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À l’aube de sa reconstruction, la Sonara croule sous 702 milliards FCFA de dettes

La Société nationale de raffinage (Sonara) aborde sa reconstruction avec un passif qui continue de s’alourdir. Au 31 décembre 2025, ses dettes à court terme atteignent 701,7 milliards de FCFA, contre 511,9 milliards un an plus tôt, selon les états financiers normalisés de l’entreprise. En douze mois, l’ardoise a augmenté de 189,9 milliards de FCFA, soit 37,1 %. Ce montant est presque équivalent au coût de référence annoncé pour reconstruire l’unique raffinerie du Cameroun, estimé à environ 700 milliards de FCFA. Autrement dit, les seules dettes à court terme de la Sonara pèsent pratiquement autant que le chantier destiné à remettre ses installations de raffinage en service.
Deux postes concentrent l’essentiel de ce passif. Les dettes fiscales et sociales atteignent 477,6 milliards de FCFA en 2025, contre 359,8 milliards en 2024, soit une hausse de 32,7 %. Elles représentent à elles seules 68,1 % des dettes à court terme. Les sommes dues aux fournisseurs d’exploitation ont, elles, bondi de 49 %, passant de 142,9 milliards à 212,9 milliards de FCFA. Réunis, ces deux postes totalisent 690,5 milliards de FCFA et concentrent 98,4 % des dettes à court terme de la société. Dans le même temps, la Sonara a ramené ses crédits de trésorerie de 55,2 milliards à 15 milliards de FCFA.
Mais le passif total du bilan continue de progresser, atteignant 855,8 milliards de FCFA à fin 2025, contre 802,1 milliards un an auparavant.
LA PERTE NETTE SE CREUSE DE 81,6 %
À cette pression financière s’ajoute une nouvelle aggravation du déficit annuel. La Sonara clôture 2025 sur une perte nette de 76,2 milliards de FCFA, contre 42 milliards en 2024. Le déficit s’est ainsi creusé de 81,6 % en un an. Cette dégradation intervient pourtant dans un contexte de forte reprise de l’activité. Le chiffre d’affaires a plus que doublé, passant de 138 milliards de FCFA en 2024 à 317,7 milliards en 2025, soit une progression de 130,2 %.
Depuis l’incendie de mai 2019 qui a mis ses unités de production à l’arrêt, la Sonara ne raffine plus de pétrole brut. Son activité repose notamment sur l’approvisionnement du marché camerounais en produits pétroliers importés.
Les ventes de marchandises ont ainsi généré 311,5 milliards de FCFA en 2025, contre 131,7 milliards un an plus tôt. Les achats de marchandises ont parallèlement atteint 339,3 milliards de FCFA, après 145,7 milliards en 2024. Malgré cette hausse, la marge commerciale s’est améliorée, passant de 4,3 milliards à 16,2 milliards de FCFA.
84 MILLIARDS DE SUBVENTIONS D’EXPLOITATION
Le redressement de l’exploitation reste toutefois soutenu par 84,1 milliards de FCFA de subventions, contre 80,8 milliards en 2024. Dans le même temps, les impôts et taxes comptabilisés parmi les charges d’exploitation ont chuté de 71,3 milliards à 11,3 milliards de FCFA.
Cette combinaison a permis à la Sonara de retrouver un excédent brut d’exploitation positif de 28,4 milliards de FCFA, après un déficit de 7,2 milliards en 2024. Le résultat d’exploitation est également revenu dans le vert, à 19 milliards de FCFA, contre une perte de 14 milliards un an plus tôt.
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Hausse des prix des produits alimentaires de 2,3% entre avril et mai 2026

Même si la tendance globale de l’économie nationale est à la baisse de l’inflation, l’Institut national de la Statistique (INS), qui a récemment publié sa note sur l’évolution des prix à la consommation finale des ménages au Cameroun pour le compte du mois de mai 2026, note qu’entre avril et mai, les prix à la consommation finale des ménages ont augmenté de 0,9%.
C’est la plus importante hausse enregistrée depuis le début de l’année, traduisant une résurgence temporaire des tensions inflationnistes. La progression des prix de 0,9% sur un mois s’est également traduite par une légère accélération du rythme de hausse des prix en glissement annuel, qui s’établit à 2,7%.
