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le Cameroun attend toujours un gouvernement

Deux jours après la prestation de serment de Paul Biya comme président de la République du Cameroun, le politologue Vincent Sosthène Fouda se demande quand le chef de l’Etat procèdera-t-il à la nomination d’un nouveau gouvernement.
Dans une tribune, Vincent Sosthène Fouda rappelle que le peuple n’est pas là pour « applaudir, mais pour exiger. Exiger un gouvernement, exiger des réponses, exiger que l’État fonctionne. Ce n’est pas du vandalisme, c’est de l’ordre républicain ».
« Et le peuple regarde le Ciel
Jour 2 sans gouvernement. Et déjà, le silence pèse comme une chape sur le Cameroun. Paul Biya a prêté serment le 6 novembre à 11h53. Depuis, rien. Pas un souffle de changement, pas même l’illusion d’un nouveau départ. Le peuple attendait — non pas des miracles, mais des gestes. Un Premier ministre, une équipe, une direction. Rien. Le vide. Le même. On a pris le même, et on continue.
Mais alors, que vaut ce serment sans action ? Que vaut cette République sans gouvernement ?
« La République, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple », disait Jules Ferry. Et pourtant, ici, le peuple est spectateur d’un théâtre figé, où les acteurs récitent des slogans sans projet, des promesses sans calendrier.
C’est ici que doit commencer l’opposition. Pas celle qui casse, mais celle qui veille. Celle qui fait son travail de policier du gouvernement, comme le rappelait Robespierre : « Le secret de la liberté, c’est la vigilance. » Nous ne sommes pas là pour applaudir, mais pour exiger. Exiger un gouvernement, exiger des réponses, exiger que l’État fonctionne. Ce n’est pas du vandalisme, c’est de l’ordre républicain.
Comment ne pas rappeler ce que nous avons vu hier — non pour le saluer, mais pour le tenir comme miroir ? Une campagne électorale transformée en ballet grotesque, où la danse a remplacé le débat, où les slogans ont étouffé les idées. Le RDPC a dansé, oui, dansé sur les places publiques, dansé sur les douleurs du peuple, dansé sur les ruines de l’État. Et maintenant, le nouveau mandat s’ouvre dans les beuveries républicaines, comme si l’ivresse pouvait masquer l’absence de cap, comme si le vin pouvait faire oublier le vide.
Mes amis, la République n’est pas un banquet. Elle est une exigence. Elle est une rigueur. Elle est une promesse faite au peuple — et cette promesse, aujourd’hui, nous attendons sa réalisation.
Hier, le peuple ne nous a pas confié les manettes du pouvoir. Soit. Mais peut-être doit-il maintenant nous appuyer dans cette autre lutte : celle de la reconstruction, celle de la parole, celle du contrôle. Car nous ne luttons pas pour nous-mêmes. Nous luttons pour lui. Pour les enfants sans école, pour les familles sans soins, pour les jeunes sans avenir.
« Gouverner, c’est prévoir », disait Émile de Girardin. Et que prévoit-on ici ? Rien. Le néant.
La nuit tombe sur le Cameroun, et elle n’est pas seulement météorologique. Elle est politique. Elle est morale. Elle est institutionnelle. Mais nous ne sommes pas des enfants de la nuit. Nous sommes les héritiers de Martin Paul Samba, de Sankara, de Um Nyobè. Ceux qui ont dit non à l’inertie, non à la confiscation du destin populaire.
Alors oui, nous exigeons un gouvernement. Un vrai. Pas une façade. Un gouvernement au travail, pour répondre aux besoins économiques, sociaux, humains du pays. Un gouvernement qui parle moins et agit plus. Un gouvernement qui ne se cache pas derrière les murs du palais, mais qui descend dans les rues, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les marchés.
Le peuple camerounais mérite mieux. Il mérite un État qui pense, qui agit, qui protège. Il mérite des dirigeants qui ne fuient pas leurs responsabilités, mais qui affrontent la réalité, les mains dans le cambouis, le regard tourné vers l’avenir.
Car l’histoire ne pardonne pas l’oubli. Elle ne pardonne pas l’indifférence. Elle ne pardonne pas les danses sur les cendres. Elle attend des actes. Elle attend des hommes debout.
Et nous, opposition républicaine, nous ne sommes pas là pour divertir. Nous sommes là pour rappeler. Pour exiger. Pour construire. Pour dire que le Cameroun ne se gouverne pas par l’oubli, mais par la mémoire. Pas par la fête, mais par le travail. Pas par le mépris, mais par la justice.
Le peuple n’est pas un figurant. Il est le sujet. Il est le souverain. Et nous, nous sommes ses serviteurs.
Car le peuple n’est pas un décor. Il est le cœur battant de la République. Et nous, opposition républicaine, nous sommes sa voix. Sa mémoire. Son exigence.
Prof. Vincent-Sosthène FOUDA
Serviteur de la République,
Héritier de la mémoire. »
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Or Camerounais : l’Ouganda déclare 150,5 milliards de FCFA importés en 2024, après un flux non retracé de 43,4 milliards en 2023

(Investir au Cameroun) – L’Ouganda a déclaré avoir importé du Cameroun 3 175 kg d’or non monétaire sous forme brute en 2024, pour une valeur de 248,18 millions de dollars, soit environ 150,5 milliards de FCFA. Selon les données de WITS, tirées d’UN Comtrade, le Cameroun était cette année-là le sixième pays d’origine déclaré de l’or brut importé par l’Ouganda, derrière la Tanzanie, le Burkina Faso, l’Afrique du Sud, le Mali et le Mozambique.
