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Emile NDJELE NKONGO, directeur délégué adjoint de la RTC : « La Régie du terminal à conteneurs du PAD est performant »


En termes de délais de passage de marchandises et de traitement des conteneurs, quelles sont les performances ?
Contrairement à ce qui a été dit dans la dernière publication de la Banque mondiale qui a fait les choux gras de la presse, le terminal à conteneurs est performant. Les travaux qui ont été menés par le terminal à conteneurs dans son ensemble ont permis de réduire considérablement les délais au niveau du traitement des navires. Aujourd’hui, il n’y a plus d’attente en rade dû au terminal à conteneurs. C’est totalement nul. Le traitement des conteneurs, qui est l’indicateur clé d’évaluation d’un port, est aujourd’hui l’un des meilleurs sur la côte ouest africaine. Zéro temps d’attente en rade. Aucun ne peut dire, qu’un navire est arrivé à Douala, a dû attendre des jours, comme ça se faisait dans le passé, avant d’entrer au port de Douala. Au niveau du terminal à conteneurs, cette situation n’existe pas. C’est cet élément clé d’évaluation de performance qui a servi à l’ONG de la Banque mondiale pour établir sa compétitivité portuaire dans le monde entier. Sur cet élément, vous avez vu qu’il n’y a pas de navire en attente de bouée de base, ce qui contredit le classement qui a été établi. En ce qui concerne le temps de traitement des conteneurs, du chargement et du déchargement des camions, cela va de soi. Quand le navire se porte bien, la terre se porte également bien. C’est un ensemble qui se tient. Vous avez constaté un terminal aéré, sans camions en attente, même un vendredi où le volume de livraison est très élevé : plus de 3000 conteneurs en moyenne par semaine. De la même manière, nous recevons les conteneurs pour les exportations avec une grande fluidité. Ce facteur visuel, sans entrer dans les statistiques que nous publions, témoigne amplement de la fluidité des opérations au terminal à conteneurs du Port de Douala, contrairement à ce qui peut être entendu ailleurs. Vous voyez un tarmac totalement dégagé, mais si vous consultez les statistiques, le marché camerounais est largement approvisionné et il n’y a pas de rupture. Les marchandises entrent et sortent sans encombre. Ce sont les conséquences immédiates des travaux engagés par le PAD au niveau du terminal à conteneurs. Il existe des projets prévus, notamment pour prolonger le terminal.
Une entreprise a obtenu un prêt de Eximbank pour réaliser l’un de ces projets. Pourriez-vous nous fournir davantage d’éléments sur la conduite de ce projet ?
Je peux vous dire une chose : le port de Douala, en prenant le terminal à conteneurs en 2020, s’est engagé dans une modernisation du terminal. Le directeur général du PAD a annoncé l’extension du terminal à conteneurs. Un grand chantier va bientôt démarrer, pour lequel les protocoles d’accord ont déjà été signés avec les partenaires. Ce projet vise à prolonger de 250 mètres linéaires le quai additionnel, portant ainsi la capacité linéaire du terminal à conteneurs à un minimum de 1000 mètres. L’objectif est de positionner le terminal à conteneurs parmi les installations modernes. Il était difficile d’imaginer par le passé qu’un terminal à conteneurs puisse avoir une longueur de quai de 1000 mètres. Si vous parcourez les ports de la côte ouest africaine, vous constaterez que ce type de terminaux est rare. En plus de cette extension, nous disposerons d’environ huit hectares supplémentaires de surface. Trouver de telles surfaces n’est pas aisé, mais nous y parviendrons. De plus, avec le passage au tour RTG (Rubber-Tired Gantry) en mode de manutention moderne, la capacité de stockage et de traitement du terminal à conteneur augmentera considérablement, soit au moins de 50 %. D’ici à 2026, nous serons en mesure d’accueillir et de traiter aisément un trafic d’un million d’unités équivalentes vingt pieds (TEU). Pour une place portuaire comme Douala, nous anticipons déjà la dynamique économique de développement du Cameroun.
