Actualités locales
qui décide vraiment des résultats au Cameroun ?

Le processus électoral camerounais donne l’illusion d’une démocratie régulière, encadrée par des textes, des institutions, des urnes, des procès-verbaux et même une juridiction constitutionnelle. Pourtant, à mesure qu’on avance dans la procédure, le décor s’effrite. Rien ne garantit que la volonté populaire exprimée dans les urnes corresponde à ce qui sera proclamé. Pire : ceux qui souhaitent contester n’ont ni base stable, ni délai réaliste pour agir, car tout est conçu pour piéger le recours dans l’urgence.
Lire l’analyse de Gaston NTOUBA ESSOMÈ
UNE ÉLECTION PEUT-ELLE AVOIR UN SENS SANS TRAÇABILITÉ ?
Quand la démocratie s’évapore après le dépouillement. Fausse transparence, et vraie confiscation.
Et si le vote ne servait à rien… parce que tout est joué après ? Ce texte est une critique de l’architecture institutionnelle, pas des hommes. Il invite à lire la loi… pour mieux voir comment elle neutralise la vérité, et comprendre pourquoi ça ne peut pas marcher, et comment cela a été construit pour ne jamais marcher.
Il n’est pas un cri de colère, c’est une démonstration froide. Il explique comment une élection peut être techniquement régulière… mais politiquement confisquée.
Quand le dépouillement est sans trace, les PV sans contrôle, et le recours sans issue, la démocratie devient une illusion arithmétique.
Le peuple vote.
D’autres corrigent, puis proclament.
Bienvenue dans un système où la vérité ne compte que si elle arrange.
Quant à moi, je dérange…
——-
INTRODUCTION :
UN SCRUTIN SANS RÉFÉRENCE FIABLE
Le processus électoral camerounais donne l’illusion d’une démocratie régulière, encadrée par des textes, des institutions, des urnes, des procès-verbaux et même une juridiction constitutionnelle.
Pourtant, à mesure qu’on avance dans la procédure, le décor s’effrite. Rien ne garantit que la volonté populaire exprimée dans les urnes corresponde à ce qui sera proclamé. Pire : ceux qui souhaitent contester n’ont ni base stable, ni délai réaliste pour agir, car tout est conçu pour piéger le recours dans l’urgence.
Dans ce simulacre électoral, tout est verrouillé, y compris la contestation.
Ce n’est pas un processus électoral, mais un véritable piège à légitimité. Tout est fait pour donner l’apparence d’un scrutin régulier : campagnes, bulletins, urnes, dépouillements et même la théâtralisation des résultats.
Mais en réalité, c’est un circuit fermé où chaque maillon est contrôlé par les relais du pouvoir. On ne demande pas au peuple de choisir : on lui demande de valider un scénario déjà écrit.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? À quelle mécanique bien huilée sont confrontés les électeurs? Il faut entrer dans les coulisses du vote pour comprendre ce qui s’évapore entre l’urne et la proclamation.
⸻
1.-
POURQUOI PARTICIPER À UN PROCESSUS OÙ TOUT PEUT ÊTRE RECONFIGURÉ APRÈS LE VOTE ?
Du dépôt du bulletin à la proclamation des résultats, le trajet est sinueux, opaque, et manipulable à chaque étape. Une fois le dépouillement terminé dans un bureau de vote, les résultats inscrits sur le procès-verbal ne sont pas immédiatement publiés de manière centralisée.
Le citoyen est tenu à l’écart.
Le candidat, souvent absent de ces commissions, découvre trop tard l’écart entre ce qui a été voté… et ce qui est déclaré.
Le bureau de vote est le théâtre.
Mais le vrai spectacle se joue dans les coulisses. Et le spectateur n’a plus son mot à dire.
Les résultats sont d’abord transmis aux commissions départementales de compilation, souvent hors de tout contrôle citoyen. Il y en a 58, une par département. Elles sont présidées par les tribunaux de grande instance, mais dirigées dans les faits par les préfets et les représentants de ELECAM.
