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mandat d’arrêt contre le capitaine Effoudou
Ce dernier est recherché dans le cadre de l’affaire vice-Amiral contre Parfait Mbapou et autres. Le mandat fait suite à une plainte pour une extorsion alléguée de 50 millions de francs CFA déposée par le vice-amiral Joseph Fouda.
Un mandat d’arrêt a été émis le 10 mars 2024 contre le capitaine Romuald Effoudou, ancien chef du bureau du renseignement de l’état-major particulier de la présidence camerounaise.
Les raisons du mandat d’arrêt Plainte pour extorsion : Le mandat fait suite à une plainte pour une extorsion alléguée de 50 millions de francs CFA déposée par le vice-amiral Joseph Fouda.
L’officier est également poursuivi pour désertion en temps de paix après avoir quitté le territoire pour s’exiler en Europe, ce qui a entraîné sa radiation de l’armée en mars 2024.
Depuis l’Europe, le capitaine Effoudou a brisé le silence lors d’une interview diffusée en juillet 2026. Il a mis en cause le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, l’accusant d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo et d’impliquer des proches dans des projets de déstabilisation.
Ces déclarations ont provoqué de vives crispations au sein du sérail politique à Yaoundé. Des personnalités visées, à l’instar de Mohamadou Sani, ont annoncé des poursuites judiciaires en diffamation en France contre l’ancien capitaine et ses relais médiatiques.
Pour rappel, le capitaine Effoudou (nommé Kenneth Romuald Effoudou Awussi ou Donald Effoudou) est un ancien officier de l’armée camerounaise et ex-chef du bureau du renseignement à la présidence. Il est devenu une personnalité très controversée après avoir publié des accusations explosives contre le sommet de l’État depuis son exil en Europe.
Il travaillait à l’État-major particulier du président Paul Biya. Il gérait des informations sensibles liées à la sécurité. Il a déserté l’armée et a quitté le Cameroun. Il a été radié officiellement le 13 mars 2024. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui par le tribunal militaire de Yaoundé dans une affaire de plainte pour escroquerie.
Ses déclarations divisent l’opinion publique au Cameroun entre ceux qui croient ses révélations et ceux qui doutent de sa crédibilité.
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quand la réponse à Njoya Moussa s’égare à son tour – L’éclairage de Vincent Sosthène Fouda
«La réaction de Christophe Bobiokono à la sortie de Njoya Moussa a retenu mon attention. Non parce qu’elle clôt le débat, mais précisément parce qu’elle illustre une difficulté devenue récurrente dans l’affaire Martinez Zogo : on prétend rétablir les faits alors qu’on mélange encore faits, hypothèses, jugements de valeur et procès d’intention», soutient-il.
Lire ici sa réponse :
Le ton est assuré. Les formules sont définitives. Mais en matière judiciaire, l’assurance du commentateur ne constitue pas une preuve. Bobiokono qualifie le texte de Njoya Moussa de « tissu de ragots », évoque sa « faible connaissance des réalités judiciaires » et rappelle qu’il est un « ami personnel » de Cerlin Belinga.
Premier problème : l’argumentation commence par l’homme avant de discuter ses arguments.
Que Njoya Moussa soit l’ami de Belinga est une information périphérique. Si son analyse est juridiquement fausse, qu’on démontre précisément où. Si elle repose sur des faits inexacts, qu’on produise les éléments qui les réfutent. Mais disqualifier l’auteur en raison de ses relations personnelles relève davantage de l’attaque ad hominem que de la démonstration.
La mutation n’est pas la question
Bobiokono rappelle ensuite que des magistrats du parquet peuvent être mutés ou remplacés sans réunion du Conseil supérieur de la Magistrature. Soit. Mais il répond ainsi à une question qui n’est pas nécessairement celle qui était posée. Qu’une décision soit juridiquement possible ne signifie pas que toutes les interrogations sur son opportunité, son calendrier, son contexte et ses conséquences deviennent illégitimes. Le droit permet une décision ; il ne nous interdit pas d’interroger le contexte dans lequel elle intervient.
