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Près de 2000 milliards FCFA d’or exportés illégalement vers Dubaï en cinq ans
Quarante-quatre tonnes d’or ont été enregistrées à Dubaï comme provenant du Cameroun entre 2021 et 2025. Dans le même temps, les exportations officiellement déclarées par le Cameroun n’ont totalisé que 148 kilogrammes. Ces chiffres ont été révélés par le directeur général de la Société nationale des mines (Sonamines), Serge Hervé Boyogueno, lors de son passage à la télévision nationale le 25 mai 2026, au lendemain de la célébration de la Fête de l’Unité. « Sur les cinq dernières années, de 2021 à 2025, Dubaï a enregistré 44 tonnes d’or en provenance du Cameroun. Dans le même temps, les exportations officielles camerounaises sur cette période ne totalisent que 148 kilogrammes », a-t-il déclaré.
Selon le responsable de la Sonamines, les 44 tonnes d’or enregistrées à Dubaï représentent une valeur estimée à 3,4 milliards de dollars américains, soit près de 1 914,4 milliards de FCFA. Pour l’entreprise publique, ces écarts s’inscrivent dans un phénomène ancien et persistant. La Sonamines affirme avoir alerté les autorités sur cette question dès 2022, notamment à la suite des conclusions d’un rapport d’Interpol consacré à l’exploitation de l’or en Afrique centrale. Les données citées par Hervé Bongueno montrent que ce rapport faisait déjà état d’importantes divergences entre les statistiques camerounaises et celles des Émirats arabes unis.
Selon ces informations, les exportations d’or du Cameroun vers Dubaï enregistrées par les autorités émiraties sont passées de 0,3 tonne en 2008 à 11,7 tonnes en 2018. Sur l’ensemble de la période 2008- 2018, plus de 73 tonnes d’or en provenance du Cameroun avaient ainsi été enregistrées à Dubaï, alors que la production officiellement recensée dans le pays n’atteignait pas une tonne.
Ces données avaient conduit Interpol à identifier le Cameroun parmi les pays concernés par les circuits illicites de commercialisation de l’or en Afrique subsaharienne.
De 2022 à 2025, la contrebande d’or atteint des niveaux records
La création de la Société nationale des mines (Sonamines) n’a pas immédiatement inversé la dynamique de la contrebande d’or. Les données rendues publiques ces dernières années révèlent au contraire une progression continue des écarts entre les exportations officiellement enregistrées par le Cameroun et les volumes d’or déclarés à l’importation par les pays acheteurs, principalement les Émirats arabes unis.
Les chiffres les plus récents, communiqués par le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno…, montrent que le phénomène a atteint un niveau inédit en 2025. Lors de son passage à la télévision nationale le 25 mai 2026, le dirigeant de l’entreprise publique a déclaré : « Officiellement, le Cameroun a exporté 0 gramme d’or en 2025, alors que les dernières compilations disponibles, dans l’attente de la consolidation officielle des informations reçues de Dubaï, font état de 8,4 tonnes d’or réceptionnées dans cet émirat en provenance du Cameroun au cours de la même année.
Pour 2024, les exportations officiellement déclarées vers Dubaï s’élèvent à 3,8 kilogrammes d’or, tandis que les statistiques de Dubaï indiquent avoir reçu 12,2 tonnes en provenance du Cameroun ». Ces données prolongent une tendance déjà observée les années précédentes. Elles suggèrent que malgré les dispositifs de contrôle progressivement mis en place par les pouvoirs publics, une part importante de la production aurifère continue d’échapper aux circuits officiels de commercialisation.
LES ÉCARTS EXPLOSENT ENTRE LES STATISTIQUES CAMEROUNAISES ET CELLES DE DUBAÏ
Les conclusions du rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), présenté en décembre 2025 à Yaoundé, confirment l’ampleur du phénomène. Selon ce document, 15,2 tonnes d’or ont quitté le Cameroun au cours de l’année sans être enregistrées dans les statistiques officielles. Plus de 90 % de ces volumes auraient pris la direction des Émirats arabes unis.
