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voici l’intégralité de la déclaration du colonel Otoulou au tribunal militaire
Lors de son témoignage devant le tribunal militaire les 14 et 15 juillet 2026, le colonel Jean-Pierre Otoulou a retracé les premières interpellations dans l’affaire Martinez Zogo, mettant en cause Justin Danwe, Léopold Maxime Eko Eko et Jean-Pierre Amougou Belinga. L’officier a décrit les aveux de Danwe, les liens étroits entre ce dernier et l’homme d’affaires, ainsi que les éléments incriminant le patron de la DGRE, Eko Eko.
Lire ici le texte de Polycarpe Xavier Atangana :
AFFAIRE MARTINEZ ZOGO
Tribunal Militaire de Yaoundé – Audience du 14 juillet 2026
Début de l’audition du 34e témoin : Le Colonel OTOULOU
L’Officier Supérieur de la Gendarmerie Nationale du Cameroun fait son entrée à la barre, très calme.
Le Substitut du Commissaire du Gouvernement près le TMY :
Racontez-nous ce que vous avez vu, du début jusqu’à la fin, en détaillant autant que possible les actes que vous avez posés. De l’enlèvement jusqu’au défèrement des différentes personnes mises en cause. Allez de manière chronologique et tenez compte du fait que le tribunal prend des notes.`
DECLARATION DU TEMOIN
À toute l’assistance ici présente. Avant de commencer, comme je vous l’avais dit, j’étais commandant de la Légion de Gendarmerie du Centre. Je venais d’être nommé à ce poste.
Lorsque j’apprends également que cet enlèvement a eu lieu devant un poste de gendarmerie, je me suis senti personnellement concerné. En tant que chef, il fallait que je sache ce qui s’est passé.
La première chose que j’ai faite, je me suis transporté au poste. J’ai vu le véhicule de feu Martinez Zogo. J’ai constaté la manière dont il a été percuté. Le choc est plus profond du côté gauche. C’est une manœuvre de spécialiste. J’ai compris que c’était l’œuvre d’un connaisseur qui visait à faire un tonneau au véhicule de feu Martinez Zogo.
Et quand il est arrivé, il s’est retrouvé face au portail. Il a essayé de forcer l’entrée. Sauf qu’à l’entrée du poste, il y a une grande pente. C’est ainsi qu’en tentant de forcer l’entrée au poste, il a percuté le portail, mais il ne parvient pas à rentrer dans le poste.
Le second élément qui attire mon attention, c’est l’environnement du lieu de l’enlèvement. C’était un endroit où il n’y avait pas de vidéosurveillance. Ça veut dire que ce sont des spécialistes. J’ai compris que ce n’était pas des amateurs. C’était probablement une équipe spéciale qui avait choisi le lieu.
Les choses sont allées vite avec le Directeur des Opérations Justin NDANWE. C’est ainsi qu’on relève son numéro et on lance la recherche. On constate qu’il y avait une borne numérique au Carrefour Total Yannick.
Lors de l’audition, nous avons demandé au mis en cause avec qui il avait mené l’opération. Il a cité Monsieur EBO, que nous avons fait venir. Je connaissais personnellement Monsieur Ebo pour avoir travaillé avec lui auparavant.
Il m’avait dit : « on vous a envoyé ». Cela revenait chaque fois qu’il parlait.`
MP : Quelle était la composition du commando ?
Selon ses dires, le commando avait deux équipes.
La première équipe était composée du MDLC TONGUE NANA et de DAOUDA. C’est eux qui ont fait le travail de renseignement, c’est-à-dire étudier le comportement de la cible.
Nous avons également identifié la deuxième équipe du commando constituée de ZOCK etc.
Lorsque nous avons commencé l’enquête, ils m’ont considéré comme un père.
Première révélation : le commando avait deux véhicules. Le Prado noir que tout le monde a vu, et un pick-up.
Quand je l’interroge, Ebo me dit : « Quand on a pris le Prado, on a su que le Prado était déjà grillé. Comme on grille les arachides, comme on grille le poisson. »
C’est ainsi qu’on le fait sortir du Prado pour le mettre dans le pick-up et on le conduit à Ebogo III.
Entre temps, j’avais demandé à NDANWE. Il se dit partout que c’est monsieur AMOUGOU BELINGA qui t’a envoyé.
