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quels risques pour Samuel Eto’o, la FECAFOOT, la CAF et la FIFA ? (OPINION)

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quels risques pour Samuel Eto’o, la FECAFOOT, la CAF et la FIFA ? (OPINION)
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L’affaire du paiement lié au match amical Russie-Cameroun disputé en 2023 soulève de nouvelles interrogations sur la gestion financière de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) et la responsabilité de son président, Samuel Eto’o. Dans une analyse publiée le 12 septembre depuis New York, le Dr. Laziz Nchare appelle toutefois à distinguer les accusations rapportées des faits qui restent à établir.

Selon plusieurs médias cités dans cette analyse, une somme d’environ 567 570 euros liée à cette rencontre aurait été versée sur un compte domicilié au Qatar et associé à Samuel Eto’o. Environ 455 056 euros correspondraient à 80 % du montant contractuel évoqué.

Le président de la FECAFOOT conteste pour sa part tout enrichissement personnel et explique que le recours à ce circuit aurait été lié à des difficultés bancaires ou fiscales. Pour le Dr Nchare, cette explication doit être confrontée aux documents financiers et aux autorisations internes de la fédération.

La principale question porte ainsi sur l’identité du titulaire du compte qatari et sur l’éventuelle autorisation donnée par la FECAFOOT pour y faire transiter des fonds appartenant à l’institution.

Lire la tribune du Dr. Laziz Nchare :

Affaire du paiement russe : quels risques pour Samuel Eto’o, la FECAFOOT, la CAF et la FIFA ?

Cette affaire est potentiellement très grave sur le plan de la gouvernance sportive. Mais il faut éviter de présenter comme déjà établi ce qui relève encore d’accusations à vérifier. Le point juridiquement sensible n’est pas seulement l’origine russe de l’argent : c’est surtout le versement allégué de fonds dus à la FECAFOOT dans un compte qui aurait été personnellement contrôlé par son président.

1. Ce qui est allégué — et ce qui doit encore être prouvé

Plusieurs médias ont récemment rapporté qu’une somme liée au match amical Russie–Cameroun de 2023 aurait été dirigée vers un compte domicilié au Qatar et associé à Samuel Eto’o. Les chiffres publiés varient selon la présentation de l’opération : environ 567 570 euros pour le montant contractuel évoqué, dont environ 455 056 euros correspondant à 80 % du total.

Samuel Eto’o conteste tout enrichissement personnel et soutient que ce montage répondait à des contraintes bancaires ou fiscales empêchant le paiement par le circuit initialement prévu. Cette défense doit être examinée, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à résoudre le problème.

Les questions décisives sont les suivantes :
Qui est juridiquement titulaire du compte qatari ?
La FECAFOOT en avait-elle officiellement autorisé l’utilisation ?
Cette autorisation figure-t-elle dans une résolution, un procès-verbal ou une délégation écrite ?
La totalité de l’argent a-t-elle ensuite été reversée à la FECAFOOT ?

À quelle date et dans quelle devise ?

Les fonds apparaissent-ils dans la comptabilité et les états financiers de la fédération ?
La différence éventuelle entre les montants contractuels, reçus et comptabilisés est-elle justifiée ?
Les commissaires aux comptes, le comité exécutif et l’assemblée générale en ont-ils été informés ?
Pourquoi un compte institutionnel sécurisé ou un compte séquestre n’a-t-il pas été utilisé ?

Tant que ces pièces ne sont pas publiées ou examinées par un organe indépendant, il est prématuré de parler juridiquement de détournement. En revanche, l’existence supposée d’un compte personnel comme réceptacle de fonds institutionnels constitue déjà un sérieux signal d’alarme en matière de contrôle interne.

2. Le paiement russe n’est pas automatiquement illégal

Il faut corriger une idée importante : les sanctions imposées à la Russie ne rendent pas automatiquement illégal tout paiement provenant d’une entité russe.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la FIFA et l’UEFA ont suspendu les sélections et clubs russes de leurs compétitions. Cela relève principalement du droit sportif. Les sanctions économiques, quant à elles, sont appliquées par différents États et organisations—États-Unis, Union européenne, Royaume-Uni, Suisse et autres—selon des régimes qui ne sont pas parfaitement identiques.

