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Manuels scolaires en Afrique : défis et solutions

« L’alerte lancée par le journaliste Boris Bertolt le 27 mai dernier sur l’imposition de cautions de 10, 20 et 30 millions de FCFA pour soumettre un manuel scolaire au Conseil d’agrément soulève une question fondamentale : comment concilier la rigueur nécessaire à la sélection des manuels et la survie économique des jeunes éditeurs locaux ?», questionne Olivier Mbitom.
Lire ici sa tribune :
Si la volonté des autorités de désengorger les commissions et de s’assurer de la solvabilité des acteurs peut s’entendre, l’analyse de cette mesure reste incomplète si l’on occulte les réalités historiques, financières et fiscales de cette industrie.
Des inspecteurs-auteurs à la Fondation Chantal Biya : Le verrouillage historique du marché
Pour comprendre la fragilité actuelle des éditeurs locaux, il faut se souvenir d’où nous venons. Au début des années 2000, près de 95 % du marché du livre scolaire en zone francophone était capté par des géants occidentaux, notamment le groupe Hachette (via EDICEF) et son concurrent VIVENDI.
Leur stratégie d’essaimage reposait sur un système aussi vicieux qu’incestueux : la quasi-totalité des auteurs édités par ces groupes étaient des Inspecteurs Nationaux de Pédagogie… ceux-là mêmes qui siégeaient au sein des commissions d’évaluation et d’agrément. Inutile de faire un dessin : le conflit d’intérêts institutionnalisé verrouillait le marché.
Mais le coup de maître d’EDICEF est allé encore plus loin avec le déploiement d’un véritable « bouclier humanitaire ». En finançant la construction à titre gracieux des écoles primaires « Champion » en partenariat avec la Fondation Chantal Biya, le géant français s’est offert une respectabilité institutionnelle inattaquable au sommet de l’État. Face à un tel déploiement de soft power mêlant philanthropie de prestige et diplomatie économique, les commissions d’agrément se retrouvaient pieds et poings liés. Revenir aujourd’hui à des cautions financières confiscatoires ravive le spectre de ce cercle fermé, réservé aux multinationales ou aux acteurs historiques capables de s’acheter de telles entrées.
L’implacable réalité financière et logistique du livre scolaire
Devenir éditeur scolaire ne s’improvise pas ; c’est une industrie lourde de flux et de capitaux qui exige des investissements massifs en amont (droits d’auteur, infographie, conception graphique, prépresse, production) se chiffrant en centaines de millions de FCFA.
Le cycle de trésorerie y est d’une violence rare : l’éditeur doit débloquer ces fonds et attendre souvent plus de 9 mois avant d’enclencher la moindre entrée de cash à la rentrée scolaire. À ce gouffre financier s’ajoute une course contre la montre logistique. Pour que les livres soient imprimés et acheminés à temps, les commissions doivent rendre leur verdict très tôt dans l’année civile. Le moindre retard administratif force les éditeurs à importer en catastrophe, subissant les délais maritimes, les contrôles au départ (SGS), le transport et les blocages douaniers. Manquer le coche de la rentrée de septembre équivaut à une année blanche, synonyme de faillite pour une PME. Dans ces conditions de stress financier maximal, imposer le blocage préalable de 10 à 30 millions de FCFA de caution est un coup de grâce économique pour la jeunesse entrepreneuriale.
L’aberration fiscale : L’importation favorisée au détriment de l’industrialisation
Le nœud du problème, et le levier sur lequel le gouvernement devrait véritablement agir, réside dans une incohérence fiscale majeure. En vertu des accords internationaux (Accord de Florence de l’UNESCO), le livre imprimé fini à l’étranger entre sur le territoire à 0 % de droits de douane (ne payant que des taxes accessoires dont le taux cumulé avoisine 4,8 %).
Pourtant, les intrants nécessaires à la fabrication locale de ce même livre (papiers, encres, plaques offset, machines d’imprimerie) sont lourdement taxés comme des produits industriels classiques. Comment comprendre qu’il soit économiquement plus rentable d’écrire un livre au Cameroun, de l’envoyer par fichier internet se faire imprimer en Europe ou en Asie, puis de le réimporter par bateau, plutôt que de le produire dans les imprimeries de Douala ou de Yaoundé ?
Le rythme des agréments : Pour une stabilité triennale ou quinquennale au service des familles et de l’industrie
Au-delà de la fiscalité, la souveraineté éducative exige de repenser le rythme réglementaire. Il devient impératif d’instaurer une rencontre d’évaluation nationale strictement triennale ou quinquennale (tous les 3 ou 5 ans) pour le renouvellement ou la révision des listes officielles de manuels, sauf cas de force majeure ou refonte globale des programmes.
Cette prévisibilité temporelle apporterait une double respiration :
- Un soulagement pour la trésorerie des éditeurs : Un manuel agréé assuré de rester au programme pendant au moins 3 ans permet à une maison d’édition d’amortir ses lourds investissements de départ sur plusieurs exercices. Cela stabilise son fonds de roulement et limite la dépendance aux crédits bancaires à court terme.