C’est là que les résultats peuvent être recomptés, modifiés ou validés. C’est aussi là que les représentants des candidats peuvent être isolés, contraints ou neutralisés dans un huis clos sans témoin, ni caméra, ni observateur indépendant.
À ce stade, le peuple a voté, mais il n’a plus aucune prise sur la suite du processus.
Une fois les chiffres traités dans ces commissions départementales, ils sont envoyés à la Commission nationale de recensement général des votes, qui centralise, tranche, écarte ou valide les procès-verbaux, avant de transmettre le résultat final au Conseil Constitutionnel.
Article 113 du Code électoral :
« La Commission nationale de recensement général des votes est chargée d’effectuer le recensement général des votes à partir des procès-verbaux et documents électoraux transmis par les commissions départementales de supervision. »
Autrement dit, le Conseil Constitutionnel ne compile rien. Il ne fait que lire les chiffres envoyés par cette Commission nationale, dont la composition, elle-même déséquilibrée, verrouille toute possibilité de rectification réelle.
Et une fois signés, ces PV deviennent la « vérité officielle ». Toute anomalie détectée en amont peut être déclarée juridiquement inopérante, car la chaîne de contrôle a été rompue.
Article 55 du Code électoral rappelle pourtant que :
« Le dépouillement est immédiatement suivi de l’établissement du procès-verbal en autant d’exemplaires qu’il est nécessaire. Ce procès-verbal est signé par tous les membres de la commission locale de vote. »
Mais même ces PV de base, signés dans les bureaux de vote, ne protègent de rien. Ils peuvent être écartés plus haut, déclarés « perdus », ou simplement ignorés. Ils deviennent lettres mortes.
Car ce qui compte vraiment, ce n’est pas ce qui sort de l’urne, mais ce qui remonte à Yaoundé.
Et ça, personne ne peut le vérifier.
Ce verrouillage méthodique par les commissions de compilation n’est pas une anomalie administrative : c’est le cœur du système.
Nous l’avons déjà démontré dans un précédent article, notamment dans la partie intitulée :
« Le véritable terrain de jeu : les commissions, pas les caméras »,
où l’on montrait que ces structures (souvent pilotées par les préfets, les juges du régime et les agents de ELECAM ) jouent un rôle bien plus décisif que les urnes elles-mêmes.
Là où le citoyen croit encore voter, le système peaufine déjà sa mise en scène.
Ce n’est pas le vote qui détermine l’issue du scrutin, c’est sa compilation. Et cette compilation échappe totalement au contrôle populaire.
Ce verrouillage des résultats à huis clos pose une question cruciale :
Comment parler de démocratie sans traçabilité ? Quand le trajet entre l’urne et la proclamation relève plus du tour de passe-passe que d’un chemin de droit?
Car dès lors que la volonté populaire ne laisse aucune trace opposable, il ne reste qu’un décor sans garantie, une procédure sans preuve, et surtout un vote sans valeur probatoire.
Dans ces conditions, la participation devient une caution involontaire d’un système qui se moque du verdict des urnes.
⸻
2-.
COMMENT PARLER DE DÉMOCRATIE SANS TRAÇABILITÉ ?
Une élection sans preuve est un leurre. Dans une vraie démocratie, ce qui compte ce n’est pas seulement le vote — c’est bien la preuve du vote.
Ce n’est pas le bulletin glissé dans l’urne qui garantit la souveraineté populaire, mais la possibilité de le retrouver, de le compter et de le recouper.
Or, dans le système actuel, la traçabilité est sacrifiée. Le matériel électoral disparaît avant toute contestation. Les procès-verbaux sont refusés, tronqués, imposés. Les bulletins sont jetés, brûlés ou broyés avant tout recomptage. Rien n’est conservé. Tout est évacué. Dans plusieurs cas signalés, les représentants des candidats n’ont même pas pu obtenir copie des PV.
D’autres ont été forcés à signer dans des conditions troubles.
Et une fois les documents centralisés, les responsables de ELECAM affirment que tout est déjà détruit.