Dans le même temps, les données douanières camerounaises ne faisaient état que de 22,3 kilogrammes exportés. L’écart est tel que l’ITIE évalue les pertes fiscales potentielles associées à ces flux à environ 165 milliards de FCFA. Les constats dressés pour 2023 s’inscrivent dans la continuité de ceux relevés un an plus tôt. D’après les données de l’ITIE relatives à l’exercice 2022, les statistiques dites « miroirs » — c’est-à-dire les données d’importation déclarées par les pays acheteurs — faisaient état de 4,8 tonnes d’or importées depuis le Cameroun.
De leur côté, les services douaniers camerounais n’avaient enregistré que 47 879 grammes, soit 47,88 kilogrammes. L’organisation indiquait alors que la valeur de l’or sorti illicitement du territoire atteignait 279 millions de dollars, soit environ 189,2 milliards de FCFA. À titre de comparaison, les exportations légales recensées cette année-là représentaient seulement 1,8 milliard de FCFA. Pris dans leur ensemble, ces chiffres montrent une aggravation du phénomène entre 2022 et 2025.
Alors que les volumes non déclarés se comptaient déjà en tonnes au début de la période, les données les plus récentes font apparaître des écarts encore plus importants, notamment vers Dubaï, devenu la principale destination identifiée de l’or camerounais non enregistré.
La piste des complicités internes se renforce

L’or continue de quitter le Cameroun en dehors des circuits officiels, malgré les dispositifs de surveillance mis en place pour encadrer sa commercialisation et son exportation. Pour le directeur général de la Société nationale des mines (Sonamines), Serge Hervé Boyogueno, la persistance de ce phénomène ne peut s’expliquer par la seule action de trafiquants opérant dans l’ombre. Selon lui, des complicités internes facilitent nécessairement ces sorties clandestines. « Il ne fait aucun doute qu’il existe des réseaux et des complicités au sein du système qui participent à cette mafia. Une chose est certaine : pour faire sortir de l’or du Cameroun, il faut nécessairement bénéficier de complicités », a-t-il déclaré.
Pour le dirigeant de la Sonamines, l’ampleur des opérations de contrebande observées ces dernières années laisse penser qu’elles ne pourraient être menées sans appuis au sein des structures chargées de contrôler les mouvements du métal précieux. Pour étayer ses propos, Serge Hervé Boyogueno rappelle que les aéroports disposent de détecteurs de métaux permettant de contrôler les passagers. Or, souligne-t-il, l’or fait partie des métaux susceptibles d’être repérés par ces équipements. « Dans nos aéroports, nous disposons de détecteurs de métaux qui scannent les voyageurs à leur passage. Or, l’or est un métal détecté par ces équipements. Cela signifie qu’il existe de nombreuses complicités qui facilitent les sorties frauduleuses d’or hors du Cameroun », a-t-il expliqué.
DES AGRÉMENTS ENCORE VALIDES AU CŒUR DU DISPOSITIF
Selon les explications fournies par le directeur général de la Sonamines, une partie du problème trouve son origine dans le régime des agréments délivrés avant l’entrée en vigueur de la loi minière de 2023. « Les bureaux d’achat disposaient d’un agrément de commercialisation qui les autorisait à acheter, commercialiser, exporter et importer l’or. Lorsque le président de la République a promulgué la loi de 2023, il existait environ 170 bureaux d’achat dont les agréments étaient encore en cours de validité.
Aujourd’hui, nous en comptons 105 », a-t-il indiqué. D’après lui, certains détenteurs de ces autorisations toujours valides s’appuient sur celles-ci pour mener des opérations d’achat d’or et démontrer à leurs partenaires étrangers qu’ils disposent d’une habilitation légale leur permettant de commercialiser le métal précieux originaire du Cameroun. « Ce qui se passe, c’est que certains titulaires de ces bureaux d’achat utilisent encore leurs agréments valides pour acheter de l’or et justifier, à l’international, le fait qu’ils sont autorisés à acheter, exporter et vendre de l’or en provenance du Cameroun », a expliqué Hervé Bongueno. Selon lui, les cargaisons empruntent généralement les frontières terrestres ou les plateformes aéroportuaires pour quitter le pays.
