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Cybersécurité : Les cyberattaques ont bondi de 91 % en 2024 au Cameroun

Dans une atmosphère empreinte de solennité, Mohamadou Saoudi, secrétaire général du ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel), a ouvert le 13 février dernier à Yaoundé, la Conférence KNext 2025 consacrée à la sensibilisation aux vulnérabilités et aux méthodes de protection des systèmes d’information. Cet événement a rassemblé des experts en cybersécurité, des décideurs politiques, des chefs d’entreprises et des professionnels du numérique.
Ce rendez-vous intervient dans un contexte où la transformation numérique progresse à une vitesse fulgurante, la question de la cybersécurité est devenue un enjeu majeur. En 2024, selon l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART), le Cameroun comptait plus de 10 millions d’internautes, avec un taux de pénétration Internet de 45 %. Cet établissement public dirigé par le Pr Philémon Zoo Zame observe que l’accroissement des transactions en ligne, du cloud computing et du télétravail amplifie la vulnérabilité des entreprises et des institutions publiques face aux cyberattaques. Le Cameroun, comme de nombreux autres pays, doit faire face à des menaces croissantes telles que le piratage de données, les rançongiciels et les attaques par déni de service. Ces menaces ne touchent pas seulement les entreprises, mais également les administrations publiques, mettant en péril la confidentialité des informations sensibles et la continuité des services essentiels. L’intervention des spécialistes de Kaspersky, entreprise mondialement reconnue dans le domaine de la cybersécurité, a permis de dresser un constat alarmant sur l’évolution des cyberattaques et la sophistication croissante des méthodes employées par les hackers.
D’après Kaspersky, les attaques exploitant des failles de sécurité ont presque doublé en un an au Cameroun, passant de plus de 174 000 en 2023 à près de 334 000 en 2024, soit une hausse de 91 %. « Face à cette menace cybernétique croissante, les entreprises et institutions camerounaises doivent adopter une approche proactive en matière de cybersécurité. L’engagement du Minpostel dans le KNext Yaoundé 2025 est un signal fort de la nécessité d’une mobilisation collective face aux cyberattaques », a déclaré Gladys Salmouth, Responsable Communication Corporate Afrique Centrale et de l’Ouest chez Kaspersky. « Aujourd’hui, les cybercriminels utilisent l’intelligence artificielle pour perfectionner leurs attaques et contourner les systèmes de protection les plus robustes. Face à cela, la prévention et l’anticipation deviennent des priorités absolues », a expliqué un expert de la firme. Cinq exposés ont rythmé ce rendez-vous, portant notamment sur l’évolution de la menace cybernétique au sein des entreprises camerounaises, le processus d’une cyberattaque, et le « Threat Intelligence pour Firewall », qui consiste à renforcer les capacités de cybersécurité des pares-feux avec la threat intelligence de dernière génération Kaspersky, offrant des flux complémentaires à des tarifs compétitifs.
LA PRÉVENTION, UNE ARME REDOUTABLE
Parmi les stratégies mises en avant lors de cette conférence, la sensibilisation des utilisateurs a été identifiée comme un levier essentiel. Trop souvent, les failles de sécurité proviennent de comportements humains inappropriés : mots de passe faibles, méconnaissance des risques liés aux emails de phishing, négligence dans la mise à jour des logiciels. « La cybersécurité ne doit pas être perçue comme une simple affaire de techniciens. Chaque utilisateur est un maillon de la chaîne et doit adopter les bonnes pratiques », a souligné un intervenant. Parmi les autres mesures préventives mises en avant, on peut citer l’adoption de solutions de sécurité avancées telles que les pare-feux, les antivirus performants et les systèmes de détection d’intrusion, la mise en place de politiques de sécurité solides incluant des audits réguliers et des protocoles de gestion des incidents, ainsi que le renforcement de la collaboration entre les administrations, les entreprises et les experts en cybersécurité pour un partage efficace des connaissances et des meilleures pratiques.
