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Ouverture de compte : pourquoi la plupart des banques au Cameroun ne respectent-elles pas les exigences KYC du régulateur ?

L’identification des clients dans le cadre des procédures KYC (Know Your Customer) représente un défi majeur pour les institutions financières en zone CEMAC, particulièrement au Cameroun. En l’absence d’un système d’adressage postal généralisé, de nombreuses banques continuent de recourir à des méthodes rudimentaires, telles que les plans de localisation dessinés à la main par leurs clients pour vérifier les adresses. Cette pratique pose de sérieux problèmes de conformité avec les normes exigées par la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale).
Un exemple marquant de cette situation est l’expérience de Pauline, entrepreneure camerounaise, qui s’est rendue dans une banque pour ouvrir un compte bancaire. À sa grande surprise, le gestionnaire lui a demandé de dessiner à la main un plan de localisation de son domicile. Pauline, perplexe, a exécuté cette demande tout en soulignant que son dessin était imprécis et difficilement exploitable. Le gestionnaire, apparemment peu concerné, lui a simplement répondu que cette démarche était une formalité administrative.
Cette pratique, bien que courante dans les banques camerounaises, révèle un écart significatif entre les exigences réglementaires et les réalités locales. Ces plans de localisation rudimentaires ne respectent pas les critères de précision imposés par les régulateurs. Dora Nkwetche, ancienne chargée de conformité chez Ecobank Cameroun, souligne que ces croquis faits à la main sont loin d’être conformes à la réglementation. Elle explique que, faute d’un système d’adressage postal fiable, les banques privilégient ces solutions temporaires, ce qui expose le secteur à des risques juridiques et opérationnels.
Face à ce problème, des solutions modernes ont commencé à voir le jour au Cameroun, notamment grâce au développement d’un système d’adressage postal digitalisé. Ce projet, dirigé par la Campost en partenariat avec FindMe, une société spécialisée dans l’adressage postal, a introduit sur le marché camerounais des plans de localisation postale certifiés. Ces outils permettent une identification précise et fiable des domiciles et des sièges sociaux des clients, répondant ainsi pleinement aux exigences de KYC.
Ces innovations présentent plusieurs avantages : elles renforcent la conformité réglementaire, améliorent l’efficacité des processus bancaires et contribuent à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. En outre, elles modernisent le secteur financier tout en améliorant l’expérience client.
À ce jour, plusieurs institutions financières camerounaises ont commencé à adopter ces solutions. Des microfinances telles que CECEC et Savana Islamic Finance les exigent désormais pour l’ouverture de comptes bancaires et les demandes de crédit. De même, des entreprises comme NSIA Assurances Cameroun ont intégré cette approche pour la délivrance de polices d’assurance.
Pour assurer le succès de cette transformation, une collaboration étroite entre les autorités publiques et les acteurs privés est indispensable. Les banques, pour leur part, doivent adopter ces nouvelles technologies et adapter leurs pratiques afin de se conformer aux normes internationales tout en tenant compte des réalités locales.
L’histoire de Pauline illustre une problématique systémique mais souligne également le potentiel de progrès. Avec des solutions comme celles proposées par FindMe et la Campost, le secteur bancaire en zone CEMAC pourrait enfin abandonner les croquis à main levée au profit d’une identification moderne, conforme et précise. Ce changement est essentiel pour renforcer la crédibilité du secteur et garantir une conformité durable avec les standards internationaux.
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L’OAPI déboute l’AFP de son opposition contre la marque « AFO + Logo » du journaliste camerounais Alain Foka

(Investir au Cameroun) – L’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) a rejeté l’opposition de l’Agence France-Presse (AFP) contre la demande d’enregistrement de la marque « AFO + Logo » déposée par le journaliste camerounais Alain Gueo Foka. Dans sa décision n° 2059 du 19 mai 2026, l’office estime que les deux signes peuvent coexister sans risque de confusion.
La décision concerne la demande n° 32024002148, déposée le 19 juin 2024 dans les classes 35, 38 et 41, couvrant notamment la publicité, la gestion commerciale, les télécommunications, la formation, le divertissement et les activités culturelles.
Publiée le 27 septembre 2024 dans le Bulletin officiel de la propriété industrielle, la demande a fait l’objet d’une opposition de l’AFP le 9 décembre suivant. L’agence invoquait sa marque antérieure « AFP + Logo » n° 122013, déposée le 10 décembre 2020 dans les classes 9, 16, 35, 38 et 41.
L’AFP était représentée par le cabinet Alphinoor & Co, sans mention des avocats intervenus individuellement. Alain Foka était assisté par Me Christian Dudieu Djomga, du cabinet Dudieu Avocats, et Me Nicole Mbella Gom.