Vous avez présenté le système intégré le Navis N4. Comment fonctionne-t-il, est-il vraiment opérationnel et quel est son impact ?
Le N4 n’est pas visible à l’œil nu. C’est un système intégré. C’est un peu comme l’intelligence artificielle qui se cache derrière toutes ces machines que vous voyez. Ces machines fonctionnent à travers ce système. Aujourd’hui, nous avons 32 000 conteneurs. Lorsqu’une personne vient les chercher, comment les repérer ? c’est comme des buchettes d’allumettes dans une boîte d’allumettes. Ces conteneurs se ressemblent, et comment les identifier et les livrer au moment où on le demande ? C’est cette intelligence artificielle qui accomplit ce travail. Le résultat en termes de performance dont je viens d’évoquer, est en partie dû à cet outil.

Sur les conteneurs frigorifiques dont le sujet a défrayé la chronique avec l’un de vos importateurs de poisson, quelle solution avez-vous trouvée pour que le problème de congestion qui a fait qu’ils aient des poissons pourris soit résolu ?
Aujourd’hui, il n’y a pas d’odeur de poissons pourris au terminal. Derrière nous, il y a des packs de conteneurs frigorifiques. Nous avons appelé tous les partenaires au respect scrupuleux des dispositions réglementaires. C’est cette raison qui a prévalu sur toutes les passions et les conséquences qui ont suivi. Les dispositions réglementaires voudraient que les produits halieutiques, très sensibles aux différents maillons de la chaîne du froid, soient enlevés immédiatement dès que le navire touche le terminal, afin de garantir le respect de la chaîne du froid. Ces conteneurs, qui proviennent parfois de très loin, notamment d’Amérique latine, conservent les produits pendant au moins deux mois. Vous pouvez imaginer la sensibilité de ce type de produit. C’est pourquoi l’État du Cameroun, par l’intermédiaire du ministère du Commerce, a mis en place une réglementation spécifique en 2015. Nous avons appelé tous les partenaires à travailler dans ce sens et à respecter cette réglementation. Le résultat que vous constatez aujourd’hui, notamment avec un terminal fluide, en est la preuve. En 2024, nous importons autant de conteneurs pour le même client qu’en 2023. Il n’y a pas de conséquences négatives, car nous avons encouragé les partenaires à agir de manière raisonnable et civique. C’est là notre stratégie, et elle n’est pas une invention du RTC. On sait que le Port de Douala approvisionne le Tchad et la République Centrafricaine (RCA).
Quelles sont les dispositions particulières prises au niveau du terminal à conteneurs pour ces deux pays et par rapport aux autres ports de la sous-région comment Douala évalue ses performances ?
Le directeur général de la Régie du terminal à conteneurs, M. Dieudonné Onana Ndoh, est actuellement à N’Djamena pour répondre à l’invitation de ce pays frère et participer à un forum des chargeurs. Cette invitation a été lancée en reconnaissance du service rendu par le PAD (Port autonome de Douala). Il s’agit du premier forum organisé par ce pays pour les chargeurs, et le PAD a été convié en raison des efforts déployés pour faciliter les échanges commerciaux. Les résolutions issues des conférences tripartites, organisées tous les deux ans entre ces trois pays, sont également mises en œuvre. Ces mesures visent à garantir la fluidité des marchandises vers ces destinations. Nous continuons d’améliorer ce système d’année en année pour obtenir de meilleurs résultats.
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Nouveau chantier sur la route Yaoundé-Douala

Le gouvernement vient d’attribuer un marché de 4,97 milliards de FCFA TTC à China First Highway Engineering Company Cameroun pour réaliser, pendant trois mois, des travaux d’entretien confortatif sur les 236 km reliant Yaoundé au pont sur la Dibamba.