Néanmoins rassure l’INS, « Cette évolution ne remet cependant pas en cause, à ce stade, la tendance baissière de l’inflation en moyenne sur les 12 derniers mois qui s’établit à 2,6% et reste ainsi inférieure au seuil communautaire de convergence de 3% ». D’après les équipes de l’INS, cette hausse se caractérise par l’augmentation de 6,1% des prix des légumes, de 4,6% des prix des poissons et fruits de mer, ainsi que de 1,6% de ceux des viandes.
Actuellement, au marché du Mfoundi à Yaoundé, le carton de 20 kg de maquereau doré congelé ne cesse d’augmenter et coûte 50 000 FCFA, tandis que 20 kg de morue sont à 36 000 FCFA. A Youpwe, à Douala, huit crabes de petite taille sont vendus à 3000 FCFA. En ce qui concerne les légumes où la plus forte hausse est constatée, le prix du cageot de tomates varie entre 6500 et 8000 FCFA, contre 3000 à 3500 FCFA, il y a quelques semaines. Le filet de carottes oscille entre 16 000 FCFA et 18 000 FCFA, tandis que le prix du filet de choux est compris entre 12 000 et 16 000 FCFA.
Selon l’INS, en glissement annuel, l’inflation est passée de 3,3% en mai 2025 à 2,7% en mai 2026, après 2,1% en avril 2026. Cette évolution traduit, d’une part, une modération sensible des tensions inflationnistes par rapport à l’année précédente et, d’autre part, une légère remontée des prix par rapport au mois précédent. Et, cette remontée du glissement annuel mérite une attention particulière. « Si les hausses récentes des prix, notamment alimentaires, venaient toutefois à se prolonger, elles pourraient progressivement freiner la baisse de l’inflation en moyenne annuelle, voire entraîner son redressement à moyen terme. Malgré cette modération globale, les produits alimentaires demeurent le principal moteur de l’inflation », indique l’INS.
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Vaccination : sur 7,8 milliards FCFA inscrits au budget, seul 1,4 milliard a été versé en 2026

Un chiffre suffit à planter le décor. Sur les 7,8 milliards de FCFA censés financer la vaccination et les soins de santé primaire en 2026, 19 % seulement avaient été mobilisés. Moins de 1,4 milliard de FCFA, donc, pour une enveloppe qui devait tourner autour de huit milliards.
Le député Lawson Tabot, président du Réseau des parlementaires pour la promotion du système de santé et le soutien à la vaccination, a porté l’alerte lors d’une rencontre entre élus et acteurs du secteur le 29 juin 2026 à Yaoundé. « Sur le sujet de la vaccination et des soins de santé primaire, nous vivons une situation très difficile en ce moment », a-t-il lancé. Il a fixé un cap : « Nous devons nous assurer d’avoir une portion non négligeable de cette enveloppe avant octobre. »
UN BUDGET VOTÉ, UN BUDGET PAYÉ, DEUX RÉALITÉS
Ce que l’honorable Lawson Tabot décrit comme une situation difficile, son collègue Engelbert Essomba Bengono, vice-président du même réseau, le nomme plus techniquement. Pour lui, l’argent existe dans les documents budgétaires. Le problème surgit au moment de le faire sortir des caisses. « Ce qui fait problème à la date d’aujourd’hui ( 29 juin Ndlr), c’est l’écart qu’il y a entre les prévisions budgétaires et les réalisations », a-t-il expliqué.
Et de préciser l’ampleur du décalage : « Cet écart est de l’ordre de 80 % entre les autorisations d’engagement inscrites dans le budget et les crédits de paiement, c’est-à-dire la mobilisation de la trésorerie. » Cette distinction technique mérite un arrêt. Une autorisation d’engagement, c’est une promesse budgétaire, une ligne votée en loi de finances qui dit combien l’État accepte de dépenser sur un poste donné.
Le crédit de paiement, lui, correspond à l’argent qui sort effectivement du Trésor pour honorer cette promesse. Entre les deux, il y a le circuit administratif, les visas de contrôle, les ordres de virement, tout un enchaînement de signatures qui peut ralentir ou bloquer le décaissement même quand la ligne budgétaire est disponible.
Dans le cas de la vaccination, ce circuit a laissé passer moins d’un cinquième des fonds prévus en six mois d’exercice. Environ 1,4 milliard de FCFA a été transféré à l’Unicef, partenaire d’exécution du programme. Le reste demeure bloqué quelque part dans la chaîne de la dépense publique, sans que les acteurs du secteur en identifient précisément l’étape de blocage.
