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Michèle Ndoki avait-elle vu juste avant tout le monde ?

Maurice Kamto a démissionné de la direction du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Mamadou Mota a également quitté ses fonctions, et l’attention se porte désormais sur la question de sa succession à la tête du parti.
C’est compréhensible. Les partis politiques doivent penser à la relève. Mais avant que le MRC ne se précipite vers le prochain chapitre de son histoire, il convient de revisiter un épisode délicat de son passé récent.
Il s’agit de Michèle Ndoki. Il ne s’agit pas ici de soutenir qu’elle devrait automatiquement devenir la prochaine présidente du MRC, ni d’affirmer que toutes ses prises de position étaient justes ou qu’elle a parfaitement géré tous ses désaccords avec Maurice Kamto.
La question est plus simple : Michèle Ndoki a-t-elle été écartée pour avoir soulevé certaines des questions auxquelles le MRC allait plus tard être contraint de faire face ?
Et si tel est le cas, le parti ne devrait-il pas le reconnaître, lui présenter des excuses et l’inviter à revenir ? Elle a payé un lourd tribut pour ce parti.
Avec le temps et les querelles politiques qui ont suivi, il est facile d’oublier à quel point le parcours de Michèle Ndoki s’est retrouvé intimement lié au combat du MRC après l’élection présidentielle de 2018.
Elle faisait partie de l’équipe juridique ayant contesté les résultats du scrutin devant le Conseil constitutionnel. Elle est devenue l’un des visages les plus emblématiques de la résistance post-électorale du parti. Elle a participé aux manifestations. Elle a été blessée par balle lors d’un rassemblement du MRC à Douala en janvier 2019. Par la suite, elle a été arrêtée et a passé plusieurs mois en détention.
Elle a fini par s’exiler. Ce ne sont pas là des détails anodins. Quel que soit l’avis que l’on porte aujourd’hui sur Michèle Ndoki, on ne peut honnêtement la qualifier de personne étant restée à l’écart pour ne critiquer le parti qu’une fois revenue. Elle a mis en jeu son intégrité physique, sa liberté, sa carrière et sa sécurité personnelle durant l’une des périodes les plus difficiles pour le MRC.
Elle fut également l’une des figures les plus actives du parti en matière de communication publique. Elle a organisé et participé à des échanges en direct pour expliquer les idées et la vision politique du MRC. Elle a défendu le mouvement alors même que cela impliquait des conséquences réelles.
Puis, elle a commencé à exprimer son désaccord avec certaines décisions du parti. C’est à ce moment-là que la relation a changé.
Le boycott de 2020 a marqué la première fracture majeure
L’un des principaux désaccords de Ndoki portait sur la décision du MRC de boycotter les élections législatives et municipales de février 2020.
À l’époque, le refus de participer était justifié par des principes. Le MRC soutenait que des élections crédibles ne pouvaient se tenir sans une réforme électorale significative et tant que le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest perdurait.
Le MRC a présenté ce boycott comme une question de principe. Il affirmait que le Cameroun ne devait pas organiser d’élections alors que la guerre se poursuivait dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest et en l’absence d’une réforme consensuelle du système électoral. Ces objections n’étaient pas considérées comme mineures. Kamto soutenait que tenir les élections de 2020 dans de telles conditions reviendrait, de fait, à accepter la partition du pays. Quelques mois plus tard, il a déclaré que le parti s’opposerait à toute nouvelle élection populaire tant que ces deux conditions préalables ne seraient pas remplies.
Or, aucune de ces deux conditions n’était satisfaite lorsque le MRC a changé de cap. En 2023, alors que la crise anglophone faisait toujours rage et que le système électoral décrié par le parti restait largement inchangé, Kamto a annoncé que le MRC participerait à toutes les élections à venir — municipales, législatives et présidentielles —, même si elles étaient convoquées dès le lendemain.
