2030»

Qu’est ce qui, selon vous, justifie l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, matérialisé par l’entrée de nouveaux groupes bancaires sur le marché?
Merci de nous donner l’occasion d’évoquer l’évolution récente du secteur bancaire dans notre pays, ainsi que les raisons de son attractivité. En effet entre 2018 et 2022, le secteur bancaire s’est enrichi de 4 nouvelles entités, faisant passer le nombre d’acteurs dans la profession de 14 à 18, soit une augmentation de 28,6%. Sur les quatre années, cela correspond à un rythme d’augmentation d’une banque par an. Notre pays devrait pouvoir conserver cette cadence, puisqu’un nouvel établissement devrait être agréé d’ici la fin de l’année, portant ainsi le nombre total de banques à 19. Ces chiffres traduisent effectivement un intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais. Intérêt justifié par plusieurs facteurs, notamment, politique, économique, et démographique. Sur le plan politique, il faut souligner la volonté du Président de la République Paul Biya, ainsi que de l’ensemble des chefs d’Etats de la sous-région, de dynamiser notre système financier, pour en faire un pilier essentiel du développement de nos pays.
«..Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30)»
Cette volonté politique a été exprimée le 30 octobre 2017, lorsque les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), réunis en sommet extraordinaire à Ndjamena au Tchad, ont décidé de l’unification des deux marchés financiers de la sous-région. Elle a été réaffirmée en 2018, lorsque les chefs d’Etats ont pris l’engagement d’inscrire à la cote du marché boursier sous-régional, les actions de certaines entreprises relevant des portefeuilles publics. Alors, certains de vos lecteurs pourraient se demander, quel est le lien avec le secteur bancaire ? Le lien provient de ce qu’une grande partie (près de 50%) des acteurs du marché boursier, société de bourse et société de gestion de portefeuille, sont des filiales des banques.
Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, les synergies entre le secteur bancaire et le secteur financier sont très fortes. Le dynamisme de l’un, entraînant en général celui de l’autre, et vice-versa. La première raison de l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, est la volonté politique réaffirmée des chefs d’Etats de dynamiser le secteur financier de notre sous-région, dont le Cameroun est la locomotive, pour en faire un élément essentiel du développement économique de nos pays. Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc.) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter.
La deuxième raison du dynamisme de notre secteur financier est la structure résiliente et diversifiée de notre économie, à laquelle s’ajoutent les opportunités induites par la mise en œuvre de la transformation et les réformes structurelles de notre économie, impulsées par le CHEF DE L’ETAT dans sa vision du Cameroun à l’horizon 2035. Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30). Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter Sur le plan démographique, le Cameroun, riche de son bilinguisme et de son multiculturalisme, est le pays le plus peuplé de la Cemac avec une population de 27 millions d’habitants.
75% de cette population est âgée de moins de 25 ans. En 2039, 60% de la population sera en âge de travailler ; population dont le dynamisme des femmes et hommes d’affaires qui la composent se démontre chaque jour. Dans cette population se trouvent toutes les catégories socioprofessionnelles: cadres ; entrepreneurs ; exploitants agricoles, etc., dont les besoins peuvent être adressés par les banques. Considérons à titre d’exemple un jeune actif de 20 ans ou 25 ans. Si sa banque peut s’adapter à l’évolution de ses besoins à chaque étape de sa vie, familiale ou professionnelle, elle se verra attribuer les mandats pour l’accompagner dans la réalisation de ses projets. Si tout se passe bien, une telle collaboration peut durer 40 ans ou plus. La troisième raison de l’engouement des banques pour le Cameroun, est la structure de sa démographie et le dynamisme de sa population, qui présentent des réelles opportunités de gains à court, moyen et long terme quel que soit le segment d’activités.
Quel a été l’impact du Covid-19 et de la crise Russo-ukrainienne sur le secteur bancaire Camerounais?
La pandémie à COVID-19, puis la crise russo-ukrainienne ont eu et continuent d’avoir des conséquences considérables sur les Etats et les entreprises. Quelles soient très grandes ; grandes ; petites et moyennes ; et très petites, les entreprises ont toutes souffert de la paralysie des circuits d’approvisionnements mondiaux. Elle a entraîné des retards importants de livraison des commandes, et une rupture partielle ou totale des activités de plusieurs entreprises. Pour celles d’entre elles qui avaient contracté des prêts auprès des banques, il leur était impossible de respecter leurs engagements, donc de rembourser leurs crédits. La première conséquence sensible a été l’augmentation du taux des créances brutes en souffrance. Ce dernier a grimpé de près de 2 points entre décembre 2019 et décembre 2020, en passant de 15% à 16,6% du volume des crédits accordés à l’économie.
Et encore, nous avons pu contenir la dégradation du taux des créances brutes en souffrance grâce aux efforts conjugués du Gouvernement, de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). La deuxième conséquence, corollaire de la première, est le ralentissement de la progression de l’activité bancaire. A titre d’illustration, entre 2017 et 2018 puis entre 2018 et 2019, le total bilan des banques a respectivement progressé de 61% et de 35% ; le total des dépôts de 59% et 35% ; le total des concours du secteur bancaire de 63% et 36%. Entre 2019 et 2020 ; puis 2020 et 2021, les mêmes indicateurs ont respectivement progressé de 10% puis 13% pour le total bilan ; 12% puis 12% pour le total des dépôts ; 16% puis 16% pour le total des concours du secteur bancaire.
Comment l’État a-t-il réagi pour soutenir le secteur durant cette période difficile ?
Le secteur bancaire est régulé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale. C’est elle qui édicte les règlements et instructions qui encadrent l’activité bancaire. Donc l’Etat ne pouvait pas prendre des mesures directes pour soutenir le secteur. En revanche, l’État a pris plusieurs mesures de soutien en faveur des entreprises dont les activités ont connu un ralentissement. L’objectif était de permettre qu’elles puissent continuer à honorer leurs engagements à l’égard de leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs banques. Le soutien de l’Etat au secteur bancaire a principalement été un soutien indirect, à travers les mesures fiscales et budgétaires prises pour accompagner les entreprises.