Le voyageur qui emprunte régulièrement la Route nationale n°3 entre Yaoundé et Douala peut espérer, dans les prochaines semaines, des conditions de circulation moins éprouvantes. Le ministère des Travaux publics (MINTP) vient de lancer une nouvelle intervention sur cet axe qui concentre une grande partie des échanges économiques du pays. Par une décision du 20 juillet 2026, le marché a été attribué à China First Highway Engineering Company Cameroun (CFHEC). L’entreprise dispose de trois mois pour intervenir sur les 236 km reliant Yaoundé, au niveau du Poste central, au pont sur la Dibamba. Le marché, financé par le Budget d’investissement public (BIP) des exercices 2026 et 2027, s’élève à 4,97 milliards de FCFA TTC.
Le document du marché précise que le marché porte sur « l’exécution des travaux d’entretien confortatif de la Nationale n°3, section Yaoundé (Poste central)–Douala (pont sur la Dibamba) (236 km), dans les régions du Centre et du Littoral, phase 1 de la reconstruction de ce tronçon de la RN3 ». Cette formulation retient particulièrement l’attention. Depuis plusieurs années, les usagers attendent le lancement de la reconstruction complète de cette route, construite entre 1982 et 1986, dont l’état s’est fortement dégradé sous l’effet de l’augmentation du trafic, en particulier celui des poids lourds desservant le port de Douala.
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Par Paul TJEG
Source : Défis Actuels N°1131 du 07/08/2026
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Extrême-nord : BGFIBank Cameroun accélère son expansion et renforce son engagement sociétal à Kousséri

BGFIBank Cameroun choisit Kousséri pour renforcer l’inclusion financière dans le bassin du lac Tchad
L’ouverture d’une nouvelle agence bancaire constitue toujours un signal fort pour une économie locale. À Kousséri, cette réalité prend une dimension particulière. Située au carrefour des échanges entre le Cameroun, le Tchad et le Nigeria, la ville représente aujourd’hui l’un des principaux pôles commerciaux de l’Extrême-Nord.
C’est dans ce contexte que BGFIBank Cameroun a officiellement inauguré son agence « Hématite », nouvelle vitrine de son développement territorial. Cette implantation traduit la volonté de la banque de rapprocher davantage ses services des particuliers, des entreprises et des opérateurs économiques d’une région en pleine mutation. Baptisée du nom d’une pierre reconnue pour symboliser la force, la rigueur et la stabilité, l’agence Hématite incarne l’ambition de la banque de s’inscrire durablement dans le paysage économique régional. Elle propose une offre complète destinée aux commerçants, PME, grandes entreprises, administrations publiques et particuliers, avec un accent particulier sur les services digitaux et l’amélioration de l’expérience client.
Cette ouverture consolide également le maillage territorial de BGFIBank Cameroun dans l’Extrême-Nord où elle était déjà présente à Maroua. Plus largement, elle participe à la stratégie nationale de croissance engagée par l’établissement financier depuis plusieurs années. En quinze années de présence au Cameroun, la banque affiche un parcours marqué par une progression continue de ses activités.
Avec plus de 400 collaborateurs, plus de 150 projets financés et plus de 710 milliards de FCFA de total bilan, elle s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs du financement de l’économie nationale. Ses interventions couvrent notamment les secteurs de l’agriculture, des infrastructures, de l’énergie, de l’industrie et du commerce, avec plus de 100 000 emplois induits. Au-delà de l’ouverture d’une agence, cette implantation traduit la volonté de BGFIBank Cameroun d’accompagner la dynamique économique de Kousséri, véritable porte d’entrée des échanges sous-régionaux.
À Kousséri, BGFIBank Cameroun mise aussi sur l’éducation, l’eau potable et la santé

L’inauguration de l’agence Hématite n’a constitué que l’un des temps forts du séjour de BGFIBank Cameroun à Kousséri. En amont de cette cérémonie, la banque a déployé plusieurs actions sociales illustrant sa politique de responsabilité sociétale.
