Actualités locales
Hommage à Seidou Mbombo Njoya, président de la Fecafoot (2018-2021)
Mathias Nana rend un vibrant hommage à l’ancien président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), qui a contribué à l’évolution du football féminin dans notre pays.
Lire ici son texte :
Les Lionnes Indomptables du Cameroun viennent d’écrire l’histoire. Elles ont enfin remporté cette Coupe d’Afrique des Nations — la toute première de notre histoire — après une dizaine de participations acharnées et quatre finales au goût d’inachevé.
Pendant que nous célébrons cette bravoure, qui vient redonner une précieuse lueur d’espoir après plusieurs années depuis le sacre des Lions Indomptables en Coupe d’Afrique des Nations 2017, je choisis aujourd’hui de m’arrêter un instant pour rendre un hommage appuyé à un homme, un bâtisseur de l’ombre, qui est en soi le véritable artisan de cette belle victoire.
Un triomphe au parcours si caractéristique de nos Lions Indomptables : rugir de la plus belle des manières, là où on les attend le moins. Après tout, rien ne nous commande.
Le rendez-vous des visionnaires
Remontons le temps. Février 2020. Je venais tout juste de poser mes valises chez Guinness Cameroun. L’une des toutes premières réunions auxquelles je fus convié marquait une rencontre décisive avec la Fédération Camerounaise de Football. Autour de la table : les officiels de Guinness Cameroun et, du côté de la FECAFOOT, le Président Seidou Mbombo Njoya, accompagné du vice-président en charge du marketing, l’honorable Joshua Osih.
Dans la pratique du sponsoring, au Cameroun comme sous d’autres cieux, la tradition veut que les porteurs de projets approchent les entreprises avec une demande d’accompagnement froide, le plus souvent catégorisée en « packages » classiques. Mais le Président Seidou avait une approche radicalement différente. Il avait l’approche d’un visionnaire.
Au lieu de nous vendre des encarts publicitaires, il nous a fait rêver. Il a dressé un état des lieux lucide et passionné du football féminin en Afrique, avant de le ramener au contexte camerounais pour en faire jaillir le véritable potentiel, jusqu’alors inexploité. Il avait clôturé son plaidoyer par ces mots qui résonnent encore aujourd’hui :
« Nous cherchons un partenaire avec qui nous gagnerons la Coupe d’Afrique des Nations d’ici 5 ans, et la Coupe du Monde à l’horizon 2030. Guinness peut rendre cela possible. »
Quelle audace ! Quel visionnaire !
De l’utopie à la réalité : La naissance d’une ligue
C’est ainsi que le 13 novembre 2020, ce qui ne semblait encore être qu’une rumeur utopique fut officialisé. Dans l’effervescence de la salle VIP du Stade de la Réunification de Douala, devant les autorités de la ville, la presse et les acteurs passionnés du football féminin, le partenariat fut scellé. De 2020 à 2026, cela fait exactement cinq saisons que la #GuinnessSuperLeague existe, transformant à jamais le paysage de notre sport.
Le Président Seidou savait pertinemment qu’il ne présiderait pas aux destinées de la FECAFOOT jusqu’en en 2030, mais cette lucidité ne l’a jamais empêché de rêver grand pour son pays. Un rêve qui a commencé à prendre corps grâce à un contrat à long terme, conçu pour faire du championnat local le principal réservoir de nos équipes nationales féminines.
Aujourd’hui, cette ligue s’est imposée comme le principal pourvoyeur de toutes les expéditions des Lionnes Indomptables du Cameroun, qu’il s’agisse des sélections U17, U20 ou de l’équipe fanion. Huit joueuses titulaires sur onze sont de purs produits de la #GuinnessSuperLeague. Ce sont des athlètes qui jouent régulièrement, au sein d’un championnat compétitif qui n’a jamais connu de trêve, contrairement à ce qui s’observe trop souvent sous nos latitudes.