L’IA ET LE BIG DATA : ATOUTS OU MENACES ?
L’un des moments forts de la conférence a été l’exploration du rôle grandissant de l’intelligence artificielle et du Big Data dans la cybersécurité. Si ces technologies offrent des opportunités inédites pour renforcer la détection des cyberattaques et analyser les comportements suspects, elles sont également exploitées par les cybercriminels. « Les deepfakes et les campagnes de phishing personnalisées, alimentées par l’IA, rendent la fraude numérique encore plus difficile à contrer », a mis en garde un analyste en sécurité informatique. Le Cameroun doit ainsi redoubler d’efforts pour intégrer ces avancées technologiques tout en renforçant la protection des données personnelles. La mise en place de réglementations strictes et de cadres juridiques adaptés à ces nouvelles réalités est un passage obligé.
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DÉPÔTS ET CONSIGNATIONS : 162,3 milliards de FCFA encaissés, 30,5 milliards restitués en quatre ans par la CDEC au Cameroun

Au cours d’une rencontre avec la presse à Yaoundé, le 30 octobre dernier, la Caisse des Dépôts et Consignations a présenté le bilan de l’institution depuis janvier 2023 et ses objectifs à fin 2028.
Ce 30 octobre 2026, au Concord International Hôtel, Richard Evina Obam, directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), a réuni les hommes de médias et les influenceurs autour d’un déjeuner de presse pour dresser le bilan de près de quatre ans d’activité. Il en ressort, en quelques chiffres, que depuis la nomination des dirigeants, le 20 janvier 2023, et jusqu’au 30 septembre 2026, l’institution a encaissé 162,3 milliards de FCFA, dont 114,3 milliards de transferts historiques et 48,0 milliards de consignations nouvelles. Elle en a restitué 30,5 milliards aux bénéficiaires, soit 18,8 % des encaissements cumulés. L’écart laisse un encours de 131,8 milliards de FCFA.
La courbe s’est dessinée par paliers : 1,5 milliard de FCFA en 2023, 67,7 milliards en 2024 sous l’effet des transferts historiques, 51,7 milliards en 2025, puis 41,5 milliards sur les neuf premiers mois de 2026. Les restitutions suivent : 0,7 milliard en 2024, 15,9 milliards en 2025 et déjà 13,9 milliards à fin septembre 2026. La CDEC précise que ces encaissements sont bruts des restitutions et que le chiffre de 2026 n’est pas extrapolé à l’année pleine.
Le cadre juridique a été posé en deux temps. En décembre 2023, un décret du Premier ministre et deux arrêtés du ministre des Finances ont organisé les déclarations, les transferts et les circuits comptables, tandis qu’une convention du 15 décembre a confié aux comptables du Trésor, comme préposés de la CDEC, les opérations de dépôt, de retrait, de consignation et de déconsignation. En novembre 2024, un décret a prévu la prescription au profit de l’État des fonds non réclamés après trente ans, et un arrêté a ouvert à la CDEC les titres de créance et de capital.
Sur le terrain, les résultats varient selon les secteurs. Le premier transfert de masse, en octobre 2023, est venu d’une compagnie d’assurance. MTN et Orange ont transféré leurs stocks historiques de cautions et signé des conventions. Dans l’eau et l’électricité, CAMWATER et ENEO contestent la qualification des cautions versées par les abonnés, qu’ils décrivent comme des avances sur consommation, et un arbitrage a été sollicité.
Les placements ont pris le relais à partir de décembre 2024. Les volumes nominaux transigés sont passés de 9 milliards de FCFA ce mois-là à 60 milliards en 2025, puis 61,2 milliards en 2026 à date. Plus de 80 % de ce volume concerne des titres de l’État du Cameroun, bons et obligations du Trésor assimilables et emprunts obligataires, avec une ouverture en 2026 à d’autres États de la CEMAC. Le rendement indicatif ressort à environ 6 % en 2025 et 6,5 % en 2026. La CDEC a ainsi reçu du ministère des Finances, en 2025, le prix du meilleur investisseur institutionnel du marché des titres publics.
