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Moh SylveSter Tangongho, directeur général du Trésor, de la Coopération financière et monétaire : «Au moins sept nouvelles banques vont s’implanter au Cameroun d’ici 2030»

Qu’est ce qui, selon vous, justifie l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, matérialisé par l’entrée de nouveaux groupes bancaires sur le marché?
Merci de nous donner l’occasion d’évoquer l’évolution récente du secteur bancaire dans notre pays, ainsi que les raisons de son attractivité. En effet entre 2018 et 2022, le secteur bancaire s’est enrichi de 4 nouvelles entités, faisant passer le nombre d’acteurs dans la profession de 14 à 18, soit une augmentation de 28,6%. Sur les quatre années, cela correspond à un rythme d’augmentation d’une banque par an. Notre pays devrait pouvoir conserver cette cadence, puisqu’un nouvel établissement devrait être agréé d’ici la fin de l’année, portant ainsi le nombre total de banques à 19. Ces chiffres traduisent effectivement un intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais. Intérêt justifié par plusieurs facteurs, notamment, politique, économique, et démographique. Sur le plan politique, il faut souligner la volonté du Président de la République Paul Biya, ainsi que de l’ensemble des chefs d’Etats de la sous-région, de dynamiser notre système financier, pour en faire un pilier essentiel du développement de nos pays.
«..Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30)»
Cette volonté politique a été exprimée le 30 octobre 2017, lorsque les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), réunis en sommet extraordinaire à Ndjamena au Tchad, ont décidé de l’unification des deux marchés financiers de la sous-région. Elle a été réaffirmée en 2018, lorsque les chefs d’Etats ont pris l’engagement d’inscrire à la cote du marché boursier sous-régional, les actions de certaines entreprises relevant des portefeuilles publics. Alors, certains de vos lecteurs pourraient se demander, quel est le lien avec le secteur bancaire ? Le lien provient de ce qu’une grande partie (près de 50%) des acteurs du marché boursier, société de bourse et société de gestion de portefeuille, sont des filiales des banques.
Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, les synergies entre le secteur bancaire et le secteur financier sont très fortes. Le dynamisme de l’un, entraînant en général celui de l’autre, et vice-versa. La première raison de l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, est la volonté politique réaffirmée des chefs d’Etats de dynamiser le secteur financier de notre sous-région, dont le Cameroun est la locomotive, pour en faire un élément essentiel du développement économique de nos pays. Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc.) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter.
La deuxième raison du dynamisme de notre secteur financier est la structure résiliente et diversifiée de notre économie, à laquelle s’ajoutent les opportunités induites par la mise en œuvre de la transformation et les réformes structurelles de notre économie, impulsées par le CHEF DE L’ETAT dans sa vision du Cameroun à l’horizon 2035. Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30). Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter Sur le plan démographique, le Cameroun, riche de son bilinguisme et de son multiculturalisme, est le pays le plus peuplé de la Cemac avec une population de 27 millions d’habitants.
75% de cette population est âgée de moins de 25 ans. En 2039, 60% de la population sera en âge de travailler ; population dont le dynamisme des femmes et hommes d’affaires qui la composent se démontre chaque jour. Dans cette population se trouvent toutes les catégories socioprofessionnelles: cadres ; entrepreneurs ; exploitants agricoles, etc., dont les besoins peuvent être adressés par les banques. Considérons à titre d’exemple un jeune actif de 20 ans ou 25 ans. Si sa banque peut s’adapter à l’évolution de ses besoins à chaque étape de sa vie, familiale ou professionnelle, elle se verra attribuer les mandats pour l’accompagner dans la réalisation de ses projets. Si tout se passe bien, une telle collaboration peut durer 40 ans ou plus. La troisième raison de l’engouement des banques pour le Cameroun, est la structure de sa démographie et le dynamisme de sa population, qui présentent des réelles opportunités de gains à court, moyen et long terme quel que soit le segment d’activités.
Quel a été l’impact du Covid-19 et de la crise Russo-ukrainienne sur le secteur bancaire Camerounais?
