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Alucam : l’État convertit 92,5 milliards de FCFA de créances en capital, mais la fonderie reste à financer

(Investir au Cameroun) – L’État camerounais a converti en capital 92,5 milliards de FCFA d’avances détenues sur la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam). L’opération représente nominalement plus du double du besoin de recapitalisation de 43 milliards de FCFA identifié dans le plan de restructuration de 2019. Mais cette comparaison a ses limites : contrairement à un apport en numéraire, la conversion de créances n’injecte aucune ressource nouvelle dans les caisses de l’entreprise.
Dans un exposé consacré à Alucam et présenté au Parlement en juillet 2026, la Chambre des comptes de la Cour suprême estime que l’opération améliore la situation des fonds propres et éloigne le risque de dépôt de bilan, sans financer la remise en état de l’appareil industriel.« Il ne s’agit que d’un jeu d’écriture sans incidence sur la trésorerie et qui ne règle qu’un problème juridique », tranche la juridiction financière.
Le plan élaboré en octobre 2019 sous la coordination du ministère des Mines prévoyait, outre la recapitalisation de 43 milliards de FCFA, la fusion d’Alucam avec la Société camerounaise de transformation de l’aluminium (Socatral), la cession des actifs non stratégiques, la modernisation de la sous-station électrique et l’augmentation progressive des capacités de production.
Sur cet ensemble de mesures, seule la fusion avec Socatral a été effectivement menée à terme, en 2020. Elle a été suivie, en 2022, d’un apport en compte courant de 14 milliards de FCFA destiné à apurer partiellement la dette envers l’électricien Eneo, puis d’une conversion en capital d’environ 33 milliards de FCFA en mai 2023.
Le document de la Chambre des comptes ne détaille toutefois pas l’articulation comptable entre cette première conversion de 33 milliards de FCFA et celle de 92,5 milliards réalisée en 2026. Il ne permet donc pas d’établir si les deux montants sont intégralement cumulatifs ou si l’opération la plus récente porte sur le solde des avances encore inscrites en comptes courants.
Un bilan restauré sans argent frais
La conversion des 92,5 milliards de FCFA intervient après plusieurs exercices marqués par une dégradation prononcée des comptes. Au 31 décembre 2025, Alucam affichait encore des capitaux propres négatifs de 51,8 milliards de FCFA, malgré un bénéfice net de 279,3 millions de FCFA, contre une perte de 23,8 milliards un an plus tôt. Les commissaires aux comptes avaient alors souligné que la continuité de l’exploitation dépendait notamment du renforcement des fonds propres.
Ce retour symbolique aux bénéfices ne traduisait pas encore un redressement complet de l’activité. Le chiffre d’affaires a reculé de 15,3 % en 2025, passant de 94,4 milliards à 79,9 milliards de FCFA. La trésorerie nette est, elle aussi, demeurée négative, à environ 17,5 milliards de FCFA.
Sur une période plus longue, la situation reste préoccupante. Entre 2017 et 2024, le chiffre d’affaires est tombé de 123,4 milliards à 94,4 milliards de FCFA, soit un repli de 23,5 %. Les pertes nettes cumulées ont approché 101 milliards de FCFA et les capitaux propres sont demeurés négatifs depuis 2019. À la fin de 2024, le besoin en fonds de roulement ressortait à −48,9 milliards de FCFA, signe des difficultés persistantes de l’entreprise à régler ses fournisseurs dans des délais normaux.
La fonderie au cœur de la crise
La Chambre des comptes situe le principal foyer de pertes dans l’activité historique de fonderie. Le 10 janvier 2018, un accident sur le réseau électrique alimentant le site industriel a provoqué un incendie dans la sous-station et endommagé près de la moitié des cuves d’électrolyse.
La production d’aluminium primaire est ainsi passée de 73 759 tonnes en 2017 à 53 675 tonnes en 2025, soit une baisse de 27,2 %. Le recul de la production ne s’est pas accompagné d’une diminution proportionnelle des coûts fixes. La contribution de la fonderie au résultat de l’entreprise est ainsi passée d’un bénéfice de 6,3 milliards de FCFA en 2017 à une perte de 23,8 milliards en 2024.
À l’inverse, le laminage, intégré à Alucam à la faveur de l’absorption de Socatral, joue désormais un rôle d’amortisseur. Cette activité, qui couvre notamment la production de bobines, de tôles et de disques, représentait 64,5 % du chiffre d’affaires en 2024, contre 35,5 % pour la fonderie. Elle ne suffit cependant pas encore à compenser durablement les pertes de l’activité d’aluminium primaire.
Le choix entre 30 à 45 milliards supplémentaires et l’arrêt de la fonderie
Pour la Chambre des comptes, la restauration du bilan ne peut donc se substituer à la modernisation de l’outil industriel. La juridiction recommande au gouvernement d’envisager rapidement un apport financier compris entre 30 et 45 milliards de FCFA afin de remettre à niveau la fonderie et de porter la production annuelle d’aluminium primaire entre 110 000 et 120 000 tonnes.
« Pour relever Alucam, au-delà de la conversion des dettes en capital, l’État devrait injecter environ 30 à 45 milliards de FCFA », souligne l’exposé présenté au Parlement.
À défaut de cet apport ou de l’entrée d’un investisseur privé au capital, la Chambre des comptes recommande d’étudier l’arrêt de l’activité de fonderie. Une telle décision libérerait une partie importante de l’électricité actuellement consommée par l’entreprise, mais fragiliserait parallèlement le laminage, dont l’activité reste complémentaire de la production d’aluminium primaire.