Reste la question des transferts, que la CDEC désigne comme le principal frein à la mobilisation : selon elle, certains détenteurs sont réticents à se dessaisir des fonds. Elle recense plus d’une centaine de dossiers pendants devant les juridictions, dont 101 où elle est défenderesse. Certaines banques et plusieurs compagnies d’assurance y contestent des mesures de transfert ou de recouvrement. De son côté, l’institution a engagé 16 procédures devant la Cour de justice de la CEMAC, le TGI du Mfoundi et le Tribunal criminel spécial. Selon elle, ces procédures ne préjugent pas des décisions à intervenir et la concertation se poursuit avec quatorze banques sur dix-huit. En 2025, les banques poursuivies ont transféré 11,7 milliards de FCFA.
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L’horizon est fixé à fin 2028 : un stock de ressources de 525 milliards de FCFA, contre une base stratégique d’environ 100 milliards à fin 2025, avec des étapes de 150 milliards en 2026 et 262,5 milliards en 2027. La CDEC vise plus de 20 % de placements hors titres publics camerounais, un rendement moyen supérieur à 3 % sur l’ensemble des ressources et 30 milliards de FCFA cumulés pour le développement économique, dont 5 milliards pour un projet pilote en faveur des PME portées par des jeunes et des femmes.
Elle annonce aussi un délai de restitution de dix jours ouvrables au plus, tenu dans tous les cas dès janvier 2027. Le projet DIASDEV, conduit avec l’AFD et Expertise France, prépare une épargne réglementée pour la diaspora et les résidents. Plaidoyer de haut niveau, partenariats structurés avec les détenteurs, recouvrement renforcé et au moins trois nouvelles catégories de ressources : tels sont les moyens annoncés.
Richard Evina Obam a indiqué que cette responsabilité impose à l’institution « une exigence permanente de rigueur, de bonne gouvernance et de transparence ». Évoquant les interrogations suscitées par certaines questions institutionnelles et réglementaires, « notamment dans le contexte des échanges avec la BEAC et la COBAC », il a dit vouloir « favoriser un dialogue constructif, dans lequel chacun peut exercer pleinement ses responsabilités ».
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RICHARD EVINA OBAM, Directeur général de la CDEC
« Concilier la sécurité des ressources, la qualité de leur gestion et l’utilité économique et sociale de leur mobilisation »
« La Caisse des Dépôts et Consignations est une institution financière publique investie d’une mission d’intérêt général. Sa vocation est de recevoir, de sécuriser et de gérer les dépôts et consignations qui lui sont confiés, ainsi que de contribuer à la mobilisation des ressources susceptibles de soutenir le développement économique et social de notre pays, dans le respect de ses attributions et du cadre réglementaire applicable.
La particularité de notre institution réside notamment dans sa vocation de long terme. Dans un contexte où les besoins de développement exigent des ressources pérennes, une gestion prudente et une vision durable, la CDEC a vocation à apporter une contribution spécifique à l’architecture financière nationale.
Ses missions revêtent ainsi une importance particulière pour notre économie. La première concerne la réception et la conservation sécurisée des dépôts et consignations. Cette responsabilité repose sur une exigence fondamentale : préserver la confiance des déposants et assurer une gestion rigoureuse des ressources confiées à l’institution.
La deuxième porte sur la gestion de fonds pour le compte de tiers, dans le respect des principes de prudence, de sécurité et de transparence. Elle exige une gouvernance solide, des mécanismes de contrôle appropriés et une attention constante à la préservation des ressources.
La troisième mission concerne la contribution au financement du développement, notamment à travers l’accompagnement de projets d’intérêt général, dans les domaines relevant des attributions de la CDEC. Les infrastructures, l’habitat, le développement local et le soutien à l’activité économique constituent autant de secteurs dans lesquels des ressources financières judicieusement mobilisées et orientées peuvent contribuer à la transformation de notre pays.