La pandémie à COVID-19, puis la crise russo-ukrainienne ont eu et continuent d’avoir des conséquences considérables sur les Etats et les entreprises. Quelles soient très grandes ; grandes ; petites et moyennes ; et très petites, les entreprises ont toutes souffert de la paralysie des circuits d’approvisionnements mondiaux. Elle a entraîné des retards importants de livraison des commandes, et une rupture partielle ou totale des activités de plusieurs entreprises. Pour celles d’entre elles qui avaient contracté des prêts auprès des banques, il leur était impossible de respecter leurs engagements, donc de rembourser leurs crédits. La première conséquence sensible a été l’augmentation du taux des créances brutes en souffrance. Ce dernier a grimpé de près de 2 points entre décembre 2019 et décembre 2020, en passant de 15% à 16,6% du volume des crédits accordés à l’économie.
Et encore, nous avons pu contenir la dégradation du taux des créances brutes en souffrance grâce aux efforts conjugués du Gouvernement, de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). La deuxième conséquence, corollaire de la première, est le ralentissement de la progression de l’activité bancaire. A titre d’illustration, entre 2017 et 2018 puis entre 2018 et 2019, le total bilan des banques a respectivement progressé de 61% et de 35% ; le total des dépôts de 59% et 35% ; le total des concours du secteur bancaire de 63% et 36%. Entre 2019 et 2020 ; puis 2020 et 2021, les mêmes indicateurs ont respectivement progressé de 10% puis 13% pour le total bilan ; 12% puis 12% pour le total des dépôts ; 16% puis 16% pour le total des concours du secteur bancaire.
Comment l’État a-t-il réagi pour soutenir le secteur durant cette période difficile ?
Le secteur bancaire est régulé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale. C’est elle qui édicte les règlements et instructions qui encadrent l’activité bancaire. Donc l’Etat ne pouvait pas prendre des mesures directes pour soutenir le secteur. En revanche, l’État a pris plusieurs mesures de soutien en faveur des entreprises dont les activités ont connu un ralentissement. L’objectif était de permettre qu’elles puissent continuer à honorer leurs engagements à l’égard de leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs banques. Le soutien de l’Etat au secteur bancaire a principalement été un soutien indirect, à travers les mesures fiscales et budgétaires prises pour accompagner les entreprises.
Sans être exhaustif, on peut citer parmi ces mesures : – L’autorisation de moratoires et de reports de paiement d’impôts en faveur des entreprises directement touchées par la crise COVID-19 ; – L’exonération de la taxe de séjour due pour le reste de l’exercice 2020 par les hôtels ; – L’exonération pour le deuxième trimestre de l’exercice 2020 du précompte mobilier et des taxes communales pour les petites entreprises (transports par taxis, motos-taxis…) ; – L’appui à la trésorerie des entreprises à travers la dotation spéciale de 25 milliards de FCFA pour l’apurement des stocks de crédits de TVA. Les mesures que je viens d’énumérer, prises par le Gouvernement sur Très hautes instructions du CHEF DE L’ETAT, ont permis de sauver des centaines d’entreprises et de milliers d’emplois, et par conséquent, de soutenir l’activité bancaire, en contenant la dégradation des taux des créances brutes en souffrance.
Quels sont les rapports aujourd’hui entrel’État du Cameroun et les banques camerounaises? Quelle place occupent-elles dans le financement de l’État?
«…Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets…»
L’Etat du Cameroun, et principalement le ministère des Finances, entretient avec les banques, des rapports de deux ordres. Premièrement, le ministère des Finances, en tant qu’Autorité monétaire, supervise certains aspects des activités des banques. A cet égard, il délivre et retire les agréments des banques, de leurs dirigeants et commissaires aux comptes ; effectue des missions de contrôle, etc. Par ailleurs, l’Etat à travers le ministère des Finances, s’assure en rapport avec la Beac et la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) de la stabilité du secteur bancaire. Deuxièmement, le ministère des Finances en tant que bras financier de l’Etat entretient avec les banques, des relations de partenariat économiques et Financier. Sur ce point, les banques accompagnent régulièrement l’État dans le financement des projets structurants ou du déficit budgétaire. Globalement, l’État entretient de bonnes relations avec l’Association professionnelle des Etablissements de Crédit du Cameroun (Apeccam) et les banques.
La plupart d’entre elles sont des partenaires de l’Etat. A ce titre, elles jouent un rôle important dans son financement. Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets. Outre les concours à l’Etat, les banques à travers les sociétés de bourse qui sont leurs filiales, structurent les émissions d’emprunt obligataire sur le marché boursier et accompagnent le placement des titres publics auprès des investisseurs
Dans son dernier rapport sur le Cameroun, le FMI pointe la « vulnérabilité » du système bancaire camerounais en raison de sa trop forte exposition sur l’État. Partagez-vous cette crainte? Comment réduire cette exposition ?