Ces flux prolongent une situation déjà observable en 2023. Kampala avait alors déclaré 1 117 kg d’or brut provenant du Cameroun pour 71,61 millions de dollars, soit environ 43,4 milliards de FCFA. Or aucune exportation camerounaise de ce produit vers l’Ouganda n’apparaît dans les données WITS pour cette année-là. Le Cameroun y déclarait 674 910 dollars d’exportations mondiales sous le code 710812, dirigées vers les Émirats arabes unis, l’Italie et les États-Unis.
Les stocks déclarés par Kampala dépassent la production semi-mécanisée enregistrée
Le volume attribué au Cameroun par l’Ouganda en 2023 dépasse même la production d’or issue de l’exploitation artisanale semi-mécanisée officiellement retracée cette année-là. Le rapport ITIE 2023, sur la base des déclarations de la Sonamines, chiffre cette production à 952,77 kg, contre 859,92 kg en 2022.
Les 1 117 kg déclarés par Kampala sont donc supérieurs de 164,2 kg, soit 17,2 %, à cette production enregistrée. Cette comparaison a toutefois une limite importante : les 952,77 kg ne correspondent pas à l’ensemble de la production aurifère susceptible d’avoir circulé au Cameroun. Ils représentent la production de l’exploitation artisanale semi-mécanisée retracée par la Sonamines. Le rapport indique par ailleurs qu’aucune production industrielle d’or n’a été déclarée au MINMIDT en 2023.
L’écart statistique avec l’Ouganda s’est amplifié en 2024. Entre les deux années, la valeur des importations ougandaises déclarées d’origine camerounaise a augmenté de 246,6 %, tandis que leur volume progressait de 184,2 %. En 2024, le Cameroun représentait ainsi 6,9 % des 46 197 kg d’or brut importés par l’Ouganda et 7,6 % de leur valeur totale de 3,27 milliards de dollars.
15,2 tonnes dans les statistiques miroir, contre 22,31 kg recensés par la DGD
Le cas ougandais s’inscrit dans une asymétrie plus large déjà relevée par le rapport ITIE 2023. La Direction générale des Douanes y fait état de 22,31 kg d’or exportés pour 904,14 millions de FCFA. Le tableau correspondant recense des opérations vers l’Italie, les Émirats arabes unis, les États-Unis et le Portugal. L’Ouganda n’y apparaît pas.
Le même rapport confronte ces données aux statistiques miroir d’UN Comtrade. Pour 2023, les pays partenaires ont déclaré 15 194 kg, soit 15,194 tonnes, d’or du code SH 7108 attribué au Cameroun, contre 22,3 kg dans les statistiques douanières nationales. Cette comparaison porte toutefois sur des nomenclatures qui ne sont pas parfaitement identiques et ne constitue pas une réconciliation opération par opération.
Les Émirats arabes unis concentrent l’essentiel des flux enregistrés par les pays partenaires. WITS indique qu’ils ont déclaré 14 048 kg d’or brut non monétaire importés du Cameroun en 2023, pour 879,72 millions de dollars. L’Ouganda arrive ensuite avec 1 117 kg pour 71,61 millions de dollars.
Les données transactionnelles de Volza apportent un autre élément. Au 15 septembre 2026, la plateforme recensait 128 expéditions sous le code 71081200000 entre le Cameroun et l’Ouganda, associées à 67 fournisseurs camerounais et cinq acheteurs ougandais. Volza est toutefois une base commerciale privée et non une statistique douanière officielle.
L’extrait de 70 lignes analysé par Investir au Cameroun ne couvre qu’une partie de cette base. Soixante lignes ont l’Ouganda pour destination et totalisent 2,043 tonnes selon les quantités renseignées. Plusieurs enregistrements présentent des unités ou des champs nécessitant une vérification. Ce total ne peut donc être assimilé à un volume annuel officiel d’exportations camerounaises.
Des écarts qui appellent une réconciliation douanière
UN Comtrade prévient que les exportations déclarées par un pays et les importations enregistrées par son partenaire peuvent différer pour plusieurs raisons : valorisation CIF des importations contre FOB des exportations, décalage entre expédition et enregistrement, transit par des pays tiers, entrepôts douaniers, classifications différentes ou règles distinctes d’attribution du pays partenaire.
Ces facteurs ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les écarts constatés entre les données camerounaises et celles déclarées par l’Ouganda ou les Émirats arabes unis. Inversement, les statistiques miroir ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’existence d’une fraude ou d’exportations clandestines.
L’ampleur et la répétition des divergences justifient néanmoins une réconciliation des données douanières. Celle-ci devrait permettre de rapprocher les opérateurs, dates, quantités, certificats d’origine, itinéraires, valeurs et caractéristiques des lots enregistrés de part et d’autre. Pour 2024, cette comparaison reste à compléter avec les données détaillées d’exportation du Cameroun.
Baudouin Enama
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