Sans être exhaustif, on peut citer parmi ces mesures : – L’autorisation de moratoires et de reports de paiement d’impôts en faveur des entreprises directement touchées par la crise COVID-19 ; – L’exonération de la taxe de séjour due pour le reste de l’exercice 2020 par les hôtels ; – L’exonération pour le deuxième trimestre de l’exercice 2020 du précompte mobilier et des taxes communales pour les petites entreprises (transports par taxis, motos-taxis…) ; – L’appui à la trésorerie des entreprises à travers la dotation spéciale de 25 milliards de FCFA pour l’apurement des stocks de crédits de TVA. Les mesures que je viens d’énumérer, prises par le Gouvernement sur Très hautes instructions du CHEF DE L’ETAT, ont permis de sauver des centaines d’entreprises et de milliers d’emplois, et par conséquent, de soutenir l’activité bancaire, en contenant la dégradation des taux des créances brutes en souffrance.
Quels sont les rapports aujourd’hui entrel’État du Cameroun et les banques camerounaises? Quelle place occupent-elles dans le financement de l’État?
«…Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets…»
L’Etat du Cameroun, et principalement le ministère des Finances, entretient avec les banques, des rapports de deux ordres. Premièrement, le ministère des Finances, en tant qu’Autorité monétaire, supervise certains aspects des activités des banques. A cet égard, il délivre et retire les agréments des banques, de leurs dirigeants et commissaires aux comptes ; effectue des missions de contrôle, etc. Par ailleurs, l’Etat à travers le ministère des Finances, s’assure en rapport avec la Beac et la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) de la stabilité du secteur bancaire. Deuxièmement, le ministère des Finances en tant que bras financier de l’Etat entretient avec les banques, des relations de partenariat économiques et Financier. Sur ce point, les banques accompagnent régulièrement l’État dans le financement des projets structurants ou du déficit budgétaire. Globalement, l’État entretient de bonnes relations avec l’Association professionnelle des Etablissements de Crédit du Cameroun (Apeccam) et les banques.
La plupart d’entre elles sont des partenaires de l’Etat. A ce titre, elles jouent un rôle important dans son financement. Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets. Outre les concours à l’Etat, les banques à travers les sociétés de bourse qui sont leurs filiales, structurent les émissions d’emprunt obligataire sur le marché boursier et accompagnent le placement des titres publics auprès des investisseurs
Dans son dernier rapport sur le Cameroun, le FMI pointe la « vulnérabilité » du système bancaire camerounais en raison de sa trop forte exposition sur l’État. Partagez-vous cette crainte? Comment réduire cette exposition ?
Dans son récent rapport, le Fonds monétaire international (FMI) relève que l’Etat représente 35% du total des actifs du secteur bancaire. Bien que cette proportion tutoie les limites du ratio de concentration des risques sur une entité, je suis un peu plus confiant que le FMI. Je m’explique. Premièrement, l’augmentation de l’exposition de l’Etat vis-à-vis des banques ces dernières années est principalement due aux conséquences de la pandémie à COVID-19 et de la crise russo-ukrainienne. Ces évènements exceptionnels, et non prévisibles, ont contraint les gouvernements à augmenter leurs niveaux d’endettement pour assurer la réalisation des projets inscrits dans leurs budgets. Deuxièmement, dans le même rapport, le FMI souligne que l’exposition des banques sur l’Etat, est généralement pondérée à zéro, en d’autres termes qu’il n’y a pas de risque de défaut. Le risque de défaut est écarté en raison de ce que les mécanismes de sûreté mis en place sont très solides.
Les investisseurs, parmi lesquels les banques, sont remboursés grâce au débit d’office effectué par la Beac, sur le Compte Unique du Trésor. Comment réduire cette exposition ? A mon avis, l’exposition peut être réduite par trois (3) procédés. Le premier procédé est une réduction mécanique de l’exposition en raison de l’amortissement des dettes de l’Etat. Pour cela, il faut une décélération du rythme d’endettement de l’Etat, ou une croissance du bilan des banques qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. Le deuxième consisterait à sortir les titres publics du bilan des banques en les distribuant aux particuliers. Pour cela, il faut élargir la base des investisseurs ; renforcer l’inclusion et l’éducation financière ; pour animer le marché secondaire. Le troisième procédé serait pour les banques d’augmenter leurs niveaux de fonds propres. Ce procédé est une modalité de l’évolution du bilan qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. A ce propos, je constate que l’évolution des capacités financières intrinsèques des banques évolue moins vite que les besoins des populations et des gouvernements. Ce qui implique que l’on pourrait assister à une augmentation des taux d’intérêt exigés par les banques, et par ricochet à une diminution de la compétitivité de notre économie.
Le Cameroun a engagé un vaste programme de rapatriement des fonds publics logés dans les banques commerciales à travers l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT), mais aussi de la caisse de dépôts et de consignations. Cette offensive, ne va-t-elle pas fragiliser davantage la liquidité de notre système bancaire ?
Toute réforme s’accompagne d’ajustements pour l’ensemble des parties concernées par ladite réforme. Celles relatives à la mise en place du Compte Unique du Trésor (CUT) et l’opérationnalisation de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) ne sont pas en reste. Mais vous savez, même quand le temps est laissé pour que les parties concernées par une réforme se préparent, au moment de son entrée en application, il y a toujours des derniers détails à régler, pour que toutes les parties concourent efficacement à la réussite de ladite réforme, tout en maintenant le standard et la qualité des prestations inhérentes à leurs métiers. Conscients de ce défi, les pouvoirs publics, dans leur volonté permanente de s’assurer de l’épanouissement du secteur privé, ont toujours initié un dialogue inclusif avec les acteurs concernés. Cela a été fait pour la mise en place du Compte Unique du Trésor. Les discussions sont en cours avec le secteur bancaire dans le cadre de l’opérationnalisation de la CDEC.