Dans son récent rapport, le Fonds monétaire international (FMI) relève que l’Etat représente 35% du total des actifs du secteur bancaire. Bien que cette proportion tutoie les limites du ratio de concentration des risques sur une entité, je suis un peu plus confiant que le FMI. Je m’explique. Premièrement, l’augmentation de l’exposition de l’Etat vis-à-vis des banques ces dernières années est principalement due aux conséquences de la pandémie à COVID-19 et de la crise russo-ukrainienne. Ces évènements exceptionnels, et non prévisibles, ont contraint les gouvernements à augmenter leurs niveaux d’endettement pour assurer la réalisation des projets inscrits dans leurs budgets. Deuxièmement, dans le même rapport, le FMI souligne que l’exposition des banques sur l’Etat, est généralement pondérée à zéro, en d’autres termes qu’il n’y a pas de risque de défaut. Le risque de défaut est écarté en raison de ce que les mécanismes de sûreté mis en place sont très solides.
Les investisseurs, parmi lesquels les banques, sont remboursés grâce au débit d’office effectué par la Beac, sur le Compte Unique du Trésor. Comment réduire cette exposition ? A mon avis, l’exposition peut être réduite par trois (3) procédés. Le premier procédé est une réduction mécanique de l’exposition en raison de l’amortissement des dettes de l’Etat. Pour cela, il faut une décélération du rythme d’endettement de l’Etat, ou une croissance du bilan des banques qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. Le deuxième consisterait à sortir les titres publics du bilan des banques en les distribuant aux particuliers. Pour cela, il faut élargir la base des investisseurs ; renforcer l’inclusion et l’éducation financière ; pour animer le marché secondaire. Le troisième procédé serait pour les banques d’augmenter leurs niveaux de fonds propres. Ce procédé est une modalité de l’évolution du bilan qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. A ce propos, je constate que l’évolution des capacités financières intrinsèques des banques évolue moins vite que les besoins des populations et des gouvernements. Ce qui implique que l’on pourrait assister à une augmentation des taux d’intérêt exigés par les banques, et par ricochet à une diminution de la compétitivité de notre économie.
Le Cameroun a engagé un vaste programme de rapatriement des fonds publics logés dans les banques commerciales à travers l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT), mais aussi de la caisse de dépôts et de consignations. Cette offensive, ne va-t-elle pas fragiliser davantage la liquidité de notre système bancaire ?
Toute réforme s’accompagne d’ajustements pour l’ensemble des parties concernées par ladite réforme. Celles relatives à la mise en place du Compte Unique du Trésor (CUT) et l’opérationnalisation de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) ne sont pas en reste. Mais vous savez, même quand le temps est laissé pour que les parties concernées par une réforme se préparent, au moment de son entrée en application, il y a toujours des derniers détails à régler, pour que toutes les parties concourent efficacement à la réussite de ladite réforme, tout en maintenant le standard et la qualité des prestations inhérentes à leurs métiers. Conscients de ce défi, les pouvoirs publics, dans leur volonté permanente de s’assurer de l’épanouissement du secteur privé, ont toujours initié un dialogue inclusif avec les acteurs concernés. Cela a été fait pour la mise en place du Compte Unique du Trésor. Les discussions sont en cours avec le secteur bancaire dans le cadre de l’opérationnalisation de la CDEC.
Le but est de trouver la formule idoine qui ne fragilise pas le secteur bancaire et ne met pas en péril les objectifs poursuivis par les réformes. Le principe de la démarche du gouvernement est de procéder à un transfert progressif des fonds concernés sans entamer l’équilibre de la banque. Dans le cas du Compte Unique du Trésor, des calendriers de transfert des fonds des livres des banques vers le compte de l’Etat du Cameroun à la Beac ont été élaborés de commun accord avec chaque banque. Dans ce cas, les fonds se déplacent bien d’une institution à une autre. Pour la CDEC, l’option privilégiée est l’ouverture d’un compte CDEC dans chaque banque. En d’autres termes, les fonds et valeurs dévolus à la CDEC, qui se trouvent dans une banque, ne quitteront pas les livres de cette banque, mais seront transférés dans le compte de la CDEC ouvert dans ladite banque. Alors cela signifie que certains fonds qui n’étaient pas précédemment rémunérés, le seront désormais. En résumé, l’opérationnalisation du CUT et de la CDEC, soumettra les banques à la nécessité de procéder à quelques ajustements, mais la démarche choisie par l’Etat, permet que la liquidité ne soit pas impactée à court terme, et leur donne donc du temps pour s’adapter.
