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quinze ans après, où est passé le code de transparence et de bonne gouvernance ?

Selon le journaliste camerounais Charles Armel Mbatchou, cette réforme ambitieuse est devenue une promesse inachevée dans notre pays.
Lire ici son analyse :
En 2011, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Philémon Yang engageait le Cameroun dans une nouvelle phase de modernisation de la gestion publique. Dans le sillage des réformes communautaires de la CEMAC, l’État adoptait un ensemble de principes destinés à renforcer la transparence budgétaire, la responsabilité des gestionnaires publics, la reddition des comptes et la lutte contre la corruption.
L’objectif affiché était clair : faire entrer le Cameroun dans une nouvelle culture de gouvernance fondée sur l’orthodoxie financière, la traçabilité des dépenses publiques et l’obligation de rendre compte.
Quinze ans plus tard, une question s’impose : qu’est devenu ce Code de transparence et de bonne gouvernance ?
Entre les ambitions affichées et les réalités observées, le fossé apparaît aujourd’hui considérable.
2011 : l’espoir d’une révolution dans la gestion publique
L’année 2011 marque un tournant.
Le Cameroun adhère aux nouvelles directives communautaires de la CEMAC visant à harmoniser les finances publiques en Afrique centrale.
Le Code de transparence et de bonne gouvernance repose sur plusieurs principes fondamentaux :
* Transparence de l’action publique ;
* Publication des informations budgétaires ;
* Responsabilisation des gestionnaires publics ;
* Contrôle des dépenses de l’État ;
* Prévention des conflits d’intérêts ;
* Obligation de rendre compte aux citoyens ;
* Lutte contre les détournements de deniers publics ;
* Gestion efficace des ressources nationales.
À l’époque, les autorités présentent ces réformes comme une étape décisive vers un État moderne et responsable.
2012-2014 : les premières contradictions
Alors que les textes se multiplient, leur application concrète demeure limitée. Les budgets sont certes publiés, mais la compréhension et l’accès à l’information publique restent difficiles pour la majorité des citoyens. Les mécanismes de contrôle existent sur le papier mais peinent à produire les résultats attendus.
Pendant ce temps, plusieurs scandales de gestion continuent d’alimenter le débat public. Les citoyens constatent que les promesses de transparence ne s’accompagnent pas d’une véritable culture de reddition des comptes.
2015-2018 : l’ombre persistante de la corruption
Malgré les rapports annuels de la CONAC et les opérations judiciaires menées dans le cadre de l’Opération Épervier, les perceptions de corruption restent élevées.
Des affaires touchant la gestion des marchés publics, des entreprises d’État et de certains grands projets continuent de faire la une de l’actualité.
La contradiction devient de plus en plus visible : D’un côté, l’État affirme renforcer la transparence. De l’autre, les citoyens peinent à connaître précisément l’utilisation des ressources publiques et le coût réel de nombreux projets. L’accès à l’information administrative demeure limité et les sanctions apparaissent souvent sélectives.
2019-2021 : la crise sanitaire révèle les faiblesses du système
La pandémie de Covid-19 constitue un test majeur pour les mécanismes de gouvernance. Les fonds mobilisés pour faire face à l’urgence sanitaire suscitent rapidement des interrogations. Les audits réalisés mettent en lumière des dysfonctionnements, des irrégularités de gestion et des soupçons de mauvaise utilisation des ressources publiques. Cette période marque un tournant.
Pour de nombreux Camerounais, elle révèle l’écart entre les principes inscrits dans les textes et les pratiques observées dans la gestion quotidienne des finances publiques.
2022-2026 : des institutions présentes, mais une confiance fragilisée
Aujourd’hui, le Cameroun dispose pourtant d’un arsenal institutionnel important :
* La Chambre des Comptes ;
* La CONAC ;
* L’Inspection Générale de l’État ;
* Les inspections ministérielles ;
* Le Tribunal Criminel Spécial ;
* Les commissions parlementaires de contrôle ;
* Les organes de passation des marchés publics.
Jamais le pays n’a disposé d’autant d’instruments de contrôle. Pourtant, la défiance populaire demeure forte. Pourquoi ? Parce que la transparence ne se mesure pas au nombre d’institutions créées. Elle se mesure aux résultats. Elle se mesure à la publication des patrimoines des responsables publics. Elle se mesure à la traçabilité des dépenses. Elle se mesure à l’effectivité des sanctions. Elle se mesure à la capacité du citoyen à savoir comment est utilisé l’argent public.
Le grand absent : la déclaration des biens et avoirs
L’une des principales faiblesses du système de gouvernance camerounais demeure la question de la déclaration des biens et avoirs.
La Constitution prévoit pourtant ce mécanisme pour certaines catégories de responsables publics. Des années après son inscription dans les textes, son application intégrale continue d’alimenter les débats.
Or, dans toute démocratie moderne, la transparence patrimoniale constitue l’un des piliers de la lutte contre l’enrichissement illicite. Comment mesurer l’évolution du patrimoine d’un gestionnaire public sans déclaration préalable ?
Comment distinguer la réussite légitime de l’enrichissement suspect ? Comment rassurer les citoyens sur l’intégrité des institutions sans mécanisme de vérification patrimoniale ?
Une gouvernance qui contrôle davantage les citoyens que les gouvernants
Le paradoxe camerounais est frappant. Le petit commerçant est contrôlé. Le contribuable est contrôlé. Le fonctionnaire est contrôlé. L’entrepreneur est contrôlé.
Mais les citoyens ont souvent le sentiment que les mécanismes de contrôle deviennent moins visibles lorsqu’il s’agit d’examiner la fortune, le patrimoine ou le train de vie de certains hauts responsables publics.
Cette perception nourrit la méfiance et affaiblit la crédibilité des discours officiels sur la bonne gouvernance.
Le défi de la prochaine décennie. Le problème du Cameroun n’est plus l’absence de textes. Le problème est celui de leur application.
Le Code de transparence et de bonne gouvernance adopté en 2011 avait pour ambition de rapprocher l’État du citoyen et d’instaurer une culture de responsabilité.
Quinze ans plus tard, les Camerounais attendent toujours que cette ambition se traduise pleinement dans les faits. La véritable réforme ne sera pas l’adoption de nouveaux textes. Elle consistera à appliquer rigoureusement ceux qui existent déjà. Car la bonne gouvernance ne se proclame pas. Elle se démontre. La transparence ne se décrète pas. Elle se pratique. Et la confiance des citoyens ne s’obtient pas par les discours, mais par l’exemple.
Armel MBATCHOU
Journaliste engagé, Analyste politique et Chroniqueur
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