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Moh SylveSter Tangongho, directeur général du Trésor, de la Coopération financière et monétaire : «Au moins sept nouvelles banques vont s’implanter au Cameroun d’ici 2030»

Qu’est ce qui, selon vous, justifie l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, matérialisé par l’entrée de nouveaux groupes bancaires sur le marché?
Merci de nous donner l’occasion d’évoquer l’évolution récente du secteur bancaire dans notre pays, ainsi que les raisons de son attractivité. En effet entre 2018 et 2022, le secteur bancaire s’est enrichi de 4 nouvelles entités, faisant passer le nombre d’acteurs dans la profession de 14 à 18, soit une augmentation de 28,6%. Sur les quatre années, cela correspond à un rythme d’augmentation d’une banque par an. Notre pays devrait pouvoir conserver cette cadence, puisqu’un nouvel établissement devrait être agréé d’ici la fin de l’année, portant ainsi le nombre total de banques à 19. Ces chiffres traduisent effectivement un intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais. Intérêt justifié par plusieurs facteurs, notamment, politique, économique, et démographique. Sur le plan politique, il faut souligner la volonté du Président de la République Paul Biya, ainsi que de l’ensemble des chefs d’Etats de la sous-région, de dynamiser notre système financier, pour en faire un pilier essentiel du développement de nos pays.
«..Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30)»
Cette volonté politique a été exprimée le 30 octobre 2017, lorsque les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), réunis en sommet extraordinaire à Ndjamena au Tchad, ont décidé de l’unification des deux marchés financiers de la sous-région. Elle a été réaffirmée en 2018, lorsque les chefs d’Etats ont pris l’engagement d’inscrire à la cote du marché boursier sous-régional, les actions de certaines entreprises relevant des portefeuilles publics. Alors, certains de vos lecteurs pourraient se demander, quel est le lien avec le secteur bancaire ? Le lien provient de ce qu’une grande partie (près de 50%) des acteurs du marché boursier, société de bourse et société de gestion de portefeuille, sont des filiales des banques.
Au Cameroun, comme ailleurs dans le monde, les synergies entre le secteur bancaire et le secteur financier sont très fortes. Le dynamisme de l’un, entraînant en général celui de l’autre, et vice-versa. La première raison de l’intérêt de l’industrie bancaire pour le marché camerounais, est la volonté politique réaffirmée des chefs d’Etats de dynamiser le secteur financier de notre sous-région, dont le Cameroun est la locomotive, pour en faire un élément essentiel du développement économique de nos pays. Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc.) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter.
La deuxième raison du dynamisme de notre secteur financier est la structure résiliente et diversifiée de notre économie, à laquelle s’ajoutent les opportunités induites par la mise en œuvre de la transformation et les réformes structurelles de notre économie, impulsées par le CHEF DE L’ETAT dans sa vision du Cameroun à l’horizon 2035. Les banques s’établissent au Cameroun en raison de la résilience et de la diversification de notre tissu productif, mais également parce qu’elles souhaitent tirer profit des opportunités actuelles et futures qu’offrent le Cameroun à l’horizon 2035, notamment dans la phase de mise en œuvre de la Stratégie Nationale pour la décennie 2020-2030 (SND30). Les objectifs de transformation structurelle de notre économie, notamment en matière de densification des équipements publics (routes, ports, etc) et d’amélioration de la productivité pour renforcer la substitution des importations par les productions locales (import-substitution) nécessiteront des financements importants que les banques pourront apporter Sur le plan démographique, le Cameroun, riche de son bilinguisme et de son multiculturalisme, est le pays le plus peuplé de la Cemac avec une population de 27 millions d’habitants.