La Banque centrale a durci sa politique monétaire dans le but de ramener l’inflation à un niveau raisonnable. Jusqu’à quel point cette situation a-t-elle affecté la politique de financement du Cameroun sur le marché domestique (financier et monétaire) ?
La Banque Centrale prend les mesures qu’elle juge idoines pour remplir la mission qui lui est assignée, c’est-à-dire maintenir l’inflation en dessous du seuil communautaire de 3%. Les augmentations du Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) ainsi la ponction des liquidités d’Appels participent à atteindre cet objectif. Naturellement, la politique monétaire a un impact sur le coût et la politique de financement de l’Etat. Car, la politique monétaire est le déterminant principal du coût d’acquisition des ressources pour les banques, et le taux directeur de la banque centrale, le taux de référence à partir duquel, les investisseurs institutionnels comme les investisseurs privés déterminent la rentabilité qu’ils attendent d’un placement ou d’un investissement. Ainsi, la normalisation de la politique monétaire effectuée à travers le relèvement du TIAO et les ponctions de liquidité sur le marché, a entraîné non seulement le renchérissement du coût des ressources, mais aussi une diminution de la liquidité.
Par conséquent, l’argent étant plus cher et plus rare, les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ont grimpé. A cet égard, les émissions récentes des titres publics des pays de la sous-région, bien que couronnées de succès, se sont faites à des taux plus élevés que ceux qui se pratiquaient il y a encore deux ou trois ans. Mais la normalisation de la politique monétaire n’est pas la seule cause du renchérissement des coûts des emprunts. En raison de leurs volontés d’accélérer le processus de développement de leurs pays, les gouvernements de la sous-région sollicitent régulièrement les marchés des capitaux. De ce fait, nous assistons à « forme concurrence » des Trésors publics sur les marchés. La demande étant plus forte que l’offre disponible, les coûts augmentent mécaniquement.
Enfin, comme je l’ai évoqué précédemment dans la question relative à la diminution de l’exposition du secteur bancaire à l’Etat, les capacités financières propres des banques sont de moins en moins suffisantes pour servir les besoins exprimés par nos populations et les projets portés par nos acteurs économiques : entrepreneurs, grandes entreprises et Etats. Face à ces constats, l’Etat, qui souhaite principalement avoir des financements de long terme, pour mieux maîtriser sa politique d’endettement, est contraint par les capacités actuelles du marché. Afin de répondre à la fois à sa volonté d’endettement sur le long terme, tout en s’accommodant aux caractéristiques du marché, il faut innover. Et c’est tout le sens de l’emprunt obligataire 2023 de l’Etat du Cameroun. Par sa structuration en plusieurs tranches de diverses maturités, Monsieur le ministre des Finances, a souhaité s’adresser à tous les investisseurs, chacun en fonction de sa sensibilité aux risques ou de sa stratégie de placement. Cet emprunt obligataire en plusieurs tranches vise à la fois à saturer les capacités de court terme, puis à amener progressivement le marché à tester les maturités de plus en plus longues.
Le marché domestique est-il encore capable aujourd’hui de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics?
Demander si le marché domestique est encore capable de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics, revient en d’autres termes à se demander si le potentiel de mobilisation des fonds dans notre pays (voire notre sous-région) est entièrement réalisé ou saturé. Ma réponse est que le potentiel de mobilisation des fonds pour les pouvoirs publics n’est pas entièrement réalisé. Pour plusieurs raisons. Mais je vais me limiter à ne citer que deux. La première tient à ce que certains acteurs du marché monétaire ne respectent pas leurs engagements. En effet, le cahier de charges des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) prescrit que les SVT doivent participer à toutes les opérations d’adjudication des titres publics du Trésor. Nous regrettons que plusieurs entreprises ayant acquis l’agrément de SVT ne se conforment pas au cahier des charges et donc ne respectent pas leurs engagements.
Deuxièmement parce que certaines niches de potentiels investisseurs n’ont pas encore été explorées. Je pense ici aux trésoriers des grandes entreprises et aux particuliers. Pour réaliser donc notre potentiel, nous devons redoubler d’efforts et aller au-delà de ce que nous faisons déjà aujourd’hui. Il s’agit de renforcer l’information et l’éducation économique et financière (votre groupe de presse est très engagé dans ce domaine, je salue vos efforts), accélérer l’inclusion financière, structurer et proposer des produits financiers qui adressent les besoins des plus petits investisseurs, etc. Il sera nécessaire pour atteindre cet objectif, de faire preuve d’ingénierie financière et d’innovation, notamment à travers le fractionnement des titres financiers, afin d’intéresser les plus petits épargnants, les entreprises et les ménages.