Une question s’impose alors, inévitable au vu des événements de 2025 : si ces conditions rendaient la participation inacceptable en 2020, pourquoi n’ont-elles plus constitué un obstacle par la suite ?
Cette approche est bien plus percutante, car nous ne prétendons pas connaître les motivations de Kamto. Nous mettons simplement en parallèle ses différentes positions et l’invitons à justifier, sur le plan politique, cette contradiction.
Mais une autre question se posait également : quel serait le coût, pour le parti, d’une non-participation à ces élections ? Ndoki figurait parmi ceux qui ont soulevé cette préoccupation. Elle a aussi remis en question le processus de décision et s’est interrogée sur la prise en compte des conséquences pour les structures de base du parti.
Elle a été vivement critiquée pour cela. Pourtant, le problème qu’elle signalait n’a pas disparu pour autant, même si son avertissement déplaisait.
Avant même les élections de 2020, le MRC était conscient que ce boycott comportait un risque électoral majeur. Dans la déclaration annonçant sa décision, le parti a reconnu que le fait de ne pas participer aux élections législatives et municipales pourrait engendrer des difficultés au moment de présenter un candidat à l’élection présidentielle, conformément au Code électoral camerounais.
Ce risque s’est concrétisé cinq ans plus tard. À l’approche de 2025, le MRC ne comptait aucun élu issu des scrutins législatifs et municipaux de 2020. Les ambitions présidentielles de Maurice Kamto se sont alors heurtées de plein fouet aux conséquences politiques et juridiques de cette absence.
La suite des événements fut singulière. L’homme qui avait orchestré le boycott a fini par devoir quitter le MRC pour tenter de briguer la présidence sous la bannière du MANIDEM.
Après des années durant lesquelles les interrogations sur le boycott étaient souvent perçues comme des attaques contre la direction, le parti a fini par être confronté à la conséquence même que certains critiques avaient prédite.
Kamto n’a finalement pas réussi à figurer sur la liste des candidats à l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une participation aux élections de 2020 aurait automatiquement résolu tous les problèmes. Nul ne peut savoir combien de sièges le MRC aurait remportés, ni si le gouvernement aurait trouvé un autre moyen de faire obstacle à Kamto.
Toutefois, une chose est désormais difficilement contestable : le boycott a eu un coût politique très élevé. Et Michèle Ndoki avait mis en garde contre cette éventualité.
Elle a ensuite commis ce qui semblait être une faute plus grave : elle a défié Kamto
Ce second point est peut-être encore plus important aujourd’hui. Michèle Ndoki souhaitait briguer la présidence du MRC. Au sein d’un parti se présentant comme une alternative à la culture politique du RDPC, cela aurait pu constituer une opportunité remarquable.
Il était peu probable qu’elle batte Maurice Kamto. Kamto était le fondateur, la figure de proue nationale et, de loin, la personnalité la plus marquante du parti. Il disposait d’une base loyale et d’une notoriété politique immense comparée à celle de Ndoki.
Mais c’est précisément pour cette raison qu’une compétition interne aurait pu profiter au MRC. Imaginez à quoi aurait pu ressembler une campagne ouverte pour la direction du parti.
Ndoki et Kamto sillonnant les structures du parti. Des militants posant des questions difficiles. Des débats sur le boycott de 2020, l’organisation du parti, la mobilisation à la base, la stratégie politique et l’avenir du mouvement. Deux figures de premier plan exposant leur vision de ce que le MRC devait devenir.
Kamto aurait très bien pu l’emporter haut la main. Mais il serait sorti de cette confrontation avec un atout précieux : un nouveau mandat démocratique émanant de son propre parti.
Le MRC, lui aussi, aurait pu en sortir renforcé. Il aurait pu démontrer aux Camerounais qu’un parti d’opposition ne craignait pas la concurrence, même au plus haut niveau.
Au lieu de cela, la contestation de Ndoki a débouché sur un conflit profond et amer avec la direction, et elle a fini par être exclue du parti.