Enfin, la CDEC a vocation à accompagner les politiques publiques, en complémentarité avec l’État, les collectivités territoriales et les autres acteurs du système financier.
Ces différentes missions traduisent une ambition essentielle : faire de la Caisse des Dépôts et Consignations un instrument au service de la mobilisation des ressources, de la confiance financière et du développement du Cameroun.
En assurant une gestion rigoureuse des fonds qui lui sont confiés, notre institution contribue à renforcer la confiance dans les mécanismes financiers publics. Par sa vocation d’investisseur de long terme, elle peut également participer, dans le cadre de ses missions, à la recherche de solutions de financement adaptées aux besoins de développement du pays.
L’enjeu est donc de concilier la sécurité des ressources, la qualité de leur gestion et l’utilité économique et sociale de leur mobilisation. »
Par Bonaventure TCHOUANGE
Défis Actuels du 03/11/2026
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Budget des CTD en 2027 : Ces secteurs qui vont tirer l’économie vers le haut

Une planification a été faite dans une lettre-circulaire conjointe du ministère des Finances et celui du Développement local.
Selon les prévisions de la lettre-circulaire conjointe du ministère en charge des Finances et celui du Développement local du 29 octobre 2026, en 2027, la croissance économique au Cameroun devrait être portée par les entreprises relevant de toutes les branches socio-économiques mais principalement celles du secteur primaire.
En ce qui concerne les entreprises des secteurs secondaires et tertiaires, elles favorisent généralement dans les Collectivités territoriales décentralisées (CTD) où elles sont impliquées, le développement d’activités économiques induites où elles sont implantées. Par secteur d’activités, les estimations et prévisions de croissance dans les différentes ranches concernées se présentent comme suit :
Secteur primaire
Dans le secteur sylviculture et exploitation forestière, le taux de croissance devrait passer de 2,5% en 2026 à 2,4% en 2027. Pour ce qui est de la pêche et de la pisciculture, l’on devrait passer de 3,4% à 3,6% sur la même période. Elevage et chasse (4,4% et 4,5%), agriculture des produits vivriers (3,7% et 4,0%) et agriculture industrielle et exportation (0,3% et 2,3%).
Secteur secondaire
Bâtiment et travaux publics (4,7% et 5,3%). Autres industries manufacturières (3,7% et 5,0%), production et distribution d’électricité (5,7% et 6,2%), industrie agro-alimentaires (4,2% et 4,5%), production et distribution d’eau et assainissement (3,2% et 4,6%).
Secteur tertiaire
Commerce et réparation de véhicules (2,8% et 3,2%), transport entrepôts et communications (4,9% et 4,9%), restauration et hôtels (6,3% et 5,4%), éducation (5,3% et 5,5%) et santé et action sociale (3,0% et 3,2%).
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Cameroun / fiscalité : le gouvernement veut généraliser la taxation en temps réel

Le ministère des Finances prépare la généralisation d’un dispositif de collecte automatique de certains impôts au moment des transactions. Évalué à 39 milliards de FCFA par les services de programmation budgétaire, ce projet vise à sécuriser les recettes fiscales, à réduire les possibilités de fraude et à démultiplier le rendement de l’impôt.
Le Cameroun envisage de consacrer environ 39 milliards de FCFA à la mise en œuvre de son système de taxation en temps réel. Ce montant figure dans le recueil des recommandations issues des conférences élargies de programmation budgétaire, publié le 27 octobre 2026 par la Direction générale du Budget (DGB). Les services de programmation recommandent au ministère des Finances de réaffecter prioritairement à ce projet une partie des ressources supplémentaires prévues au budget d’investissement public. L’opération doit permettre à l’administration fiscale de prélever certains impôts directement lors des transactions, au lieu d’attendre leur déclaration et leur paiement périodiques par les contribuables.