L’honorable Essomba Bengono avance même un paradoxe supplémentaire. Selon lui, une mise à disposition plus rapide des ressources permettrait de réaliser une économie budgétaire estimée à 1,3 milliard de FCFA. Le retard ne coûterait donc pas seulement en couverture vaccinale, il coûterait aussi en efficacité de la dépense.
CE QUE LA LENTEUR ADMINISTRATIVE COÛTE EN VIES CONCRÈTES
Le décalage entre engagement et paiement n’est pas qu’une affaire de comptables. Il se traduit sur le terrain, dans les centres de santé, par des impayés qui s’accumulent et des livraisons de vaccins qui prennent du retard. Essomba Bengono résume la facture. « Naturellement des conséquences extrêmement graves, qui sont l’accumulation des impayés, le retard dans la livraison des stocks de vaccins, et près de 430 000 enfants camerounais qui ne sont pas vaccinés parce que nous n’avons pas pu honorer nos engagements », a-t-il détaillé.
La campagne concernée a démarré en février. Chaque semaine de retard dans le décaissement pèse donc directement sur son déroulement, dans un secteur où les calendriers de vaccination laissent peu de marge.
LE RETRAIT ANNONCÉ DE GAVI ACCÉLÈRE L’URGENCE
Ce paradoxe budgétaire tombe à un mauvais moment. Gavi, l’Alliance du vaccin, principal partenaire extérieur du Programme élargi de vaccination, prépare un désengagement progressif entre 2028 et 2030, aussi bien sur le renforcement du système de santé que sur l’extension de la couverture vaccinale. Ce calendrier pousse les parlementaires à changer de méthode.
Plutôt que de continuer à dépendre d’un financement extérieur appelé à se réduire, ils proposent une loi instituant un fonds national dédié à la vaccination, doté de 26 milliards de FCFA par an, dont l’adoption est envisagée dès 2027. Essomba Bengono défend l’idée d’asseoir ce fonds sur une forme de TVA sociale. « Cette loi peut déjà structurer la création d’un fonds dédié à la vaccination. Ce qu’on a pris aux Camerounais sous la forme de l’inflation, qu’on le reverse dans le fonds de la vaccination sous forme de TVA sociale », propose-t-il.
Il justifie ce choix par le souci de ne pas alourdir la fiscalité existante. « Je crois que c’est la seule façon pour nous de financer durablement, sans augmenter la pression fiscale, sans perturber l’équilibre des finances publiques, et d’offrir aux Camerounais la possibilité d’investir sereinement dans la vaccination et la santé publique, car il n’y a pas que la vaccination, il y a également les soins de santé primaire », a-t-il ajouté.
UN MONTAGE FINANCIER À PLUSIEURS ÉTAGES
Dans l’urgence, avant même la mise en place du fonds, les défenseurs de cette réforme réclament la couverture d’un besoin de 2 milliards de FCFA d’ici le 30 décembre 2026 pour soutenir la campagne en cours. Le montage envisagé pour le fonds pérenne repose sur plusieurs sources. Des prélèvements sur le tabac, l’alcool, les télécommunications et les industries extractives devraient générer entre 12 et 20 milliards de FCFA par an. L’État y ajouterait une dotation budgétaire comprise entre 3 et 5 milliards de FCFA par an. Les collectivités territoriales décentralisées, enfin, seraient sollicitées à hauteur de 1 à 3 milliards de FCFA.
Ce montage vise un objectif précis, sortir la vaccination d’une logique de trésorerie disputée chaque année entre plusieurs priorités budgétaires, pour l’installer dans un circuit de financement sécurisé et prévisible.
UNE QUESTION QUI DÉPASSE LA SEULE VACCINATION
Derrière ce dossier se pose une question plus large, celle de la capacité de l’État camerounais à transformer des lignes budgétaires votées en argent réellement disponible, dans les délais utiles. La vaccination sert ici de révélateur. Ce qu’elle donne à voir, un écart de 80 % entre ce qui est promis en loi de finances et ce qui est effectivement payé, ne se limite probablement pas à ce seul secteur.
Pour les parlementaires mobilisés, la sortie de crise passe autant par des réformes du circuit de la dépense publique que par la recherche de nouvelles ressources. Voter un budget ne suffit pas s’il ne se traduit pas, ensuite, par des virements effectifs vers les comptes des opérateurs de terrain.