- Un bouclier social pour les familles : L’instabilité chronique des manuels pénalise lourdement le budget des parents. Une politique triennale redonne ses lettres de noblesse au recyclage des ouvrages dans la continuité, permettant aux livres de circuler au sein des fratries ou à travers les réseaux de seconde main. Un livre ne doit plus être un produit à usage unique imposé par des ajustements cosmétiques annuels.
Le retour de l’État stratège : La réhabilitation du modèle CEPER.
Face à cette crise structurelle, nous ne pouvons faire l’économie d’une réflexion sur le rôle d’opérateur de la puissance publique. L’histoire du Cameroun nous offre pourtant un modèle de réussite : le CEPER (Centre d’Édition et de Production pour l’Enseignement et de la Recherche). Autrefois, cet outil industriel d’État était le garant d’un livre citoyen, produisant à très gros volumes les manuels indispensables à des prix bas et accessibles à tous les foyers.
La réhabilitation d’un outil étatique similaire modernisé ne viendrait pas étouffer le secteur privé, mais en combler les failles structurelles. L’État pourrait investir directement la production des « socles communs » (les manuels fondamentaux de mathématiques, de français ou de sciences pour le primaire), laissant aux éditeurs privés les segments spécialisés ou littéraires. En garantissant une production publique à coûts maîtrisés pour le cœur des programmes, l’État casserait les monopoles tout en redonnant ses lettres de noblesse à l’imprimerie nationale.
Pour une véritable souveraineté éducative
La solution pour assainir le marché et garantir des manuels de qualité ne réside pas dans l’exclusion des jeunes talents par des cautions confiscatoires. Elle réside dans une vision intégrée, à la fois industrielle, réglementaire et sociale.
Le gouvernement ferait œuvre utile en exonérant de droits de douane et de TVA les intrants du livre local, en sanctuarisant un rythme d’agrément triennal ou quinquennal et en relançant un pôle d’édition public fort s’inspirant du CEPER. C’est en allégeant les coûts de production, en offrant de la visibilité et en réinvestissant l’outil industriel national, plutôt qu’en érigeant des barrières financières par le haut, que nous permettrons à notre pays de conquérir enfin sa pleine souveraineté éditoriale, pédagogique et économique.
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Bassin du lac Tchad : Le Cameroun et trois voisins mobilisés contre le choléra, Ebola et la Mpox
Le Cameroun, le Tchad, le Nigeria et la République centrafricaine renforcent leur coopération sanitaire face à la progression de plusieurs maladies épidémiques. Réunis à Douala […]
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un incendie à Metafrique Steel fait 4 morts et 16 blessés graves

Un violent incendie s’est déclaré ce lundi 2 novembre 2026, entre 7 h et 7 h 15, dans les installations de l’entreprise Metafrique Steel SA, située dans la zone industrielle de Douala-Bassa. Selon les premiers éléments recueillis auprès des autorités, une explosion aurait précédé le sinistre.
Selon Cameroon Tribune, le bilan provisoire fait état de quatre corps calcinés, découverts par les sapeurs-pompiers, et de 16 personnes grièvement brûlées, évacuées à l’hôpital général de Douala. Selon une source médicale, leur pronostic vital serait engagé.
Le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, s’est rendu au chevet des blessés. Il a déploré le non-respect des mesures de sécurité prescrites à l’entreprise après un précédent incendie. « Malgré les premiers cas d’incendie, les mesures de sécurité n’ont pas été prises », a-t-il déclaré.
Évoquant les enquêtes en cours, le gouverneur a également estimé qu’un arrêt des activités de l’entreprise devrait être envisagé.
Pour mémoire, un autre incendie avait ravagé une partie de cette usine dans la nuit du 30 avril au 1er mai 2026, faisant plusieurs victimes.
Au moment des premières constatations, les sapeurs-pompiers poursuivaient leurs opérations pour maîtriser le sinistre.
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Cameroun-ONU : 657 milliards de FCFA restent à mobiliser pour financer le cadre de coopération 2027-2031

(Investir au Cameroun) – Le Cameroun et le Système des Nations unies devront encore mobiliser environ 657,3 milliards de FCFA pour financer leur nouveau cadre de coopération pour le développement durable sur la période 2027-2031. Les quatre enveloppes budgétaires détaillées totalisent 860,5 milliards de FCFA, dont seulement 203,2 milliards sont actuellement identifiés comme disponibles, soit 23,6 % des besoins. Le document a été signé le 30 octobre 2026 à Yaoundé par Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), et Issa Sanogo, coordonnateur résident des Nations unies au Cameroun.
Le besoin de financement représente ainsi 76,4 % de l’enveloppe prévisionnelle. Selon les données présentées, les ressources disponibles comprennent 141,7 milliards de FCFA de financements de base, dits « core », et 61,5 milliards de ressources complémentaires, dites « non-core ». Ces montants constituent des ressources identifiées pour la mise en œuvre du programme et ne correspondent pas nécessairement à des financements déjà décaissés.