Un paiement devient particulièrement problématique si :

  • l’expéditeur ou sa banque figure sur une liste de sanctions ;
  • la transaction utilise des dollars américains ou traverse une banque correspondante américaine ;
  • une banque européenne ou une autre institution soumise aux sanctions intervient ;
  • le montage a été intentionnellement conçu pour dissimuler l’origine, le bénéficiaire ou la destination des fonds ;
  • des informations trompeuses ont été communiquées aux banques ;
  • le compte qatari a servi à contourner un refus bancaire fondé sur les sanctions.

Le simple passage par le Qatar ne prouve donc pas un contournement. Mais si le compte qatari a précisément été choisi parce que les voies bancaires ordinaires refusaient le paiement, les autorités devront déterminer s’il s’agissait d’une solution commerciale licite ou d’un mécanisme destiné à éluder des contrôles.

La distinction est capitale : contourner une difficulté bancaire n’est pas nécessairement contourner une sanction, mais dissimuler volontairement une opération interdite peut exposer les participants à des conséquences beaucoup plus graves.

3. Le compte personnel constitue le cœur du problème

Même si aucune sanction économique n’a été violée, l’usage d’un compte personnel peut poser plusieurs problèmes autonomes :
Confusion entre patrimoine personnel et fonds institutionnels.

L’argent d’une fédération appartient à la fédération. Son président n’en devient pas propriétaire parce qu’il en dirige l’administration. Lorsque les fonds institutionnels transitent par un compte personnel, la traçabilité est fragilisée et le risque de confusion patrimoniale apparaît.

Violation possible des règles financières internes

La FECAFOOT dispose de statuts, d’un code d’éthique et de règles financières. Il faut vérifier si ceux-ci autorisent un président à recevoir personnellement une créance de la fédération et, dans l’affirmative, sous quelles conditions.

Conflit d’intérêts apparent

Le Code d’éthique de la FIFA interdit aux responsables du football d’exercer leurs fonctions dans une situation où des intérêts secondaires pourraient influencer—ou sembler influencer—leur indépendance. Il leur impose également intégrité, loyauté et coopération avec les autorités éthiques. Le standard couvre donc non seulement l’enrichissement effectivement prouvé, mais aussi certaines apparences de conduite irrégulière. Le fardeau de la preuve demeure toutefois à la charge de l’organe d’éthique. Code d’éthique de la FIFA

Risque de blanchiment ou de déclaration trompeuse

Il ne faut pas employer le mot « blanchiment » sans preuve. Mais tout transfert international atypique vers un compte personnel peut déclencher des obligations de vigilance bancaire : identification du bénéficiaire effectif, origine des fonds, justification économique et conformité aux sanctions.

4. Le soutien à Infantino peut-il protéger ou compromettre Samuel Eto’o ?

Le soutien politique de Samuel Eto’o à Gianni Infantino ne constitue ni une infraction ni une preuve de complicité dans les controverses entourant la gouvernance de la FIFA. Une fédération africaine est libre de soutenir un candidat.

Mais cette proximité peut avoir deux conséquences politiques opposées.

D’une part, elle peut donner à Eto’o un accès et une influence considérables dans les structures internationales du football. La CAF soutient encore Infantino, tandis que plusieurs fédérations européennes cherchent une autre candidature.

D’autre part, si Infantino perd du pouvoir ou si son système de gouvernance est soumis à une enquête plus agressive, ceux qui se sont publiquement présentés comme ses alliés pourraient faire l’objet d’un examen accru. Ils ne seraient pas condamnés pour leur soutien, mais leurs décisions, transactions et éventuels conflits d’intérêts seraient observés avec moins de complaisance.

La Fédération française de football a effectivement retiré son soutien à Infantino le 10 septembre 2026. Elle invoque notamment une rupture de confiance, des problèmes de consultation et le projet finalement abandonné de céder à des investisseurs privés une participation dans les compétitions de la FIFA. L’Angleterre et l’Italie auraient également retiré leur appui, tandis que l’UEFA et d’autres confédérations cherchent une candidature alternative pour l’élection du 18 mars 2027. La CAF, elle, demeure dans le camp d’Infantino. Reuters

Cela crée une ligne de fracture :

  • Niveau Enjeu principal
  • FIFA Transparence mondiale, indépendance des organes d’éthique et concentration du pouvoir
  • UEFA et FFF Contestation du leadership d’Infantino et demande d’une gouvernance plus collégiale
  • CAF Maintien de son influence auprès d’Infantino et défense de ses intérêts institutionnels
  • FECAFOOT Justification précise de la transaction russe et protection de son patrimoine
  • Samuel Eto’o Responsabilité personnelle, réputation, coopération et preuve de la destination finale des fonds

5. Samuel Eto’o risque-t-il le sort de Sepp Blatter ?

La comparaison est politiquement suggestive, mais juridiquement imparfaite.
Sepp Blatter a été impliqué dans une crise systémique portant sur des paiements, des conflits d’intérêts et la gouvernance de la FIFA. Son cas montre qu’un président longtemps puissant peut perdre rapidement sa protection institutionnelle lorsque les rapports de force changent.