Les exemples d’Oyono Abah ou d’Émile Nsoga démontrent qu’un changement à la tête d’un parquet peut survenir. Ils ne démontrent pas que toutes les situations sont identiques. Un précédent n’est pas une photocopie du présent.
Il faut donc comparer les régimes juridiques, les circonstances, les procédures et les effets. Sinon, l’exemple devient un simple argument d’autorité. Le « jamais » judiciaire : une prudence qui s’impose . Plus préoccupante encore est l’affirmation selon laquelle, même si de nouveaux éléments mettaient en cause d’autres personnalités dans l’affaire Martinez Zogo, celles-ci ne pourraient « jamais » se retrouver avec les 17 accusés actuels, sauf improbable jonction de procédures.
Le mot est révélateur : « jamais ».
En procédure pénale, les absolus doivent être maniés avec précaution.
La découverte d’éléments nouveaux peut entraîner différentes conséquences selon leur nature, leur date, leur qualification, les personnes concernées et les règles de compétence applicables.
La véritable question n’est donc pas de savoir si quelqu’un « rejoindrait » mécaniquement les 17 accusés actuels. La question est de savoir quelle procédure nouvelle pourrait être engagée, par quelle autorité, pour quels faits, devant quelle juridiction et avec quelles interactions éventuelles avec la procédure existante.
Le reste relève du commentaire.
Atangana Mebara et Marafa : l’exemple ne suffit pas
L’évocation des procédures concernant Atangana Mebara et Marafa Hamidou Yaya ne règle pas davantage la question. Deux affaires distinctes peuvent effectivement être jugées séparément. Mais cela ne transforme pas leur configuration particulière en principe universel.
En droit, une analogie n’est pertinente que lorsque les situations comparées sont réellement comparables. Sinon, elle devient une fausse piste. Et puis vient le plus grave. Le passage consacré à Cerlin Belinga est autrement plus problématique. Bobiokono affirme qu’il serait « en grande partie responsable de l’enlisement » de l’affaire, qu’il « travaillait très clairement pour semer le doute » et qu’il aurait « fait barrage à la recherche de la vérité ».
Voilà des accusations extrêmement lourdes. Et c’est précisément ici que l’exigence de preuve devrait devenir maximale. Car il existe une différence fondamentale entre : avoir commis une erreur ; avoir mal conduit une procédure ; avoir pris une décision contestable ; et avoir volontairement cherché à empêcher la manifestation de la vérité. On ne peut pas passer de la première proposition à la dernière sans démonstration. Or Bobiokono invoque notamment « certaines révélations du colonel Otoulou ».
Très bien.
Mais une révélation rapportée n’est pas, par elle-même, une preuve irréfutable. Il faut examiner son contenu, son origine, les conditions dans lesquelles elle a été formulée, les éléments matériels qui la corroborent et surtout la responsabilité personnelle que l’on entend en tirer.
Qui a fait quoi ? Quand ? Sur quelle instruction ? Avec quelle pièce ? Avec quelle intention ? Voilà les questions sérieuses. « Chasseurs de primes », « fantasme », « imagination mafieuse » : beaucoup de qualificatifs, peu de pièces Le billet multiplie les qualificatifs : « chasseurs de primes », « fantasme », « farfelu », « imagination mafieuse ».
C’est spectaculaire. Mais ce n’est pas du droit. Un argument ne devient pas faux parce qu’on le qualifie de « farfelu ». Une hypothèse ne devient pas impossible parce qu’on la traite de « fantasme ». Et un contradicteur ne devient pas incompétent parce qu’on lui attribue une « faible connaissance » du sujet.