Première initiative : la remise de 300 tables-bancs destinées à plusieurs établissements scolaires de la localité. Cet appui vise à améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et à renforcer les capacités d’accueil des écoles bénéficiaires. La deuxième action concerne l’accès à l’eau potable. La banque a offert un forage moderne à l’École publique d’application bilingue de Kousséri. Cette réalisation s’inscrit dans le vaste programme « Les puits de l’Espoir », lancé à l’occasion des quinze ans de BGFIBank Cameroun et destiné à favoriser l’accès à l’eau dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord.
Le troisième volet touche au secteur de la santé avec la pose de la première pierre du futur service de pédiatrie de l’Hôpital régional annexe de Kousséri. Cet investissement contribuera à améliorer les capacités d’accueil et la qualité des soins destinés aux enfants, dans un établissement qui accueille en moyenne près de 2 000 patients par mois avec un taux d’occupation de 95 %. À travers ces initiatives, BGFIBank Cameroun entend démontrer que la performance économique peut aller de pair avec un engagement concret en faveur du développement humain.
Cette vision, portée par sa Direction générale et soutenue par la Fondation BGFIBank, place l’éducation, la santé et le développement communautaire au cœur de son action. Ces réalisations confèrent une portée particulière à l’arrivée de la banque à Kousséri. Elles témoignent d’une approche qui ne se limite pas aux services financiers, mais qui ambitionne d’accompagner durablement les territoires et les populations dans leur développement.
BGFIBank à Kousseri : Une empreinte sociale majeure saluée avec enthousiasme par les populations

Au-delà de son rôle d’acteur financier de premier plan dans la zone CEMAC, BGFIBank Cameroun démontre de manière éclatante sa volonté d’être une banque utile, solidaire et profondément ancrée dans les réalités locales. À l’occasion de l’inauguration de sa nouvelle agence « Hématite » dans la ville stratégique de Kousseri, chef-lieu du département du Logone-et-Chari, l’institution financière a déployé un programme d’actions sociétales d’une ampleur inédite, suscitant une ferveur populaire et une reconnaissance unanime au sein des communautés locales.
Dans une région confrontée à d’importants défis d’infrastructures et aux aléas climatiques, l’intervention de BGFIBank Cameroun s’attaque directement aux urgences prioritaires que sont l’éducation et la santé. Dans le secteur éducatif, la remise officielle de 300 tables-bancs flambant neufs à la Délégation Départementale de l’Éducation de Base — bientôt complétée par 300 autres unités — apporte une réponse concrète au déficit d’équipements dans six établissements scolaires de la localité. Désormais, des centaines d’élèves quittent le sol pour étudier dans des conditions de dignité et de confort indispensables à la réussite scolaire. Parallèlement, la dotation d’un forage moderne à l’École Publique d’Application Bilingue s’inscrit dans le cadre du projet structurant « Les Puits de l’Espoir », visant à implanter 100 forages dans le Grand-Nord.
En garantissant un accès permanent à une eau saine et consommable, cette initiative préserve la santé des apprenants et soulage le quotidien des enseignants. Sur le plan sanitaire, la pose de la première pierre du Centre de Nutrition Thérapeutique Intégrée et du Service de Pédiatrie de l’Hôpital Régional Annexe de Kousseri marque un tournant décisif. Face au fort taux d’occupation de cette structure sanitaire cruciale qui accueille plus de 2 000 patients par mois, la rénovation globale et l’équipement du bloc pédiatrique offriront un environnement médicalisé décent pour la prise en charge des enfants malnutris et préviendront la mortalité infantile.
L’arrivée de BGFIBank à Kousseri a ainsi été accueillie dans une atmosphère de fête et d’espoir. Les autorités administratives, traditionnelles, les enseignants, le corps médical et les habitants ont exprimé une vive gratitude envers la direction de la banque. En unissant performance économique et responsabilité sociale, BGFIBank Cameroun scelle un pacte de confiance durable avec les populations du Logone-et-Chari.
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Face à la baisse des prix, le cacao camerounais regarde vers le Nigeria

Le gouvernement camerounais lance officiellement, ce 6 août à Yaoundé, la campagne cacaoyère 2026-2027 dans un contexte bien différent de celui des deux précédentes saisons. Les prix mondiaux corrigent après les records atteints en 2023 et 2024. Le ministère du Commerce parle d’un « retournement de cycle majeur » et cherche déjà de nouveaux relais de croissance pour la filière.