Autrement dit : la preuve disparaît avant même le droit au doute.
Selon l’article 108 du Code électoral, les commissions locales sont pourtant tenues de dresser des procès-verbaux contradictoires, et d’en remettre copie aux représentants des candidats.
Mais en pratique, cet article est vidé de sa substance dès lors que ces représentants sont empêchés ou intimidés.
L’élection devient alors un rituel sans vérification possible, où l’on proclame sans pouvoir recouper, où l’on recompte… dans le vide.
On parle parfois de « recomptage » en cas de contentieux.
Mais sur quelle base, si le matériel est détruit?
Les PV d’Elecam sont annoncés comme la seule preuve légale. Mais comment les obtenir, quand les représentants des candidats sont expulsés, menacés ou empêchés d’être présents ?
La traçabilité n’est pas garantie.
Elle est même systématiquement empêchée.
Ce verrou n’est pas une hypothèse abstraite : il a déjà produit ses effets.
L’élection présidentielle de 2018 en offre un exemple éclairant, avec un candidat qui a tenté d’agir dans les règles… pour se heurter à l’absurdité du système.
Le précédent de 2018
L’élection présidentielle de 2018 illustre à quel point le contentieux électoral peut devenir une mise en scène verrouillée.
. Le professeur Kamto, dès l’annonce des résultats officieux, s’est proclamé vainqueur.
- Il a ensuite déposé des recours auprès du Conseil Constitutionnel. Mais ces recours ont été rejetés, souvent sur des motifs de recevabilité ou de forme, sans qu’aucune analyse réelle du fond ne soit entreprise.
- Face à l’impossibilité juridique de faire bouger les chiffres, la contestation s’est déplacée sur un autre terrain : la rue, la parole publique et la mobilisation populaire.
Face à un cadre juridique verrouillé, certains candidats optent pour une double démarche : engager des recours institutionnels tout en appelant à une mobilisation citoyenne.
Le paradoxe du recours en contestation
Voici le cœur du piège que révèle cette situation :
- Pour déposer un recours, un candidat doit contester ce qui a été proclamé.
Mais si aucun vainqueur n’est officiellement désigné, il accepte tacitement le calcul provisoire en déposant sa plainte.
- En déposant une requête, il risque d’apparaître comme reconnaissant la légitimité du cadre légal, même s’il conteste les chiffres ou la méthode.
- Autrement dit : pour contester, il faut être habilité à le faire ; mais pour être habilité à le faire, tu dois accepter, au moins partiellement, les règles du jeu que tu dénonces.
Ce piège est redoutable.
Dans d’autres contextes africains, ce type de contentieux “contestable parce qu’impossible” est un verrou :
Si tu réclames un droit, tu admets implicitement que ce droit t’est reconnu par l’autorité que tu contestes.
L’article 133 du Code électoral précise que seules les personnes habilitées peuvent introduire un recours.
Mais il ne garantit ni l’accès aux preuves, ni leur disponibilité. Résultat : tu peux “contester”, mais sans matière.
Ce qu’on peut en conclure
- Ce mécanisme rend toute contestation juridiquement difficile et politiquement risquée.
- Il contraint l’opposant à se battre dans un cadre qu’il juge vicié, tout en sachant qu’il sera jugé par les acteurs du système lui-même.
- Le recours judiciaire est ritualisé. Il ne corrige pas les fraudes. Il les habille plutôt !
- Le véritable enjeu devient la perception publique, la légitimité morale et la mémoire collective, plus que la procédure officielle.
À ce niveau, la Constitution elle-même est vidée de sa promesse.
L’article 2 de la Constitution affirme que “le pouvoir appartient au peuple” et que “le suffrage est universel, égal et secret”.
Mais si le peuple ne peut pas prouver ce qu’il a voté, alors cette souveraineté devient pure fiction.
Mais alors, qui contrôle vraiment l’expression populaire? Qui décide de ce qui peut ou non remonter à la surface ?