Le courage de la constance
Dans un contexte comme celui du Cameroun, extrêmement rares sont les entreprises capables de signer un contrat de sponsoring de plus d’un an. On se souvient encore des couacs qu’a connus une entreprise de télécommunications quant au renouvellement de son engagement pour un championnat frère. En sécurisant la #GuinnessSuperLeague sur cinq ans — après une première saison d’essai dont les résultats exceptionnels avaient balayé toutes les attentes du sponsor —, le Président Seidou a misé sur la stabilité et la constance. Ces deux piliers s’inscrivaient au cœur même de sa vision : gagner la Coupe d’Afrique, puis conquérir le monde. Une promesse qu’il n’a d’ailleurs eu de cesse de répéter devant la presse.
Aujourd’hui, cette victoire éclatante de nos Lionnes est le rappel sublime de cet adage intemporel : *qui veut aller loin ménage sa monture*. En misant sur la professionnalisation du football local, le Président Seidou pariait sur le long terme, refusant la poudre aux yeux pour bâtir sur le roc.
Aujourd’hui, les fruits ont tenu la promesse des fleurs.
Chapeau bas, Président.
Bravo à nos Lionnes.
Et bravo à la marque Guinness pour avoir cru en ce rêve.
Mathias Nana, Project Manager, Guinness Super League 2020-2022
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Chat noir, gardien de but décisif
Le journaliste de la Crtv Télesphore Mba Bizo, vante les qualités de la gardienne de but Michaely Bihina, qui a fait une prestation remarquable à la Coupe d’Afrique des nations féminine 2026 au Maroc.
Lire ici sa chronique :
« Chat noir » est l’entrée à la une du Petit dictionnaire sonore de ce jour. Elle rend hommage aux Lionnes indomptables, sacrées championnes d’Afrique dimanche dernier au Cameroun à l’issue de la Coupe d’Afrique des nations féminine. Une joueuse s’est particulièrement distinguée : Michaely Bihina. La gardienne de but a livré une prestation d’exception.
Une obsession pour le dernier geste qui sauve
Le chat noir exprime la malchance. Il représente à la fois la poisse contre les souris, sur le plan de l’efficacité en termes de dératisation, et à l’égard des hommes dans les imaginaires. Au sujet du football, le chat noir désigne la malchance contre les buteurs. Pour des besoins de pudeur, le terme chat ne sera pas exploité au féminin dans le présent édito. Michaely Bihina répond à cette définition de chat noir.
C’est le joueur des situations impossibles lors du un contre un. Il produit les miracles même quand toute l’équipe est battue. Le chat noir est donc le dernier rempart. Les frappes les plus sèches, il les happe en des prises uniques, fermes et sûres. Le chat noir fait corps avec le ballon même dans les contacts les plus vifs. La balle finit sa course, sèche et docile, entre ses bras. Le chat noir rassure. Il a le jeu aisé, agile et sans panique.
Une rare unanimité autour de ses gangs et de ses prises
Michaely Bihina fait l’unanimité dans son rôle de chat noir. C’est le surnom de Thomas Nkono. Il se détend comme un félin, s’étire les bras au bout de ses griffes, se couche dans l’angle où le ballon cherche refuge. Thommy vole des buts aux attaquants. Ses plongeons deviennent des gestes d’école. C’est le double Ballon d’or africain en 1979 et 1982.
Le Cameroun est une tradition des chats noirs. Alioum Boukar ose remporter une Coupe d’Afrique des nations au Mali sans encaisser le moindre but. Il s’agit d’un mur humain dans les cages. Idriss Carlos Kameni apporte puissance et explosivité. Fabrice Ondoa prolonge cette école de l’agilité. Le portier ferme les espaces et garde son calme lorsque la menace se rapproche.
La fausse excuse des défenses faibles
Les gardiens dit chats noirs n’ont pas besoin d’avancer l’argument d’une défense faible au moment de prendre un but malheureux. Le monde ne met pas en avant la raison du jeu de pied pour justifier leur titularisation. Le foot moderne dénature le poste de gardien de but. Il en fait désormais presqu’un libéro ou un stoppeur qui chausse les gangs.