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« SND30 : l’urgence d’un changement de cap », par Emmanuel NOUBISSIE NGANKAM

Le 12 décembre 2025, le Comité National de Suivi-Evaluation (CNSE) de la Stratégie Nationale de Développement (SND30) a procédé à une évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de cette stratégie. A l’issue de cette évaluation dans la double perspective rétrospective et prospective, le constat est sans appel. Après cinq ans de mise en œuvre de la SND30, les indicateurs de performances sont tous dans le rouge et pratiquement aucun des objectifs intermédiaires n’a été atteint.
Au plan rétrospectif, la comparaison de la trajectoire effectivement suivie et celle prévue révèle des contreperformances matérialisées par un écart substantiel entre les réalisations et les prévisions. Bien plus, au plan prospectif, si des mesures correctives hardies ne sont prises, cet écart va se creuser davantage, compromettant définitivement les perspectives de l’émergence en 2035. L’illustration parfaite de ce décrochage entre les prévisions et les réalisations, est la croissance atone du PIB.
La SND30 a prévu que la transformation structurelle de l’économie camerounaise s’accompagnerait d’un taux de croissance annuel moyen de 8,1%, la dynamique annuelle étant caractérisée par un relèvement progressif de la croissance de 4% en 2020 à 10% en 2030. Or entre 2020 et 2025, le taux de croissance est resté en berne oscillant autour de 3%.
LE TRAIN SND30 A DÉRAILLÉ AVANT MÊME D’AVOIR QUITTÉ LA GARE
EN 2020 La litanie des constats faits par le CNSE est certes empreinte de candeur et même de froideur, mais elle reste évasive voire muette sur les mesures correctives à prendre pour remettre sur les rails, le train SND30 qui a déraillé avant même d’avoir quitté la gare. Faut-il le rappeler, le taux de croissance du PIB a été presque nul (0,2%) en 2020 alors même qu’il était anticipé à 4%.
Les raisons de cette contreperformance au cours de la première année de la mise en œuvre de la SND30 sont connues notamment la crise mondiale consécutive au Covid-19, mais elles ne sauraient justifier l’inertie ambiante qui plombe les perspectives de développement économique du Cameroun. Dans un tel contexte et à moins de quatre ans de l’échéance de sa mise en œuvre, que faut-il faire pour remettre la SND30 sur les rails. La première mesure consisterait à repenser et à réviser la SND30.
Il devient impérieux de revenir aux fondamentaux de la préparation d’une stratégie de développement à travers une concertation qui mettrait à contribution toutes les parties prenantes en particulier le secteur privé qui fautil le rappeler, en matière d’investissement, porte plus de 75% de la Formation Brut de Capital Fixe (FBCF) au Cameroun selon l’Institut National de la Statistique (INS). La SND30 prévoyait un relèvement substantiel du taux d’investissement de 23,4% en 2021 à 29% en 2030, or la dynamique du taux d’investissement est essentiellement portée par le secteur privé dont la part devrait passer de 20 à 26% sur la période et l’investissement public graviterait autour de 3,1%. Ces prévisions de la SND30 ont été contrariées par les réalisations.
En 2021 le taux d’investissement a été de 18% (contre 23,4% anticipé dans la SND30). A politique inchangée, ce taux serait de 23,8% en 2030 contre 29% attendu.
REDÉFINIR LES HYPOTHÈSES ET LES OBJECTIFS D’UNE NOUVELLE STRATÉGIE EN CONCERTATION AVEC LE SECTEUR PRIVÉ
La concertation que nous recommandons serait l’occasion de redéfinir les hypothèses et les objectifs de la Stratégie Nationale de Développement (SND) dont l’horizon pourrait être porté à 2035. Une telle approche permettrait une plus grande appropriation de la stratégie par l’ensemble des acteurs et cesserait d’être perçue comme un produit de la haute administration publique n’ayant aucune prise sur le réel.
Au-delà de la stratégie de développement, cette concertation serait l’occasion de convenir du nouveau cadre de dialogue permanent entre le gouvernement et le secteur privé, dialogue devenu velléitaire depuis la mort du Cameroon Business Forum (CBF) en 2021.
ORGANISER À L’ÉCHELLE INTERNATIONALE UN GROUPE CONSULTATIF OU UNE TABLE RONDE DES PARTENAIRES POUR LE FINANCEMENT DE LA SND
Un des enjeux majeurs de la réalisation des objectifs de la SND est son financement. Alors que les besoins de financement de la SND30 étaient estimés à 88 000 milliards de F CFA, les projections les plus optimistes rapportées par le CNSE estiment que moins de 50% de ces ressources seraient mobilisés à l’horizon 2030.