Cette nouvelle campagne s’ouvre également dans le prolongement du sommet d’Abuja. Les quatre principaux producteurs africains de cacao — la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cameroun et le Nigeria — y ont affiché une ambition commune : transformer davantage leurs fèves sur le continent afin de capter une part plus importante de la valeur ajoutée. À eux seuls, la Côte d’Ivoire et le Ghana fournissent près de 60 % de la production mondiale. Avec le Cameroun et le Nigeria, ils constituent un ensemble capable d’influencer durablement le marché international. Pourtant, l’Afrique ne capte encore qu’une faible part des revenus générés par une industrie mondiale du chocolat évaluée à plus de 100 milliards de dollars par an.
Dans cette stratégie, la Zone de libre-échange continentale africaine ouvre de nouvelles perspectives. Le marché africain de 1,4 milliard de consommateurs pourrait progressivement absorber une partie croissante des produits transformés localement.
LE NIGERIA AU CŒUR DE LA NOUVELLE STRATÉGIE
C’est dans cette logique que le ministère du Commerce met désormais le Nigeria au premier plan. Le voisin de l’ouest réunit plusieurs atouts. Avec près de 245 millions d’habitants et une capacité annuelle de transformation estimée à 150 000 tonnes, il représente un marché régional d’une toute autre dimension. Le Cameroun entend également capitaliser sur sa propre montée en puissance industrielle.
Les chiffres de l’ONCC illustrent cette évolution. En une seule campagne, les volumes transformés localement ont progressé de près de 28 %, atteignant 109 431 tonnes. Cette progression conforte l’ambition des autorités de faire de la transformation un levier de création de valeur. Le ministère estime par ailleurs que les capacités industrielles installées avoisinent désormais 250 000 tonnes, soit entre 70 et 80 % des volumes produits ces dernières années.
« À ceci vient se greffer le nouveau débouché pour le cacao camerounais que constitue le marché voisin du Nigeria », souligne le communiqué du Mincommerce. L’objectif est de réduire la dépendance envers les marchés européens tout en développant les échanges régionaux.
UN MARCHÉ QUI EXISTE DÉJÀ
Le Nigeria n’est pourtant pas une découverte pour les exportateurs camerounais. Les enquêtes réalisées par l’Institut national de la statistique montrent que les échanges commerciaux sont déjà particulièrement importants. En 2024, la demande nigériane dans les exportations informelles atteint 64,8 milliards de FCFA. Le pays capte ainsi 30,8 % des exportations informelles du Cameroun.
Le cacao en fèves domine largement ces flux. Il représente 41,4 milliards de FCFA, soit près des deux tiers des recettes générées par les échanges avec le Nigeria. En un an, ces ventes progressent de 145,6 %. Ces chiffres montrent que le potentiel commercial existe déjà. Mais ils révèlent aussi une autre réalité : une part importante des échanges échappe encore aux circuits officiels.
DE LA FRAUDE AU COMMERCE ORGANISÉ
Cette situation avait conduit le gouvernement à durcir le ton. Lors de la campagne 2022-2023, les autorités avaient évalué à près de 70 milliards de FCFA les pertes liées aux exportations frauduleuses de cacao vers le Nigeria. Luc Magloire Mbarga Atangana avait alors interdit les exportations de fèves vers le pays voisin avant de mettre en place un dispositif renforcé de contrôle des sorties terrestres, maritimes et aériennes.
Depuis, la situation évolue progressivement. Selon l’ONCC, le Nigeria est devenu, durant la campagne 2024-2025, le premier importateur africain de cacao camerounais avec 2 100 tonnes officiellement achetées. Ce volume reste modeste au regard des 192 013 tonnes exportées par le Cameroun au total, mais il témoigne d’un début de formalisation des échanges jusque-là largement dominés par les circuits informels.