L’appareil naturel destiné à enrayer les buts chez un portier, ce sont d’abord les mains. Certes, le football moderne exige d’avoir une sorte de talent, balle au pied. Mais il vient davantage compléter l’aptitude des mains à conserver les filets vierges dans la lecture traditionnelle. La même vision de jeu, celle dite moderne, impose des relances élaborées.
Le gardien organise le jeu offensif à partir de la ligne de but. Le portier doit remplir la condition de la taille, soit une moyenne de deux mètres. Une partie du Cameroun boude cette nouvelle orientation occidentale chez les gardiens de but. Des Camerounais, plutôt conservateurs, continuent de définir le gardien de but comme le méchant contre les balles adverses. C’est le dernier défenseur.
Gardien de but : les mains d’abord
L’histoire des victoires majeures des Lions indomptables est aussi celle des chats noirs. La copie propre de 82 est celle de Thommy. Les deux premières CAN, 84 et 88, sont celles d’un Joseph Antoine Bell spectaculaire. Certes, il est moins chat noir.
Mais c’est davantage un félin à la fois agile et agité, vu de sa cage. Les CAN 2000 et 2002 sont celles d’un Alioum Boukar au sommet de sa gloire et la copie conforme d’un chat noir. Sydney 2000 est l’épopée d’un Kameni conquérant. Gabon 2017 est l’avant-dernière démonstration de force de cette tradition des chats noirs. Les Camerounais sont unanimes sur le talent de Michaely Bihina.
Le portier est le plus souvent le dossard numéro 1. Il raconte à lui seul sa place singulière l’équipe. Michaely Bihina est donc première sur la feuille de match et même dans le jeu. Elle veille sur les 10 joueurs de champ et commande sa défense. Le 1 porte donc la première responsabilité : empêcher le ballon de devenir un but. Le gardien est celui qui donne sens à ce chiffre de chat noir.
Le portier est donc chat noir seulement quand il est décisif, non pas lors d’un match calendrier, mais pendant une compétition âpre. L’arrière-Cameroun dit que Michaely Bihina est un épervier qui happe les ballons comme des poussins dans la basse-cour. Elle domine la notion de chat noir. C’est un chat-tigre.
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pourquoi Mouelle Kombi a refusé la demande de Samuel Eto’o

Samuel Eto’o voulait offrir au ministre Narcisse Mouelle Kombi les honneurs d’accueillir en premier les Lionnes Indomptables et leur trophée continental. Le patron de la tutelle a préféré s’effacer, rappelant que ce privilège revient, avant tout autre, au chef de l’État.
Cela aurait pu être un piège. Mais il aura suffi d’une correspondance, sèche et protocolaire, pour recadrer les ambitions du président de la Fédération camerounaise de football. Deux jours après avoir accueilli en personne les héroïnes de la CAN féminine au siège flambant neuf de la Fecafoot, Samuel Eto’o a vu encore plus haut. Il avait sollicité une audience auprès de Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports.
Officiellement, c’était l’occasion de lui présenter le trophée. Les Lionnes l’ont conquis le 16 août à Rabat face au Malawi (3-0). Une démarche logique sur le papier, mais qui peut s’avérer détonante au vu de la période de fin de règne. On sait que la tutelle ministérielle constitue l’échelon institutionnel naturel entre la fédération et la Présidence de la République. Sauf que le ministre n’a pas vu les choses de cette façon.
Un refus habillé de beaux mots
Narcisse Mouelle Kombi a répondu à la demande de Samuel Eto’o dans une lettre au ton administratif. Dans cette correspondance, chaque formule pèse son poids de préséance. Il a opposé un refus poli mais sans ambiguïté à la demande du président de la Fecafoot. Le message tient en une idée simple, déclinée dans le langage feutré de la haute administration camerounaise. Ce n’est pas à lui, ministre, de recevoir en premier les Lionnes et leur trophée. Ce droit revient au président de la République lui-même. C’est à lui que reviendraient « la prérogative » et « le privilège solennel » d’honorer les Lionnes indomptables. Bien sûr, au nom de la Nation tout entière.