Plusieurs saisies réalisées ces dernières années illustrent cette réalité. Le responsable de la Sonamines rappelle ainsi qu’en 2023, 30 kilogrammes d’or avaient été découverts à bord d’un vol exploité par une compagnie aérienne africaine. Au cours de la même année, 25 kilogrammes supplémentaires avaient également été interceptés à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. Le phénomène ne s’est pas arrêté là. D’après les chiffres communiqués par la Sonamines, « l’année dernière, un peu plus de 10 kg d’or ont encore été interceptés entre Yaoundé et l’Est du pays ».
LA PRÉSIDENCE VEUT IDENTIFIER LES RESPONSABLES
Les soupçons de complicités évoqués publiquement par la Sonamines ont conduit le plus haut sommet de l’État à s’intéresser au dossier. Dans une correspondance datée du 23 février 2026, adressée au secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie nationale, le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, a répercuté « les Très Hautes Instructions du président de la République pour la mise en place urgente d’une commission d’enquête mixte sur le trafic illégal d’or au Cameroun ».
Selon ce document, la commission est « chargée d’établir les responsabilités des différents acteurs impliqués dans ce trafic ». Au-delà du constat, la présidence demande surtout que les investigations permettent de remonter les chaînes de responsabilité. Les enquêteurs devront ainsi mener « des investigations approfondies afin d’identifier les réseaux et les personnes impliqués dans ces activités illicites liées à l’exploitation et à la commercialisation clandestine de l’or ».
Une fois ses travaux achevés, la commission devra transmettre son rapport à la présidence de la République. Plus de trois mois après la signature de cette correspondance, les conclusions de l’enquête sont toujours attendues.
Le gouvernement multiplie les mesures pour assainir la filière aurifère

Après avoir constaté l’ampleur des flux d’or échappant aux circuits officiels, l’État camerounais accélère la mise en œuvre de mesures destinées à assainir la filière. Cette orientation s’est notamment matérialisée le 15 avril 2026 avec la signature, par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt), d’une décision fixant de nouvelles limites aux quantités de minerais pouvant être expédiées hors du territoire dans le cadre d’analyses ou d’essais industriels.
Selon ce texte, « la présente décision fixe la quantité d’échantillons de minerais ou de concentrés autorisée au cours d’une expédition, aux fins d’analyses ou d’essais industriels », en application du décret du 19 novembre 2024 relatif à la circulation des substances minérales. Dans le détail, les quantités autorisées sont plafonnées à 50 kilogrammes pour les substances précieuses et semi-précieuses, dont l’or, tandis que les minerais de base et les substances de carrière sont limités à une tonne par expédition.
À travers cette disposition, l’administration cherche à établir une distinction plus nette entre les envois destinés à des besoins techniques et ceux susceptibles de relever d’opérations commerciales. Pour les autorités, l’encadrement des échantillons constitue un maillon important du dispositif de traçabilité des substances minérales. Les expéditions destinées aux analyses étant, par nature, censées demeurer limitées, leur surveillance apparaît comme un moyen supplémentaire de réduire les zones grises dans lesquelles peuvent s’insérer certains flux non déclarés.
Ces nouvelles règles s’inscrivent ainsi dans le prolongement du Code minier adopté en décembre 2023 et du décret du 19 novembre 2024 relatif à la circulation des substances minérales, qui visent à renforcer le contrôle de la chaîne de production et de commercialisation. Parallèlement au durcissement du cadre réglementaire, le gouvernement renforce également sa présence sur le terrain.
Dans la région de l’Est, qui concentre l’essentiel de l’activité aurifère du pays, le ministère des Mines a engagé une opération ciblant les exploitations jugées illégales ou ne respectant pas les prescriptions administratives en vigueur. D’après un communiqué officiel, cette intervention porte sur « le démantèlement pur et simple des unités de production d’or sur les sites illégaux ainsi que celles ne s’étant pas conformées aux mesures mises en place ». L’opération fait suite à une mission de contrôle menée à la fin du mois de mars 2026, au cours de laquelle les services compétents ont constaté la poursuite de certaines activités malgré des décisions de suspension déjà prononcées.