UNE AMBITION ENCORE SANS VÉRITABLE FEUILLE DE ROUTE
C’est ici que le discours officiel montre ses limites. Le ministère présente le Nigeria comme un nouveau débouché stratégique. Mais à ce stade, aucun contrat commercial n’est annoncé entre transformateurs nigérians et opérateurs camerounais. Aucun engagement d’achat n’est communiqué. Aucun objectif d’exportation n’est fixé. Aucun calendrier de montée en puissance n’est présenté.
Autrement dit, l’opportunité est réelle. Sa traduction commerciale reste à construire. La réussite du projet dépendra aussi d’éléments très concrets. Les infrastructures devront permettre un acheminement régulier des marchandises. Les procédures douanières devront être simplifiées. Les opérateurs devront satisfaire aux exigences réglementaires nigérianes tout en faisant face à la concurrence des autres producteurs de la sous-région.
Dans cette perspective, l’ONCC poursuit la réorganisation de la filière. Le 13 janvier 2026, son directeur général, Michael Ndoping, a réuni exportateurs, Douanes et autorités administratives afin d’améliorer la coordination des échanges avec le Nigeria. Les travaux accompagnent la mise en œuvre de nouveaux textes conformes à la Zone de libre-échange continentale africaine. L’Office accélère également le déploiement du Système national de traçabilité unifié du cacao, destiné à répondre aux nouvelles exigences internationales, notamment européennes, tout en sécurisant les exportations vers les marchés voisins.
UNE PROMESSE À CONFIRMER
Le ministère lie directement cette stratégie à une meilleure rémunération des producteurs. « L’élément nouveau, qui pourrait être déterminant pour l’amélioration du prix au producteur, est la montée en puissance de la transformation locale », affirme le communiqué.
Les performances enregistrées en 2024-2025 semblent conforter cette orientation. La progression simultanée de la production commercialisée, de la transformation industrielle et de la valeur des exportations montre que le Cameroun dispose désormais d’une base productive plus solide qu’auparavant. Reste à savoir si cette dynamique pourra être maintenue dans un contexte de repli des cours internationaux.
Le ministère estime que la combinaison entre la montée en puissance de l’industrie locale et l’ouverture du marché nigérian permettra de mieux valoriser le cacao camerounais. La campagne 2026-2027 devra ainsi « tirer pleinement avantage de ce nouveau contexte » grâce à « un dialogue structuré, transparent et responsable entre les différents maillons de la chaîne ».
Le Nigeria constitue incontestablement une opportunité commerciale. Les flux existent déjà et tendent à se formaliser. Les performances records enregistrées lors de la campagne 2024-2025 montrent que la filière camerounaise dispose d’atouts industriels et commerciaux renforcés. Mais le passage d’un marché largement informel à un véritable partenariat commercial reposera sur des contrats, des infrastructures, des règles communes et des volumes d’échanges mesurables. C’est sur ces résultats, plus que sur les annonces, que se mesurera le succès de cette nouvelle stratégie.
Il faut le rappeler, Selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), le Cameroun a enregistré, au terme de la campagne 2024-2025 achevée le 15 juillet 2025, une production commercialisée historique de 309 518 tonnes, un niveau jamais atteint jusque-là. Les exportations ont progressé à 192 013 tonnes, contre 185 613 tonnes lors de la campagne précédente, tandis que la transformation industrielle a bondi de 85 672 à 109 431 tonnes, soit une hausse de 23 759 tonnes. Cette dynamique s’est traduite par une valeur FOB record de 1 410,85 milliards de FCFA, contre 737,7 milliards de FCFA un an plus tôt, soit un gain de plus de 673 milliards de FCFA. Les prix payés aux producteurs sont restés particulièrement rémunérateurs, oscillant entre 3 210 FCFA et 5 400 FCFA le kilogramme, après une campagne précédente marquée par une volatilité exceptionnelle où ils avaient fluctué entre 1 150 FCFA et 6 300 FCFA/kg.
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