Le ministre rappelle qu’il a lui-même fait partie de la délégation conduite par le Premier ministre à Rabat. C’était en plus sur instruction du chef de l’État, jusqu’à escorter les joueuses et leur trophée jusqu’à Yaoundé. Il n’a nul besoin d’une cérémonie supplémentaire pour justifier quoi que ce soit. Et il a aussi tenu à rappeler, de manière clair, que a suite du calendrier protocolaire ne se décidera pas à l’initiative de la fédération.
Pour Mouelle Kombi, Samuel Eto’o devrait attendre les « Hautes Directives de la Très Haute Hiérarchie ». Il sait lui-même que Samuel Eto’o ne voulait faire que ce qui a toujours été fait. Au vu de la période presque turbulente dans laquelle vit le Landerneau politique, il faut se tenir loin de ce qui peut prêter à confusion.
Un sacre pour la Présidence de la République
Ce n’est pas un hasard de calendrier. Le retour du président de la République de ce jeudi 20 août. Cela doit ouvrir la voie à une cérémonie de présentation du trophée au couple présidentiel, dans le décorum du Palais de l’Unité. Mouelle Kombi a ainsi fermement rappelé cette hiérarchie protocolaire à Samuel Eto’o. Le ministère des Sports s’assure qu’aucune étape intermédiaire ne vienne diluer la portée symbolique de ce moment pour l’exécutif. Cette conquête des Lionnes, la première, est devenue en quelques jours un événement de portée nationale. Et bien évidemment, cela a été largement récupéré par la classe politique.
Pour Samuel Eto’o, l’épisode a une saveur particulière. L’ancien capitaine des Lions Indomptables a trouvé un paravent à la plupart de ses critiques. Il va consommer son bonheur jusqu’à la lie. Ses années de leadership depuis sa prise de pouvoir en Lions Indomptables, arrivé à la tête de la Fecafoot fin 2021 sans avoir décroché le moindre titre continental depuis, tenait dans cette CAN féminine une victoire dont il n’a pas boudé les honneurs : appels vidéo aux joueuses pendant la compétition, réception solennelle à leur retour, hommage public appuyé. Ce sacre est la démonstration que sa gouvernance du football camerounais porte enfin ses fruits.
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La libération de Jean-Pierre Amougou Belinga et une justice qui ne renonce pas au visage de l’homme
Vincent Sosthène FOUDA milite pour une liberté provisoire de l’un des accusés dans l’affaire Martinez Zogo.
Lire ici sa sortie :
Alors que Jean-Pierre Amougou Belinga passe devant un juge civil ce jour, je me permets de montrer son visage privé presque intime. Parce que je sais qu’il existe une manière particulièrement dangereuse de juger un homme : ne regarder que son visage public. On regarde le patron. On regarde le milliardaire. On regarde le propriétaire de médias. On regarde le « Zomloa des Zomloa ». On regarde l’homme puissant. On regarde celui dont le nom circule dans les couloirs du pouvoir. Et puis, un jour, parce qu’un crime atroce survient, on regarde cet homme à travers le crime. Alors le visage disparaît. Il ne reste plus qu’un personnage.
Jean-Pierre Amougou Belinga devient Amougou Belinga l’accusé.
Et l’accusé devient, dans une partie de l’imaginaire collectif, presque déjà le coupable. C’est précisément contre cette disparition du visage que je voudrais écrire. Non pas pour dire qu’il est innocent. Non pas pour dire qu’il est coupable. Mais pour poser une question beaucoup plus profonde, presque lévinassienne :
Qu’arrive-t-il à une société lorsqu’elle cesse de voir le visage de celui qu’elle juge ?