Et surtout… que reste-t-il du pouvoir du peuple quand tout peut être inversé, puis verrouillé, sans laisser de trace ?
⸻
3-.
QUI CONTRÔLE VRAIMENT L’EXPRESSION POPULAIRE ?
Ce que le citoyen voit s’arrête aux urnes. Ce qu’il ne voit pas, c’est la mécanique des coulisses. Or, c’est là que tout se joue.
Et si un représentant d’un candidat refuse de signer un PV ?
On le remplace. Ou on le fait tair€.
C’est bien connu — et c’est là que commence le verrouillage.
Le système repose sur un pouvoir vertical, verrouillé à toutes les échelles.
Les véritables centres de décision ne sont pas les urnes, mais les structures administratives, préfectorales et partisanes.
Le peuple vote. Mais il ne compile pas. Il ne siège dans aucune commission. Il ne contrôle ni les PV, ni leur remontée.
Il assiste, impuissant, à la mise en scène de son propre choix.
Pourtant, selon l’article 113 alinéa 2 du Code électoral, la Commission nationale de recensement général des votes est censée “procéder publiquement” au dépouillement des résultats départementaux.
Mais dans les faits, tout se joue à huis clos, loin du regard citoyen.
La suite du processus se joue dans une structure que peu de citoyens connaissent : la Commission nationale de recensement général des votes.
C’est elle — et non le Conseil Constitutionnel — qui compile les résultats venus des 58 commissions départementales, elle tranche les litiges, écarte certains PV, valide d’autres… et transmet le résultat final au Conseil Constitutionnel, qui n’en fera qu’une lecture officielle.
Cette Commission a été officiellement nommée le 15 octobre 2025, trois jours après le scrutin, par une résolution du Président du Conseil Électoral.
Sa composition parle d’elle-même :
- 5 représentants de l’administration territoriale (préfectures),
- 5 représentants de ELECAM, organe organisateur du scrutin,
- 2 magistrats de l’ordre judiciaire,
- 12 représentants des candidats, dont :
- 1 seul pour le RDPC, parti au pouvoir,
- 11 pour les autres candidats.
À première vue, l’opposition semble majoritaire.
Mais ce serait ignorer le poids réel de ceux qui tiennent la plume.
Les 12 représentants du pouvoir exécutif (administration, ELECAM, magistrature) forment un bloc discipliné, lié à la même hiérarchie.
Ils sont à la fois juges, organisateurs et parties prenantes.
Cette configuration contrevient à l’esprit de l’article 2 de la Constitution, qui proclame que “le Cameroun est une République démocratique”, fondée sur “la séparation des pouvoirs” et “la souveraineté nationale exercée par le peuple”.
Mais ici, l’indépendance des organes de compilation est une fiction.
Dès lors, il ne s’agit pas d’un simple déséquilibre numérique : c’est un verrouillage structurel.
Une mécanique où la majorité est garantie d’avance, indépendamment de la volonté populaire.
Et tout cela se déroule hors du regard citoyen, sans observateurs indépendants, sans audience publique et sans traçabilité des décisions.
L’article 55 de la loi électorale prévoit bien que les opérations de vote sont publiques.
Mais il ne dit rien sur la transparence des phases postérieures. Et c’est précisément là que tout se joue.
Rappelons que le Conseil Constitutionnel a bien le dernier mot… mais sur la base de documents transmis par d’autres.
Il ne vérifie pas les bulletins, ne recompte rien, n’enquête pas : il lit, examine la forme, et valide ou rejette ce qui lui est présenté.
Son pouvoir est décisif, mais dépendant.
Ce sont les commissions de recensement qui font le tri, les préfets qui orientent, ELECAM qui gère, et les forces de l’ordre qui maintiennent la paix… du silence.
Le peuple vote, mais ne compile pas.
Il ne siège dans aucune commission.
Il n’a accès à aucun logiciel.
Le peuple ne contrôle ni les PV, ni leur remontée.
Il assiste à la mise en scène de son propre choix.
Il est muselé. Et c’est l’appareil administratif qui parle à sa place.