La question fondamentale demeure toujours la même : Quelle est la pièce qui permet de conclure ? Le paradoxe du « limogeage »
Il faut enfin s’arrêter sur un mot : « limogeage ». S’agit-il juridiquement d’un limogeage ? D’une mutation ? D’une affectation ? D’un remplacement ? D’une décision administrative dont la portée exacte doit être juridiquement qualifiée ? Les mots comptent. Parce que parler de « limogeage » suggère déjà une sanction. Et lorsque Bobiokono ajoute que ce « limogeage arrive donc un peu tard », il ne décrit plus seulement une décision : il lui attribue une justification punitive. Mais alors, il faut aller jusqu’au bout.
Quelle faute ? Quelle procédure ? Quelle décision ? Quelle autorité ? Quelle motivation ? Quels éléments établis ? Sinon, nous sommes encore dans le commentaire. Le véritable problème : qui fabrique le doute ? Le plus intéressant dans cette controverse est peut-être ailleurs.
Bobiokono reproche à Njoya Moussa de « semer le doute ». Mais son propre texte repose à plusieurs reprises sur des éléments dont il ne donne pas la démonstration complète. Il reproche les récits approximatifs tout en proposant son propre récit. Il reproche les hypothèses tout en avançant des intentions. Il reproche les raccourcis tout en utilisant des « jamais », des « très clairement » et des conclusions définitives. C’est précisément ce que la sociologie politique nous apprend à regarder : non seulement ce qui est dit, mais la manière dont certains acteurs cherchent à imposer le cadre dans lequel le public doit comprendre ce qui est dit. Dans une affaire aussi sensible que Martinez Zogo, le contrôle du récit est presque aussi important que le récit lui-même. Qui définit les « vrais » faits ?
Qui désigne les « fantasmes » ? Qui décide quels acteurs sont crédibles ? Qui transforme une hypothèse en vérité ? Qui transforme une controverse en certitude ? Ce sont là des questions de pouvoir, de légitimité et de production sociale de la vérité. La justice n’est pas un concours de narrations
Njoya Moussa peut avoir tort. Christophe Bobiokono peut avoir raison sur certains points. Mais aucun des deux ne peut transformer son assurance en preuve. Le dossier Martinez Zogo mérite mieux qu’un affrontement de réputations, d’amitiés, d’accusations réciproques et de qualificatifs. Il mérite une chronologie. Des actes. Des procès-verbaux. Des expertises. Des pièces.
Des contradictions. Et surtout une séparation rigoureuse entre ce qui est établi, ce qui est allégué et ce qui est interprété. C’est seulement à cette condition que le débat pourra sortir de la guerre des récits.
Car finalement, la question n’est pas : « Qui parle le plus fort ? » Elle n’est même pas : « Qui est l’ami de qui ? » La question est beaucoup plus brutale : Qui peut prouver ce qu’il affirme ? Et sur ce terrain-là, les invectives ne valent rien. Les pièces, elles, parlent.
Vincent Sosthène FOUDA
Socio-politologue
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Cacao : TriLinc ne valorise plus qu’à 7,26 milliards FCFA sa créance de 9,26 milliards sur Producam d’Emmanuel Neossi

(Investir au Cameroun) – Le fonds d’investissement américain TriLinc Global Impact Fund estime désormais à 7,26 milliards de FCFA la valeur de sa créance sur Producam, entreprise camerounaise de négoce de cacao et de café associée à l’entrepreneur Emmanuel Neossi. Le principal restant inscrit dans ses comptes atteint pourtant 9,26 milliards de FCFA. La différence approche donc 2 milliards de FCFA.
Ces chiffres ressortent du rapport trimestriel de TriLinc pour la période close au 30 juin 2026, déposé le 12 août auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur américain des marchés financiers. Le fonds y indique un principal de 16,078 millions de dollars sur Producam, pour une « juste valeur » de 12,604 millions de dollars.
Au taux de référence du 30 juin 2026, un dollar valait environ 575,70 FCFA. Les montants correspondent ainsi respectivement à 9,26 milliards et 7,26 milliards de FCFA.