75% de cette population est âgée de moins de 25 ans. En 2039, 60% de la population sera en âge de travailler ; population dont le dynamisme des femmes et hommes d’affaires qui la composent se démontre chaque jour. Dans cette population se trouvent toutes les catégories socioprofessionnelles: cadres ; entrepreneurs ; exploitants agricoles, etc., dont les besoins peuvent être adressés par les banques. Considérons à titre d’exemple un jeune actif de 20 ans ou 25 ans. Si sa banque peut s’adapter à l’évolution de ses besoins à chaque étape de sa vie, familiale ou professionnelle, elle se verra attribuer les mandats pour l’accompagner dans la réalisation de ses projets. Si tout se passe bien, une telle collaboration peut durer 40 ans ou plus. La troisième raison de l’engouement des banques pour le Cameroun, est la structure de sa démographie et le dynamisme de sa population, qui présentent des réelles opportunités de gains à court, moyen et long terme quel que soit le segment d’activités.
Quel a été l’impact du Covid-19 et de la crise Russo-ukrainienne sur le secteur bancaire Camerounais?
La pandémie à COVID-19, puis la crise russo-ukrainienne ont eu et continuent d’avoir des conséquences considérables sur les Etats et les entreprises. Quelles soient très grandes ; grandes ; petites et moyennes ; et très petites, les entreprises ont toutes souffert de la paralysie des circuits d’approvisionnements mondiaux. Elle a entraîné des retards importants de livraison des commandes, et une rupture partielle ou totale des activités de plusieurs entreprises. Pour celles d’entre elles qui avaient contracté des prêts auprès des banques, il leur était impossible de respecter leurs engagements, donc de rembourser leurs crédits. La première conséquence sensible a été l’augmentation du taux des créances brutes en souffrance. Ce dernier a grimpé de près de 2 points entre décembre 2019 et décembre 2020, en passant de 15% à 16,6% du volume des crédits accordés à l’économie.
Et encore, nous avons pu contenir la dégradation du taux des créances brutes en souffrance grâce aux efforts conjugués du Gouvernement, de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). La deuxième conséquence, corollaire de la première, est le ralentissement de la progression de l’activité bancaire. A titre d’illustration, entre 2017 et 2018 puis entre 2018 et 2019, le total bilan des banques a respectivement progressé de 61% et de 35% ; le total des dépôts de 59% et 35% ; le total des concours du secteur bancaire de 63% et 36%. Entre 2019 et 2020 ; puis 2020 et 2021, les mêmes indicateurs ont respectivement progressé de 10% puis 13% pour le total bilan ; 12% puis 12% pour le total des dépôts ; 16% puis 16% pour le total des concours du secteur bancaire.
Comment l’État a-t-il réagi pour soutenir le secteur durant cette période difficile ?
Le secteur bancaire est régulé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale. C’est elle qui édicte les règlements et instructions qui encadrent l’activité bancaire. Donc l’Etat ne pouvait pas prendre des mesures directes pour soutenir le secteur. En revanche, l’État a pris plusieurs mesures de soutien en faveur des entreprises dont les activités ont connu un ralentissement. L’objectif était de permettre qu’elles puissent continuer à honorer leurs engagements à l’égard de leurs salariés, leurs fournisseurs et leurs banques. Le soutien de l’Etat au secteur bancaire a principalement été un soutien indirect, à travers les mesures fiscales et budgétaires prises pour accompagner les entreprises.
Sans être exhaustif, on peut citer parmi ces mesures : – L’autorisation de moratoires et de reports de paiement d’impôts en faveur des entreprises directement touchées par la crise COVID-19 ; – L’exonération de la taxe de séjour due pour le reste de l’exercice 2020 par les hôtels ; – L’exonération pour le deuxième trimestre de l’exercice 2020 du précompte mobilier et des taxes communales pour les petites entreprises (transports par taxis, motos-taxis…) ; – L’appui à la trésorerie des entreprises à travers la dotation spéciale de 25 milliards de FCFA pour l’apurement des stocks de crédits de TVA. Les mesures que je viens d’énumérer, prises par le Gouvernement sur Très hautes instructions du CHEF DE L’ETAT, ont permis de sauver des centaines d’entreprises et de milliers d’emplois, et par conséquent, de soutenir l’activité bancaire, en contenant la dégradation des taux des créances brutes en souffrance.
