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Bois : la fiscalité portée à 75 % fait chuter les droits de sortie de 7,9 milliards de FCFA en 2025

(Investir au Cameroun) – Le durcissement de la fiscalité sur les exportations de bois commence à peser sur les recettes douanières camerounaises. En 2025, les droits de sortie collectés sur cette filière ont diminué de 7,9 milliards de FCFA, soit un recul de 21,3 % sur un an, selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 du ministère des Finances.
Cette contreperformance contraste avec la progression générale des recettes douanières. Celles-ci ont atteint 1 152,9 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 96,6 milliards ou 9,1 % par rapport à 2024. Le repli enregistré sur le bois constitue ainsi l’un des principaux facteurs ayant limité la performance globale de l’administration douanière.
Le ministère des Finances l’attribue au relèvement progressif des droits de sortie appliqués au bois brut, dans le cadre de la politique visant à décourager les exportations de grumes et à favoriser leur transformation au Cameroun. Le taux applicable aux bois en grumes et assimilés a été porté à 75 % de leur valeur FOB par la loi de finances 2024, contre 60 % auparavant.
Cette politique produit un effet budgétaire paradoxal. En augmentant fortement le coût fiscal des exportations de grumes, l’État réduit leur attractivité et, par conséquent, l’assiette sur laquelle il prélève les droits de sortie. La hausse du taux ne suffit donc plus à compenser la contraction des volumes exportés.
Les exportations de grumes chutent de 26,5 %
Les données de l’Institut national de la statistique confirment le recul de l’assiette taxable. En 2025, le Cameroun a exporté 349 611 m³ de grumes, contre 475 401 m³ un an plus tôt. La baisse atteint 125 790 m³, soit 26,5 %.
La valeur de ces exportations a parallèlement diminué de 8,37 milliards de FCFA, passant de 47,39 milliards en 2024 à 39,02 milliards en 2025, soit un recul de 17,7 %. Les quantités de bois publiées par l’INS sont exprimées en mètres cubes et non en tonnes.
La fiscalité ne constitue toutefois pas l’unique explication. Le gouvernement relève également une« atonie »de la branche sylviculture et exploitation forestière en 2025, liée notamment au recul de la demande extérieure. Le ralentissement des exportations résulte donc à la fois du resserrement de la politique publique et d’une conjoncture commerciale moins favorable.
Le niveau enregistré en 2025 est le plus faible des cinq dernières années. Il confirme que la stratégie de réduction des ventes de bois brut à l’étranger produit désormais des effets visibles sur les flux commerciaux. Mais la baisse des grumes ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une montée en puissance de la transformation locale.
Les sciages ne compensent pas la baisse des grumes
Les exportations de bois sciés, qui constituent le principal produit de la filière, ont elles aussi reculé en 2025. Les volumes sont passés de 895 572 à 762 007 m³, soit une diminution de 14,9 %.
En valeur, les recettes tirées des sciages ont chuté de 22,62 milliards de FCFA, passant de 180,28 milliards à 157,67 milliards, en baisse de 12,5 %. Le manque à gagner enregistré sur les sciages est ainsi près de trois fois supérieur à celui observé sur les grumes.
Au total, les exportations de bois et d’ouvrages en bois ont généré 217,63 milliards de FCFA en 2025, contre 249,70 milliards en 2024. La filière a donc perdu 32,07 milliards de FCFA de recettes d’exportation, soit 12,8 %, tandis que les volumes diminuaient de 26,7 %.
Ces chiffres montrent que la contraction des grumes ne s’est pas encore traduite par une augmentation suffisante des exportations de produits transformés. Quelques segments plus avancés progressent néanmoins. Les volumes de contreplaqués, bois plaqués et produits stratifiés ont augmenté de 34,1 %, tandis que leur valeur a progressé de 15,6 %. Les feuilles de placage ont, pour leur part, enregistré une hausse de 5,3 % en volume, mais un léger recul de 1,3 % en valeur.
La transition industrielle apparaît donc inégale : les produits de transformation plus poussée avancent sur certains segments, mais leur poids reste trop faible pour compenser le recul des grumes et des sciages.