Mais Samuel Eto’o ne risque pas une sanction simplement parce qu’il soutient Infantino. Il faudrait établir une violation personnelle et précise :

  • détournement ou appropriation de fonds ;
  • conflit d’intérêts ;
  • violation du devoir de loyauté ;
  • fausse déclaration ;
  • dissimulation de documents ;
  • refus de coopérer ;
  • infraction aux sanctions économiques ;
  • ou violation des règles financières de la FECAFOOT.

Le précédent Blatter enseigne surtout que le droit pénal et la justice sportive sont deux univers différents. Un responsable peut être acquitté devant une juridiction pénale et néanmoins sanctionné par une organisation sportive, car les règles, les procédures et les standards de preuve ne sont pas les mêmes.

6. Le double problème de la CAF

La CAF se trouve dans une position particulièrement délicate.
Elle doit contrôler les fédérations nationales, tout en entretenant des alliances électorales avec leurs dirigeants. Samuel Eto’o siège dans les structures dirigeantes du football africain et soutient Infantino. Cela nourrit inévitablement la question suivante : les organes disciplinaires peuvent-ils enquêter avec une indépendance suffisante sur un acteur devenu politiquement important ?

Il faut néanmoins rappeler que, dans une précédente procédure concernant des accusations de manipulation de matchs, la commission disciplinaire de la CAF avait estimé que les preuves disponibles étaient insuffisantes pour déclarer Samuel Eto’o et Valentin Nkwain coupables. Cela démontre pourquoi une accusation médiatique ne doit pas être transformée automatiquement en culpabilité juridique.

Décision officielle de la CAF

À l’inverse, la CAF a sanctionné Eto’o en janvier 2026 pour violation des principes de sportivité lors de la CAN 2025. La FIFA l’avait également suspendu en septembre 2024 de certains matchs des sélections camerounaises pour des violations disciplinaires distinctes. Ces décisions prouvent qu’il n’est pas juridiquement intouchable, même si elles ne concernent pas la transaction russe. Décision disciplinaire de la FIFA

7. Ce qu’une enquête crédible devrait exiger

Une enquête sérieuse ne devrait pas se contenter des déclarations des adversaires ou des défenseurs de Samuel Eto’o. Elle devrait obtenir :

  • Le contrat intégral conclu avec la Fédération russe.
  • L’ordre de virement original et ses éventuelles modifications.
  • L’identité complète du titulaire et du bénéficiaire effectif du compte qatari.
  • Les relevés retraçant la réception et la redistribution de chaque somme.
  • Les correspondances avec les banques ayant refusé ou retardé la transaction.
  • La preuve précise de l’obstacle fiscal invoqué.
  • L’autorisation du comité exécutif de la FECAFOOT.
  • L’inscription des fonds dans les comptes certifiés de la fédération.
  • Les factures et dépenses liées au match.
  • Un avis indépendant sur la conformité aux sanctions internationales.

Si l’argent est intégralement traçable, correctement déclaré, autorisé et reversé, l’affaire pourrait relever principalement d’une gouvernance maladroite et d’un dispositif financier imprudent.

Si, au contraire, une partie des fonds reste introuvable, si le compte a servi à dissimuler le véritable bénéficiaire ou si les documents ont été falsifiés, les conséquences pourraient dépasser le football : procédures disciplinaires, enquêtes bancaires, infractions financières ou fiscales et responsabilité devant les juridictions compétentes.

Conclusion

Le vrai enjeu n’est pas de savoir si Samuel Eto’o est l’ami d’Infantino ou l’adversaire de telle faction. Il est de déterminer si l’argent de la FECAFOOT a été administré comme un patrimoine institutionnel ou comme une ressource placée sous le contrôle personnel de son président.

Une fédération ne peut pas être gérée comme une extension du prestige de celui qui la dirige. La célébrité sportive n’abolit ni la comptabilité, ni les conflits d’intérêts, ni l’obligation de rendre compte.