Une décote de 21,6 %
Concrètement, TriLinc continue de comptabiliser un principal de 9,26 milliards de FCFA, mais considère que sa créance vaut aujourd’hui environ 2 milliards de moins. La décote atteint 21,6 %.
Cette différence ne signifie pas que le fonds a déjà perdu définitivement 2 milliards de FCFA, ni qu’il renonce à réclamer cette somme à Producam. Elle traduit l’estimation que TriLinc fait aujourd’hui de la valeur de sa créance, compte tenu notamment des délais de recouvrement et des risques qui entourent les sommes qu’il espère récupérer.
Cette valorisation s’est encore détériorée au premier semestre 2026. Au 31 décembre 2025, TriLinc estimait la créance à 13,526 millions de dollars, soit environ 7,79 milliards de FCFA. Six mois plus tard, elle ne vaut plus que 12,604 millions de dollars dans ses comptes. La baisse atteint 921 650 dollars, soit environ 531 millions de FCFA.
TriLinc attribue cette nouvelle dépréciation aux retards persistants dans le recouvrement.
La créance sur Producam est évaluée selon une méthode fondée sur les revenus futurs attendus. Le fonds estime les sommes qu’il pense pouvoir récupérer et leur applique notamment une décote destinée à tenir compte du temps et du risque. Comme l’ensemble des investissements de son portefeuille au 30 juin 2026, cette créance relève du « niveau 3 » de valorisation : il n’existe pas de prix de marché directement observable et l’évaluation dépend donc d’hypothèses retenues par le gestionnaire.
Un financement en difficulté depuis 2018
L’affaire remonte à 2018. Entre mars et juin de cette année-là, TriLinc a acquis trois participations, pour un montant total de 15,986 millions de dollars, dans un financement commercial accordé à Producam pour ses activités d’exportation de cacao et de café.
Selon la version rapportée par TriLinc, Africa Merchant Capital Group (AMC), qui gérait alors le financement, lui a indiqué dès le troisième trimestre 2018 que Producam avait utilisé le produit de la vente d’une partie de ses stocks pour financer ses besoins de trésorerie, au lieu de rembourser le crédit.
Le document de TriLinc ne contient pas la version de Producam sur cet épisode.
Le financement a ensuite été restructuré. En avril 2021, Scipion Capital a remplacé AMC comme gestionnaire du dossier et s’est notamment engagé à poursuivre la réalisation des garanties afin de récupérer les sommes dues.
Les conditions financières ont également été revues. Le taux d’intérêt, initialement fixé à 17,5 %, a été ramené rétroactivement au 1er janvier 2019 à 9,5 % pour les deux participations liées au cacao et à 6 % pour celle consacrée au café.
La restructuration prévoyait en outre la capitalisation d’une partie des intérêts : au lieu d’être payés immédiatement, ceux-ci ont été ajoutés au principal. Ce mécanisme explique que le principal comptabilisé au 30 juin 2026, soit 16,078 millions de dollars, soit légèrement supérieur aux 15,986 millions investis à l’origine.
TriLinc ne comptabilise plus les intérêts attendus
L’échéance du financement apparaît fixée au 31 décembre 2024 dans les comptes de TriLinc. Le fonds le classe désormais en défaut et en « non-accrual ».
Dans le jargon financier, cette dernière classification signifie que TriLinc ne comptabilise plus automatiquement comme revenus les intérêts prévus par le contrat. Le fonds explique qu’un prêt est généralement placé dans cette catégorie lorsqu’il existe un doute raisonnable sur la capacité à encaisser le principal ou les intérêts à leur échéance.
Pour Producam, les intérêts que TriLinc n’a pas comptabilisés comme revenus atteignent 1,022 million de dollars sur les six premiers mois de 2026, soit environ 588 millions de FCFA.
Cette somme est distincte de la décote de 2 milliards de FCFA constatée entre le principal et la valeur de la créance. Elle correspond à des intérêts que le fonds aurait pu enregistrer comme revenus si le financement fonctionnait normalement, mais qu’il s’abstient désormais de comptabiliser en raison des incertitudes sur leur encaissement.