Le colonel m’a avoué qu’il ne connaissait ni Adam ni Ève Amougou Belinga.`
Quand on entend donc monsieur EKO EKO, il nous déclare de manière péremptoire : « Vous me dérangez. Demandez à Amougou Belinga et Justin Ndanwé ce qu’ils ont fait ? » Je mesure le poids de ce que je dis.
Pour vous en donner la preuve : lorsqu’on avait inauguré l’immeuble Ekang, Justin Ndanwé était assis aux premières loges.
Eko Eko me dit : « J’ai un support audio. Un certain Bidzongo appelait monsieur Amougou Belinga ».
Eko Eko m’a remis le support audio. Dans ce support, monsieur Amougou Belinga dit lui-même que « Eko Eko est sa personne ».
Deuxième élément : on demande les téléphones. Le rapport d’expertise du professeur BELL indique que certains téléphones ont cessé de fonctionner.`
La commission d’enquête mixte est déjà présente.
Nous savons que dans certains services, on fait parfois les choses par crainte révérentielle.
Au moment où on entend monsieur Ebo et les autres, je me permets de dire également que ces personnels ont beaucoup de choses sur le cœur à dire.
Un avocat avait demandé le huis clos pour ne pas amener le colonel à venir parler de choses dont on ne veut pas entendre parler ici.
Nous nous sommes déportés à la DGRE. Il y avait des caméras de surveillance partout. Elles étaient monitorées par le cabinet du DG/DGRE.
On est en train d’arrêter vos collaborateurs. Le Directeur des Opérations est interpellé, et aucune enquête n’est ouverte à l’interne pour savoir ce qui se passe.
Alors soit il est incompétent, soit que le DG/DGRE sait ce qui se passe, et il ne dit rien.
Or nous connaissons tous les capacités et les valeurs de monsieur Eko Eko.`
Donc pour cela, ça ne serait pas écrit.
Il y a la déclaration. Il y a le support de l’équipe qui l’a gardé.
Il y a le rapport d’expertise qui dit que certains téléphones ont disparu quand on a arrêté Ndanwé.
Il y a la présence des caméras de surveillance.
Il y a le fait qu’il n’a pas ouvert une enquête.
Pour moi, quand je mène ce genre d’enquête, je n’ai pas besoin de savoir : est-ce qu’il a donné les ordres ? Est-ce qu’il n’a pas donné les ordres ?
Je cherche juste un faisceau d’indices qui permet d’avoir une certaine lecture.`
Qu’est-ce qui nous amène vers lui ? D’abord la déclaration du DG/DGRE qui, de manière péremptoire nous renvoie à : « allez demander à Monsieur Amougou Belinga et Ndanwé ce qu’ils ont fait ».
Ensuite, sa déclaration, avec le support audio que monsieur Eko Eko nous a donné.
Et un troisième élément : la photocopie d’un texto dans lequel BRUNO BIDJANG a dit : « Le moment venu on sera sans pitié ».`
Monsieur le Président, dans la salle d’enquête c’était explosif.
Je précise que les actes que nous posions étaient sous la coordination du Commissaire du Gouvernement.`
Quand Bruno BIDJANG arrive pour être entendu, je lui dis : « ton téléphone ». Il a déverrouillé et on a retrouvé le message à l’intérieur : « Le jour J, ça sera sans pitié pour Martinez. Pour lui Martinez. »
On lui demande : que signifie cette expression ‘le jour J’ ? Ce message que vous envoyez à Paul DAISY BIYA ?
Il répond : « C’est parce que Monsieur Amougou Belinga a des relations en justice et il va le mettre en prison. »
Voilà la réponse que Bruno BIDJANG a donnée. Parce que tout le monde sait que Bruno Bidjang et Amougou sont l’ongle et le doigt.
Interrogé, Amougou m’a répondu : « Moi, quand un enfant me dérange, je le fouette et je lui donne l’argent. »
Je lui pose la question : « Est-ce que vous connaissez le colonel Ndanwé ? »
Il répond : « C’est mon ami. Il me donne souvent des renseignements. Il me permet d’aller marcher à l’extérieur. »`
Après cette audition, j’ai demandé une confrontation immédiate entre le colonel et monsieur Amougou Belinga.
Monsieur a maintenu : « C’est mon ami. »
C’est alors que Justin NDANWE me répond : « Mon colonel, je change ma déclaration. Je connais très bien M. Amougou. »
Il a donc changé sa déclaration suite à l’enquête. C’est donc pour ça qu’il voulait une avance sur solde. En retour : « faire taire », je n’ai pas dit tuer.