Dans le même temps, les conditions imposées aux exploitants souhaitant reprendre leurs activités ont été renforcées. Les autorités exigent notamment la signature d’un engagement portant sur une production minimale de 10 kilogrammes d’or par mois. Elles imposent également le versement d’une caution de réhabilitation de 63 millions de FCFA, le recours à des procédés de traitement en vase clos ainsi que la réalisation d’études sommaires pour tout nouveau site d’exploitation.
À travers cet ensemble de mesures réglementaires et opérationnelles, le gouvernement entend renforcer la conformité des opérateurs, améliorer la traçabilité des volumes extraits et accroître le contrôle des flux aurifères. L’objectif affiché est de mieux encadrer l’exploitation de l’or et de sécuriser davantage les recettes publiques issues de cette activité.
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Population, élevage et habitat : Deux mois supplémentaires pour parachever le recensement général
Par un arrêté rendu public ce 1er juin 2026, le Premier ministre chef du gouvernement Joseph Dion Ngute proroge la période du 4ème Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph), couplé au Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (Rgae), du 29 mai au 31 juillet 2026. Une opération sensée actualiser les données démographiques, sociales et économiques du Cameroun. Joseph Dion Ngute accorde ainsi deux mois supplémentaires aux agents recensement, pour parachever les opérations de collecte sur le terrain.
Initialement prévu du 24 avril au 29 mai 2026, l’opération a connu diverses péripéties. D’abord la formation des 32 000 agents recenseurs et autres acteurs de la chaîne d’opérationnalisation de ce recensement, a révélé les premiers couacs. Ces derniers n’ont pas toujours perçus les frais liés à cette formation menée à travers le territoire. Puis les appareils électroniques devant enregistrer les données, ont connu des défections, avec notamment des batteries ne tenant pas la charge pour longtemps, ne facilitait pas de respecter les quotas quotidiens d’enrôlement. Pour ne rien arranger, l’insécurité dans certaines localités a définitivement joué sa partition. Une grande partition car des agents recenseurs ont même été enlevés dans certaines localités en proie au phénomène d’enlèvement avec demandes de rançon.
Un cocktail de facteurs qui ont amené les agents recenseurs à suspendre les opérations qui n’avaient déjà pas débuté au même moment sur l’ensemble du territoire. Ces derniers ont saisi le Premier ministre pour signifier leurs difficultés. Joseph Dion Ngute avait 72h pour apporter des solutions à ces désidératas des agents recenseurs. L’ultimatum a expiré, le locataire de l’Immeuble Etoile n’avait pas réagi. Jusqu’à ce jour.
Il convient de rappeler que le 4ème Recensement général de la population et de l’habitat avait été institué depuis le 15 septembre 2015, par un décret du président de la République. Il aura fallu un peu plus de dix ans pour engager enfin les opérations. Au départ placé sous la conduite du ministre en charge des questions de la population, notamment le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’aménagement de la population, ce recensement avait pour objectif général de collecter « les données nécessaires à la planification du développement et à la prise en compte du dividende démographique dans l’élaboration des politiques permettant l’évolution du Cameroun vers l’émergence». Il a été finalement élargi aux ministères en charge de l’élevage et de l’agriculture, parce que couplé au Recensement général de l’élevage et de l’habitat.
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L’État va régler une facture d’électricité de 20,9 milliards de FCFA d’Alucam due à Socadel
L’État du Cameroun va mobiliser près de 21 milliards de FCFA pour permettre à la Compagnie camerounaise de l’aluminium (Alucam) d’effacer une importante dette contractée auprès d’Eneo, aujourd’hui rebaptisée Socadel après sa nationalisation. L’information figure dans les états financiers 2025 de l’entreprise publique, qui détaillent les mécanismes ayant conduit à une forte progression du poste « Associés, comptes courants » au bilan.