Le recouvrement se joue désormais au Royaume-Uni
Le remboursement de TriLinc ne dépend plus seulement de Producam. Dans son rapport, le fonds indique qu’au 30 juin 2026 il espérait récupérer l’essentiel des sommes grâce à une action engagée devant les tribunaux britanniques contre le gestionnaire des garanties du financement et son assureur.
TriLinc ne donne cependant ni le nom de ces parties, ni le montant demandé devant la justice britannique, ni le calendrier de la procédure. Il n’est donc pas possible, sur la seule base de ce rapport, de déterminer combien le fonds pourrait récupérer ni à quelle échéance.
Le dossier Producam s’inscrit par ailleurs dans un portefeuille où les créances en difficulté occupent une place importante. Au 30 juin 2026, 19 entreprises financées par TriLinc étaient placées en « non-accrual », pour une juste valeur cumulée de 129,57 millions de dollars. Elles représentaient 49,3 % de la valeur totale de ses investissements.
Le fonds comptait également 21 investissements placés sur sa « Watch List », c’est-à-dire soumis à une surveillance renforcée en raison d’une dégradation significative du risque de crédit ou de recouvrement. Ils représentaient 51,1 % du portefeuille. À elle seule, la créance sur Producam comptait pour 4,8 % de la valeur des investissements de TriLinc.
Le lien avec l’usine de Kékem reste à distinguer
Au Cameroun, Producam est historiquement associée aux activités d’Emmanuel Neossi dans le cacao. L’entreprise figurait déjà parmi les exportateurs camerounais du secteur avant le lancement du projet industriel de Kékem.
En juin 2016, Agence Ecofin présentait Producam comme l’initiatrice d’un projet d’usine de transformation du cacao à Kékem, avec l’équipementier Bühler. Lors de l’inauguration, le 26 avril 2019, l’installation était cependant exploitée sous la société Neo Industry SA, également promue par Emmanuel Neossi.
Le projet représentait un investissement annoncé de 54 milliards de FCFA, dont 1,2 milliard de FCFA d’appui public. L’usine disposait d’une capacité initiale annoncée de 32 000 tonnes de fèves par an, pour environ 26 000 tonnes de produits dérivés.
Ces éléments ne permettent toutefois pas d’établir que les financements de TriLinc ont servi à construire l’usine de Kékem. Le document déposé auprès de la SEC décrit explicitement son investissement comme un financement commercial destiné aux activités de négoce de cacao et de café de Producam. Il ne mentionne pas Neo Industry parmi les emprunteurs.
De même, le rapport de TriLinc qualifie son investissement dans Producam de défaillant, mais ne dit pas que l’entreprise camerounaise est en faillite. Il ne fournit pas non plus d’informations permettant d’établir sa situation opérationnelle actuelle.
Baudouin Enama
Lire aussi :
10-09-2025 – Transformation du cacao : le Camerounais Neo Industry veut tripler ses capacités avec un projet d’extension
24-07-2020 – Samuel NEOSSI, l’acheteur de fèves devenu broyeur industriel
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neuf ans de crise, neuf ans d’échec scolaire et l’éternel rituel de la rentrée sous escorte (OPINION)

À la veille de la rentrée scolaire 2026-2027, prévue le 7 septembre, une question devrait dépasser les discours officiels, les réunions sécuritaires et les communiqués administratifs : que sommes-nous réellement en train de faire de l’avenir des enfants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ?
Depuis 2016, l’école camerounaise ne fonctionne plus normalement dans une partie du territoire national. Et neuf ans plus tard, le problème n’est plus seulement celui d’une rentrée perturbée. Il s’agit d’une crise durable du droit à l’éducation, révélatrice d’un échec politique, administratif et sécuritaire.