Le but est de trouver la formule idoine qui ne fragilise pas le secteur bancaire et ne met pas en péril les objectifs poursuivis par les réformes. Le principe de la démarche du gouvernement est de procéder à un transfert progressif des fonds concernés sans entamer l’équilibre de la banque. Dans le cas du Compte Unique du Trésor, des calendriers de transfert des fonds des livres des banques vers le compte de l’Etat du Cameroun à la Beac ont été élaborés de commun accord avec chaque banque. Dans ce cas, les fonds se déplacent bien d’une institution à une autre. Pour la CDEC, l’option privilégiée est l’ouverture d’un compte CDEC dans chaque banque. En d’autres termes, les fonds et valeurs dévolus à la CDEC, qui se trouvent dans une banque, ne quitteront pas les livres de cette banque, mais seront transférés dans le compte de la CDEC ouvert dans ladite banque. Alors cela signifie que certains fonds qui n’étaient pas précédemment rémunérés, le seront désormais. En résumé, l’opérationnalisation du CUT et de la CDEC, soumettra les banques à la nécessité de procéder à quelques ajustements, mais la démarche choisie par l’Etat, permet que la liquidité ne soit pas impactée à court terme, et leur donne donc du temps pour s’adapter.
La Banque centrale a durci sa politique monétaire dans le but de ramener l’inflation à un niveau raisonnable. Jusqu’à quel point cette situation a-t-elle affecté la politique de financement du Cameroun sur le marché domestique (financier et monétaire) ?
La Banque Centrale prend les mesures qu’elle juge idoines pour remplir la mission qui lui est assignée, c’est-à-dire maintenir l’inflation en dessous du seuil communautaire de 3%. Les augmentations du Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) ainsi la ponction des liquidités d’Appels participent à atteindre cet objectif. Naturellement, la politique monétaire a un impact sur le coût et la politique de financement de l’Etat. Car, la politique monétaire est le déterminant principal du coût d’acquisition des ressources pour les banques, et le taux directeur de la banque centrale, le taux de référence à partir duquel, les investisseurs institutionnels comme les investisseurs privés déterminent la rentabilité qu’ils attendent d’un placement ou d’un investissement. Ainsi, la normalisation de la politique monétaire effectuée à travers le relèvement du TIAO et les ponctions de liquidité sur le marché, a entraîné non seulement le renchérissement du coût des ressources, mais aussi une diminution de la liquidité.
Par conséquent, l’argent étant plus cher et plus rare, les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ont grimpé. A cet égard, les émissions récentes des titres publics des pays de la sous-région, bien que couronnées de succès, se sont faites à des taux plus élevés que ceux qui se pratiquaient il y a encore deux ou trois ans. Mais la normalisation de la politique monétaire n’est pas la seule cause du renchérissement des coûts des emprunts. En raison de leurs volontés d’accélérer le processus de développement de leurs pays, les gouvernements de la sous-région sollicitent régulièrement les marchés des capitaux. De ce fait, nous assistons à « forme concurrence » des Trésors publics sur les marchés. La demande étant plus forte que l’offre disponible, les coûts augmentent mécaniquement.
Enfin, comme je l’ai évoqué précédemment dans la question relative à la diminution de l’exposition du secteur bancaire à l’Etat, les capacités financières propres des banques sont de moins en moins suffisantes pour servir les besoins exprimés par nos populations et les projets portés par nos acteurs économiques : entrepreneurs, grandes entreprises et Etats. Face à ces constats, l’Etat, qui souhaite principalement avoir des financements de long terme, pour mieux maîtriser sa politique d’endettement, est contraint par les capacités actuelles du marché. Afin de répondre à la fois à sa volonté d’endettement sur le long terme, tout en s’accommodant aux caractéristiques du marché, il faut innover. Et c’est tout le sens de l’emprunt obligataire 2023 de l’Etat du Cameroun. Par sa structuration en plusieurs tranches de diverses maturités, Monsieur le ministre des Finances, a souhaité s’adresser à tous les investisseurs, chacun en fonction de sa sensibilité aux risques ou de sa stratégie de placement. Cet emprunt obligataire en plusieurs tranches vise à la fois à saturer les capacités de court terme, puis à amener progressivement le marché à tester les maturités de plus en plus longues.
Le marché domestique est-il encore capable aujourd’hui de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics?
Demander si le marché domestique est encore capable de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics, revient en d’autres termes à se demander si le potentiel de mobilisation des fonds dans notre pays (voire notre sous-région) est entièrement réalisé ou saturé. Ma réponse est que le potentiel de mobilisation des fonds pour les pouvoirs publics n’est pas entièrement réalisé. Pour plusieurs raisons. Mais je vais me limiter à ne citer que deux. La première tient à ce que certains acteurs du marché monétaire ne respectent pas leurs engagements. En effet, le cahier de charges des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) prescrit que les SVT doivent participer à toutes les opérations d’adjudication des titres publics du Trésor. Nous regrettons que plusieurs entreprises ayant acquis l’agrément de SVT ne se conforment pas au cahier des charges et donc ne respectent pas leurs engagements.