Pour combler l’écart, Issa Sanogo préconise d’élargir les partenariats avec les institutions financières de développement et le secteur privé, tout en mobilisant davantage de financements climatiques et innovants.
La transformation économique affiche un déficit de financement de 232 milliards de FCFA
Le nouveau cadre s’articule autour de trois priorités stratégiques, déclinées en quatre effets. La transformation économique et la résilience climatique affichent le déficit proportionnel le plus élevé. Sur une enveloppe prévisionnelle de 275,4 milliards de FCFA, seuls 43,2 milliards sont disponibles, soit un taux de couverture de 15,7 %. Il reste ainsi 232,2 milliards de FCFA à rechercher.
La composante consacrée à la diversification économique et à la création d’emplois décents dispose de 21,7 milliards de FCFA pour des besoins évalués à 174 milliards. Son taux de financement, limité à 12,5 %, est le plus faible des quatre effets budgétaires. Il reste 152,2 milliards de FCFA à mobiliser.
La seconde composante, consacrée à la résilience climatique et à l’accès à une énergie propre, prévoit 101,5 milliards de FCFA. Les ressources disponibles atteignent 21,5 milliards, soit 21,2 % des besoins. Le financement restant à rechercher s’élève à près de 80 milliards de FCFA.
Cette priorité doit soutenir la diversification des activités productives, l’industrialisation, le développement des économies verte et bleue ainsi que l’adaptation aux changements climatiques. Elle prévoit également des interventions destinées à améliorer l’accès à une énergie propre et durable.
Près de 317 milliards de FCFA manquent au développement du capital humain
Le capital humain et la cohésion sociale concentrent la plus importante enveloppe du nouveau cadre : 427,6 milliards de FCFA, soit 49,7 % du budget total. Seuls 111 milliards sont actuellement disponibles. Le besoin résiduel atteint 316,6 milliards de FCFA, ce qui constitue le déficit le plus élevé en valeur absolue.
Les financements doivent notamment soutenir l’amélioration de l’accès aux services de santé, à l’éducation et aux dispositifs de protection sociale. À l’horizon 2031, les objectifs annoncés comprennent un taux de 95 % d’accouchements assistés, une couverture vaccinale de 95 %, un taux d’achèvement du primaire de 100 % et une couverture de 40 % des personnes vulnérables par les mécanismes de protection sociale.
La gouvernance, la décentralisation et la paix disposent, pour leur part, d’un budget prévisionnel de 157,5 milliards de FCFA. Avec 48,9 milliards disponibles, cette composante affiche le taux de financement le plus élevé, à 31,1 %. Il reste néanmoins 108,6 milliards de FCFA à mobiliser.
Les interventions prévues porteront notamment sur l’efficacité des institutions, la transparence, la gestion des finances publiques, la décentralisation et l’articulation entre l’aide humanitaire, le développement et la consolidation de la paix.
Le cadre couvre l’ensemble du territoire camerounais, avec une attention particulière à six régions : l’Extrême-Nord, le Nord, l’Adamaoua, l’Est, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Les principaux bénéficiaires ciblés comprennent les femmes, les jeunes, les enfants, les réfugiés, les personnes déplacées internes, les personnes handicapées et les peuples autochtones.
Un budget en hausse de 27 %, mais moins de financements disponibles qu’en 2021
Le nouveau cycle succède au cadre de coopération 2022-2026, signé le 16 septembre 2021 par Alamine Ousmane Mey et Matthias Zana Naab, alors coordonnateur résident des Nations unies au Cameroun.
Selon le document de programmation du précédent cycle, les interventions étaient évaluées à environ 1,15 milliard de dollars, soit l’équivalent de 676,7 milliards de FCFA au taux de change retenu pour le présent article. Cette enveloppe avait été présentée à la signature en 2021 comme dépassant 642 milliards de FCFA, sur la base du taux de change de l’époque.
À taux de conversion identique, le nouveau budget de coopération augmente d’environ 27,2 %, passant de 676,7 à 860,5 milliards de FCFA. Pourtant, les ressources initialement disponibles reculent de 226,7 milliards de FCFA pour le précédent cycle à 203,2 milliards pour la période 2027-2031, soit une diminution de 23,5 milliards de FCFA.
Le taux de couverture financière passe ainsi de 33,5 % à 23,6 %, soit une baisse de 9,9 points de pourcentage. Cette comparaison porte sur les financements identifiés lors de la programmation des deux cycles. Elle ne mesure pas les ressources finalement mobilisées ni les dépenses effectivement réalisées entre 2022 et 2026.
Le précédent dispositif associait 22 agences des Nations unies autour de quatre priorités : la croissance inclusive et durable, le développement humain et social, l’appui institutionnel et la participation citoyenne, ainsi que la durabilité environnementale et la gestion des risques climatiques.
Ludovic Amara
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