Dans le document consulté par Défis Actuels, la DGB recommande au ministère des Finances de « revoir à la hausse le BIP par rapport à l’exercice précédent », en privilégiant le projet de taxation en temps réel, « dont l’enveloppe globale est estimée à environ 39 milliards de FCFA ». Cette recommandation intervient dans le cadre de la préparation du budget 2027 et du Cadre de dépenses à moyen terme 2027-2029. Le projet est également rattaché aux programmes de financement axés sur les résultats, désignés par l’acronyme PforR.
L’enveloppe annoncée donne une dimension financière à une réforme fiscale engagée dès 2026. Son coût prévisionnel représente près de quatre fois les 10 milliards de FCFA initialement inscrits dans le budget 2026 pour la poursuite de la modernisation du système d’information fiscale, selon les documents budgétaires. Le financement du nouveau dispositif devra notamment accompagner l’automatisation de la collecte, la transmission des données et l’adaptation des systèmes informatiques utilisés par l’administration et les contribuables.
PRÉLEVER L’IMPÔT AU MOMENT DE LA TRANSACTION
La taxation en temps réel a été introduite par l’article L8 sexies du Livre des procédures fiscales, dans le cadre de la loi de finances 2026. Elle concerne les impôts, droits et taxes dont l’assiette et le recouvrement peuvent être automatisés. Son principe consiste à déclencher la perception de l’impôt au moment où intervient l’opération taxable, grâce à des dispositifs électroniques agréés ou homologués par l’administration.
Dans l’exposé des motifs de la loi de finances 2026, le gouvernement explique que le régime déclaratif traditionnel entraîne « un décalage temporel entre le fait générateur de l’impôt et sa perception effective par le Trésor public ». Ce délai, parfois supérieur à un mois, expose les recettes fiscales aux risques de sous-déclaration, de dissimulation des transactions et de manipulation des crédits d’impôt. Le nouveau mécanisme doit permettre de réduire cet intervalle entre l’activité économique et l’encaissement des ressources publiques.
Le dispositif repose notamment sur l’émission de factures normalisées et leur transmission immédiate à l’administration fiscale. Les opérations enregistrées pourront être rapprochées automatiquement des obligations fiscales correspondantes. Le gouvernement prévoit ainsi de renforcer les contrôles électroniques et de réduire les possibilités de modification des données après la réalisation des transactions. Selon l’exposé des motifs, « le régime de taxation en temps réel repose sur la collecte instantanée et automatisée de l’impôt au moment de la transaction ». Cette évolution pourrait transformer les procédures de déclaration et de paiement des entreprises, particulièrement dans les secteurs où les transactions sont nombreuses et où les risques de sous-déclaration sont élevés.
DE NOUVELLES OBLIGATIONS POUR LES ENTREPRISES
Pour les entreprises, la réforme implique une adaptation des systèmes de facturation, de comptabilité et de paiement. Les équipements et logiciels utilisés devront permettre l’enregistrement des opérations taxables et la transmission sécurisée des informations à l’administration. Les entreprises disposant de systèmes informatiques intégrés pourraient être amenées à développer des interfaces avec la plateforme fiscale, tandis que les plus petites structures devront accéder à des solutions compatibles avec leurs moyens.
Les modalités techniques seront déterminantes pour les commerçants, les prestataires de services et les entreprises industrielles. Le fonctionnement du dispositif devra notamment tenir compte des annulations de transactions, des avoirs, des remboursements et des opérations donnant droit à déduction ou à crédit d’impôt. La loi prévoit déjà que les crédits d’impôt et les excédents de versement pourront faire l’objet d’une imputation, d’une restitution ou d’un remboursement selon les règles fiscales applicables.
Le gouvernement a retenu une mise en œuvre progressive. L’exposé des motifs précise que « les modalités techniques, les secteurs concernés et les spécifications des dispositifs seront déterminés par arrêté du Ministre chargé des Finances ». Cette approche doit permettre d’adapter les obligations aux caractéristiques des activités économiques et aux capacités des entreprises.