Entre les électeurs et la proclamation finale, une chaîne opaque verrouille l’expression :
sous-préfets, commissions mixtes, agents de ELECAM, et même le tri sélectif des contestations.
L’article 138 du Code électoral précise pourtant que “le contentieux de l’élection présidentielle est de la compétence du Conseil Constitutionnel”.
Mais ce contentieux n’a de sens que si les anomalies peuvent être prouvées, ce qui est presque toujours rendu impossible.
L’électeur n’a plus aucun levier.
Il vote… mais d’autres compilent, corrigent et interprètent.
Et parfois, ils annoncent leur propre victoire avant même la fin du spectacle institutionnel.
C’est une mise en scène de démocratie, dont le texte a été rédigé ailleurs.
Cette inversion du pouvoir politique transforme l’expression populaire en simple décor.
Ce ne sont plus les citoyens qui valident leurs dirigeants,
ce sont les dirigeants qui valident leur propre pouvoir, avec la caution apparente d’un peuple désarmé.
Le suffrage devient un rituel sans impact, un geste sans poids véritable.
Comme le résume l’article 2 alinéa 3 de la Constitution : “aucune fraction du peuple, ni aucun individu ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale”.
Mais c’est pourtant ce qui se produit, sous couvert de procédure.
Le Conseil Constitutionnel ne contrôle rien.
Il reçoit, il lit et il homologue.
Il n’enquête même pas et ne vérifie pas les anomalies.
Il ne publie pas les détails.
Son rôle n’est pas de protéger le vote, mais de clôturer le processus.
C’est une juridiction de validation, pas de vérité.
Dans ce théâtre verrouillé, chaque acteur joue un rôle écrit à l’avance :
- L’agent administratif applique,
- le président de commission entérine,
- le préfet instruit,
- le juge valide.
Et le peuple ?
Il regarde. Il subit et doit se taire.
La souveraineté populaire est proclamée, mais confisquée.
On parle de démocratie…
Mais le système est structuré pour n’en conserver que l’illusion.
Ce mécanisme n’est pas une dérive ponctuelle. C’est une méthode.
Et cette méthode s’achève sur un paradoxe juridique :
un mécanisme qui rend toute contestation impossible, même légitime.
Un dispositif qui oppose le silence administratif à la parole citoyenne.
⸻
CONCLUSION :
UNE DÉMOCRATIE QUI S’ÉTEINT DANS LA COMPILATION
Ici, le paradoxe est total :
le recours électoral doit être déposé avant même la proclamation des résultats.
Contester suppose donc de prouver sa défaite… avant qu’elle ne soit actée.
C’est un piège juridique redoutable, pensé pour désamorcer toute contestation.
Dans ce système, déposer un recours revient à contester un résultat encore inconnu,
à désigner un vainqueur non proclamé, donc à s’autoproclamer perdant.
Le système exige un aveu anticipé avant même l’acte d’accusation.
C’est une absurdité juridique, mais une arme politique d’une efficacité redoutable.
Le 15 octobre à minuit, le délai légal pour contester a expiré.
Conformément à l’article 133 du Code électoral, tout recours contentieux relatif à l’élection présidentielle doit être déposé dans les 72 heures suivant la clôture du scrutin. Passé ce délai, le silence devient fatal.
Aucun candidat n’a officiellement déposé de recours… alors même que les résultats n’ont toujours pas été proclamés.
Le piège a fonctionné.
Comme on pouvait le pressentir, Issa Tchiroma a renoncé à tout recours.
Un choix risqué, aux effets paradoxaux :
– d’un côté, il évite de contester un système qu’il sait verrouillé ;
– de l’autre , il expose au grand jour l’incohérence de sa posture de “vainqueur” autoproclamé.
En l’absence de preuve accessible au public, ses déclarations sont désormais qualifiées d’allégations sans fondement par les grands médias.
Cette incohérence se comprend mieux quand on explore la mécanique juridique du contentieux électoral. Selon une lecture rigoureuse du Code électoral, largement reprise par plusieurs praticiens, un recours n’est recevable que pour solliciter une annulation partielle ou totale du scrutin.