Emmanuel Levinas nous rappelle que le visage de l’autre résiste à toutes nos tentatives de le réduire à une catégorie. Le visage n’est pas seulement ce que l’on voit : il est ce qui nous oblige moralement. Et dans cette affaire, il faudrait peut-être commencer par cela :
Regarder l’homme.
Nous ne connaissons que le personnage
Depuis plus de trois ans, Jean-Pierre Amougou Belinga est détenu dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Aujourd’hui, ses avocats sollicitent à nouveau sa mise en liberté provisoire.
La question est grave.
Elle n’est pas celle de savoir si l’on aime ou si l’on déteste Amougou Belinga. Elle n’est même pas celle de savoir si son parcours personnel nous est sympathique. La question est beaucoup plus simple :
La détention est-elle encore juridiquement nécessaire au déroulement du procès ?
La liberté provisoire ne signifie pas l’acquittement. Elle ne signifie pas l’abandon des poursuites. Elle ne signifie pas que les accusations doivent être oubliées. Elle signifie simplement qu’un homme peut être jugé sans que sa détention préventive soit transformée, dans l’esprit du public, en commencement de condamnation. C’est là que la République doit retrouver son sang-froid.
Nous avons beaucoup parlé de Jean-Pierre Amougou Belinga comme patron. Beaucoup moins comme époux. Et pourtant, c’est peut-être dans cet espace privé, loin des plateaux de télévision, des titres de journaux et des cérémonies officielles, que se trouve une partie de l’homme que nous avons oublié. La presse publique et diverses sources présentent Jean-Pierre Amougou Belinga comme ayant eu trois épouses.
Il y a Élisabeth Mbilingui, la première, celle qui appartient au commencement. Il y a Sarah Limunga Itambi, magistrate et Avocate générale à la Cour suprême.
Et il y a Mélissa Étoundi Nsoé, ancienne journaliste et présentatrice de télévision, la plus exposée médiatiquement des trois. Trois femmes. Trois univers. Trois regards. Et peut-être trois portes d’entrée vers le même homme.
Il y a d’abord Élisabeth. Elle est beaucoup moins présente dans l’espace médiatique. Et cette discrétion m’intéresse. Parce que l’histoire publique d’un homme commence rarement avec les caméras. Elle commence dans la poussière. Dans les difficultés. Dans les années où personne ne vous connaît. Dans les moments où vous n’avez encore ni pouvoir, ni fortune, ni titre à faire valoir. Le récit qui accompagne cette première épouse est celui d’une femme qui aurait connu Jean-Pierre Amougou Belinga avant sa réussite, avant l’empire médiatique, avant le Zomloa, avant les voitures et les palais du pouvoir. Elle aurait connu l’homme lorsqu’il marchait encore pieds nus. Je ne veux pas transformer ce récit familial en vérité judiciaire.
Ce n’est pas mon propos. Mais sa portée sociologique est immense.
Elle n’a pas rencontré le milliardaire.
Elle a rencontré l’homme avant le personnage. Elle a connu celui qui n’avait encore rien à montrer. Et dans le récit familial qui lui est associé, elle occuperait également une place discrète dans la préservation des équilibres familiaux et traditionnels du clan. Voilà une dimension que les médias montrent rarement :
Les hommes que la société croit connaître sont souvent portés par des femmes que la société ne regarde jamais.
L’histoire officielle retient les titres. La mémoire familiale retient les commencements. Et parfois, celle qui était là lorsque l’homme n’avait rien demeure celle qui connaît le mieux la part de lui que la réussite n’a pas transformée.
Puis il y a Sarah Limunga Itambi. Ici, nous entrons dans un autre monde. Sarah n’est pas seulement présentée comme épouse. Elle appartient à l’univers judiciaire. La Cour suprême du Cameroun la présente comme magistrat hors hiérarchie et Avocate générale auprès de cette haute juridiction. Cette réalité devrait nous faire réfléchir. Voici un homme poursuivi dans une affaire criminelle dont la vie conjugale croise l’univers même de la justice. Je ne tire de cette situation aucune conclusion judiciaire. Mais je refuse de faire comme si cette dimension humaine n’existait pas. Derrière l’accusé, il y a un époux.