Deuxièmement parce que certaines niches de potentiels investisseurs n’ont pas encore été explorées. Je pense ici aux trésoriers des grandes entreprises et aux particuliers. Pour réaliser donc notre potentiel, nous devons redoubler d’efforts et aller au-delà de ce que nous faisons déjà aujourd’hui. Il s’agit de renforcer l’information et l’éducation économique et financière (votre groupe de presse est très engagé dans ce domaine, je salue vos efforts), accélérer l’inclusion financière, structurer et proposer des produits financiers qui adressent les besoins des plus petits investisseurs, etc. Il sera nécessaire pour atteindre cet objectif, de faire preuve d’ingénierie financière et d’innovation, notamment à travers le fractionnement des titres financiers, afin d’intéresser les plus petits épargnants, les entreprises et les ménages.
L’État a engagé le programme de restructuration de plusieurs banques : NFC et UBC. Où en est le projet à ce jour ?
«…De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFCBank que chez UBC. Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts …»
La recapitalisation a-t-elle déjà eu lieu ? Que reste–t-il à faire ? Permettez-moi tout d’abord de rappeler que c’est à la suite des sollicitations respectives des actionnaires de NFC-Bank et d’UBC, que le président de la République a marqué son Haut Accord pour l’implication de l’Etat dans le processus de restructuration de ces deux banques. Ainsi, sous la Coordination de Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, et la Supervision du ministre des Finances, nous avons élaboré et adopté, en étroite concertation avec les actionnaires des deux banques, un plan de restructuration qui a été validé par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac). Nous saisissons cette occasion pour saluer la parfaite collaboration de la Cobac dans la conduite de ce dossier. De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFC-Bank que chez UBC.
Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts. Par la suite, il est prévu, pour chaque banque, sous le modèle de la Commercial Bank-Cameroun (CBC), l’élaboration d’un contrat d’objectifs et de performance, afin de remettre les banques sur la voie de la rentabilité. L’Etat n’ayant pas vocation à rester actionnaire majoritaire des deux banques à long terme, il envisage céder à moyen terme une partie des actions à des investisseurs de référence.
Quid de CBC qui est déjà sur de bons rails ?
La restructuration de la Commercial Bank-Cameroun (CBC) est un exemple de réussite. Après avoir sauvé, puis remis la banque sur le chemin de la rentabilité, en assignant aux dirigeants des contrats annuels de performance, l’Etat conduit à présent, le processus de cession partielle de ses actions, conformément à la clause de désengagement contenu dans le plan de restructuration. Le Chef de l’Etat a marqué son haut accord pour que 51% des actions soient cédées à un investisseur de référence, 30% sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (Bvmac) et 17% conservé dans le portefeuille de l’Etat. Dans le cadre de ce processus, l’Etat se fait accompagner par un conseil, constitué sous forme d’un groupement d’entreprises internationales et nationales de premier plan, au rang desquels Rotschild & Company, Ernst&Young, Financia Capital et Chazai Wamba, pour ne citer que quelques-uns. La première phase du processus, consacré aux diligences opérationnelles, juridiques, informatiques, fiscales, … est quasiment achevée. La prochaine phase portera sur la valorisation de l’entreprise, ensuite ce sera la phase de recherche de l’investisseur de référence, puis enfin l’entrée en bourse de la banque.
La SND30 projette le nombre de banques à trente d’ici 2030, cette projection est-elle réaliste ?
La projection d’une trentaine de banques, j’y inclus les entreprises fournissant des services de banques, présentée dans la SND30 est réaliste. Avec le départ annoncé de Standard Chartered Bank Cameroon et l’agrément en cours d’Africa Golden Bank, qui a reçu l’avis conforme de la Cobac, le marché bancaire de notre pays comptera 18 institutions à la fin de l’exercice 2023. En considérant que nous continuerons à observer le rythme net d’au moins une nouvelle banque par an, le paysage bancaire camerounais se sera enrichi d’au moins sept (07) nouvelles banques d’ici la fin de l’année 2030, portant le total à vingt-cinq (25) banques au moins. Si à ce chiffre, nous ajoutons, les établissements de paiement, tels que MTN Mobile Money Cameroon et Orange Money Cameroon, qui offrent également des services de banque, et en faisant l’hypothèse conservatrice que nous aurons un nouvel établissement de paiement tous les deux ans, en 2030, au moins trois (3) nouveaux entrants seront arrivés sur ce marché, portant le total des acteurs à cinq (5). En ajoutant aux 25 banques, 5 établissements de paiement, nous aurons d’ici 2030, la trentaine d’acteurs prévue par la SND30.
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25 ans d’Ecobank : le Minfi appelle à renforcer le financement des PME et de l’industrie

Le 21 octobre à Douala, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a pris part aux 25 ans d’Ecobank Cameroun et salué sa contribution à l’économie. Les chiffres provisoires de septembre montrent pourtant un bilan en baisse, malgré une légère progression des crédits à la clientèle.
Douala, 21 octobre 2026. Ecobank Cameroun fête ses 25 ans. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, assiste à la célébration. Il salue le parcours de cette banque panafricaine et sa contribution au financement de l’économie nationale. En qualité de Spécialiste en valeurs du Trésor (SVT), Ecobank contribue à mobiliser les ressources du budget de l’État.
Cette activité lui a valu le titre de meilleur SVT en 2025. Le ministre a invité la banque à renforcer son soutien aux PME, aux jeunes entrepreneurs et aux entreprises créées par des femmes, notamment dans l’agriculture, la transformation industrielle et les activités exportatrices. Il a aussi insisté sur l’inclusion financière et les financements adaptés aux besoins de l’économie. La soirée a récompensé les employés comptant 25 ans de service et les meilleurs clients. Les actifs reculent de 25 milliards Au 30 septembre, le total des actifs s’établit à 597,589 milliards de FCFA, contre 622,710 milliards à fin août.