Les griefs officiels retenus contre elle ne se limitaient pas à sa volonté de défier Kamto, et cette nuance a son importance. Toutefois, il est impossible d’évoquer son éviction en toute honnêteté sans tenir compte du contexte politique dans lequel elle s’est produite.
Sa tentative de briguer la direction du parti avait suscité une vive controverse au sein d’une formation où l’autorité de Kamto semblait de plus en plus incontestable.
Richard Tamfu s’est heurté plus tard à un obstacle similaire après avoir ouvertement critiqué l’orientation et la culture de gouvernance du parti.
Cette histoire apparaît bien différente aujourd’hui. Car le MRC s’apprête désormais à faire exactement ce que Ndoki affirmait que les partis politiques devaient être capables de faire : choisir entre plusieurs personnes désireuses d’assurer le leadership.
Ce qui était inacceptable à l’époque est devenu la norme aujourd’hui
Kamto a démissionné. Des candidats potentiels manifestent déjà leur intérêt pour lui succéder. C’est ainsi que la politique devrait fonctionner.
Il devrait y avoir plusieurs candidats si plusieurs personnes estiment être capables de diriger le parti. Ils devraient exposer leurs idées. Ils devraient mener campagne. Les membres doivent examiner les faits et faire leur choix.
Mais si tout cela est légitime aujourd’hui, le MRC doit se demander pourquoi Michèle Ndoki a suscité tant de méfiance lorsqu’elle a revendiqué la même chose alors que Kamto était encore aux commandes.
Pourquoi le désir de remplacer le président d’un parti devrait-il être assimilé à une trahison ? Pourquoi l’ambition interne ne deviendrait-elle respectable que lorsque le titulaire du poste quitte ses fonctions de son plein gré ?
Ces questions ne concernent pas uniquement Michèle Ndoki. Elles touchent à l’essence même de l’institution politique que le MRC aspire à devenir. Un parti ne peut pas prôner l’alternance politique au Cameroun tout en considérant l’alternance au sein de ses propres structures comme un danger. Il ne peut pas condamner une culture politique fondée sur un leader omnipotent tout en laissant son identité devenir indissociable d’un seul homme.
La véritable épreuve de la démocratie interne ne consiste pas à permettre à tout le monde d’être d’accord. Elle réside dans la réaction du parti lorsqu’une personne déclare : « Je pense pouvoir diriger ce parti différemment. »
C’est ce qu’a fait Michèle Ndoki. La réponse du MRC n’a pas été de la battre lors d’une élection, mais a fini par entraîner sa perte pure et simple.
L’ironie Atanga Nji
Un autre volet de cette histoire devrait mettre le MRC mal à l’aise. Après les événements de 2025, Kamto a réintégré le MRC et a été reconduit à sa tête lors d’un congrès du parti.
C’est alors que Paul Atanga Nji est intervenu à nouveau. Le ministre de l’Administration territoriale a contesté l’issue du scrutin ainsi que la légitimité de la direction de Kamto. Il y a là un sérieux problème démocratique.
Atanga Nji est une figure de proue d’un gouvernement dirigé par le RDPC. Quels que soient les pouvoirs administratifs dont dispose le ministère de l’Administration territoriale sur les partis politiques, il est profondément inquiétant qu’un ministre au service du parti au pouvoir puisse jouer un rôle aussi déterminant dans la reconnaissance du chef d’un parti d’opposition.
Le MRC a raison de s’opposer à ce type d’ingérence. Toutefois, une ironie gênante demeure. Le parti exige aujourd’hui que des acteurs extérieurs respectent son droit de choisir librement sa direction, alors même qu’il a eu du mal, par le passé, à accepter les contestations internes sérieuses visant cette même direction.
Il ne s’agit pas de questions identiques ; l’ingérence de l’État et la discipline interne d’un parti sont deux choses bien distinctes. Néanmoins, le principe sous-jacent mérite réflexion.