Cette année encore, le gouvernement renforce le dispositif sécuritaire à l’approche de la rentrée. Le 26 août 2026, une réunion spéciale consacrée à la sécurité des rentrées scolaire et universitaire a réuni notamment les responsables de la Défense, de l’Administration territoriale, de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie. Les autorités affirment vouloir prévenir les menaces, notamment les « villes mortes » dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
Mais une question demeure : combien de temps encore faudra-t-il simplement sécuriser la rentrée sans parvenir à sécuriser durablement l’école ?
2016 : les premiers signaux étaient pourtant parfaitement visibles
En octobre et novembre 2016, des avocats et des enseignants anglophones descendent dans les rues pour dénoncer notamment les problèmes liés à l’application du système de Common Law et au fonctionnement du système éducatif anglophone.
Le 21 novembre 2016, des enseignants manifestent à Bamenda. Les revendications portent notamment sur le déploiement d’enseignants francophones dans des établissements anglophones. Les tensions dégénèrent et la réponse sécuritaire contribue à radicaliser progressivement la contestation.
Premières faillites de l’État : avoir traité une crise institutionnelle et sociale principalement comme un problème d’ordre public. Au lieu de construire rapidement un mécanisme crédible de résolution des griefs, les autorités alternent mesures administratives, répression, arrestations et initiatives ponctuelles.
En janvier 2017, l’accès à Internet est coupé dans les régions anglophones pendant plusieurs semaines. Dans le même temps, les écoles ferment et le boycott scolaire s’installe.
2017 : l’école devient une arme de la crise
La rentrée de septembre 2017 constitue un tournant. Le gouvernement veut faire de la rentrée scolaire un symbole de retour à la normale. Les mouvements anglophones appellent au contraire au boycott.
Le 4 septembre 2017, date officielle de la rentrée, l’école devient donc un champ de confrontation politique. Puis la situation se détériore rapidement : attaques contre des élèves, présence militaire autour des établissements, incendies d’écoles et multiplication des violences. En octobre 2017, International Crisis Group avertissait déjà du risque d’une véritable insurrection armée.
Le 1ᵉʳ octobre 2017, une déclaration symbolique d’indépendance est proclamée par les séparatistes. Le conflit change alors de nature. Le gouvernement finit par déclarer la guerre aux séparatistes fin novembre 2017. L’école, elle, ne bénéficie d’aucune paix.
2018-2019 : l’urgence devient chronique
À partir de 2018, les enfants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest grandissent dans un environnement où aller à l’école peut devenir un acte à risque. Les groupes armés imposent des boycotts. Des établissements sont attaqués. Des enseignants sont menacés. Des familles déplacées doivent choisir entre l’éducation et la sécurité de leurs enfants.
En janvier 2019, les données disponibles dressaient déjà un tableau catastrophique : l’UNESCO rapportait que moins de 10 % des enfants en âge scolaire des deux régions avaient accès à des possibilités éducatives et qu’environ 80 % des écoles formelles n’étaient plus opérationnelles.
En septembre-octobre 2019, le gouvernement organise le Grand Dialogue National. Celui-ci débouche notamment sur l’adoption d’un statut spécial pour le Nord-Ouest et le Sud-Ouest en décembre 2019. Mais le problème fondamental demeure : une réforme institutionnelle annoncée n’est pas la même chose qu’une paix effective sur le terrain.
2020 : Kumba, le symbole d’un échec collectif
Le 24 octobre 2020, l’attaque contre l’école Mother Francisca International Bilingual Academy à Kumba, dans le Sud-Ouest, fait plusieurs morts parmi les enfants et traumatise durablement le pays.
Cet événement aurait dû provoquer un changement radical dans la politique de protection des établissements scolaires. Mais six ans plus tard, les attaques contre l’éducation demeurent documentées. Les rapports internationaux le documentent depuis des années.
2024-2025 : les chiffres démentent le discours de retour à la normale
Selon l’UNICEF, 41 % des écoles du Nord-Ouest et du Sud-Ouest étaient encore non opérationnelles en 2024. La même année, 43 attaques contre l’éducation ont été enregistrées : 36 dans le Nord-Ouest et 7 dans le Sud-Ouest.