Autrement dit, celui qui se prétend élu ne peut pas introduire de recours sans se contredire lui-même: on ne peut à la fois affirmer avoir gagné… et demander l’annulation du scrutin qui vous aurait élu !
C’est dans cette impasse que Tchiroma a choisi le silence. Il ne s’est pas tu par modestie. Il s’est tu par stratégie.
Contester, c’était se tirer une balle dans le pied. Se taire, c’était assumer le flou.
Car dans ce système, seuls les PV de ELECAM ont valeur une légale,
et ces documents sont verrouillés, inaccessibles et invisibles.
La transparence est confisquée et la contestation, piégée.
L’article 113 du Code électoral confère aux procès-verbaux transmis par les commissions mixtes communales, départementales et nationale une valeur probante unique. Les bulletins physiques, eux, ne sont jamais recomptés.
Ce verrou juridique ne se limite pas à une anomalie de circonstance.
Il est au cœur du dispositif présidentiel, pensé pour évacuer toute vérité électorale.
Tant que cette procédure ne sera pas profondément réformée,
chaque scrutin majeur restera un simulacre, et chaque victoire, une fabrication.
Le peuple vote, mais ne compile rien.
On peut contester, mais seulement en acceptant ce qu’on conteste.
C’est tout le paradoxe de l’article 134 du Code électoral : un candidat ne peut introduire de recours que pour solliciter l’annulation partielle ou totale du scrutin, jamais pour revendiquer sa victoire.
Quant aux résultats, ils arrivent… mais sans preuves conservées.
On peut débattre des candidats.
On peut discuter des programmes.
Mais en l’absence de KAMTO, la campagne de 2025 ne s’est pas encombrée de ce luxe…
On peut espérer un sursaut. Mais tant que le système électoral camerounais restera aussi opaque, vertical et non traçable, toute alternance véritable relèvera de l’illusion.
Ce n’est pas une posture d’amertume, c’est un constat de lucidité.
La démocratie ne se mesure pas au rite du vote, mais à la manière dont le système respecte ce qu’il exprime.
L’article 1er de la Constitution camerounaise proclame que la République est « une démocratie fondée sur le respect des droits et libertés fondamentaux », mais ce principe reste théorique si la volonté du peuple n’est pas juridiquement traçable.
Et tant que cette exigence ne sera pas garantie, le vote ne sera pas un levier de changement, mais un rituel sans impact.
En attendant, le peuple observe, les coulisses s’agitent, certains bérets rouges sympathisent ici, d’autres matraquent là-bas, une jeunesse politiquement immature s’extasie, des repositionnements s’opèrent, tous se regardent en chien de faïence, l’émotion est palpable… et chacun se demande, dans un mélange d’espoir et de résignation,
à quelle sauce sera encore bouffé le Cameroun cette fois-ci !
Gaston NTOUBA ESSOMÈ
Libre penseur, esprit curieux,
réveillant, et plume affranchie.
J’éclaire, questionne et dérange.
Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Actualités locales
Assurances : Area remplace Chanas sur les contrats dommages et maladie de la Sonatrel, pour près d’un milliard de FCFA

(Investir au Cameroun) – Area Assurances a remporté un deuxième marché d’assurance auprès de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) en 2026. Le 17 septembre, l’entreprise publique lui a attribué la couverture maladie de son personnel pour 475,17 millions de FCFA TTC sur douze mois. Avec la police globale dommages obtenue en mai pour 515,49 millions, les deux contrats attribués à Area totalisent 990,66 millions de FCFA.
Ce montant est pratiquement identique aux 990 millions de FCFA attribués en 2025 à Chanas Assurances pour ces deux catégories de couverture. Mais cette stabilité globale masque des évolutions opposées. La globale dommages passe de 500 millions à 515,49 millions de FCFA, soit une hausse de 3,1 %, tandis que l’assurance maladie recule de 490 millions à 475,17 millions, soit une baisse de 3 %. Au total, l’écart entre les deux exercices se limite à 660 456 FCFA, soit 0,07 %.