La demande s’est faite à la résidence, au domicile d’Amougou Belinga.
Les deux se sont mis d’accord sur la planification. Je lui ai dit : « on va commencer la planification ».
« Ok. Je suis d’accord. On va lancer l’opération. »
Le lendemain de l’opération, il est parti lui dire que l’opération est lancée.
Amougou lui a répondu : « j’attends de voir le résultat ».
Il nous dit : « La dernière fois je suis parti, je lui ai dit on a découvert le corps. »
La première question concerne : est-ce que les rendez-vous étaient réels ?
Je vous assure, Monsieur le Président, quand il quittait son bureau, il partait garer au supermarché Carrefour. Il quittait ensuite pour aller à l’immeuble Ekang.
Chaque fois qu’il partait, il empruntait un itinéraire légèrement différent. Parfois par le ministère de la fonction publique, parfois derrière.
Et nous avons obtenu toutes ces vidéos. Il y a un petit décalage horaire entre le bureau et l’immeuble parce que la source n’est pas la même : vidéosurveillance publique puis caméras de l’immeuble. Mais c’est le prolongement du même déplacement.
Venons-en à l’histoire d’iPhone. Il appartenait à Mélissa Amougou qui l’avait remis à sa ménagère.
On veut le téléphone. On n’a pas ce téléphone jusqu’au bout.
Pour moi, le simple fait de faire disparaître ce téléphone est un mystère.
On vous a fait donner quelque chose pour montrer que vous ne connaissez rien. Vous faites disparaître ça.`
Voilà pour conclure, c’est l’essentiel de la déclaration.
À 17h10, la cause a été renvoyée aux 03 et 04 août 2026 à la demande de Maître Claude ASSIRA, avocat de l’Etat du Cameroun, DGRE, pour continuation des débats, et comparution du témoin Eloundou Mesmin et suite de la cross-examination du témoin Colonel OTOULOU.
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les questions de Cyrille Sam Mbaka

Le président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, appelle à une vaste opération de lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics au Cameroun, dans une tribune intitulée « Opération Mains Propres ».
Dans ce texte, l’homme politique prend soin de préciser que les agents de la Fonction publique, les parlementaires et les opérateurs économiques ne sont pas, selon lui, tous concernés par la corruption. Il dénonce toutefois l’existence de pratiques qu’il juge préjudiciables à l’image et au fonctionnement des institutions.
Cyrille Sam Mbaka affirme notamment que certains fonctionnaires et acteurs du secteur public seraient témoins de faits de « concussion » et de détournements. Selon lui, certains de ces « patriotes » disposeraient de documents, de comptes rendus, de noms, de dates et de lieux susceptibles, le moment venu, d’étayer leurs témoignages.
Lire la tribune de Cyrille Sam Mbaka :
CAMEROUN : OPÉRATION « MAINS PROPRES »
Les membres de la Fonction Publique, les parlementaires, les opérateurs économiques ne sont pas tous corrompus.
Dans ce microcosme, il y a assurément des brebis galeuses. Leurs agissements jettent l’opprobre et le discrédit sur des pans entiers de notre écosystème national. Gageons que dans cet univers parfois nauséeux germent aussi des pépites, des patriotes. Des hommes et des femmes qui travaillent avec courage, force et détermination dans la tourmente.
Ils courbent l’échine, ils font le dos rond en attendant des jours meilleurs. Des femmes et des hommes qui assistent amers et impuissants aux dérives du régime et au système qui nous gouverne et qui broie.
Ces fils et sœurs de ce pays sont des témoins muets de la concussion et des détournements systémiques. Leur silence ne vaut pas consentement. Ils subissent. Ils connaissent sur le bout des doigts la chaine vérolée des corrupteurs et des corrompus.
Ces patriotes sont prêts à témoigner le moment venu. Ils rongent leur frein, mais restent déterminés à dénoncer les malversations dont ils ont été témoins.
Et le moment venu, ils voudront nettoyer les écuries. Ils sont prêts à dénoncer tous les coups tordus. Ils vont se mettre à table. Ils vont témoigner pour la sécurité publique.