Cette affaire appelle donc non une condamnation précipitée, mais une transparence documentaire totale. Samuel Eto’o doit bénéficier de la présomption d’innocence. La FECAFOOT, pour sa part, doit publier les pièces permettant au public de vérifier sa défense. Dans la gestion du football, la confiance ne repose pas sur la popularité d’un dirigeant : elle repose sur des comptes séparés, des décisions autorisées, des audits indépendants et des preuves vérifiables.

Dr. Laziz Nchare, New York, le 12 septembre 2026

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« voilà où mène le manque de discernement »

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L’ex-secrétaire général du FSNC Jeanne Nsoga approuve la suspension du parti politique d’Issa Tchiroma.

Sur sa page Facebook, Jeanne Nsoga, l’ancienne secrétaire générale du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), donne son avis sur la suspension de ex-parti politique. Elle pense que ladite suspension signée par Atanga Nji, le ministre de l’Administration territoriale (Minat), est normale. Elle affirme que le parti politique d’Issa Tchiroma fait autre chose que la politique.

« Ce document devrait être affiché dans toutes les écoles de formation politique au Cameroun. La politique ne consiste pas à sacrifier la jeunesse sur l’autel de ses ambitions puériles. Ce n’est pas ça, faire de la politique. Faire de la politique, c’est construire un chemin pour la jeunesse. Pas l’envoyer au feu pour brûler à sa place. Des Camerounais l’ont fait en 1990. Les choix étaient assumés, aucun n’a quitté le navire, parce qu’aucun n’avait sacrifié un autre. Voilà où mène le manque de discernement : quand on appelle à l’insurrection depuis un salon climatisé, ce sont les enfants des autres qui se retrouvent devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Quand on confond le courage avec la provocation, ce sont les jeunes qui paient, avec leur avenir, leur casier judiciaire, leur liberté. L’arrêté du MINAT suspendant le FSNC pour 3 mois ce 27 octobre 2026 n’est pas qu’une sanction administrative. C’est le constat d’un échec moral. On ne joue pas avec la colère d’un peuple. On ne surfe pas sur la frustration des jeunes comme on surfe sur une vague. Parce que quand la vague retombe, ce sont eux qui se noient. La vraie grandeur en politique, c’est de savoir retenir son camp quand il veut tout casser. Pas de l’exciter pour exister. Au-delà des partis, il y a une leçon », a-t-elle écrit.

À titre de rappel, le FSNC parti politique d’Issa Tchiroma a été suspendu hier 27 octobre 2026 par le ministre de l’Administration territoriale. La suspension s’étend sur une période de trois mois. Il est reproché au parti, l’appel à l’insurrection, l’atteinte à l’intégrité territoriale, à l’unité nationale et à la souveraineté nationale, l’incitation à la violence ayant occasionné des destructions de biens publics et privés, des troubles graves à l’ordre public et la résidence de l’un des dirigeants statutaires à l’étranger.

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Lionnes indomptables : le staff technique à la rencontre des joueuses du FC Ebolowa

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Le FC Ebolowa a reçu la visite de deux membres du staff technique des Lionnes indomptables. Le coordonnateur de la sélection nationale féminine, Dimitri Lipoff, […]

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pourquoi la perte de ses sponsors chinois ne signifie pas la fin de sa valeur commerciale

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pourquoi la perte de ses sponsors chinois ne signifie pas la fin de sa valeur commerciale
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Dans une tribune, Jean-Pierre Bekolo estime que la rupture de contrats publicitaires avec des entreprises chinoises ne remet pas en cause la valeur intrinsèque de l’attaquant français Kylian Mbappé. Il interroge plus largement les rapports entre talent, capital et dépendance commerciale.

La perte de plusieurs contrats publicitaires attribués à Kylian Mbappé auprès d’entreprises chinoises ne signifie pas nécessairement un effondrement de sa valeur commerciale, estime Jean-Pierre Bekolo dans une tribune consacrée aux relations entre le talent sportif et les intérêts économiques.

L’auteur s’interroge sur la manière dont sont présentées les conséquences financières de la rupture de ces partenariats. Selon les chiffres avancés dans son texte, les contrats concernés avec Dongpeng, Mengniu et Milkground représenteraient entre trois et six millions de dollars de revenus annuels pour le capitaine de l’équipe de France.

Ces montants restent toutefois à considérer comme des estimations citées par l’auteur, et non comme des données financières indépendamment confirmées.