Cette comparaison porte toutefois sur les montants attribués. Elle ne permet pas d’affirmer que les garanties, les plafonds de remboursement ou le nombre de bénéficiaires sont strictement identiques entre 2025 et 2026.
Sur le marché d’assurance maladie, Area a obtenu une note finale de 97,6/100, contre 88,89/100 pour Zenithe Assurances. Cette dernière proposait 495,49 millions de FCFA, soit 20,32 millions de plus qu’Area. Chanas, créditée de 73/100, a été disqualifiée, la Sonatrel faisant état d’une ACF non conforme et d’une note technique inférieure au seuil de 80/100 prévu par le dossier d’appel d’offres.
L’offre d’Area se situe par ailleurs presque exactement au plancher financier autorisé. Pour un coût prévisionnel de 500 millions de FCFA, le dossier d’appel d’offres prévoyait l’élimination de toute proposition inférieure à 95 % de cette enveloppe, soit 475 millions. Avec 475 174 193 FCFA, Area dépasse ce seuil de seulement 174 193 FCFA.
Un basculement amorcé sur la globale dommages
Area avait déjà remplacé Chanas quelques mois plus tôt sur la police globale dommages. Le 26 mai 2026, la Sonatrel lui a attribué ce contrat pour 515 486 263 FCFA TTC sur douze mois. Activa Assurances, deuxième, proposait 530 054 755 FCFA, soit 14,57 millions de plus. Chanas avait été disqualifiée en raison d’un certificat ISO 9001:2015 non accompagné de l’accréditation en cours de validité de l’organisme certificateur. NSIA et Zenithe n’avaient pas atteint le seuil technique requis.
En 2025, Chanas détenait encore les deux contrats : 500 millions de FCFA pour la globale dommages et 490 millions pour l’assurance maladie. Les deux attributions de 2026 transfèrent ainsi à Area des marchés totalisant 990,66 millions de FCFA, contre 990 millions pour Chanas un an plus tôt.
Area Assurances est agréée depuis septembre 2007 dans les branches incendie, accidents, risques divers et transport. La compagnie, basée à Douala et dirigée par Martial Sojio, indique disposer de 11 bureaux directs et de 10 agents généraux.
Baudouin Enama
Lire aussi :
08-09-2026 – Assurances : le Minfi avertit 20 sociétés de courtage pour manquements à la réglementation
10-08-2026 – Chanas Assurances veut porter son capital à 13,27 milliards de FCFA, dont 3,33 milliards à souscrire en numéraire
Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Actualités locales
Or de Mbe : Oriole cède une redevance pour 686 millions de FCFA après la hausse des ressources à 1,66 million d’onces

(Investir au Cameroun) – La société minière britannique Oriole Resources renforce ses moyens financiers pour poursuivre ses activités au Cameroun, où son projet aurifère de Mbe, dans l’Adamaoua, compte désormais 1,66 million d’onces de ressources inférées. Le 18 septembre 2026, l’entreprise cotée sur l’AIM de Londres a annoncé la vente à Ardent Metals LLC-FZ de sa redevance de 1,2 % sur le projet Muratdere, en Turquie, pour 1,2 million USD, soit environ 685,6 millions de FCFA. Selon son directeur général, Martin Rosser, ces fonds pourront soutenir les activités du groupe au Cameroun.
Oriole ne recevra toutefois pas immédiatement la totalité de cette somme. L’entreprise a déjà encaissé 400 000 USD, soit environ 228,5 millions de FCFA. Deux autres paiements du même montant sont prévus au plus tard les 19 mars et 19 septembre 2027. Près de 457 millions de FCFA restent donc à percevoir. La société ne précise pas la part qui ira directement à Mbe.