Derrière le justiciable, il y a un homme dont la vie privée est traversée par les institutions auxquelles il est aujourd’hui confronté. Et cela nous rappelle une vérité fondamentale :
Un accusé n’est jamais seulement un accusé.
Il est toujours aussi le père de quelqu’un, l’époux de quelqu’un, le fils de quelqu’un, l’ami de quelqu’un. La justice ne doit pas abolir ces dimensions. Elle doit seulement empêcher qu’elles viennent troubler l’établissement de la vérité.
Et puis il y a Mélissa Étoundi Nsoé. La plus visible.
L’ancienne journaliste et présentatrice de Vision 4 devenue épouse de Jean-Pierre Amougou Belinga. Avec elle, nous retrouvons l’homme public. Celui que les caméras regardent. Celui dont les images circulent. Celui dont la vie privée devient parfois elle-même un spectacle. Et c’est ici que le paradoxe apparaît :
Plus un homme est visible, moins nous sommes parfois capables de le voir.
Nous croyons connaître celui que nous voyons partout. Mais nous ne connaissons que son exposition. Nous connaissons son image. Ses déclarations. Ses colères. Ses succès. Ses entreprises. Ses controverses. Mais nous ne connaissons pas nécessairement son visage.
Élisabeth nous renvoie à l’homme d’avant la puissance. Sarah nous renvoie à l’homme confronté à l’institution. Mélissa nous renvoie à l’homme exposé au regard médiatique. Et moi, je voudrais réunir ces trois regards pour poser une question simple :
Quel homme avons-nous réellement décidé de juger ?
Parce qu’il y a une tentation terrible dans les sociétés contemporaines : transformer les personnes en personnages. Le personnage est beaucoup plus facile à juger que la personne. Le personnage est riche. Le personnage est puissant. Le personnage est arrogant. Le personnage est controversé. Le personnage possède des médias. Le personnage connaît des ministres. Le personnage fait peur.
Mais la personne ? La personne doute. La personne souffre. La personne aime. La personne vieillit. La personne prie. La personne est aimée. La personne peut être abandonnée. La personne peut être injustement accusée. La personne peut aussi être coupable. Et c’est précisément pour cette raison qu’elle doit être jugée comme une personne et non comme un personnage.
Il y a un autre Jean-Pierre Amougou Belinga dont on parle beaucoup moins. Celui que les caméras ne savent pas raconter. Il faut revenir à 2020. Le monde entier avait peur. Les frontières se fermaient. Les hôpitaux étaient sous tension. Les familles tremblaient. Les gouvernements tâtonnaient. La science avançait dans l’incertitude.
Au Cameroun, Mgr Samuel Kleda, alors archevêque de Douala, travaillait à partir de plantes médicinales sur une préparation destinée aux personnes présentant des symptômes de la Covid-19. C’est dans ce contexte qu’Amougou Belinga a apporté un soutien financier de 50 millions de francs CFA à l’initiative de Mgr Kleda. Des sources contemporaines rapportent que ce don devait contribuer à augmenter la production et à permettre la distribution gratuite de la préparation.
Il faut être rigoureux : cela ne prouve évidemment ni son innocence dans l’affaire Martinez Zogo, ni l’efficacité médicale de la préparation. Mais cela révèle quelque chose de l’homme. Et il existe, autour de ce geste, un récit plus intime : celui d’un homme qui, dans cette période de peur, aurait pensé à sa mère. Je le rapporte comme un récit de mémoire, non comme une preuve judiciaire. Parce que la mémoire d’une mère appartient à une autre vérité que celle des tribunaux. Il y a des moments où la réussite sociale cesse de parler. L’argent cesse de parler. Le pouvoir cesse de parler. Il ne reste que la mémoire.