Selon les informations fournies par Alucam dans l’annexe de ses comptes, cette évolution est directement liée à un accord conclu avec l’État. L’entreprise explique en effet qu’une partie de la hausse de ce poste provient « d’une avance en compte de FCFA 20 milliards reçue de l’État au travers d’un protocole d’accord signé le 15 avril 2025 entre l’État du Cameroun et Alucam (entre autres parties), selon lequel l’État se subroge à Alucam pour le règlement de la Dette Validée d’Alucam envers Eneo s’élevant à FCFA 20 894 909 748 (représentant les consommations d’énergie électrique haute tension d’octobre 2023 au 31 décembre 2024) ».
Concrètement, la dette qui liait jusqu’ici directement Alucam à Eneo est appelée à être prise en charge par l’État. Ce mécanisme de subrogation permet au fournisseur d’électricité de sécuriser le recouvrement de sa créance tout en allégeant, à court terme, la pression exercée sur la trésorerie du producteur d’aluminium. Pour Alucam, l’opération n’efface toutefois pas l’obligation financière. Elle modifie simplement l’identité du créancier. Une fois la créance d’Eneo réglée par les pouvoirs publics, l’entreprise ne devra plus cette somme à son fournisseur d’électricité, mais à son principal actionnaire, l’État.
Cette intervention se traduit comptablement par une augmentation des comptes courants d’associés, qui atteignent 92,5 milliards de FCFA à fin 2025. Ces comptes correspondent aux sommes avancées par les actionnaires à l’entreprise en dehors du capital social. Contrairement à un apport en capital, ces ressources constituent des dettes que la société demeure tenue de rembourser. Les états financiers montrent ainsi qu’Alucam devient davantage redevable envers l’État, lequel renforce son rôle de soutien financier dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur la trésorerie du groupe.
UN SOUTIEN PUBLIC DE PLUS DE 90 MILLIARDS DE FCFA
L’avance destinée au règlement de la dette envers Eneo n’explique cependant pas, à elle seule, l’envolée du poste « Associés, comptes courants ». Les comptes précisent qu’une autre composante majeure résulte d’un reclassement comptable d’anciennes avances accordées par l’État. Selon Alucam, « la variation à la hausse du compte “Associés, compte courant” de FCFA 92 milliards s’explique, d’une part, par le reclassement à fin 2025 dans le poste “Autres dettes” du bas du bilan des avances en compte courant de l’État à hauteur de FCFA 71 milliards, qui figuraient précédemment dans le poste “Emprunts et dettes financières” ; d’autre part, par une avance en compte de FCFA 20 milliards reçue de l’État » dans le cadre du protocole relatif à la dette envers Eneo.
Autrement dit, la hausse observée résulte à la fois d’un changement de présentation comptable de financements déjà accordés par l’État et de nouveaux concours financiers destinés à couvrir les arriérés d’électricité du groupe. Au total, les états financiers traduisent un engagement public massif en faveur d’Alucam. Entre les 71 milliards de FCFA d’avances déjà consenties puis reclassées dans les comptes courants d’associés et les 20,9 milliards de FCFA mobilisés pour apurer la dette d’électricité accumulée entre octobre 2023 et décembre 2024, l’État apparaît plus que jamais comme le principal soutien financier de l’entreprise publique.
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Le Minfi au cœur de l’offensive mondiale contre les circuits financiers terroristes
Le Cameroun a ainsi ajouté sa signature à une nouvelle feuille de route internationale contre les circuits financiers terroristes. Le 19 mai 2026 à Paris, à l’issue de la cinquième conférence ministérielle « No Money for Terror », organisée par le ministère français de l’Économie et des Finances (Bercy), le pays, représenté par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, a rejoint les juridictions soutenant une déclaration commune fixant plusieurs engagements opérationnels pour les années à venir.
Selon les informations publiées à l’issue des travaux, cette conférence a réuni plus de 70 délégations autour de trois axes prioritaires : empêcher l’utilisation des nouvelles technologies financières à des fins terroristes, combattre les mécanismes de financement liés à l’emprise territoriale de groupes armés et renforcer la lutte contre les liens entre financement du terrorisme et criminalité organisée transnationale.