Le pari de la transformation locale à l’épreuve de 2028
Le gouvernement entend poursuivre cette réorientation jusqu’à l’échéance du 1er janvier 2028, présentée dans le DPEB comme la date d’interdiction sous-régionale des exportations de bois en grumes. Pour préparer cette étape, l’État prévoit d’accorder des incitations aux exploitants afin qu’ils acquièrent des équipements de troisième transformation et de renforcer la préférence accordée au mobilier fabriqué localement dans la commande publique.
L’objectif est de déplacer la création de valeur vers le sciage avancé, le déroulage, le placage, le contreplaqué, la menuiserie et la fabrication de meubles. Cette stratégie doit également permettre de retenir davantage d’investissements et d’emplois industriels au Cameroun avant l’ouverture de nouveaux débouchés, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Mais les résultats de 2025 montrent que cette transition entraîne, à court terme, un coût budgétaire et commercial : baisse des droits de sortie, contraction des exportations de grumes et recul simultané des sciages. La fiscalité atteint donc son premier objectif — décourager les ventes de bois brut — sans que les données disponibles permettent encore de conclure à une compensation par la transformation locale.
La réussite de cette politique devra désormais être appréciée à partir d’autres indicateurs : volumes effectivement transformés dans les usines camerounaises, investissements industriels, emplois créés, ventes sur le marché intérieur et nouvelles recettes fiscales générées par les entreprises de transformation. À ce stade, la baisse des exportations de grumes est acquise ; le gain de valeur ajoutée attendu reste à démontrer.
BRM
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les questions de Cyrille Sam Mbaka

Le président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, appelle à une vaste opération de lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun, dans une tribune intitulée « Opération Mains Propres ».
Dans ce texte, l’homme politique prend soin de préciser que les agents de la Fonction publique, les parlementaires et les opérateurs économiques ne sont pas, selon lui, tous concernés par la corruption. Il dénonce toutefois l’existence de pratiques qu’il juge préjudiciables à l’image et au fonctionnement des institutions.
Cyrille Sam Mbaka affirme notamment que certains fonctionnaires et acteurs du secteur public seraient témoins de faits de « concussion » et de détournements. Selon lui, certains de ces « patriotes » disposeraient de documents, de comptes rendus, de noms, de dates et de lieux susceptibles, le moment venu, d’étayer leurs témoignages.
Lire la tribune de Cyrille Sam Mbaka :
CAMEROUN : OPÉRATION « MAINS PROPRES »
Les membres de la Fonction Publique, les parlementaires, les opérateurs économiques ne sont pas tous corrompus.
Dans ce microcosme, il y a assurément des brebis galeuses. Leurs agissements jettent l’opprobre et le discrédit sur des pans entiers de notre écosystème national. Gageons que dans cet univers parfois nauséeux germent aussi des pépites, des patriotes. Des hommes et des femmes qui travaillent avec courage, force et détermination dans la tourmente.
Ils courbent l’échine, ils font le dos rond en attendant des jours meilleurs. Des femmes et des hommes qui assistent amers et impuissants aux dérives du régime et au système qui nous gouverne et qui broie.
Ces fils et sœurs de ce pays sont des témoins muets de la concussion et des détournements systémiques. Leur silence ne vaut pas consentement. Ils subissent. Ils connaissent sur le bout des doigts la chaine vérolée des corrupteurs et des corrompus.
Ces patriotes sont prêts à témoigner le moment venu. Ils rongent leur frein, mais restent déterminés à dénoncer les malversations dont ils ont été témoins.
Et le moment venu, ils voudront nettoyer les écuries. Ils sont prêts à dénoncer tous les coups tordus. Ils vont se mettre à table. Ils vont témoigner pour la sécurité publique.
Ces patriotes ont des dossiers. Des comptes-rendus. Des noms. Des dates. Des lieux. Des faits étayés et circonstanciés. Le jour venu, ils vont participer à l’Opération « Mains Propres et Cœur Pur ». Une mise à nu pour que justice soit rendue. On ne peut pas impunément détourner les deniers publics et ne pas répondre de cette forfaiture.