La légitimité politique est d’autant plus solide qu’elle découle d’une compétition ouverte, de règles transparentes et d’une réelle liberté de choix pour les membres. C’est précisément ce que Michèle Ndoki demandait au MRC de démontrer.
A-t-elle eu raison ?
Sur tous les points ? Probablement pas. La politique ne fonctionne pas de manière aussi simple. Mais sur les deux questions qui ont marqué sa rupture avec le parti, il devient de plus en plus difficile d’ignorer ses propos.
Elle avait remis en question la pertinence du boycott de 2020 et mis en garde contre ses conséquences. Cinq ans plus tard, l’absence du MRC des institutions élues s’est révélée être l’un des obstacles majeurs aux ambitions présidentielles de Kamto.
Elle soutenait que le parti devait permettre une véritable compétition pour sa direction. Lorsqu’elle a tenté d’incarner cette concurrence, elle a été perçue comme une menace.
Aujourd’hui, Kamto s’est retiré et le MRC se prépare précisément à une telle compétition. Cela ne fait pas de Michèle Ndoki une prophétesse. En revanche, cela signifie que le parti se doit d’examiner avec honnêteté la manière dont il l’a traitée. Et peut-être lui doit-il également quelque chose.
Des excuses en diraient long sur le MRC de l’après-Kamto
Le MRC n’est pas tenu d’offrir la présidence à Michèle Ndoki. Il n’est pas obligé d’approuver tout ce qu’elle a dit depuis son départ du parti.
Il se peut même qu’elle ne souhaite pas revenir. Mais le parti pourrait reconnaître que le désaccord concernant le boycott de 2020 était légitime. Il pourrait admettre que le simple fait de vouloir briguer la présidence du MRC n’aurait jamais dû faire de quiconque un ennemi du mouvement.
Il pourrait reconnaître les sacrifices consentis par Michèle Ndoki à une époque où défendre le MRC entraînait des conséquences bien plus lourdes que la simple perte d’un débat interne.
Et il pourrait l’inviter à revenir. Non pas pour la couronner. Non pas pour lui remettre les clés du parti. Non pas pour réécrire l’histoire. Simplement pour lui dire : tu étais des nôtres, tu as souffert avec nous, tu as exprimé ton désaccord, et certaines des questions que tu as soulevées méritaient une meilleure réponse que celle que nous t’avons apportée.
Ensuite, si elle souhaite revenir et briguer la direction, qu’elle le fasse. Si d’autres candidats veulent se présenter, qu’ils le fassent aussi. Ce serait une preuve de démocratie interne bien plus significative que n’importe quel discours sur le renouveau politique.
Car la véritable question qui se pose au MRC pour l’après-Maurice Kamto n’est plus simplement de savoir qui lui succédera. Il s’agit de savoir si le parti peut s’élever au-delà de la figure politique qui l’a bâti. Pendant des années, Michèle Ndoki a soutenu, de diverses manières, que c’était nécessaire. Le MRC est peut-être en train de découvrir qu’elle avait raison.
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Nofia : fin de l’administration provisoire, capital porté à 8,2 milliards de FCFA avec CBT comme actionnaire majoritaire

(Investir au Cameroun) – La Nouvelle Financière Africaine (Nofia SA) a annoncé, le 11 septembre 2026 à Douala, la fin de son administration provisoire décidée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). L’établissement de microfinance affirme avoir porté son capital social de 1,2 à 8,2 milliards de FCFA, soit une augmentation de 7 milliards de FCFA ou 583,3 %. Le capital a ainsi été multiplié par 6,8.
Au 30 juin 2026, Nofia déclarait avoir entièrement appliqué 43 des 56 recommandations formulées par le régulateur, soit 77 %. Treize restaient à achever.
La Cobac avait placé l’établissement sous administration provisoire le 25 juin 2025 pour une durée initiale de six mois, par décision D-2025/134. Bogni Ngueya avait été chargé d’assurer la continuité des activités et de rétablir les conditions normales d’exploitation. Le communiqué publié par Nofia ne précise toutefois ni la référence de la décision mettant fin à la mesure ni celles de ses éventuelles prorogations.