Quels sont les rapports aujourd’hui entrel’État du Cameroun et les banques camerounaises? Quelle place occupent-elles dans le financement de l’État?
«…Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets…»
L’Etat du Cameroun, et principalement le ministère des Finances, entretient avec les banques, des rapports de deux ordres. Premièrement, le ministère des Finances, en tant qu’Autorité monétaire, supervise certains aspects des activités des banques. A cet égard, il délivre et retire les agréments des banques, de leurs dirigeants et commissaires aux comptes ; effectue des missions de contrôle, etc. Par ailleurs, l’Etat à travers le ministère des Finances, s’assure en rapport avec la Beac et la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) de la stabilité du secteur bancaire. Deuxièmement, le ministère des Finances en tant que bras financier de l’Etat entretient avec les banques, des relations de partenariat économiques et Financier. Sur ce point, les banques accompagnent régulièrement l’État dans le financement des projets structurants ou du déficit budgétaire. Globalement, l’État entretient de bonnes relations avec l’Association professionnelle des Etablissements de Crédit du Cameroun (Apeccam) et les banques.
La plupart d’entre elles sont des partenaires de l’Etat. A ce titre, elles jouent un rôle important dans son financement. Les banques accordent les prêts commerciaux à l’Etat, et souscrivent également aux titres publics. Le Plan d’Urgence Triennal pour l’Accélération de la Croissance économique (Planut) pour lequel les banques ont mobilisé plus de 500 milliards FCFA ; la participation permanente aux émissions de Bons et d’Obligations du Trésor Assimilables, dont elles sont les principaux souscripteurs avec un montant minimum de 200 milliards par an, sont deux exemples concrets. Outre les concours à l’Etat, les banques à travers les sociétés de bourse qui sont leurs filiales, structurent les émissions d’emprunt obligataire sur le marché boursier et accompagnent le placement des titres publics auprès des investisseurs
Dans son dernier rapport sur le Cameroun, le FMI pointe la « vulnérabilité » du système bancaire camerounais en raison de sa trop forte exposition sur l’État. Partagez-vous cette crainte? Comment réduire cette exposition ?
Dans son récent rapport, le Fonds monétaire international (FMI) relève que l’Etat représente 35% du total des actifs du secteur bancaire. Bien que cette proportion tutoie les limites du ratio de concentration des risques sur une entité, je suis un peu plus confiant que le FMI. Je m’explique. Premièrement, l’augmentation de l’exposition de l’Etat vis-à-vis des banques ces dernières années est principalement due aux conséquences de la pandémie à COVID-19 et de la crise russo-ukrainienne. Ces évènements exceptionnels, et non prévisibles, ont contraint les gouvernements à augmenter leurs niveaux d’endettement pour assurer la réalisation des projets inscrits dans leurs budgets. Deuxièmement, dans le même rapport, le FMI souligne que l’exposition des banques sur l’Etat, est généralement pondérée à zéro, en d’autres termes qu’il n’y a pas de risque de défaut. Le risque de défaut est écarté en raison de ce que les mécanismes de sûreté mis en place sont très solides.
Les investisseurs, parmi lesquels les banques, sont remboursés grâce au débit d’office effectué par la Beac, sur le Compte Unique du Trésor. Comment réduire cette exposition ? A mon avis, l’exposition peut être réduite par trois (3) procédés. Le premier procédé est une réduction mécanique de l’exposition en raison de l’amortissement des dettes de l’Etat. Pour cela, il faut une décélération du rythme d’endettement de l’Etat, ou une croissance du bilan des banques qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. Le deuxième consisterait à sortir les titres publics du bilan des banques en les distribuant aux particuliers. Pour cela, il faut élargir la base des investisseurs ; renforcer l’inclusion et l’éducation financière ; pour animer le marché secondaire. Le troisième procédé serait pour les banques d’augmenter leurs niveaux de fonds propres. Ce procédé est une modalité de l’évolution du bilan qui soit plus rapide que le rythme d’endettement. A ce propos, je constate que l’évolution des capacités financières intrinsèques des banques évolue moins vite que les besoins des populations et des gouvernements. Ce qui implique que l’on pourrait assister à une augmentation des taux d’intérêt exigés par les banques, et par ricochet à une diminution de la compétitivité de notre économie.