C’est le pays tout entier qui est saigné à blanc. Ce sont les Camerounais·es qui s’appauvrissent chaque jour davantage. C’est notre pays qui recule. Il faut sortir de cette fange.
Rétablir la justice sociale. Répondre de ses actes
La violence et l’implosion guettent ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est un terreau fertile qui peut tout emporter à cause du désespoir et de la désespérance. Pourquoi y a-t-il des Camerounais·es à part entière et des Camerounais·es entièrement à part ?
Pourquoi cette béance et cette fracture sociale ? Pourquoi notre pays compte-t-il tant de disparités et d’inégalités ? Pourquoi le Cameroun brille-t-il dans le classement des pays les plus corrompus au monde ?
Pourquoi tant de scandales restent impunis ? Pourquoi les projets structurants annoncés à coups de mouvements de menton n’aboutissent jamais ?
Pourquoi tant de nos compatriotes fuient ce pays béni des dieux au péril de leur vie en mer Méditerranée ?
Nous ne pouvons pas faire l’économie de toutes ces questions et de bien d’autres encore. Ce pays, notre pays, n’est pas maudit. Il est pris en otage par des prévaricateurs. Ces profiteurs confondent deniers publics et comptes privés.
L’impunité leur procure un sentiment de toute-puissance dont ils se grisent. Ils sont dans l’ivresse de leurs rentes de situation et des avantages indûment accumulés.
Le Cameroun, c’est leur propriété et ils semblent en disposer au gré de leurs fantaisies.
Récupérer les milliards de francs CFA détournés
Pas de démocratie sans justice. Le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées et de pensées ne se décrète pas.
Il ne suffit pas de disposer d’un passeport ou d’une carte d’identité pour se sentir Camerounais. Le feu couve sous le poids des inégalités. Et il suffit d’un rien pour assister à un embrasement.
Pour sortir de l’ornière, pour nous extraire de cette pétaudière, les fruits de la croissance et la richesse nationale doivent être mieux partagés.
Comment expliquer à l’homme de la rue que le Cameroun exporte officiellement environ 23 kilos d’or quand les Emirats Arabes Unis déclarent avoir acheté 15 tonnes d’or à notre pays ? Qui se trompe ? Où est la différence ? Qui tire les ficelles et qui se remplit les poches ?
Qui a détourné les milliards de la CAN ou du Covid ?
Quand viendra le temps des témoignages, il faudra également compter sur la collaboration internationale. Solliciter l’entraide juridique et l’assistance de pays et de banques étrangères, interroger des comptes off-shore. Une aide judiciaire bienvenue pour traquer les milliards détournés du Cameroun. Imaginons que cet argent volé, ces montants pharaoniques soient rapatriés. Imaginons.
Imaginez que ces milliards soient réinjectés dans les projets structurants qui n’ont jamais abouti à cause des détournements systémiques ? Disons les choses simplement. Un détournement, c’est comme un pas de côté. Une sortie de route. C’est emprunter une impasse.
Et quand il s’agit de la richesse d’un pays, c’est une prédation, c’est un pillage à grande échelle. Comme Martin Luther King, j’ai un rêve. « I have a dream ». Je formule le vœu que l’argent détourné du Cameroun revienne au Cameroun.
Il y a tant à faire chez nous. Nous avons touché le fond, puis le tréfonds. Une autre voie est possible. Elle est réaliste. À nous de faire le ménage, à nous de nettoyer de fond en comble notre maison commune.
C’est par ces initiatives citoyennes, volontaristes et déterminées que nous allons changer de paradigme.
Nous ne pouvons pas espérer ou attendre le concours de partenaires étrangers en croisant les bras. Nous refusons le suicide assisté de notre pays par des prédateurs en col blanc.
Quand viendra le temps du bilan, c’est-à-dire des comptes et des mécomptes, chacun devra répondre de ses faits et de ses méfaits. Au bout du bout et après tant d’années de laisser-aller et de laisser-faire, il faudra bien réparer et soigner le Cameroun. Il faudra remettre notre pays sur pied pour un nouveau départ.
Cyrille SAM MBAKA
Président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP)
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