La baisse atteint 25,121 milliards, soit 4 % en un mois. Le bilan reste aussi inférieur de 19,401 milliards à son niveau de fin décembre 2025, établi à 616,990 milliards. Le recul le plus marqué touche les titres de placement et valeurs assimilées. Leur encours a diminué de 21,976 milliards, de 271,423 milliards à 249,447 milliards de FCFA (- 8,1 %). Ce poste comprend les titres de placement et les valeurs reçues en pension ou achetées ferme. Les opérations interbancaires et de trésorerie à vue ont reculé de 76,447 milliards à 66,010 milliards, soit 10,437 milliards de moins (-13,7 %).
Ces variations mensuelles ne suffisent pas à conclure à une dégradation structurelle. Pour juger la performance sur la durée, il faudra aussi examiner le produit net bancaire, le bénéfice net, le coût du risque, les créances en souffrance, les fonds propres et les ratios prudentiels sur plusieurs exercices.
LES DÉPÔTS À VUE PÈSENT SUR LES RESSOURCES
Les dépôts de la clientèle ont diminué de 11,560 milliards de FCFA en un mois, à 459,669 milliards contre 471,229 milliards auparavant. La baisse vient surtout des comptes à vue, dont l’encours a perdu 22,356 milliards pour s’établir à 320,618 milliards. Les dépôts à terme ont progressé de 17,975 milliards à 26,014 milliards de FCFA (+44,7 %). Les comptes d’épargne sont passés de 110,280 milliards à 113,037 milliards.
Ces hausses ont partiellement compensé le recul des comptes à vue. Les concours à la clientèle, qui regroupent les différentes catégories de crédits et les comptes débiteurs, atteignent 252,255 milliards de FCFA contre 250,662 milliards à fin août, soit 1,593 milliard de plus (+0,6 %).
Le rapport comptable entre crédits et dépôts passe de 53,2 % à 54,9 %, sous l’effet de la hausse des concours et du recul des dépôts. Il ne s’agit pas d’un ratio prudentiel réglementaire de liquidité. Les crédits dépassent désormais de 2,808 milliards de FCFA les titres de placement et valeurs assimilées. À fin août, ces titres excédaient encore les crédits de 20,761 milliards.
LE NUMÉRIQUE ET L’ANCRAGE LOCAL MIS EN AVANT
Pour ses 25 ans, Ecobank rappelle l’évolution des usages bancaires. Elle a développé les services mobiles et USSD, les retraits sans carte, les paiements par QR Code, la banque par agents et les guichets automatiques de dépôt. Plus récemment, elle a ajouté les transferts instantanés intraafricains, des solutions pour les femmes entrepreneures et la gestion de patrimoine.
La banque affirme avoir développé plus d’une centaine de produits, services et canaux, et mobilisé plusieurs milliers de milliards de FCFA pour soutenir les entreprises et l’économie camerounaise. Elle indique qu’environ 95 % de l’actionnariat de sa filiale est détenu par des investisseurs locaux. Près de 1 000 Camerounais y ont construit leur carrière et plus de 2 000 jeunes ont bénéficié de stages, de programmes pour diplômés ou d’autres possibilités de développement professionnel.
Ecobank relève aussi que d’anciens collaborateurs dirigent aujourd’hui différentes institutions financières du pays. L’établissement déclare enfin avoir consacré plus d’un milliard de FCFA à des initiatives communautaires ayant bénéficié à des milliers d’enfants.
À 25 ans, Ecobank met en avant sa contribution au financement de l’État, ses innovations et son ancrage camerounais. Les résultats annuels et les explications de la direction permettront de déterminer si le recul de septembre relève d’ajustements ponctuels ou d’une tendance durable, et de préciser la part des ressources consacrée à l’économie productive.
Par Fabrice BELOKO
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«Dans notre contexte actuel, comment maîtriser les stratégies de financement efficient des projets en Afrique ? » par Babissakana

La présente note technique d’orientation et de justification est faite à l’attention des promoteurs de projets publics, privés et de la société civile, investisseurs, chefs de départements ministériels, chefs d’entreprise, chefs d’organisations publiques et de la société civile, chefs ou directeurs de projet, responsables et analystes financiers, professionnels de management de projet, etc., en vue de comprendre et de s’approprier les démarches et outils financiers utiles ainsi que les méandres techniques et les innovations financières pertinentes pour maîtriser la formulation et la mise en œuvre des stratégies de financement efficient de projets partout en Afrique.
En février 2026, la Banque Africaine de Développement a lancé la construction de la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) en tant que «cadre commun à l’échelle du continent pour réorganiser la manière dont les capitaux et les risques sont mobilisés, structurés et déployés dans l’écosystème financier africain, en s’appuyant sur les principes de subsidiarité, de complémentarité, de coordination et de transformation des risques».
Le problème d’accès aux financements des projets se pose en fait plus du côté de la demande que de l’offre. D’où le constat et la plainte récurrente des banques de manque ou rareté des projets bancables. Dans l’optique d’accroitre la qualité de la demande des financements de projet, cette note comporte cinq (5) points : (i) le financement de projet : de quoi parle-t-on ? (ii) le concept de financement efficient d’un projet ; (iii) les défis à relever pour connaître et adopter les stratégies de financement efficient des projets dans nos pays ; (iv) l’objectif général et la finalité de la 6ème édition de la Pan-African PMC et (v) l’expérience et la réputation de la Pan-African PMC qui se construisent avec ses parties prenantes.
1. Financement de projet : de quoi parle-t-on ?
Quel que soit le pays Africain considéré, chaque projet, public, privé ou de la société civile, qu’il s’agisse en l’occurrence de lancer une entreprise, de réaliser une infrastructure, de concrétiser un investissement immobilier, ou d’acquérir un équipement, a besoin d’un élément fondamental et critique pour voir le jour : c’est le financement.