Le Cameroun a engagé un vaste programme de rapatriement des fonds publics logés dans les banques commerciales à travers l’opérationnalisation du Compte unique du Trésor (CUT), mais aussi de la caisse de dépôts et de consignations. Cette offensive, ne va-t-elle pas fragiliser davantage la liquidité de notre système bancaire ?
Toute réforme s’accompagne d’ajustements pour l’ensemble des parties concernées par ladite réforme. Celles relatives à la mise en place du Compte Unique du Trésor (CUT) et l’opérationnalisation de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) ne sont pas en reste. Mais vous savez, même quand le temps est laissé pour que les parties concernées par une réforme se préparent, au moment de son entrée en application, il y a toujours des derniers détails à régler, pour que toutes les parties concourent efficacement à la réussite de ladite réforme, tout en maintenant le standard et la qualité des prestations inhérentes à leurs métiers. Conscients de ce défi, les pouvoirs publics, dans leur volonté permanente de s’assurer de l’épanouissement du secteur privé, ont toujours initié un dialogue inclusif avec les acteurs concernés. Cela a été fait pour la mise en place du Compte Unique du Trésor. Les discussions sont en cours avec le secteur bancaire dans le cadre de l’opérationnalisation de la CDEC.
Le but est de trouver la formule idoine qui ne fragilise pas le secteur bancaire et ne met pas en péril les objectifs poursuivis par les réformes. Le principe de la démarche du gouvernement est de procéder à un transfert progressif des fonds concernés sans entamer l’équilibre de la banque. Dans le cas du Compte Unique du Trésor, des calendriers de transfert des fonds des livres des banques vers le compte de l’Etat du Cameroun à la Beac ont été élaborés de commun accord avec chaque banque. Dans ce cas, les fonds se déplacent bien d’une institution à une autre. Pour la CDEC, l’option privilégiée est l’ouverture d’un compte CDEC dans chaque banque. En d’autres termes, les fonds et valeurs dévolus à la CDEC, qui se trouvent dans une banque, ne quitteront pas les livres de cette banque, mais seront transférés dans le compte de la CDEC ouvert dans ladite banque. Alors cela signifie que certains fonds qui n’étaient pas précédemment rémunérés, le seront désormais. En résumé, l’opérationnalisation du CUT et de la CDEC, soumettra les banques à la nécessité de procéder à quelques ajustements, mais la démarche choisie par l’Etat, permet que la liquidité ne soit pas impactée à court terme, et leur donne donc du temps pour s’adapter.
La Banque centrale a durci sa politique monétaire dans le but de ramener l’inflation à un niveau raisonnable. Jusqu’à quel point cette situation a-t-elle affecté la politique de financement du Cameroun sur le marché domestique (financier et monétaire) ?
La Banque Centrale prend les mesures qu’elle juge idoines pour remplir la mission qui lui est assignée, c’est-à-dire maintenir l’inflation en dessous du seuil communautaire de 3%. Les augmentations du Taux d’Intérêt des Appels d’Offres (TIAO) ainsi la ponction des liquidités d’Appels participent à atteindre cet objectif. Naturellement, la politique monétaire a un impact sur le coût et la politique de financement de l’Etat. Car, la politique monétaire est le déterminant principal du coût d’acquisition des ressources pour les banques, et le taux directeur de la banque centrale, le taux de référence à partir duquel, les investisseurs institutionnels comme les investisseurs privés déterminent la rentabilité qu’ils attendent d’un placement ou d’un investissement. Ainsi, la normalisation de la politique monétaire effectuée à travers le relèvement du TIAO et les ponctions de liquidité sur le marché, a entraîné non seulement le renchérissement du coût des ressources, mais aussi une diminution de la liquidité.