Face à ce constat, il convient de relever le déficit de promotion de la SND30 particulièrement auprès des investisseurs tant nationaux qu’internationaux. Depuis son adoption en novembre 2019, la SND30 n’a fait l’objet d’aucune opération promotionnelle de haut niveau ayant pour but d’attirer des investisseurs.
A cet effet, le gouvernement pourrait solliciter l’expertise de la Banque mondiale dans l’optique d’organiser un « Groupe Consultatif pour le financement de la Stratégie Nationale de Développement du Cameroun ». Seraient conviés à cet événement de dimension internationale, les partenaires publics bilatéraux et multilatéraux, les investisseurs privés, la diaspora, les grandes ONG internationales telles que, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Soros (Open Society Foundations) etc.
Porté par la plus haute autorité de l’Etat, le Groupe Consultatif serait l’occasion de « vendre » la SND30 et présenter quelques projets structurants dont le financement et la mise en œuvre seraient des vecteurs de la transformation structurelle du Cameroun. Ces projets pourraient également faire l’objet de roadshow en tant que de besoin auprès de quelques cibles spécifiques.
LA MISE EN PLACE D’UNE STRUCTURE DE SUIVI-EVALUATION INDÉPENDANTE DU MINEPAT
Au-delà de la révision de la SND et de l’exercice de mobilisation des ressources pour son finance ment, l’un des piliers de la réussite de sa mise en œuvre est le mécanisme de Suivi-Evaluation. Certes, l’architecture institutionnelle de la SND30 comporte un Comité National de Suivi-Evaluation (CNSE), mais la principale faiblesse de cette instance est qu’elle est présidée par le Ministre de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT).
Dans une telle architecture le maître d’ouvrage cumule la fonction de maître d’œuvre, ce qui non seulement engendre un conflit d’intérêt majeur, mais également constitue une source d’inefficacité et d’inertie. Pour corriger cette distorsion, il est recommandé la mise en place d’une structure de Suivi-Evaluation indépendante du MINEPAT et présidée de préférence par un acteur de la société civile.
LA SND DEVRAIT FAIRE L’OBJET D’UNE LOI VOTÉE PAR LE PARLEMENT
Par ailleurs, la SND étant la boussole économique du Cameroun, il conviendrait de lui conférer un caractère légal voire contraignant. A cet effet, elle devrait faire l’objet d’un débat et être soumise à une adoption par la représentation nationale à travers une loi. Ce changement de cap offrirait l’opportunité de passer en revue et de corriger les facteurs limitants qui plombent la réalisation du plein potentiel de l’économie camerounaise.
Ces tares sont nombreuses notamment, le déficit d’énergie électrique, la carence en infrastructures de transport (route, chemin de fer), la finalisation de la réforme de la SNI, le climat des affaires, entre autres. Une nouvelle trajectoire et une nouvelle dynamique de la mise en œuvre de la SND permettraient également de corriger certaines perceptions négatives dont pâti le Cameroun.
Dans une déclaration au magazine Jeune Afrique en janvier 2023, Serge N’Guessan alors Directeur Général de la BAD pour l’Afrique Centrale ne s’est pas embarrassé de superlatifs mais aussi de dépits : « Le Cameroun, a-t-il déclaré, est vraiment une puissance endormie. Avec de bons choix de politique publique, de gestion des ressources naturelles et de grands projets d’infrastructures, ce potentiel peut être réalisé ».
Dans la même veine, le rapport Business Ready 2025 (B-Ready) de la Banque mondiale, système d’évaluation ayant remplacé le Doing Business, classe le Cameroun parmi les mauvais élèves avec un note de 36,30/100 en ce qui concerne les services publics qui englobent tous les systèmes favorisant le respect de la réglementation et les institutions et infrastructures facilitant les affaires.
Par ailleurs, le rapport 2025 de la Banque Africaine de Développement (BAD) sur les progrès en matière d’industrialisation classe le Cameroun au 21ème rang en Afrique loin derrière le Gabon et la Guinée Equatoriale. Cela peut paraitre anecdotique mais ces indicateurs, bien que questionnables à certains égards, corroborent les conclusions de l’évaluation de la mise en œuvre de la SND30. Comme pour paraphraser Antoine de Saint-Exupéry (1943) dans Le Petit Prince : « L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. »
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