Pour Jean-Pierre Bekolo, le débat ne devrait pas se limiter aux sommes que le joueur pourrait perdre. Il invite également à examiner ce que les entreprises recherchent lorsqu’elles signent des contrats avec des sportifs de renommée internationale : leur notoriété, leurs performances et leur capacité à influencer les consommateurs.

Lire la tribune de Jean-Pierre Bekolo :

MBAPPÉ : CE N’EST PAS L’ARGENT QUI A CRÉÉ LE TALENT, C’EST LE TALENT QUI A ATTIRÉ L’ARGENT

Il y a quelque chose de profondément pervers dans la manière dont on raconte aujourd’hui les pertes financières de Kylian Mbappé à la suite de la rupture de ses contrats publicitaires avec des entreprises chinoises.

On nous explique qu’il risque de perdre plusieurs millions de dollars. On calcule ce que représentent ces contrats dans ses revenus annuels.

On mesure sa dépendance au marché chinois. On s’inquiète de son avenir commercial.

Mais personne ne semble poser la question la plus élémentaire : pourquoi toutes ces entreprises sont-elles venues vers lui ?

Parce qu’il joue bien au football !

Ce n’est pourtant pas compliqué.

Nike ne lui a pas appris à courir. Dior ne lui a pas appris à dribbler. Les entreprises chinoises ne lui ont pas donné son talent. Elles sont venues chercher chez lui quelque chose qu’elles ne possédaient pas et qu’elles étaient prêtes à payer très cher : sa capacité à attirer les regards, à susciter l’admiration, à faire rêver des millions de personnes.

Ce n’est pas Mbappé qui avait besoin de ces marques pour devenir Mbappé. Ce sont ces marques qui avaient besoin de Mbappé pour vendre davantage.

Et pourtant, regardez comment fonctionne le système.

Il commence par reconnaître votre talent. Puis il investit dans ce talent. Puis il organise sa commercialisation. Et finalement, il vous fait croire que c’est lui qui vous a fabriqué.

Le sponsor devient votre bienfaiteur. Le financeur devient votre créateur. Celui qui vous achète finit par se comporter comme celui qui vous a donné la vie.

Et vous voilà obligé de le remercier de vous avoir permis d’exister !

Qu’a réellement perdu Mbappé ?

Prenons les chiffres avancés.

Ses contrats avec les entreprises chinoises Dongpeng, Mengniu et Milkground représenteraient entre 3 et 6 millions de dollars de revenus annuels. Ses revenus publicitaires globaux seraient de l’ordre de 25 à 35 millions de dollars par an, auxquels s’ajoutent ses revenus de footballeur.

Admettons même qu’il perde définitivement ces 6 millions de dollars.

Que lui reste-t-il ?

Son salaire. Ses autres contrats publicitaires. Sa notoriété internationale. Ses millions de supporters. Et surtout, ce que personne ne peut lui retirer par une décision commerciale : son talent de footballeur.

Il n’a pas perdu sa vitesse parce qu’une entreprise chinoise a retiré son visage d’une publicité. Il n’a pas perdu sa technique parce qu’un fabricant de boissons énergisantes ne veut plus travailler avec lui. Il n’a pas perdu sa capacité à marquer des buts parce qu’un fabricant de produits laitiers a décidé de rompre son contrat.

Il a perdu des acheteurs de son image.

Ce n’est pas la même chose que perdre ce qui donne de la valeur à cette image.

Et que va-t-il retrouver ?

C’est ici que les calculs financiers deviennent particulièrement absurdes.

On comptabilise les contrats perdus comme si l’histoire économique de Mbappé venait de s’arrêter.

Mais pourquoi s’arrêterait-elle ?

Si son talent a attiré hier des entreprises chinoises, pourquoi ne pourrait-il pas attirer demain des entreprises indiennes, africaines, européennes, américaines ou d’autres entreprises chinoises ?

Le marché mondial ne se limite pas à trois marques.

Ces entreprises sont venues parce qu’elles espéraient gagner de l’argent grâce à lui. D’autres peuvent parfaitement faire le même calcul.

Il retrouvera peut-être l’équivalent de ces 3 à 6 millions de dollars. Peut-être davantage. Peut-être moins. Rien ne garantit qu’il les récupérera immédiatement, ni même intégralement.

Mais ce qui est certain, c’est que la source de sa valeur commerciale n’a pas disparu avec ses contrats.