Par conséquent, l’argent étant plus cher et plus rare, les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ont grimpé. A cet égard, les émissions récentes des titres publics des pays de la sous-région, bien que couronnées de succès, se sont faites à des taux plus élevés que ceux qui se pratiquaient il y a encore deux ou trois ans. Mais la normalisation de la politique monétaire n’est pas la seule cause du renchérissement des coûts des emprunts. En raison de leurs volontés d’accélérer le processus de développement de leurs pays, les gouvernements de la sous-région sollicitent régulièrement les marchés des capitaux. De ce fait, nous assistons à « forme concurrence » des Trésors publics sur les marchés. La demande étant plus forte que l’offre disponible, les coûts augmentent mécaniquement.
Enfin, comme je l’ai évoqué précédemment dans la question relative à la diminution de l’exposition du secteur bancaire à l’Etat, les capacités financières propres des banques sont de moins en moins suffisantes pour servir les besoins exprimés par nos populations et les projets portés par nos acteurs économiques : entrepreneurs, grandes entreprises et Etats. Face à ces constats, l’Etat, qui souhaite principalement avoir des financements de long terme, pour mieux maîtriser sa politique d’endettement, est contraint par les capacités actuelles du marché. Afin de répondre à la fois à sa volonté d’endettement sur le long terme, tout en s’accommodant aux caractéristiques du marché, il faut innover. Et c’est tout le sens de l’emprunt obligataire 2023 de l’Etat du Cameroun. Par sa structuration en plusieurs tranches de diverses maturités, Monsieur le ministre des Finances, a souhaité s’adresser à tous les investisseurs, chacun en fonction de sa sensibilité aux risques ou de sa stratégie de placement. Cet emprunt obligataire en plusieurs tranches vise à la fois à saturer les capacités de court terme, puis à amener progressivement le marché à tester les maturités de plus en plus longues.
Le marché domestique est-il encore capable aujourd’hui de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics?
Demander si le marché domestique est encore capable de soutenir la dynamique de mobilisation des fonds par les pouvoirs publics, revient en d’autres termes à se demander si le potentiel de mobilisation des fonds dans notre pays (voire notre sous-région) est entièrement réalisé ou saturé. Ma réponse est que le potentiel de mobilisation des fonds pour les pouvoirs publics n’est pas entièrement réalisé. Pour plusieurs raisons. Mais je vais me limiter à ne citer que deux. La première tient à ce que certains acteurs du marché monétaire ne respectent pas leurs engagements. En effet, le cahier de charges des Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) prescrit que les SVT doivent participer à toutes les opérations d’adjudication des titres publics du Trésor. Nous regrettons que plusieurs entreprises ayant acquis l’agrément de SVT ne se conforment pas au cahier des charges et donc ne respectent pas leurs engagements.
Deuxièmement parce que certaines niches de potentiels investisseurs n’ont pas encore été explorées. Je pense ici aux trésoriers des grandes entreprises et aux particuliers. Pour réaliser donc notre potentiel, nous devons redoubler d’efforts et aller au-delà de ce que nous faisons déjà aujourd’hui. Il s’agit de renforcer l’information et l’éducation économique et financière (votre groupe de presse est très engagé dans ce domaine, je salue vos efforts), accélérer l’inclusion financière, structurer et proposer des produits financiers qui adressent les besoins des plus petits investisseurs, etc. Il sera nécessaire pour atteindre cet objectif, de faire preuve d’ingénierie financière et d’innovation, notamment à travers le fractionnement des titres financiers, afin d’intéresser les plus petits épargnants, les entreprises et les ménages.
L’État a engagé le programme de restructuration de plusieurs banques : NFC et UBC. Où en est le projet à ce jour ?