L’État a engagé le programme de restructuration de plusieurs banques : NFC et UBC. Où en est le projet à ce jour ?
«…De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFCBank que chez UBC. Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts …»
La recapitalisation a-t-elle déjà eu lieu ? Que reste–t-il à faire ? Permettez-moi tout d’abord de rappeler que c’est à la suite des sollicitations respectives des actionnaires de NFC-Bank et d’UBC, que le président de la République a marqué son Haut Accord pour l’implication de l’Etat dans le processus de restructuration de ces deux banques. Ainsi, sous la Coordination de Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, et la Supervision du ministre des Finances, nous avons élaboré et adopté, en étroite concertation avec les actionnaires des deux banques, un plan de restructuration qui a été validé par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac). Nous saisissons cette occasion pour saluer la parfaite collaboration de la Cobac dans la conduite de ce dossier. De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFC-Bank que chez UBC.
Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts. Par la suite, il est prévu, pour chaque banque, sous le modèle de la Commercial Bank-Cameroun (CBC), l’élaboration d’un contrat d’objectifs et de performance, afin de remettre les banques sur la voie de la rentabilité. L’Etat n’ayant pas vocation à rester actionnaire majoritaire des deux banques à long terme, il envisage céder à moyen terme une partie des actions à des investisseurs de référence.
Quid de CBC qui est déjà sur de bons rails ?
La restructuration de la Commercial Bank-Cameroun (CBC) est un exemple de réussite. Après avoir sauvé, puis remis la banque sur le chemin de la rentabilité, en assignant aux dirigeants des contrats annuels de performance, l’Etat conduit à présent, le processus de cession partielle de ses actions, conformément à la clause de désengagement contenu dans le plan de restructuration. Le Chef de l’Etat a marqué son haut accord pour que 51% des actions soient cédées à un investisseur de référence, 30% sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (Bvmac) et 17% conservé dans le portefeuille de l’Etat. Dans le cadre de ce processus, l’Etat se fait accompagner par un conseil, constitué sous forme d’un groupement d’entreprises internationales et nationales de premier plan, au rang desquels Rotschild & Company, Ernst&Young, Financia Capital et Chazai Wamba, pour ne citer que quelques-uns. La première phase du processus, consacré aux diligences opérationnelles, juridiques, informatiques, fiscales, … est quasiment achevée. La prochaine phase portera sur la valorisation de l’entreprise, ensuite ce sera la phase de recherche de l’investisseur de référence, puis enfin l’entrée en bourse de la banque.
La SND30 projette le nombre de banques à trente d’ici 2030, cette projection est-elle réaliste ?
La projection d’une trentaine de banques, j’y inclus les entreprises fournissant des services de banques, présentée dans la SND30 est réaliste. Avec le départ annoncé de Standard Chartered Bank Cameroon et l’agrément en cours d’Africa Golden Bank, qui a reçu l’avis conforme de la Cobac, le marché bancaire de notre pays comptera 18 institutions à la fin de l’exercice 2023. En considérant que nous continuerons à observer le rythme net d’au moins une nouvelle banque par an, le paysage bancaire camerounais se sera enrichi d’au moins sept (07) nouvelles banques d’ici la fin de l’année 2030, portant le total à vingt-cinq (25) banques au moins. Si à ce chiffre, nous ajoutons, les établissements de paiement, tels que MTN Mobile Money Cameroon et Orange Money Cameroon, qui offrent également des services de banque, et en faisant l’hypothèse conservatrice que nous aurons un nouvel établissement de paiement tous les deux ans, en 2030, au moins trois (3) nouveaux entrants seront arrivés sur ce marché, portant le total des acteurs à cinq (5). En ajoutant aux 25 banques, 5 établissements de paiement, nous aurons d’ici 2030, la trentaine d’acteurs prévue par la SND30.