L’AFP invoquait la proximité des services et des signes
L’AFP soutenait que les deux marques couvraient des services identiques ou similaires dans la communication, les télécommunications, la publicité, l’éducation, la formation, la gestion commerciale et le divertissement. Elle estimait aussi que les signes AFP et AFO présentaient des ressemblances visuelles, phonétiques et conceptuelles susceptibles d’induire le public en erreur.
L’agence mettait en avant les lettres communes « A » et « F », des majuscules stylisées et une construction graphique comparable. Elle a également indiqué que le directeur général de l’Institut national de la propriété industrielle en France avait rejeté une demande d’enregistrement de « AFO + Logo » dans une procédure opposant les mêmes parties. La référence, le contenu et la portée de cette décision française ne figurent toutefois pas dans les pièces consultées.
Me Christian Dudieu Djomga et Me Nicole Mbella Gom ont soutenu que la marque AFO renvoyait au nom d’Alain Foka et à ses activités médiatiques.« Ces marques constituent la reprise, de bonne foi et sans intention de créer une association avec l’opposante, des initiales et du patronyme de Monsieur Alain Foka, personnalité identifiée et célèbre du paysage audiovisuel des États membres de l’Organisation », affirment-ils dans un communiqué.
Les conseils ont ajouté que « AFO + Logo » associe des lettres stylisées à un élément figuratif propre et ne partage avec AFP que ses deux premières lettres. Sur les plans phonétique et conceptuel, AFO renverrait à Alain Foka et à ses activités médiatiques, AFP à une agence internationale de presse.« Ces deux signes véhiculent donc des évocations conceptuelles distinctes, ce qui réduit d’autant le risque d’association dans l’esprit du consommateur moyen », soutiennent-ils.
Ils avaient aussi contesté la recevabilité de l’opposition, estimant que les marques citées dans leur communiqué avaient déjà été enregistrées et que le directeur général de l’OAPI n’était plus compétent. Cet argument n’a pas été retenu.
L’OAPI écarte le risque de confusion
L’OAPI considère que, sur le plan conceptuel, AFP renvoie à l’Agence France-Presse, tandis qu’AFO désigne une plateforme numérique consacrée à la documentation et à l’actualité africaines. Elle relève que le consommateur des services concernés fera preuve d’« une attention élevée ».
Pour l’office,« les ressemblances autour des lettres “A” et “F” ne sauraient créer un risque de confusion ». Il en conclut que« les marques peuvent coexister sans risque de confusion dans l’espace OAPI ».
La décision distingue néanmoins la recevabilité de la procédure de son examen au fond. Son article premier indique que l’opposition est « reçue en la forme », tandis que l’article 2 la rejette au fond. L’OAPI ne s’est donc ni déclarée incompétente ni fondée sur une irrégularité formelle : elle a comparé les services et les signes avant d’écarter le risque de confusion.
La décision porte uniquement sur « AFO + Logo » et la demande n° 32024002148. Elle ne permet pas d’étendre automatiquement cette conclusion aux autres marques citées par les conseils d’Alain Foka, notamment « AFO Media », qui peuvent relever de procédures distinctes.
Le communiqué de Dudieu Avocats présente par ailleurs Alain Foka comme un ancien employé de l’AFP. Cette affirmation ne figure pas dans la décision de l’OAPI et n’est étayée par aucune pièce communiquée. Les informations publiques disponibles documentent surtout sa longue carrière à Radio France internationale, quittée en 2023. Une ancienne relation de travail avec l’AFP ne peut donc être tenue pour établie sur cette seule base.
Un enjeu commercial, mais un recours reste possible
La décision présente aussi un enjeu commercial pour AFO. Les classes concernées couvrent plusieurs revenus potentiels d’un média numérique : publicité, services numériques, télécommunications, contenus, formation, divertissement et activités culturelles.
Le rejet de l’opposition réduit, à ce stade, le risque d’un changement contraint de marque dans les États membres de l’OAPI. Il ne signifie toutefois pas que le contentieux est définitivement clos ni que toutes les formalités d’enregistrement sont achevées.
L’article 3 accorde à l’AFP un délai de 60 jours à compter de la notification pour saisir la Commission supérieure de recours de l’OAPI. La date de notification n’apparaissant pas dans les documents consultés, il n’est pas possible d’établir si ce délai a expiré ni si l’agence a introduit un recours.
Approchés, Me Christian Dudieu Djomga et Me Nicole Mbella Gom ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas commenter davantage l’affaire tant qu’elle restait susceptible de contestation. La position de l’AFP sur la décision et sur un éventuel recours n’a pas été communiquée.
Baudouin Enama
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