«…De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFCBank que chez UBC. Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts …»
La recapitalisation a-t-elle déjà eu lieu ? Que reste–t-il à faire ? Permettez-moi tout d’abord de rappeler que c’est à la suite des sollicitations respectives des actionnaires de NFC-Bank et d’UBC, que le président de la République a marqué son Haut Accord pour l’implication de l’Etat dans le processus de restructuration de ces deux banques. Ainsi, sous la Coordination de Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, et la Supervision du ministre des Finances, nous avons élaboré et adopté, en étroite concertation avec les actionnaires des deux banques, un plan de restructuration qui a été validé par la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac). Nous saisissons cette occasion pour saluer la parfaite collaboration de la Cobac dans la conduite de ce dossier. De manière globale, le processus de restructuration des deux banques est achevé à 90%. L’Etat a pris des participations aussi bien chez NFC-Bank que chez UBC.
Les premières tranches de recapitalisation ont d’ores et déjà été versées. La recapitalisation des banques est bien entamée (une première tranche a d’ores et déjà été versée) et devrait s’achever au plus tard l’année prochaine, conformément aux dispositions règlementaires, qui accordent trois ans maximum aux actionnaires pour libérer entièrement leurs quotes-parts. Par la suite, il est prévu, pour chaque banque, sous le modèle de la Commercial Bank-Cameroun (CBC), l’élaboration d’un contrat d’objectifs et de performance, afin de remettre les banques sur la voie de la rentabilité. L’Etat n’ayant pas vocation à rester actionnaire majoritaire des deux banques à long terme, il envisage céder à moyen terme une partie des actions à des investisseurs de référence.
Quid de CBC qui est déjà sur de bons rails ?
La restructuration de la Commercial Bank-Cameroun (CBC) est un exemple de réussite. Après avoir sauvé, puis remis la banque sur le chemin de la rentabilité, en assignant aux dirigeants des contrats annuels de performance, l’Etat conduit à présent, le processus de cession partielle de ses actions, conformément à la clause de désengagement contenu dans le plan de restructuration. Le Chef de l’Etat a marqué son haut accord pour que 51% des actions soient cédées à un investisseur de référence, 30% sur la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (Bvmac) et 17% conservé dans le portefeuille de l’Etat. Dans le cadre de ce processus, l’Etat se fait accompagner par un conseil, constitué sous forme d’un groupement d’entreprises internationales et nationales de premier plan, au rang desquels Rotschild & Company, Ernst&Young, Financia Capital et Chazai Wamba, pour ne citer que quelques-uns. La première phase du processus, consacré aux diligences opérationnelles, juridiques, informatiques, fiscales, … est quasiment achevée. La prochaine phase portera sur la valorisation de l’entreprise, ensuite ce sera la phase de recherche de l’investisseur de référence, puis enfin l’entrée en bourse de la banque.
La SND30 projette le nombre de banques à trente d’ici 2030, cette projection est-elle réaliste ?
La projection d’une trentaine de banques, j’y inclus les entreprises fournissant des services de banques, présentée dans la SND30 est réaliste. Avec le départ annoncé de Standard Chartered Bank Cameroon et l’agrément en cours d’Africa Golden Bank, qui a reçu l’avis conforme de la Cobac, le marché bancaire de notre pays comptera 18 institutions à la fin de l’exercice 2023. En considérant que nous continuerons à observer le rythme net d’au moins une nouvelle banque par an, le paysage bancaire camerounais se sera enrichi d’au moins sept (07) nouvelles banques d’ici la fin de l’année 2030, portant le total à vingt-cinq (25) banques au moins. Si à ce chiffre, nous ajoutons, les établissements de paiement, tels que MTN Mobile Money Cameroon et Orange Money Cameroon, qui offrent également des services de banque, et en faisant l’hypothèse conservatrice que nous aurons un nouvel établissement de paiement tous les deux ans, en 2030, au moins trois (3) nouveaux entrants seront arrivés sur ce marché, portant le total des acteurs à cinq (5). En ajoutant aux 25 banques, 5 établissements de paiement, nous aurons d’ici 2030, la trentaine d’acteurs prévue par la SND30.
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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.
La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.
Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.
Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.
DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.
La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.
Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.
Portrait
Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.
Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.
En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.
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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.
Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.
Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.
Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.
Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.
Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.
Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.
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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).
Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.
L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.
Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.
Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.
La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.
UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE
Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.
Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.
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