Il peut perdre un sponsor sans perdre sa capacité à en attirer un autre.

Et c’est cette distinction que le système préfère entretenir dans la confusion.

Mais qu’ont perdu les entreprises chinoises ?

Voilà la question que l’on devrait également poser.

Elles ont perdu l’accès publicitaire à l’un des footballeurs les plus connus au monde.

Elles ont perdu la possibilité d’associer leurs produits à son image, à ses performances, à sa popularité, à son histoire.

Elles ont renoncé à un ambassadeur qu’elles avaient elles-mêmes jugé suffisamment précieux pour lui proposer des contrats de plusieurs millions.

Bien entendu, elles peuvent aussi trouver d’autres ambassadeurs. Mbappé n’est pas le seul footballeur talentueux de la planète.

Mais pourquoi faudrait-il considérer automatiquement la rupture comme une défaite pour celui qui vend son image et jamais comme une perte pour celui qui l’achetait ?

La relation commerciale fonctionne dans les deux sens.

Si une entreprise paye plusieurs millions pour utiliser votre visage, c’est qu’elle estime pouvoir gagner davantage grâce à ce visage.

C’est elle qui a identifié chez vous une valeur qu’elle voulait transformer en ventes.

Le mensonge du système : nous vous avons faits

Cette histoire dépasse évidemment Mbappé.

C’est exactement ce qui arrive aux artistes, aux cinéastes, aux écrivains, aux musiciens, aux chercheurs et à tant de jeunes talents, particulièrement en Afrique.

Une plateforme vous distribue et finit par vous faire croire qu’elle vous a créé.

Un producteur finance votre film et finit par se prendre pour l’auteur de votre cinéma.

Un éditeur publie votre livre et vous explique que sans lui vous ne seriez personne.

Une institution vous accorde une subvention et attend de vous une reconnaissance éternelle, parfois même une soumission.

Mais pourquoi sont-ils venus vers vous au départ ?

Parce que vous aviez quelque chose qu’ils n’avaient pas.

Une idée. Une imagination. Une invention. Une intelligence. Une capacité de création. Un talent.

Ils ont apporté des moyens financiers, techniques ou commerciaux. Ces moyens peuvent être importants, parfois indispensables à la réalisation d’un projet. Mais ils ne doivent pas être confondus avec la source de la création.

Le capital a une extraordinaire capacité à inverser les rapports de dépendance.

Il vient chercher une valeur produite ailleurs, puis il organise les conditions dans lesquelles celui qui a produit cette valeur finit par se croire redevable à celui qui l’exploite.

C’est ainsi que le talent devient reconnaissant envers l’argent, alors que l’argent était venu chercher le talent.

Lâchez Mbappé !

Alors, aux entreprises chinoises qui ne veulent plus de Mbappé, on pourrait simplement dire : lâchez-le !

Gardez votre argent.

Vous avez parfaitement le droit de choisir vos ambassadeurs et de défendre vos intérêts commerciaux.

Mais ne nous racontez pas que vous avez détruit la valeur de Mbappé en retirant vos contrats.

Vous avez simplement décidé de ne plus l’acheter.

Lui continuera à jouer au football. Il continuera à marquer des buts, s’il en est capable. Il continuera à attirer des spectateurs, des admirateurs et des entreprises intéressées par son image.

Et si ses performances demeurent à la hauteur de sa réputation, les propositions commerciales continueront vraisemblablement d’arriver.

Ce qui a attiré l’argent hier peut attirer l’argent demain.

La véritable liberté de Mbappé ne réside donc pas dans les millions qu’il possède déjà. Elle réside dans le fait que sa valeur première n’a pas été produite par ceux qui le rémunèrent aujourd’hui.

Il est devenu riche parce qu’il avait un talent que le marché voulait acheter.

Il ne doit pas son talent au fait d’être devenu riche.

Et cette vérité devrait être enseignée à tous les jeunes Africains qui rêvent de football, de cinéma, de musique, de littérature, de science ou d’entrepreneuriat.

Ne confondez jamais ceux qui financent votre talent avec ceux qui l’ont créé.

Ne confondez jamais la perte d’un client avec la perte de votre valeur.

Ne confondez jamais la fin d’un contrat avec la fin de votre avenir.

L’argent peut vous quitter. Votre talent, lui, peut continuer à produire de la valeur.

Et tant qu’il le fera, l’argent pourra revenir.

Jean-Pierre Bekolo

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