CBT devient majoritaire, sans répartition du capital publiée
L’augmentation de capital avait déjà été rendue publique à la fin de 2025. Selon une communication de Nofia du 26 décembre 2025, l’opération avait été approuvée par la Cobac le 12 décembre 2025, par décision D-2025/365. Elle a permis à Cameroon Business and Trade (CBT) SA de devenir l’actionnaire majoritaire.
Les documents consultés ne précisent ni la participation exacte de CBT, ni le montant qu’elle a souscrit, ni l’identité de ses propres actionnaires. Lors de la présentation organisée le 11 septembre 2026, cette société était représentée par Félix Tsafack, dont la fonction n’a pas été indiquée.
« Cette recapitalisation renforce les fonds propres, la capacité d’absorption des risques et le respect des exigences prudentielles », a déclaré Bogni Ngueya, administrateur provisoire sortant, désormais directeur général.
Nofia fait parallèlement état d’une baisse de son portefeuille à risque à 30 jours — la part des crédits présentant plus de 30 jours de retard — de 32,39 % à moins de 4 %. L’établissement affirme avoir recouvré 280,04 millions de FCFA de créances au 30 juin 2026.
Entre août 2025 et juin 2026, le nombre de comptes clients est passé de 67 977 à 74 824, soit 6 847 comptes supplémentaires ou une hausse de 10,1 %. Les dépôts ont progressé de 504,16 millions de FCFA. Ces données ne sont accompagnées ni d’états financiers audités, ni de l’encours total des crédits et des dépôts, ni des ratios prudentiels nécessaires pour apprécier l’ensemble de la situation financière.
Soixante-deux activités du plan restent à achever
La fin de l’administration provisoire ne clôt pas le processus de restructuration. Au 30 juin 2026, 27 des 89 activités du Plan de restructuration 2026-2030 étaient entièrement réalisées, soit 30,34 %. Les 62 autres n’étaient pas totalement achevées.
Nofia indique également avoir produit ou révisé 136 procédures et documents ainsi qu’une dizaine de textes de gouvernance. Une partie du conseil d’administration a été renouvelée, des comités spécialisés ont été créés et la direction générale comprend désormais un directeur général et deux adjoints. Les dispositifs de connaissance de la clientèle, de sécurité financière, de gestion des risques et de reporting réglementaire ont aussi été revus.
Clément Kemayou, présenté comme un proche d’Emmanuel Neossi, prend la présidence du conseil d’administration. Nofia ne précise pas s’il représente CBT, un autre actionnaire ou s’il siège comme administrateur indépendant.
La nouvelle gouvernance prévoit une réorganisation des ressources humaines et une révision du système de rémunération. Elle vise une place parmi les cinq premiers établissements de microfinance du Cameroun dans un délai de deux à trois ans, sans préciser le critère de classement retenu. Nofia projette ensuite de devenir une banque dans quatre à cinq ans. Cette transformation resterait soumise aux autorisations réglementaires et aux exigences de capital applicables aux établissements bancaires.
Créée en 2009, Nofia compte actuellement 13 agences et trois guichets. Elle prévoit de dépasser vingt points de présence dans les prochains mois, sans communiquer leurs implantations, leur calendrier d’ouverture ni le coût de cette extension.
Frédéric Nonos
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Avion présidentiel : une affaire de 660 000 dollars se joue au Qatar

(Investir au Cameroun) – En 2018, la République du Cameroun aurait versé 660 000 dollars pour achever la réparation d’un hélicoptère destiné au chef de l’État. En janvier 2025, sept ans après le paiement allégué, elle en aurait demandé la restitution dans la liquidation d’une société qatarie sanctionnée pour des manquements financiers. La justice a toutefois exigé une habilitation plus claire de l’avocat genevois Jean Orso qui dit représenter les intérêts de Yaoundé avant d’accepter la demande.