Le financement d’un projet est une technologie spécifique permettant au promoteur de réunir ou mobiliser des fonds nécessaires pour (i) préparer, (ii) réaliser et mettre en service, (iii) exploiter et maintenir le livrable d’un projet précis. Le financement du projet doit alors couvrir ces trois (3) phases qui constituent le cycle de vie du projet. Chacune de ces phases du projet requiert pour le promoteur de relever le défi de la mobilisation des ressources financières adaptées pour :
- financer la préparation du projet qui va de l’initiation jusqu’au closing financier ;
- financer l’exécution du projet qui va du closing financier jusqu’à la mise en service du livrable;
- financer l’exploitation et la maintenance du livrable qui vont de sa mise en service jusqu’à la réalisation effectives des bénéfices attendus du projet.
La phase de préparation du projet est celle qui détermine la pertinence et l’efficience du montage financier retenu pour le dudit projet. La préparation du projet fait référence à un processus qui comprend l’ensemble des activités entreprises pour conduire un projet de l’initiation au closing financier traduisant qu’il est prêt pour l’exécution. L’objectif principal du processus de préparation d’un projet est de développer, étudier et documenter une idée de projet au point d’attirer et d’obtenir les financements en termes de fonds propres et de dettes nécessaires pour son exécution et son exploitation réussies. Cela implique la production d’une documentation (technique, marketing, juridique, financière, économique, environnementale et sociale) du projet qui démontre sa bancabilité et ainsi motiver les décisions de financement des bailleurs de fonds et investisseurs. Ainsi, les projets bancables sont ceux qui sont développés et structurés conformément aux meilleures normes de viabilité technique, économique, financière, sociale et environnementale et respectant les exigences des investisseurs et des bailleurs de fonds.
2. Concept de financement efficient d’un projet
En fonction du type de projet (nature sectorielle), de la taille du projet (petit, moyen, grand, méga), du porteur du projet (public, privé, société civile) et de la phase du projet (préparation, exécution et mise en service, exploitation et maintenance), le montage financier efficient est généralement un mix optimal de deux (2) catégories de ressources financières : (i) les ressources financières internes ou financement par fonds propres ou encore autofinancement d’une part, et (ii) les ressources financières externes ou financement par les dettes et marginalement par aides ou subventions d’autre part. D’où l’importance du ratio fonds propres / dettes qui est la règle d’or dans le financement d’un projet.
En comparaison au financement par fonds propres, le financement par les dettes a des exigences et contraintes d’une part, de décaissement des fonds lors de la phase d’exécution du projet, et d’autre part, de remboursement des fonds reçus augmentés des intérêts (ou d’une plus-value) lors de la phase d’exploitation et maintenance du livrable du projet. D’où l’exigence des banquiers et bailleurs de fonds sur (i) le niveau approprié de rentabilité ou viabilité financière du projet (capacité prévisionnelle du projet à générer des revenus) et (ii) la disponibilité des garanties en contrepartie de l’octroi des crédits ou prêts (dettes).
Ainsi, une stratégie de financement efficient d’un projet permet au promoteur de passer de l’initiation du projet à sa réalisation et sa mise en service concrètes et, surtout in fine, à l’exploitation et la maintenance viables et durables du livrable, permettant la réalisation effective des bénéfices attendus et la solvabilité du promoteur de projet.
3. Défis à relever pour connaître et adopter les stratégies de financement efficient des projets dans nos pays
Les défis de financement efficient des projets en Afrique que doivent relever les promoteurs publics, privés et de la société civile afin de transformer les idées de projet en succès de réalisations concrètes, viables et durables, sont multiples. Il s’agit notamment de : (i) connaitre les acteurs pourvoyeurs des financements ; (ii) comprendre les sources et les mécanismes de financement ; (iii) assurer et démontrer la faisabilité technique, marketing, financière, économique, environnementale et sociale des projets ; (iv) s’entourer des bons partenaires notamment pour élaborer les montages financiers et juridiques appropriés ; (v) prendre en temps opportun les décisions stratégiques dans la conduite des projets ; (vi) mobiliser les ressources financières adéquates en fonction du type de projet, de la taille du projet et de la nature du promoteur.
Dans cette optique, la 6ème édition de la Pan-African Project Management Conference est conçue pour le transfert par les experts confirmés et l’acquisition par les parties prenantes intéressées des savoirs, savoir-faire et savoir-être sur le financement efficient des projets. Cette 6ème édition se concentre sur les conditions et modalités à remplir pour tirer avantage des multiples acteurs, sources, instruments et techniques innovantes de financement de projet disponibles dans les secteurs financiers nationaux et internationaux pour accroitre durablement le volume des investissements et le taux de succès des projets en Afrique. Il s’agit de permettre aux parties prenantes intéressées d’acquérir et de maitriser les meilleures solutions de financement efficient des projets, dans chaque pays africain.
Dans cette perspective et en se fondant sur la revue des meilleures pratiques et des innovations de financement des projets en Afrique et dans le monde, le thème retenu pour cette édition est : « Stratégies de financement efficient des projets en Afrique ». Il est décomposé en quatre (4) sous-thèmes dont un volet technique fondamental et trois (3) volets sectoriels, qui seront abordés chacun dans ses divers aspects en vue de faciliter l’acquisition et la maîtrise des stratégies de financement efficient des projets dans nos pays comme le résume le tableau ci-après les dix-huit (18) sessions à dérouler en trois jours.
