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Friperie : grand producteur de coton, le Cameroun tire pourtant les importations de la Cemac à 80 milliards de FCFA par an

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Friperie : grand producteur de coton, le Cameroun tire pourtant les importations de la Cemac à 80 milliards de FCFA par an
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(Investir au Cameroun) – Chaque année, les importations de friperie – vêtements et autres accessoires d’habillement usagés – coûtent en moyenne 80 milliards de FCFA aux six pays de la Cemac – Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA – selon le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Il s’agit de l’institut d’émission commun aux pays de cet espace communautaire.

« Dans la Cemac, nous sommes 60 millions. Si nous développons les capacités industrielles dans le textile pour habiller les 60 millions d’habitants, nous allons épargner presque 100 milliards de FCFA par an. Ce sont 80 milliards de FCFA d’importations de friperie que nous économiserons », a indiqué Yvon Sana Bangui le 17 juin 2025 à Yaoundé. S’exprimant lors de la « Finance Week », plateforme de rencontres et d’échanges entre acteurs du monde de la finance, le gouverneur de la BEAC dénonçait ainsi la pression que les importations massives de biens et services exerce sur les réserves en devises de la Cemac.

La Cemac se déleste ainsi chaque année de 80 milliards de FCFA pour importer les vêtements et autres accessoires d’habillement usagés, alors que le Cameroun et le Tchad, et dans une moindre mesure la RCA, sont producteurs de coton, matière première de l’industrie de l’habillement. En 2021, par exemple, la production cumulée de coton graine de ces trois pays a atteint 465 300 tonnes, selon l’Indice composite des cours des produits de base (ICPPB) publié par la BEAC.

Contrebande du textile

A en croire la même source, le Cameroun, à lui tout seul, a assuré 73,4 % de cette production, soit près de 350 000 tonnes en valeur absolue. Contre 123 100 tonnes pour le Tchad – 26,4% -et seulement 1 300 tonnes pour la RCA – 0,3% – détaille la banque centrale. Cependant, bien que disposant d’une usine de transformation du coton, le Cameroun exporte pratiquement toute sa production d’or blanc à l’état brut.

Officiellement, seulement 5% de cette production locale est transformée par la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam), qui ne contrôle qu’environ 5% du marché de la chaîne coton-textile-confection. La faute à l’invasion du marché camerounais par les produits de contrebande provenant de la Chine et de l’Afrique de l’Ouest, et aux importations massives des produits de la friperie, soutiennent aussi bien les acteurs de la filière que le gouvernement.

A titre d’illustration, en 2023, les importations de friperie du Cameroun ont totalisé 61 221 tonnes, pour une dépense de 30,2 milliards de FCFA. Sur la foi de ces données révélées par le rapport de l’Institut national de la statistique (INS) sur le commerce extérieur, le Cameroun cumule tout seul près de 35% des importations de friperie de la Cemac.

50% du coton à transformer localement.

Au demeurant, bien que le volume des importations de friperie soit reparti à la hausse au Cameroun en 2023, après une baisse de 13% en 2022 – 59 431 tonnes contre 68 818 tonnes en 2021 – l’on observe une réduction continue des coûts de ces importations depuis des années. Selon les données émanant aussi bien de l’INS que du ministère du Commerce, les importations de friperie dans le pays ont diminué de 13,6 milliards de FCFA entre 2015 et 2023 (9 ans), passant de 43,8 milliards de FCFA à seulement 30,2 milliards de FCFA.

En remontant davantage dans le temps, la diminution de la valeur des importations des produits de friperie au Cameroun est encore plus importante. À en croire les données gouvernementales, ces importations sont par exemple ressorties à 67 milliards de FCFA en 2008, puis à 97 milliards de FCFA en 2011.

Afin de reprendre la main sur sa filière coton-textile-confection, et ainsi réduire les importations de friperie, le Cameroun l’a inscrite dans sa Stratégie nationale de développement 2020-30 (SND30). Ce nouveau cadre de référence de la politique de développement du pays, qui ambitionne de transformer structurellement l’économie nationale, prévoit d’augmenter la production cotonnière à 600 000 tonnes/an, et d’en transformer localement 50% à l’horizon 2030.

Brice R. Mbodiam

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