La juridiction préconise également la cession des actifs non stratégiques, notamment des actifs fonciers situés à Douala et à Edéa ainsi que certaines participations détenues dans des sociétés de services. Le produit de ces ventes devrait permettre d’améliorer le fonds de roulement de l’entreprise. Elle appelle enfin la direction générale à mieux maîtriser les coûts de production et à renforcer la politique commerciale de la fonderie.
Une consommation électrique de nouveau questionnée
Au-delà des comptes de l’entreprise, le dossier soulève une question de politique industrielle et d’allocation de l’énergie. Alucam absorbe en moyenne près de 13 % de la production électrique nationale, avec une puissance appelée estimée à 130 MW, contre environ 190 MW avant 2020.
« Est-ce que l’intérêt du pays commande de mobiliser en moyenne 13 % de la production électrique pour exporter de l’aluminium à perte, alors que les besoins de la population et du reste de l’économie ne sont pas intégralement couverts ? », interroge la Chambre des comptes.
La question est d’autant plus sensible que le rétablissement des capacités industrielles augmenterait mécaniquement la consommation d’énergie. Selon la juridiction, produire une tonne d’aluminium nécessite environ 15 000 kWh. Le développement de la fonderie ne pourra donc être envisagé indépendamment des capacités du système électrique camerounais et des besoins des autres consommateurs.
Trois investisseurs en lice
Les recommandations de la Chambre des comptes interviennent alors qu’Alucam suscite un regain d’intérêt auprès d’investisseurs privés, plus d’une décennie après le retrait de Rio Tinto de son capital.
Le groupe singapourien Eagle Eye, lié à Arise IIP, a transmis une proposition portant sur la reprise d’une participation majoritaire. L’opération permettrait notamment à Arise IIP, déjà présent dans le projet de bauxite de Minim Martap à travers Canyon Resources et sa filiale Camalco, de développer une chaîne intégrée allant de la bauxite à l’aluminium.
Le négociant suisse Bathco propose, de son côté, de prendre une participation de 80 % dans Alucam, pour un investissement évalué à plus de 78 milliards de FCFA.
Enfin, Naxya Holding, maison mère de Proalu SA, a soumis au gouvernement un projet de partenariat stratégique et capitalistique assorti d’un engagement d’investissement de 100 milliards de FCFA. Le groupe est déjà lié à Alucam par un contrat d’approvisionnement portant sur 2 500 tonnes d’aluminium par mois, soit un chiffre d’affaires potentiel de 48 milliards de FCFA par an, ainsi que par une facilité de trésorerie de 10 milliards de FCFA.
L’arrivée d’un partenaire privé pourrait apporter l’argent frais que la conversion des créances de l’État ne procure pas. Mais elle obligera le gouvernement à arbitrer entre plusieurs impératifs : préserver un actif industriel stratégique, financer la modernisation de la fonderie, sécuriser l’approvisionnement électrique et éviter que l’assainissement comptable de 92,5 milliards de FCFA ne constitue qu’un nouveau sursis.
Amina Malloum
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un butanier arrive à Douala pour soulager la pénurie

Une amélioration pourrait se dessiner sur le marché du gaz domestique, confronté depuis plusieurs semaines à des difficultés d’approvisionnement.
Selon nos informations, le déchargement d’un butanier a débuté mardi 15 septembre au port de Douala. Cette cargaison devrait contribuer à alimenter progressivement le marché. La tension actuelle s’explique notamment par l’arrivée tardive de certains navires, une hausse de 15 % de la demande et la baisse de la production locale.
Depuis le départ du navire Hilli Episeyo en juillet dernier, l’approvisionnement du Cameroun en GPL repose désormais entièrement sur les importations. Des solutions sont également étudiées pour les bouteilles de la SCTM, dont la situation contribue aux perturbations observées sur le marché.
En attendant, la bouteille de gaz est redevenue un luxe dans les deux capitales. Depuis début septembre, Yaoundé et Douala font face à une pénurie sévère de gaz domestique. À Nkomo, Biyem-Assi, Bonabéri, les scènes se répètent : files interminables dès 4 heures du matin, distributeurs affichant « rupture », et quand le produit est disponible, la bouteille de 12,5 kg homologuée à 6 500 FCFA s’arrache entre 7 000 et 10 000 FCFA au marché noir.
Au cœur de la crise, le mastodonte SCTM. Leader historique, l’entreprise qui possède encore des centaines de milliers de bouteilles dans les foyers est aujourd’hui asphyxiée par ses dettes envers les importateurs, dont Tradex. Conséquence : ses approvisionnements sont bloqués à Bonabéri et ses clients se ruent vers la concurrence. Le basculement est historique.
Selon les données de la SCDP sur la période janvier-juillet 2026, Tradex est passé numéro 1 du marché avec 14,12 % de parts (18 772 tonnes), détrônant la SCTM reléguée à 13,31 %. Les autres opérateurs comme TotalEnergies et OLA, pris d’assaut, ne parviennent plus à suivre la demande.
Face à l’urgence, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a instruit la CSPH d’organiser des négociations entre la SCTM et ses créanciers afin d’apurer la dette et de relancer les enlèvements. Mais la crise est plus profonde. Pendant que la SCDP assure qu’il n’y a « pas de pénurie », dans les cuisines, les ménagères sont contraintes de se rabattre sur le charbon et le bois de chauffe.
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