La mémoire de celle qui vous a porté lorsque vous n’étiez encore personne.
La mère qui vous a vu avant le costume. Avant la voiture. Avant le bureau. Avant les titres. Avant les caméras. Avant le pouvoir. Elle vous a connu lorsque vous étiez simplement son enfant. Et peut-être est-ce cela que nous oublions lorsque nous regardons aujourd’hui Jean-Pierre Amougou Belinga exclusivement comme le patron de L’Anecdote.
Il y a eu un garçon avant le patron. Il y a eu un fils avant le chef d’entreprise. Il y a eu un homme avant le personnage. Et parfois, dans les grandes crises, le souvenir de la mère réveille le fils que la réussite sociale avait recouvert.
La préparation de Mgr Kleda a fait l’objet de controverses scientifiques. Son efficacité contre la Covid-19 n’a pas été démontrée selon les standards scientifiques établis à l’époque. Il faut pouvoir le dire. Mais il faut également pouvoir dire autre chose :
On peut contester le remède sans nier le geste.
On peut demander des essais cliniques sans effacer la solidarité. On peut être rigoureux scientifiquement sans devenir aveugle humainement. Et l’acte documenté demeure : un homme d’affaires a mis une somme importante à disposition d’une initiative religieuse destinée à soutenir des malades et à distribuer gratuitement une préparation. Ce n’est pas une preuve d’innocence. Mais c’est un morceau de son histoire. Et un homme n’est jamais constitué d’un seul morceau de son histoire.
C’est ici que je voudrais utiliser la logique de la défense de rupture. Non pas pour imiter Jacques Vergès, mais pour retourner le miroir vers la société.
Vous accusez Amougou Belinga. Très bien. Mais êtes-vous certains de savoir ce que vous accusez ? Vous dites qu’il est puissant. La puissance est-elle une preuve ? Vous dites qu’il est riche. La richesse est-elle une preuve ?
Vous dites qu’il est arrogant. L’arrogance est-elle une preuve ? Vous dites qu’il avait des relations. Les relations sont-elles une preuve ? Vous dites qu’il possédait un empire médiatique. Un empire médiatique constitue-t-il une preuve d’assassinat ?
Non.
Alors revenons à la seule chose qui compte :
Les preuves.
Une déclaration de témoin peut être importante. Elle peut être troublante. Elle peut être accablante. Mais une déclaration n’est pas encore, à elle seule, la totalité de la vérité judiciaire. Elle doit être confrontée. Vérifiée. Mise en relation avec les autres éléments du dossier. Soumise au contradictoire.
C’est cela, le procès.
Une société peut fabriquer des monstres. Elle le fait parfois en additionnant les défauts réels d’un homme jusqu’à lui attribuer les crimes qu’elle imagine compatibles avec ces défauts. Il est riche : donc il est capable de tout. Il est puissant : donc il commande tout. Il est dur : donc il est violent. Il est controversé : donc il est coupable. Il possède des médias : donc il contrôle la vérité. Et finalement, le raisonnement devient circulaire :
Il est coupable parce qu’il ressemble au coupable que nous avons imaginé.
C’est précisément contre cela que la justice doit se dresser.
C’est ici que Levinas devient essentiel. Le visage de l’autre n’est pas son portrait. Le visage est ce qui résiste à notre volonté de réduire l’autre à une définition. Nous voulons dire :
« Il est homme d’affaires. » « Il est puissant. » « Il est arrogant. » « Il est milliardaire. » « Il est patron de presse. » « Il est accusé. » Et lorsque nous avons terminé cette liste, nous croyons avoir expliqué l’homme. Mais nous ne l’avons pas regardé. Nous avons seulement fabriqué une catégorie.
Le visage, lui, résiste.
Il nous rappelle que l’autre est toujours davantage que ce que nous avons décidé d’en faire.
Alors lorsque je regarde aujourd’hui le visage de Jean-Pierre Amougou Belinga, je ne vois pas le visage d’un assassin.