En 2025, l’UNICEF signalait encore que plus de la moitié des écoles étaient fermées dans les deux régions et que des milliers d’enfants avaient perdu l’accès régulier à l’enseignement.
Autrement dit, neuf ans après le début de la crise, l’urgence éducative est devenue une réalité structurelle.
Les autorités administratives travaillent beaucoup:
Elles font des réunions.
Elles déploient des forces de sécurité.
Elles organisent des opérations.
Elles annoncent des mesures.
Elles mobilisent des partenaires humanitaires.
2026 : encore une rentrée sous surveillance
Le 7 septembre 2026, les élèves camerounais sont censés reprendre les cours. Mais à quatre jours de cette rentrée, International Crisis Group alerte encore sur le risque de perturbations dans les régions anglophones.
Le scénario est désormais presque ritualisé : réunion sécuritaire → renforcement du dispositif → appels au calme → rentrée → menaces de lockdown → certaines écoles ouvrent → d’autres restent fermées → familles terrorisées → bilan administratif. Et l’année suivante, le même scénario recommence.
Voilà donc une politique publique qui reproduit chaque année le même dispositif sans éliminer la cause de l’échec qui devrait être évaluée, et non simplement reconduite.
Question : Sauver la rentrée ou sauver l’école ? « Comment allons-nous assurer la rentrée scolaire ? »
Mais demander : « Comment allons-nous garantir à un enfant du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest dix années consécutives d’éducation normale, sûre et de qualité ? »
Car ouvrir une école pendant quelques semaines n’est pas restaurer le système éducatif.
Faire escorter les enseignants n’est pas reconstruire la confiance.
Installer des militaires devant les établissements n’est pas résoudre une crise politique.
Et distribuer des fournitures scolaires ne remplace pas neuf années d’apprentissage perdues.
Un enfant qui abandonne l’école aujourd’hui ne récupérera pas automatiquement les années perdues demain.
Les conséquences sont multiples : retard scolaire, décrochage, exposition accrue aux violences, précarité économique, drogue, difficultés d’insertion professionnelle et transmission intergénérationnelle de la pauvreté.
La crise transforme ainsi une génération d’enfants en victimes indirectes d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi. Et pendant ce temps, l’État continue de parler de rentrée.
Une analyse sérieuse doit refuser le confort du bouc émissaire unique. Les groupes séparatistes portent une responsabilité majeure dans les attaques contre les écoles, les enlèvements, les menaces contre les enseignants et les campagnes de boycott scolaire.
L’État, de son côté, a la responsabilité première de garantir le droit à l’éducation, la sécurité des citoyens et le fonctionnement des services publics. Les populations civiles, elles, sont prises entre ces différentes violences. La responsabilité est donc multiple, mais l’obligation de protection de l’État demeure particulière.
C’est précisément pourquoi les autorités administratives doivent être jugées sur les résultats obtenus et non sur le nombre de réunions organisées.
Quel Cameroun voulons-nous laisser à nos enfants ? Cette question n’est plus rhétorique. Elle engage directement l’avenir national. Un Cameroun dans lequel un enfant de Bamenda, de Kumba, de Mamfe, de Buea ou de Kumbo ne peut pas être certain de retrouver sa classe à chaque rentrée est un Cameroun dont l’unité nationale reste inachevée.
Une République ne se mesure pas seulement à l’intégrité de ses frontières. Elle se mesure aussi à sa capacité à garantir les mêmes droits à ses enfants, où qu’ils soient nés.
À la veille de cette rentrée scolaire 2026-2027, nos pensées vont donc vers ces milliers d’élèves qui s’apprêtent encore à reprendre le chemin de l’école dans des régions meurtries par la crise anglophone.
Par Charles Armel MBATCHOU
Journaliste engagé – Analyste politique et chroniqueur – Historien d’art
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