À Buea, dans le sud-ouest du Cameroun, la tension monte. Les jeunes du village d’Ewonda ont manifesté jeudi 24 avril contre l’accaparement de leurs terres ancestrales. En cause : un chef autoproclamé, Paul Tonga Molua, accusé de s’allier à des autorités pour s’approprier des centaines d’hectares.
Sur place, un bulldozer protégé par des gendarmes s’affairait à tracer des routes sur des champs cultivés. Les manifestants ont réussi à arrêter les travaux, malgré les intimidations. « C’est notre survie qu’on détruit ! », lance un jeune, montrant les plantations de maïs, bananes et palmiers à huile saccagées.
Un chef contesté et une frontière qui divise
Paul Tonga Molua se dit chef de « Lower Ewonda », un village que les habitants assurent ne pas exister. « Il a inventé cette histoire il y a quelques années », explique Efome Ferdinand Motutu, porte-parole des jeunes. Problème : la zone qu’il revendique se situe en plein cœur d’Ewonda, selon les villageois.
Tout a basculé avec la construction d’une route reliant Buea à Bonakanda. Des familles ont quitté l’intérieur des terres pour s’installer près de la voie, laissant derrière elles des champs aujourd’hui convoités. « Nos parents cultivent ici depuis toujours. Ces terres nourrissent plus de 20 familles ! », insiste Ferdinand.
Justice bafouée, colère légitime
Pire : un tribunal de Buea avait pourtant interdit les travaux en 2023. Mais Paul Tonga Molua aurait ignoré l’ordonnance. « On est pacifiques, mais là, ça dépasse les limites », prévient le jeune leader. Jeudi, la confrontation a failli virer au drame quand les gendarmes ont tenté de disperser le groupe. Finalement, le bulldozer a plié bagage sous les cris des manifestants.
Le gouverneur dans le collimateur
Les jeunes pointent aussi du doigt Bernard Okalia Bilai, gouverneur de la région. « Il est censé administrer, pas devenir propriétaire terrien ! », s’indignent-ils. Selon eux, le haut fonctionnaire aurait acquis illégalement des parcelles via le chef Tonga. Une accusation que MMI n’a pas pu vérifier.
« Lower Ewonda n’existe pas »
Contacté, le frère de Paul Tonga Molua prend ses distances : « Je n’ai jamais soutenu son intronisation ». Une prise de position qui n’apaise pas les esprits. « Qu’ils reviennent, on sera prêts », prévient Ferdinand.
Pour l’instant, les travaux sont stoppés. Mais les habitants guettent : le bulldozer aurait déjà empiété sur Bova, un village voisin. Preuve, selon eux, que l’appétit des accapareurs ne connaît pas de frontières.