Cette opération intervient alors que le projet situé à l’ouest de Ngaoundéré a changé d’échelle. L’estimation publiée le 23 juillet 2026 par le cabinet indépendant Forge International fait état de 50,6 millions de tonnes de roche minéralisée contenant en moyenne 1,02 gramme d’or par tonne. Cela représente 1,66 million d’onces, soit environ 51,6 tonnes d’or.
Oriole ne détient toutefois que 50 % de Mbe, aux côtés de BCM International. Rapportée à cette participation, sa quote-part correspond à environ 830 000 onces, soit 25,8 tonnes d’or.
De 870 000 à 1,66 million d’onces en neuf mois
La première estimation formelle de ressources, publiée le 21 octobre 2025, attribuait 870 000 onces à la zone MB01-S. En avril 2026, l’identification de 360 000 onces à MB01-N a porté le total du projet à 1,23 million d’onces. Trois mois plus tard, de nouveaux forages ont relevé MB01-S à 1,30 million d’onces. Avec MB01-N, Mbe atteint désormais 1,66 million d’onces.
Les zones aurifères ne sont pas encore entièrement délimitées. Oriole estime qu’elles pourraient, à terme, renfermer« plusieurs millions d’onces ». Mais l’estimation officiellement publiée demeure de 1,66 million d’onces.
Une ressource, pas encore une réserve exploitable
Ce chiffre ne signifie pas qu’Oriole dispose déjà de 1,66 million d’onces d’or prêtes à être extraites. L’ensemble est classé dans la catégorie des ressources « inférées », le niveau de confiance le moins élevé dans l’estimation d’une ressource minérale.
Les travaux indiquent la quantité probable d’or dans le sous-sol, mais il reste à démontrer quelle partie pourra être extraite de manière rentable. Des forages et des études supplémentaires seront nécessaires avant qu’une partie des ressources puisse éventuellement devenir une réserve minière.
Mbe se distingue ainsi de Bibemi, l’autre projet aurifère camerounais d’Oriole. Bibemi ne compte que 460 000 onces de ressources, mais il est plus avancé : des études métallurgiques et une première évaluation économique y ont déjà été réalisées, et Oriole a déposé une demande de permis d’exploitation.
Oriole et BCM devront financer la suite des travaux
BCM International a acquis 50 % de Mbe après avoir notamment financé 4 millions USD de travaux d’exploration, soit environ 2,29 milliards de FCFA. Depuis juin 2026, les deux partenaires détiennent chacun la moitié du projet et doivent contribuer aux nouvelles dépenses pour conserver leur participation.
La vente de la redevance de Muratdere apporte donc à Oriole une nouvelle source de financement. Mais sur les quelque 685,6 millions de FCFA attendus, seuls 228,5 millions ont été encaissés à ce jour. Les prochains travaux devront déterminer si la ressource peut encore augmenter et quelle part de l’or identifié pourrait, à terme, être exploitée de manière rentable.
Baudouin Enama
Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici
Actualités locales
Sénégal : Sadio Mané lance un vaste projet de 11,7 milliards de FCFA – Réactions des camerounais
Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a présidé, ce samedi 19 septembre 2026, à Bambali, à la cérémonie de lancement de SM10, un projet […]
Rejoindre notre chaîne télégram pour avoir les dernières infos
Cliquez ici

Société2 years agoPrésidentielle 2025 au Cameroun: voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Dernières actualités2 years agoCameroun : Liste complète des 250 ethnies qui font la fierté de la nation

Politique2 years agoPrésidentielle 2025 : voici les 10 candidats qui ont déjà déclaré leurs candidatures

Politique2 years agoÉlections présidentielles 2025 au Cameroun : Quels candidats ont les meilleures chances de succès ?

Actualités locales6 months agoThéodore Datouo élu président de l’Assemblée nationale du Cameroun !
- Société2 years ago
Obtenez votre CNI en 48 heures : voici les 13 centres d’enrôlement au Cameroun

Faits divers2 years agoFrais de retrait Orange Money Cameroun : Tout ce que vous devez savoir

Société2 years agoVoici l’origine des noms de 20 quartiers de Yaoundé