Ces patriotes ont des dossiers. Des comptes-rendus. Des noms. Des dates. Des lieux. Des faits étayés et circonstanciés. Le jour venu, ils vont participer à l’Opération « Mains Propres et Cœur Pur ». Une mise à nu pour que justice soit rendue. On ne peut pas impunément détourner les deniers publics et ne pas répondre de cette forfaiture.
C’est le pays tout entier qui est saigné à blanc. Ce sont les Camerounais·es qui s’appauvrissent chaque jour davantage. C’est notre pays qui recule. Il faut sortir de cette fange.
Rétablir la justice sociale. Répondre de ses actes
La violence et l’implosion guettent ceux qui n’ont plus rien à perdre. C’est un terreau fertile qui peut tout emporter à cause du désespoir et de la désespérance. Pourquoi y a-t-il des Camerounais·es à part entière et des Camerounais·es entièrement à part ?
Pourquoi cette béance et cette fracture sociale ? Pourquoi notre pays compte-t-il tant de disparités et d’inégalités ? Pourquoi le Cameroun brille-t-il dans le classement des pays les plus corrompus au monde ?
Pourquoi tant de scandales restent impunis ? Pourquoi les projets structurants annoncés à coups de mouvements de menton n’aboutissent jamais ?
Pourquoi tant de nos compatriotes fuient ce pays béni des dieux au péril de leur vie en mer Méditerranée ?
Nous ne pouvons pas faire l’économie de toutes ces questions et de bien d’autres encore. Ce pays, notre pays, n’est pas maudit. Il est pris en otage par des prévaricateurs. Ces profiteurs confondent deniers publics et comptes privés.
L’impunité leur procure un sentiment de toute-puissance dont ils se grisent. Ils sont dans l’ivresse de leurs rentes de situation et des avantages indûment accumulés.
Le Cameroun, c’est leur propriété et ils semblent en disposer au gré de leurs fantaisies.
Récupérer les milliards de francs CFA détournés
Pas de démocratie sans justice. Le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées et de pensées ne se décrète pas.
Il ne suffit pas de disposer d’un passeport ou d’une carte d’identité pour se sentir Camerounais. Le feu couve sous le poids des inégalités. Et il suffit d’un rien pour assister à un embrasement.
Pour sortir de l’ornière, pour nous extraire de cette pétaudière, les fruits de la croissance et la richesse nationale doivent être mieux partagés.
Comment expliquer à l’homme de la rue que le Cameroun exporte officiellement environ 23 kilos d’or quand les Emirats Arabes Unis déclarent avoir acheté 15 tonnes d’or à notre pays ? Qui se trompe ? Où est la différence ? Qui tire les ficelles et qui se remplit les poches ?
Qui a détourné les milliards de la CAN ou du Covid ?
Quand viendra le temps des témoignages, il faudra également compter sur la collaboration internationale. Solliciter l’entraide juridique et l’assistance de pays et de banques étrangères, interroger des comptes off-shore. Une aide judiciaire bienvenue pour traquer les milliards détournés du Cameroun. Imaginons que cet argent volé, ces montants pharaoniques soient rapatriés. Imaginons.
Imaginez que ces milliards soient réinjectés dans les projets structurants qui n’ont jamais abouti à cause des détournements systémiques ? Disons les choses simplement. Un détournement, c’est comme un pas de côté. Une sortie de route. C’est emprunter une impasse.
Et quand il s’agit de la richesse d’un pays, c’est une prédation, c’est un pillage à grande échelle. Comme Martin Luther King, j’ai un rêve. « I have a dream ». Je formule le vœu que l’argent détourné du Cameroun revienne au Cameroun.
Il y a tant à faire chez nous. Nous avons touché le fond, puis le tréfonds. Une autre voie est possible. Elle est réaliste. À nous de faire le ménage, à nous de nettoyer de fond en comble notre maison commune.
C’est par ces initiatives citoyennes, volontaristes et déterminées que nous allons changer de paradigme.
Nous ne pouvons pas espérer ou attendre le concours de partenaires étrangers en croisant les bras. Nous refusons le suicide assisté de notre pays par des prédateurs en col blanc.
Quand viendra le temps du bilan, c’est-à-dire des comptes et des mécomptes, chacun devra répondre de ses faits et de ses méfaits. Au bout du bout et après tant d’années de laisser-aller et de laisser-faire, il faudra bien réparer et soigner le Cameroun. Il faudra remettre notre pays sur pied pour un nouveau départ.
Cyrille SAM MBAKA
Président de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP)
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