| A. Repères techniques de base sur le financement des projets | B. Stratégies de financement efficient des projets du secteur public |
| ■ Définition et enjeux du financement de projet | ■ Types de projets publics et leurs principales caractéristiques |
| ■ Principaux acteurs et leurs instruments classiques de financement de projet | ■ Instruments classiques et innovants de financement des projets publics : conditions et approches de mobilisation des fonds |
| ■ Instruments et innovations de financement vert ou durable de projet | ■ Financement efficient de projets publics en mode finance publique |
| ■ Acteurs et instruments de financement islamique de projet | ■ Financement efficient de projets publics en mode partenariat public-privé (PPP) |
| ■ Préparation des projets bancables et facilités accessibles de financement | |
| ■ Principaux montages financiers de projet : mode finance publique, mode finance d’entreprise, mode finance de projet et mode partenariat public-privé | |
| C. Stratégies de financement efficient des projets du secteur privé | D. Stratégies de financement efficient des projets de la société civile |
| ■ Types de projets privés et leurs principales caractéristiques | ■ Types de projets de la société civile et leurs principales caractéristiques |
| ■ Instruments classiques et innovants de financement des projets privés : conditions et approches de mobilisation des fonds | ■ Instruments classiques et innovants de financement des projets de la société civile : conditions et approches de mobilisation des fonds |
| ■ Financement efficient de projets privés en mode finance d’entreprise | ■ Financement efficient de projets de la société civile en mode finance d’association |
| ■ Financement efficient de projets privés en mode finance de projet | ■ Financement efficient de projets de la société civile en mode finance de projet |
4. Objectif général et finalité de la 6ème Edition de la Pan-African PMC
L’objectif général et la finalité de cette édition est de permettre aux parties prenantes intéressées du secteur public, du secteur privé et de la société civile d’avoir une meilleure maîtrise des stratégies de financement efficient des projets qu’elles sont susceptibles d’adopter en fonction des types et des tailles des projets ainsi que de la nature des promoteurs. Cette maîtrise concerne en l’occurrence : (i) la différenciation entre les projets publics, les projets privés et les projets de la société civile ; (ii) la règle d’or dans le financement de projet ; (iii) le principe d’efficience dans le financement de projet ; (iv) les acteurs et instruments classiques de financement de projet ; (v) les acteurs, instruments et innovations de financement vert ou durable de projet ; (vi) les acteurs et instruments de financement islamique de projet et (vii) les principaux types de montages financiers des projets.
5. L’expérience et la réputation de la Conférence se construisent ensemble avec ses parties prenantes
Depuis le lancement par la 1ère édition en 2017, la Pan-African Project Management Conference est à sa 6ème édition en 2026. En cinq (5) éditions, la Conférence a déjà rassemblée un total de 2 289 participants avec en particulier 119 experts internationaux qui ont effectivement assisté 1 697 professionnels africains d’acquérir et de maîtriser les technologies de management de projet. Pour parvenir à ce transfert de technologies, la Conférence a bénéficié de 4 participations du MINEPAT comme Partenaire Stratégique, les contributions déterminantes de 27 traducteurs-interprètes, 48 partenaires médias, 23 partenaires institutionnels, 47 partenaires d’appui et sponsors, 14 partenaires technologiques, 42 exposants et 267 prestataires de services.
Au total les cinq (5) thèmes suivants ont abouti à des rapports publiés par des éditeurs internationaux : (i) Accélérer la transformation économique de l’Afrique par le Management de Projet ; (ii) Réussir la préparation des projets bancables en Afrique ; (iii) Comment réussir l’organisation des projets en Afrique ; (iv) Comment développer l’ingénierie de projet en Afrique et (v) Normes et qualité pour la réussite des Projets en Afrique.
Le thème de la 6ème édition qui aura lieu du 18 au 20 novembre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé est : « Stratégies de financement efficient des projets en Afrique ». Nous convions nos parties prenantes à la poursuite de la construction de notre sentier de développement des compétences, d’expérience et de réputation dans l’optique d’atteindre à terme une masse critiques de leaders et professionnels en management de projet jouant ainsi un rôle central dans la transformation structurelle des économies et sociétés africaines.
Babissakana, PMP, PMO-CP, CSSp Chairman & CEO, Prescriptor Ltd Director, Development Office of CSSp – Cameroon Province, President of the Pan-African Project Management Conference et Member of 2026 PMI PMO Global Awards Judging Committee
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Cameroon Business Forum : le gouvernement promet des réformes, le patronat réclame des actes

Après six ans d’interruption, le Cameroon Business Forum, plateforme de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé, s’est réuni à Douala les 22 et 23 octobre 2026, sous la présidence du Premier ministre. Face au patronat conduit par son président, Célestin Tawamba, Joseph Dion Ngute et les membres du gouvernement présents ont pris connaissance des préoccupations des milieux d’affaires et convenu d’un ensemble de réformes destinées à stimuler le secteur privé et à renforcer la compétitivité des PME camerounaises.
Après six années d’interruption, le Cameroon Business Forum (CBF), plateforme de dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé, a repris ses activités les 22 et 23 octobre 2026 à Douala. Placée sous la présidence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, cette 12e session a réuni près de 300 participants, parmi lesquels des membres du gouvernement, des représentants du patronat, des chambres consulaires et des partenaires techniques et financiers. Les travaux se sont déroulés autour du thème « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? ».
L’objectif affiché était de définir les réformes susceptibles de renforcer la compétitivité des entreprises camerounaises et de leur permettre de tirer profit du marché continental africain. Mais les échanges ont rapidement mis en évidence les préoccupations immédiates des opérateurs économiques, confrontés à la dégradation des infrastructures, aux difficultés d’accès au financement, aux contraintes fiscales et aux lenteurs administratives. À l’ouverture des travaux, Joseph Dion Ngute a réaffirmé la volonté du gouvernement d’améliorer l’environnement des affaires et d’accélérer la transformation productive de l’économie.
Le Premier ministre a notamment insisté sur la nécessité de développer la transformation locale des matières premières, de promouvoir l’import-substitution et de valoriser les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Il a également mis en avant la position géographique du Cameroun et ses infrastructures portuaires, susceptibles de soutenir son ambition de devenir un pôle industriel et commercial régional.