Mais je ne vois pas davantage celui d’un saint.
Je vois le visage d’un homme accusé d’un crime abominable.
Et précisément parce que l’accusation est abominable, je veux que la justice soit irréprochable.
Une société fraternelle ne demande pas : « Qui devons-nous aimer ? » Elle demande :
« Qui refusons-nous de déshumaniser ? » Je refuse de déshumaniser Jean-Pierre Amougou Belinga. Je refuse également de déshumaniser Martinez Zogo. Les deux vérités doivent tenir ensemble. Le mort a droit à la vérité. Le vivant a droit à la justice. La famille de Martinez Zogo a droit à la vérité. La famille d’Amougou Belinga a droit à voir son proche jugé selon le droit.
Et la République a droit à une justice qui ne confonde pas vengeance et vérité.
Voilà ma position. Je l’ai exprimé dès le premier jour où j’ai estimé que je devais m’exprimer sur cette affaire. Je souhaite que Jean-Pierre Amougou Belinga puisse être libéré dans les conditions que la juridiction compétente jugera nécessaires.
Non parce que je sais qu’il est innocent. Je ne le sais pas. Non parce que je prétends connaître toute la vérité. Je ne la connais pas. Mais parce qu’après plus de trois années de détention, la République doit pouvoir démontrer qu’elle possède autre chose que la prison pour garantir la justice. Qu’il sorte. Qu’il comparaisse. Qu’il soit confronté. Qu’il réponde. Qu’il soit entendu.
Qu’il soit jugé. Et si la preuve établit sa culpabilité, qu’il soit condamné conformément à la loi.
Mais si la preuve ne l’établit pas, alors il faudra avoir le courage de dire : nous nous étions trompés. Cette possibilité doit rester ouverte. Beaucoup aujourd’hui montrent que c’est la seule possibilité au regard de nombreux témoignages et autres révélations. Car une justice qui ne peut jamais reconnaître son erreur n’est pas une justice.
Je ne demande donc pas que l’on fasse de Jean-Pierre Amougou Belinga un saint. Je demande que l’on cesse d’en faire un démon avant que le juge n’ait parlé. Entre le saint que certains voudraient peut-être voir et le monstre que d’autres ont déjà fabriqué, il existe un territoire immense : celui de l’homme. C’est là que je veux regarder.
Dans ce visage du garçon que sa mère a connu.
Dans ce visage de l’homme qui, pendant la Covid 19, a choisi de soutenir l’initiative de Mgr Kleda.
Dans ce visage de l’époux connu d’Élisabeth avant la fortune.
Dans ce visage regardé par Sarah, magistrate et épouse.
Dans ce visage exposé avec Mélissa devant les caméras.
Dans ce visage aujourd’hui enfermé derrière les murs de la prison.
Et dans ce visage, je ne veux pas lire un verdict.
Je veux encore pouvoir lire une question :
Qui est cet homme ?
La justice seule devra répondre. Et tant qu’elle n’aura pas répondu, je refuse de répondre à sa place. Car une République véritable ne se reconnaît pas seulement à la manière dont elle traite ses victimes. Elle se reconnaît aussi à la manière dont elle traite ceux qu’elle accuse.
La justice n’est pas forte parce qu’elle enferme.
Elle est forte parce qu’elle ose juger sans haine.
Elle n’est pas grande parce qu’elle condamne.
Elle est grande lorsqu’elle établit la vérité.
Et si Jean-Pierre Amougou Belinga est coupable, qu’il réponde de sa culpabilité.
Mais s’il ne l’est pas, qu’un homme ne soit pas détruit simplement parce que la société avait besoin d’un visage sur lequel déposer sa colère.
Le visage d’un homme n’est jamais une preuve.
Et tant que le juge n’a pas parlé, le visage de l’accusé demeure celui d’un homme.
Vincent Sosthène FOUDA
Socio-politologue
Pour une République de droit et une justice qui ne renonce jamais au visage de l’homme.
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