Centre du Cameroun — À Ndikinemeki, petite commune paisible en apparence située dans la région du Centre, la tension a explosé en un éclair de violence communautaire. Depuis ce week-end, plusieurs dizaines de familles camerounaises d’expression anglophone ont été brutalement chassées de leurs habitations. Leurs maisons ont été incendiées, leurs biens réduits en cendres.
Une chasse organisée contre les anglophones
Les faits remontent à quelques jours, mais les stigmates sont encore visibles. Installées depuis une vingtaine d’années dans la localité, ces familles venues des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’auraient rien vu venir. Selon plusieurs témoignages concordants, l’opération aurait été orchestrée par certains chefs traditionnels locaux, à la tête de milices improvisées composées de quelque 400 hommes.
Le mot d’ordre ? Faire partir les anglophones, à tout prix. « Ils sont venus à l’aube, armés de machettes et de gourdins. Ils ont crié qu’on n’était plus les bienvenus ici. On a fui avec ce qu’on pouvait », raconte un père de famille rencontré ce lundi matin à la préfecture de Bafia, où plusieurs victimes sont venues demander justice.
Des actes de xénophobie sous silence ?
Derrière ces violences, se cache une réalité plus sombre : un climat de xénophobie latent qui refait surface à la faveur des tensions identitaires. Dans un pays officiellement bilingue, le fossé entre les communautés anglophone et francophone reste béant, malgré les discours d’unité nationale. À Ndikinemeki, ce sont des Camerounais comme les autres qui ont été ciblés, uniquement pour leur langue et leur origine régionale.
« Nous vivions ici depuis des années, nous avions des champs, des commerces, nos enfants allaient à l’école. Pourquoi maintenant ? » interroge une mère de famille, encore sous le choc.
Une réaction timide des autorités
Pour l’heure, les autorités locales n’ont pas encore communiqué officiellement sur ces événements. À la préfecture de Bafia, les rescapés ont exprimé leur colère et leur incompréhension. « On veut rentrer chez nous, reconstruire nos maisons, mais on a besoin de sécurité. Qui nous protège maintenant ? » lance un autre déplacé.
Alors que les tensions liées à la crise anglophone persistent dans l’ouest du pays, ces violences à Ndikinemeki sonnent comme un avertissement inquiétant : la fracture ne se limite plus aux seules zones de conflit.