La réforme pourrait également modifier les relations entre les contribuables et les services fiscaux. La disponibilité immédiate des données de transaction faciliterait les rapprochements comptables et les contrôles ciblés. Elle pourrait aussi réduire certaines interventions manuelles dans la liquidation et le recouvrement des impôts, à condition que les plateformes informatiques fonctionnent de manière fiable et que les procédures de rectification soient accessibles.
UNE RÉFORME INSCRITE DANS LA STRATÉGIE DE MOBILISATION DES RECETTES
La taxation en temps réel figure parmi les mesures retenues pour renforcer les recettes fiscales non pétrolières. Dans son rapport de mars 2026, le Fonds monétaire international indique que les autorités camerounaises prévoient de porter ces recettes de 3 895 milliards de FCFA en 2025 à 4 331 milliards en 2026. Cette progression repose sur plusieurs facteurs, dont l’évolution de l’activité économique, les mesures fiscales nouvelles et l’amélioration du recouvrement.
Le FMI inclut la taxation en temps réel et la facturation électronique parmi les réformes destinées à élargir l’assiette et à améliorer le rendement des prélèvements. Ces mesures participent à un ensemble d’actions dont les effets positifs sont évalués à 61,4 milliards de FCFA pour 2026. Ce montant regroupe plusieurs dispositions fiscales et administratives, et non les recettes attendues du seul système de taxation instantanée.
Dans sa circulaire du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget 2027, le président de la République a demandé « la poursuite de l’implémentation de la réforme de la taxation en temps réel et sa généralisation progressive ». Le texte prescrit également la poursuite de la facturation électronique et le renforcement des dispositifs de suivi électronique de la production dans les secteurs présentant un potentiel fiscal important ou des risques élevés de sous-déclaration.
Ces orientations placent la numérisation du recouvrement au cœur de la stratégie budgétaire. Pour l’administration fiscale, l’enjeu est d’améliorer la traçabilité des opérations et de sécuriser les encaissements. Le dispositif pourrait notamment réduire les écarts entre les ventes effectivement réalisées par les entreprises et les montants déclarés à l’administration.
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LE FINANCEMENT LIÉ AUX RÉSULTATS
Le rattachement du projet aux mécanismes PforR introduit une dimension supplémentaire dans son financement. Ces programmes, utilisés notamment par la Banque mondiale, associent les décaissements à l’atteinte de résultats préalablement définis et vérifiés. Dans le domaine des finances publiques, les indicateurs peuvent porter sur la modernisation des systèmes, l’amélioration du recouvrement ou la réduction des délais de traitement.
Le Cameroun utilise déjà ce type de financement pour certaines réformes de gestion publique. Dans le cadre du programme IMPACT, l’interconnexion entre la Direction générale des impôts et le Trésor a notamment permis, depuis avril 2026, le transfert quasi instantané aux communes de leur quote-part de l’impôt général synthétique. Cette opération montre les possibilités offertes par l’interopérabilité des systèmes administratifs dans la circulation et la répartition des recettes publiques.
La généralisation de la taxation en temps réel représente un chantier plus vaste, puisqu’elle doit intervenir directement au niveau des transactions économiques. Elle nécessitera des investissements dans les infrastructures numériques, la sécurisation des données, l’accompagnement des contribuables et la formation des agents fiscaux. Les coûts de maintenance et d’exploitation devront également être intégrés dans la gestion du système.
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Le projet de 39 milliards de FCFA pourrait ainsi devenir l’un des principaux investissements de modernisation de l’administration fiscale camerounaise. Sa mise en œuvre devra concilier l’objectif d’accélération des encaissements avec la continuité des activités des entreprises. Pour le ministère des Finances, les résultats se mesureront à l’augmentation des recettes effectivement recouvrées, à la réduction des pertes fiscales et à la capacité du dispositif à fonctionner durablement.
Par Yves TCHENANG
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