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Limbé : 03 morts dans des inondations

La ville de Limbé est sous les eaux depuis les premières heures de ce 5 août 2026. Les images abondamment relayées sur les réseaux sociaux laissent voir des eaux qui ruissellent de partout, sorties des lits des cours d’eau et des rigoles. Rues, maisons,… sont presqu’engloutis pour certaines. C’est la conséquence de pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région depuis les premières heures du jour. Limbé étant comme Buea, au pied du Mont Cameroun, le mont le plus haut du Cameroun, dans une région du Sud-Ouest réputée abriter la localité de Debundscha, la plus pluvieuse du pays…
Le bilan provisoire parle de trois morts, selon des sources concordantes : une femme enceinte, sa sœur et leur son oncle. Ils ont été ensevelis par les eaux en furie. La situation n’est pas encore revenue à la normale, et les recherches se poursuivent encore dans les quartiers. Les autorités sont mobilisées pour sensibiliser les populations sur les mesures à adopter.
Ci-dessous, des images des inondations
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Élection FIFA 2027 : comment Infantino pourrait tomber

Il y a quelques mois encore, sa réélection semblait acquise sans le moindre suspense. Aujourd’hui, Gianni Infantino se retrouve dans la position la plus fragile de ses dix années à la tête de la FIFA. Comment fonctionne réellement cette élection, et qui pourrait sérieusement le défier ?
Une réélection qui paraissait jouée d’avance
Lors du Congrès de la FIFA à Vancouver en 2026, le message d’Infantino ne laissait planer aucun doute : il briguerait un troisième mandat complet, jusqu’en 2031, très probablement sans opposition sérieuse. Sur Instagram, en avril, il concluait avec son enthousiasme habituel : « Le voyage continue ! »
À l’époque, l’avenir de la FIFA semblait tracé. Mais en l’espace de quelques semaines, tout a basculé. Le projet avorté de céder 21 % des activités commerciales et événementielles de la FIFA à un fonds d’investissement a fragilisé la position du président suisso-italien de façon spectaculaire. L’UEFA elle-même a publiquement déclaré avoir perdu confiance dans son leadership, tandis que plusieurs alliés et conseillers historiques ont pris leurs distances. Face à la pression, Infantino a fini par abandonner ce projet controversé début août : « Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que ce projet a créé des divisions qui, indépendamment du niveau de soutien, ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif fixé au départ. Notre mission a toujours été — et sera toujours — d’unir et d’améliorer », a expliqué la FIFA dans un communiqué.
Résultat : l’élection présidentielle prévue le 17 mars 2027 s’annonce beaucoup moins prévisible que prévu.
Un poste rarement contesté dans l’histoire du football
Changer de président reste un événement rare à la FIFA. Depuis le premier d’entre eux, le journaliste français Robert Guérin, entré en fonction en 1904, l’organisation n’a connu que neuf présidents — et seulement trois depuis les années 1970, Joao Havelange et Sepp Blatter ayant à eux deux cumulé plus de 40 ans à ce poste.
C’est justement la chute de Blatter, empêtré dans un scandale de corruption et reconnu coupable de manquement à l’éthique par la propre commission d’éthique de la FIFA, qui a conduit à limiter les mandats présidentiels à 12 ans en 2016 — l’année même où Infantino, alors secrétaire général de l’UEFA, a pris les commandes. Un détail statutaire lui permet néanmoins de contourner partiellement cette limite : son premier mandat, hérité de celui inachevé de Blatter, ne compte pas dans le plafond des 12 ans et des trois mandats. De quoi lui offrir, en cas de réélection au printemps prochain, la perspective de totaliser 15 ans à la tête de l’instance.
Les élections se tiennent tous les quatre ans, lors du Congrès qui suit chaque Coupe du monde masculine. Celles de 2019 et 2023 n’ont même pas nécessité de vote formel : Infantino a été réélu par acclamation, sans opposition. Pour retrouver une véritable élection démocratique à la FIFA, il faut remonter à 2016, lorsqu’il avait devancé quatre autres candidats — dont Sheikh Salman Bin Ibrahim Al Khalifa, aujourd’hui vice-président de la FIFA — lors d’un Congrès extraordinaire à Zurich.
Comment fonctionne concrètement l’élection
Le processus électoral s’étale en réalité sur une année complète, d’un Congrès à l’autre. Pour se présenter, un candidat doit avoir « joué un rôle actif dans le football associatif » pendant deux des cinq années précédentes, réussir un contrôle d’éligibilité mené par une commission de la FIFA, et surtout obtenir le soutien déclaré d’au moins cinq associations membres avant la date limite — fixée cette année au 18 novembre.