La demande adressée pour le compte du Cameroun à la Cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre est datée du 21 janvier 2025. Elle concerne des fonds revendiqués dans la liquidation de Horizon Crescent Wealth LLC, plus connue sous le sigle HCW.
Selon ce document, un contrat avait été conclu avec une filiale de HCW pour réparer un hélicoptère destiné au président de la République. En janvier 2018, un paiement de 660 000 dollars -à peu près 355 millions de FCFA – aurait été effectué pour solder le montant restant et permettre l’achèvement des prestations. L’argent aurait cependant été transféré à HCW elle-même, et non à la filiale cocontractante, avant d’être immobilisé lors du gel des comptes de la société.
La décision du 24 février 2025 rapporte ces affirmations sans se prononcer sur leur bien-fondé. Elle n’établit ni les conditions du contrat, ni la réalisation des réparations, ni la présence effective des 660 000 dollars dans les avoirs récupérés au cours de la liquidation.
Le circuit du paiement reste lui aussi inexpliqué. Le jugement ne nomme pas la filiale concernée et ne précise pas pourquoi une somme qui lui aurait été due a été versée à sa maison mère. Il ne donne ni le compte bénéficiaire, ni le modèle ou l’immatriculation de l’hélicoptère, ni le prix total du marché. L’autorité camerounaise ayant engagé la dépense et le sort final des travaux ne sont pas davantage indiqués.
Une revendication de propriété, pas une simple créance
Pour obtenir restitution, la demande ne présente pas le Cameroun comme un créancier ordinaire réclamant le paiement d’une dette. En en revendique le droit de propriété du pays sur les fonds, dans une démarche que la Cour a rapprochée d’une demande fondée sur un trust.
Cette distinction change le traitement des sommes réclamées. Lorsqu’un actif est reconnu comme détenu pour le compte d’un tiers, il n’appartient pas en propre à la société liquidée et ne peut, en principe, servir à payer ses dettes. Encore faut-il que le demandeur établisse son droit et le lien entre les fonds revendiqués et les actifs disponibles. La preuve devient plus difficile lorsque l’argent a été mélangé à d’autres avoirs, comme l’expose l’arrêt du 12 février 2026 sur les revendications de bénéficiaires de trusts.
La Cour n’a pas abordé ces questions pour le Cameroun. Elle s’est arrêtée à une étape préalable : vérifier que l’avocat présentant la demande avait le pouvoir d’engager l’État.
La procuration qui a bloqué la demande camerounaise
Dans cette affaire, l’avocat suisse Jean Orso, du cabinet Orso Avocats à Genève, est présenté comme le conseil du Cameroun. La procuration produite devant la Cour était datée du 17 janvier 2025, quatre jours avant la demande de restitution. Elle avait été signée par un autre avocat genevois, lui-même détenteur d’un mandat datant de septembre 2018 pour représenter le Cameroun dans un contentieux contre une filiale de Horizon Crescent Wealth (HCW). Les documents disponibles ne permettent toutefois pas de déterminer quelle autorité camerounaise avait délivré ce mandat initial ni s’il permettait une telle délégation.
Pour les juges, cette chaîne de procurations ne suffisait pas à établir le pouvoir de Jean Orso. Dans sa décision du 24 février 2025, la Cour a exigé une « proper authorisation », soit une habilitation appropriée. La portée de cette décision reste strictement procédurale : elle n’a ni attribué les fonds à HCW ni rejeté au fond la revendication du Cameroun.
Jean Orso avait auparavant défendu HCW
La situation est d’autant plus singulière que Jean Orso avait auparavant représenté HCW et ses dirigeants dans la même procédure de liquidation.