LE PATRONAT DRESSE UN RÉQUISITOIRE
Face au gouvernement, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a dressé un tableau préoccupant du climat des affaires. Son intervention a notamment porté sur la dégradation du réseau routier, les délestages électriques, la pression fiscale, les difficultés d’accès au crédit, les retards de paiement de l’État et l’insécurité juridique et foncière. Pour illustrer les difficultés logistiques, le président du patronat a évoqué des trajets pouvant atteindre six à huit heures entre Douala et Yaoundé, et huit à dix heures entre Douala et Bafoussam.
Des délais qui renchérissent les coûts de transport et pénalisent la compétitivité des entreprises. Sur le plan énergétique, il a indiqué que 65 % des entreprises recourent à des groupes électrogènes pour faire face aux insuffisances de l’approvisionnement électrique, tandis que les coupures représenteraient un coût économique équivalant à 2 à 4 % du produit intérieur brut. La fiscalité a également occupé une place importante dans son intervention. Célestin Tawamba a notamment relevé le décalage entre l’objectif d’augmentation des recettes fiscales de 12,5 % en 2026 et une croissance économique attendue autour de 3,5 %.
Une situation qui, selon le patronat, accentue la pression sur les entreprises formelles. Mais au-delà du diagnostic, le président du GECAM a surtout insisté sur la nécessité de rompre avec les précédentes éditions du forum, dont de nombreuses recommandations seraient restées sans suite. Il a demandé que les engagements retenus soient limités en nombre, assortis de responsables clairement identifiés, d’échéances et d’indicateurs mesurables. Le patronat souhaite également qu’un bilan public soit présenté dans un délai de six mois. Deux autres revendications ont été formulées : une loi de finances 2027 accordant une progression plus importante aux dépenses d’investissement qu’aux dépenses de fonctionnement, ainsi qu’un calendrier public d’apurement des arriérés de l’État, accompagné du remboursement des crédits de TVA dans les délais légaux.
SIX ATELIERS POUR IDENTIFIER LES RÉFORMES
Les travaux techniques ont été organisés autour de six ateliers consacrés au patriotisme économique et au Made in Cameroon, à la facilitation des échanges, au financement du commerce et de l’industrialisation, à la logistique et à l’énergie, à l’innovation et aux start-up, ainsi qu’à la réforme du dispositif de dialogue public-privé. Ces discussions ont permis aux administrations, aux organisations patronales et aux partenaires au développement d’examiner les contraintes qui limitent la capacité des entreprises camerounaises à produire, à investir et à exporter. Le financement des PME a particulièrement retenu l’attention.
Lors d’un atelier consacré aux jeunes et aux femmes entrepreneurs, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a évoqué une ligne de crédit de 200 milliards de FCFA mise en place environ trois ans auparavant. Il a souligné la nécessité pour les promoteurs de présenter des projets bancables et rappelé l’importance des mécanismes de garantie publique pour faciliter l’accès au crédit des entrepreneurs ne disposant pas de garanties suffisantes. Le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Achille Bassilekin III, a également participé aux échanges consacrés à l’innovation, à l’incubation et à l’accompagnement des entreprises.
Parmi les pistes examinées figuraient la création de guichets uniques pour les start-up, l’amélioration des dispositifs de financement et le renforcement de l’encadrement des jeunes entrepreneurs. Le président de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat, Christophe Eken, a pour sa part défendu six priorités, notamment la promotion du Made in Cameroon, la réduction du coût des intrants, l’accès aux financements productifs de long terme, la sécurité juridique, l’opérationnalisation de la ZLECAf et la consolidation du dialogue entre l’État et les entreprises. Les partenaires internationaux ont également apporté leur contribution.
La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique a présenté les perspectives du commerce intra-africain et les opportunités de développement industriel du Cameroun. La Société financière internationale a, de son côté, exposé les exigences du dispositif Business Ready, qui évalue notamment la qualité de la réglementation, des services publics et des conditions opérationnelles des entreprises.
QUATRE RECOMMANDATIONS ET UNE PROMESSE DE SUIVI
À l’issue des deux journées de travaux, quatre grandes recommandations ont été annoncées. Elles portent sur la fluidification des procédures administratives, l’accélération des projets d’infrastructures énergétiques et routières, l’amélioration de l’accès des PME au financement et le renforcement de la compétitivité des entreprises camerounaises. Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’une matrice de suivi précisant les administrations responsables, les échéances et les indicateurs de réalisation des réformes retenues.
À la clôture, Joseph Dion Ngute a réaffirmé la volonté des pouvoirs publics de traduire les conclusions du forum en actions concrètes, ministère par ministère. Toutefois, les recommandations générales rendues publiques ne permettent pas encore d’établir le sort réservé à plusieurs revendications précises du patronat, notamment le calendrier d’apurement de la dette intérieure, le remboursement des crédits de TVA, la réorientation des dépenses publiques vers l’investissement ou encore la sécurisation foncière et judiciaire.
Les documents de synthèse consultés par Défis Actuels ne permettent pas davantage de déterminer si ces préoccupations ont été intégrées dans la matrice détaillée annoncée à la clôture. La question de l’application effective des recommandations demeure donc entière. D’autant que la longue interruption du Cameroon Business Forum et le bilan contesté des engagements précédents ont alimenté les interrogations des opérateurs économiques sur l’efficacité de ce cadre de concertation. Pour le gouvernement, l’enjeu consiste désormais à démontrer que les réformes annoncées peuvent produire des résultats tangibles sur les coûts de production, l’accès au financement, la qualité des infrastructures et les délais administratifs.
Pour les entreprises, il s’agit de disposer d’un environnement permettant d’investir et de rivaliser avec les producteurs des autres pays africains. Au terme de cette 12e session, le dialogue institutionnel a donc repris, mais sa crédibilité dépendra de la mise en œuvre des engagements annoncés. Comme le montrent les conclusions examinées par Défis Actuels, la prochaine étape sera moins celle de nouvelles concertations que celle de la publication d’un calendrier précis et de résultats vérifiables.
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