Chaque association ne peut soutenir qu’un seul candidat, un détail qui prend tout son sens depuis le retrait symbolique de soutien à Infantino annoncé ces derniers jours par plusieurs fédérations, dont le pays de Galles et l’Angleterre. Une défection d’autant plus marquante que le président affirmait, en début d’année, avoir reçu des promesses de soutien de 200 des 211 nations membres.
Obtenir le soutien de cinq associations suffit pour officiellement entrer dans la course. Mais pour espérer réellement l’emporter face à Infantino, il en faudra beaucoup plus. Les statuts de la FIFA exigent une majorité simple, supérieure à 50 %, lorsque deux candidats s’affrontent — soit 106 voix sur les 211 associations. Chaque vote pèse le même poids, qu’il vienne de l’Espagne ou des Seychelles, de l’Argentine ou d’Aruba.
Trois confédérations qui pourraient faire vaciller Infantino
Le soutien systématique accordé aux petites nations a longtemps constitué le socle de la popularité d’Infantino. Mais la fronde venue de trois confédérations change la donne. L’UEFA, qui représente 55 voix, a officiellement retiré sa confiance. L’AFC (confédération asiatique, 46 voix) et la Concacaf (Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, 35 voix) se sont elles aussi montrées critiques envers le projet de cession désormais abandonné.
Additionnées, ces trois confédérations représentent largement de quoi faire tomber Infantino sur le papier. Rien ne garantit cependant un vote uniforme au sein de chacune d’entre elles. Le Qatar, pourtant membre de l’AFC, a affirmé ces derniers jours soutenir pleinement le président sortant. L’élection FIFA se déroule à bulletin secret, sans logique de vote de bloc — Sheikh Salman en avait fait l’expérience amère en 2016, en ne recueillant que 88 voix alors qu’il bénéficiait, en théorie, du soutien de plus de 100 associations issues des confédérations asiatique et africaine.
Qui pourrait sérieusement défier Infantino ?
Selon les informations de The Athletic, le président de la Concacaf, Victor Montagliani, envisagerait très sérieusement de se lancer dans la course — ce qui constituerait le premier véritable défi à l’autorité d’Infantino depuis plus d’une décennie. D’autres noms ont circulé, notamment celui de Nasser Al Khelaifi, président du PSG, poussé en coulisses par l’UEFA selon certaines sources ; l’intéressé aurait toutefois fait savoir qu’il n’avait « aucun intérêt » pour le poste.
Le calendrier joue contre les éventuels prétendants : il ne reste que 16 semaines avant la date limite de dépôt des candidatures. Si plus de deux candidats se présentent, une majorité des deux tiers sera nécessaire dès le premier tour, avec des tours supplémentaires jusqu’à ce qu’un candidat se dégage clairement — un scénario qu’Infantino avait déjà connu en 2016, où il avait fallu deux tours avant que ses 115 voix ne lui assurent la victoire.
Vers un possible vote de défiance avant même l’élection
L’élection était initialement prévue le 18 mars 2027 au Maroc, un choix hautement symbolique pour un pays qui ambitionne d’accueillir la finale du Mondial 2030 face au co-organisateur et tenant du titre, l’Espagne. Ce choix reflétait aussi la solidité du soutien dont bénéficie traditionnellement Infantino auprès de la CAF, la confédération africaine.
Mais ce calendrier pourrait être bousculé bien avant mars 2027. Un Congrès extraordinaire de la FIFA peut être convoqué dans deux cas de figure : si une majorité des 37 membres du Conseil perd confiance dans la direction actuelle, ou si un cinquième des associations membres en fait la demande — un seuil que l’UEFA, à elle seule, a largement les moyens d’atteindre. Un tel scénario ouvrirait la voie à un véritable vote de défiance contre le président en exercice, bien avant l’échéance électorale initialement prévue.
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Marchés publics : Jusqu’à 3 milliards FCFA de chiffre d’affaires exigés aux PME pour accéder aux marchés PROLOG

Le projet Prolog, doté d’un financement de 300 millions de dollars, soit environ 189 milliards de FCFA, a lancé un appel général à manifestation d’intérêt en vue de constituer une liste restreinte d’entreprises appelées à réaliser des infrastructures dans les régions de l’Adamaoua, de l’Est, de l’Extrême-Nord, du Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Les futurs marchés portent notamment sur la construction d’écoles, de centres de santé, de réseaux d’adduction d’eau potable, de routes et d’autres ouvrages communautaires. Avant même les appels d’offres, les entreprises doivent franchir une première étape.