En décembre 2023, Orso Avocats avait informé la Cour qu’il reprenait la défense de HCW. Jean Orso l’a ensuite représentée devant la division d’appel, qui a refusé dans une décision rendue le 15 avril 2024 de l’autoriser à contester sa liquidation. En juillet de la même année, il apparaît encore dans une décision comme conseil des dirigeants de HCW lors d’une tentative de remplacement du liquidateur. Le 17 janvier 2025, une procuration était établie pour lui permettre de défendre cette fois la revendication du Cameroun sur une partie des fonds détenus dans la liquidation.
Ce passage d’un camp à l’autre soulève la question d’un éventuel conflit d’intérêts. Le droit suisse impose aux avocats d’éviter les conflits entre les intérêts de leurs clients. Mais la jurisprudence exige un risque concret, apprécié notamment au regard du lien entre les mandats et de l’éventuelle utilisation d’informations confidentielles obtenues précédemment. Les décisions qataries ne fournissent pas suffisamment d’éléments pour conclure que ces conditions sont réunies dans le cas de Jean Orso.
HCW, un administrateur de trusts sanctionné
Créée au Qatar Financial Centre en février 2015, HCW était autorisée à administrer des trusts, mais pas à exercer des activités financières réglementées comme la gestion d’actifs. Entre mai et août 2017, environ 12,5 millions d’euros, soit 8,2 milliards de FCFA, ont été versés sur des comptes ouverts à son nom auprès de Qatar National Bank. Ces comptes ont été gelés en février 2018 après l’ouverture d’une enquête réglementaire sur fond de soupçons de blanchiment.
Jean Orso affirme qu’un paiement de 660 000 dollars, effectué par Yaoundé peu avant le gel, faisait partie des sommes immobilisées. Mais les décisions publiques ne fournissent aucun relevé bancaire ni traçage permettant d’isoler ce montant parmi les avoirs bloqués.
L’enquête de la Qatar Financial Centre Regulatory Authority (QFCRA) a ensuite mis en évidence de graves insuffisances dans les dispositifs antiblanchiment de HCW. En 2019, le régulateur lui a infligé 30 millions de riyals qataris de sanctions, notamment pour des manquements aux règles antiblanchiment, l’exercice apparent d’activités de gestion d’actifs sans autorisation et la transmission d’informations fausses ou trompeuses. Une autre autorité, la Qatar Financial Centre Authority (QFCA), lui a infligé une pénalité distincte de 280 000 dollars.
Ces sanctions éclairent le contexte du gel et de la liquidation, mais elles ne démontrent pas que les 660 000 dollars revendiqués par le Cameroun étaient liés à une opération illicite.
HCW a finalement été placée en liquidation en décembre 2023. La Cour a retenu son insolvabilité et la nécessité d’identifier les véritables propriétaires des fonds encore disponibles. En février 2024, quatre créances déclarées totalisaient 51,88 millions de riyals, dont plus de 48 millions réclamés par les autorités qataries.
Le Cameroun doit encore faire reconnaître son droit
La liquidation a depuis permis à d’autres demandeurs d’obtenir la reconnaissance de droits sur certains fonds placés en trust. En février 2026, la division d’appel a autorisé la liquidatrice à payer trois bénéficiaires, sans que cette autorisation ne constitue la preuve que les paiements ont effectivement été réalisés.
À cette date, la liquidatrice détenait environ 38,06 millions de riyals et estimait l’actif net disponible à 34,67 millions. Après prise en compte des trois revendications reconnues, environ 30,28 millions restaient face à près de 49 millions de créances prioritaires. La Cour estimait donc qu’aucune somme ne serait disponible pour les autres créanciers sans nouveaux recouvrements.
Pour le Cameroun, l’enjeu est donc de faire reconnaître non pas une simple créance, mais un droit de propriété sur les 660 000 dollars revendiqués, ce qui pourrait lui permettre d’échapper à l’ordre ordinaire de priorité des créanciers.
À ce jour, les décisions publiques consultées ne permettent toutefois pas de savoir si une nouvelle habilitation a été produite, si la revendication camerounaise a finalement été examinée au fond ou si les fonds ont été restitués.
Baudouin Enama et Amina Malloum
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