Outre les références techniques, elles doivent démontrer une capacité financière conséquente. Le dossier fixe des seuils progressifs selon le montant des travaux. Une entreprise qui ambitionne un marché supérieur à un milliard de FCFA devra justifier d’au moins trois milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel. Le seuil est fixé à deux milliards de FCFA pour les marchés compris entre 500 millions et un milliard de FCFA, à un milliard pour ceux compris entre 250 et 500 millions de FCFA et à 500 millions de FCFA pour les marchés inférieurs à 250 millions.
Les candidats devront également prouver leur capacité à mobiliser des financements, à travers leurs fonds propres, des lignes de crédit ou des prêts bancaires. À ces exigences s’ajoutent des références similaires, des équipes qualifiées, des dispositifs de gestion environnementale, sociale et sécuritaire ainsi que des engagements en matière de lutte contre la fraude et la corruption.
DES CRITÈRES EN DÉCALAGE AVEC LE PROFIL DES PME
Ces exigences interviennent dans un contexte où les PME dominent largement le paysage entrepreneurial camerounais. Selon les statistiques 2025 du ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, le Cameroun compte 472 208 PME, soit 83,1 % des entreprises formelles. Les très petites entreprises représentent à elles seules 68,2 % des créations enregistrées en 2025, tandis que les moyennes entreprises demeurent peu nombreuses.
Dans ces conditions, les critères financiers fixés par Prolog pourraient limiter l’accès direct d’une partie des entreprises nationales aux marchés les plus importants. Beaucoup disposent des compétences techniques requises, mais peinent encore à atteindre les niveaux de chiffre d’affaires ou les capacités de financement exigés. Le constat rejoint celui du Minpmeesa. Malgré leur poids dans l’économie, les PME contribuent encore modestement à la transformation structurelle du pays.
Le ministère fait du changement d’échelle de ces entreprises l’une de ses priorités, à travers un meilleur accès au financement, un accompagnement technique et le renforcement de leur compétitivité.
LA SOUS-TRAITANCE OUVRE UNE AUTRE PERSPECTIVE
Toutes les PME ne sont cependant pas condamnées à rester à l’écart des marchés Prolog. L’adoption de la loi n° 2025/010 du 15 juillet 2025 portant régime de la sous-traitance au Cameroun introduit de nouveaux mécanismes destinés à renforcer leur participation aux grands projets. Le texte réserve l’activité de sous-traitance aux PME camerounaises dont au moins 51 % du capital est détenu par des nationaux et dont le siège social est établi au Cameroun.
Cette disposition vise à favoriser leur intégration dans les chaînes de valeur nationales et à soutenir la montée en compétences du tissu productif local. La réforme instaure également une obligation pour les entreprises adjudicataires des grands marchés. Elles devront réserver au moins 40 % de la valeur des contrats à la sous-traitance au profit des PME camerounaises. Le législateur entend ainsi favoriser un meilleur partage de la valeur créée par les grands projets et accélérer le transfert de compétences vers les entreprises locales.
La loi apporte aussi une réponse aux difficultés de trésorerie auxquelles les PME sont régulièrement confrontées. Elle impose à l’entreprise principale de verser un acompte de 30 % avant le démarrage des prestations. Le paiement du solde doit intervenir au plus tard 90 jours après la livraison. Ces dispositions visent à limiter les tensions de trésorerie provoquées par les retards de paiement, souvent considérés comme l’un des principaux freins au développement des petites entreprises.
ENTRE EXIGENCES DE PERFORMANCE ET PRÉFÉRENCE NATIONALE
L’appel à manifestation d’intérêt de Prolog illustre ainsi les deux dynamiques qui traversent aujourd’hui la commande publique camerounaise. D’un côté, les bailleurs de fonds et les maîtres d’ouvrage exigent des entreprises présentant des garanties financières suffisantes pour assurer la bonne exécution de projets de grande envergure. De l’autre, l’État cherche à renforcer la place des PME nationales dans les grands investissements publics à travers la nouvelle loi sur la sous-traitance et les objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Pour de nombreuses PME, l’accès direct aux marchés PROLOG restera probablement hors de portée. En revanche, les nouvelles règles sur la sous-traitance pourraient leur permettre de participer à leur réalisation. Leur efficacité dépendra désormais de l’application effective des quotas prévus par la loi et de la capacité des entreprises titulaires des marchés à associer durablement les PME camerounaises aux grands chantiers publics.
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