« Les terroristes utilisent diverses méthodes pour collecter, transférer et utiliser des fonds à travers le monde. Tandis que de nombreux groupes terroristes continuent de recourir à des méthodes traditionnelles de transfert de fonds, la tendance de plusieurs d’entre eux à utiliser des actifs virtuels et d’autres moyens de paiement numériques s’est accentuée ces dernières années.
Si les nouvelles technologies jouent un rôle fondamental dans le développement économique et l’innovation à l’échelle mondiale, nous partageons des inquiétudes quant à l’utilisation abusive des technologies et des innovations numériques à des fins de financement du terrorisme (…) Nous reconnaissons également le rôle important joué par les plateformes de financement participatif, les réseaux sociaux, les applications de messagerie instantanée et d’autres plateformes numériques susceptibles d’être exploitées comme accélérateurs du financement illicite », peut-on lire dans la déclaration finale adoptée à Paris.
COOPÉRATION INTERNATIONALE ET TRAQUE DES RÉSEAUX CRIMINELS
Au-delà des outils numériques, un autre engagement majeur pris par les États signataires concerne les passerelles de plus en plus observées entre organisations terroristes et criminalité organisée. À Paris, un panel consacré à cette question a réuni plusieurs responsables internationaux, parmi lesquels Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l’Économie et des Finances, François-Philippe Champagne, ministre canadien des Finances et du Revenu national, ainsi que Louis Paul Motaze.
Selon les informations communiquées à l’issue des échanges, les participants ont convergé vers une même orientation : renforcer les mécanismes nationaux et internationaux de coordination afin de mieux identifier et démanteler ces réseaux. « Dans certains cas, les stratégies de financement du terrorisme peuvent reposer sur les moyens utilisés et/ou les profits générés par les activités de la criminalité transnationale organisée, telles que le trafic de drogue, la traite des êtres humains, la fraude, la criminalité en tant que service, le blanchiment de capitaux et d’autres formes de criminalité organisée (…)
Afin de priver davantage les groupes terroristes de toute possibilité d’utiliser les revenus illicites des groupes criminels organisés pour financer leurs activités, nous encourageons les États membres à mobiliser l’ensemble des outils dont ils disposent afin d’identifier et combattre cette source de financement (…)
Pour y parvenir, il est nécessaire d’intensifier le partage d’informations à l’échelle internationale », détaille le texte adopté. Cette orientation concerne directement plusieurs administrations camerounaises impliquées dans la surveillance des flux financiers et commerciaux, notamment l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), les Douanes et les autorités judiciaires.
UNE MOBILISATION INTERNE DÉJÀ ENGAGÉE POUR RÉPONDRE AUX EXIGENCES DU GAFI
Les engagements pris à Paris interviennent alors que le Cameroun tente simultanément de satisfaire aux exigences formulées depuis plusieurs années par le Groupe d’action financière (GAFI). Lors de la session du Comité de coordination des politiques nationales de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme tenue le 20 février 2026 à Yaoundé, le ministre des Finances Louis Paul Motaze avait indiqué que le pays préparait la transmission de son septième rapport de suivi au GAFI.
Les données présentées montraient que l’objectif initial fixé pour 2025 n’avait pas été atteint, avec un taux d’exécution des mesures recommandées limité à 46 %. Parmi les insuffisances relevées figuraient notamment l’absence d’une supervision fondée sur les risques dans certaines professions non financières, des mécanismes de sanctions jugés insuffisants ainsi qu’un dispositif national de sanctions financières ciblées encore inachevé. Pour rattraper ce retard, le Cameroun a multiplié les initiatives au cours des derniers mois. Les Douanes ont notamment été mises à contribution.
Une évaluation de la Direction générale des douanes présentée le 8 décembre 2025 faisait état de dix objectifs jugés prioritaires, parmi lesquels le renforcement des contrôles aux frontières, l’intensification des saisies de devises, l’identification des liens entre réseaux criminels et le renforcement de la coopération avec la Cellule nationale des renseignements financiers. Le gouvernement s’est également tourné vers le Fonds monétaire international (FMI) afin de consolider son dispositif institutionnel.
Depuis février 2026, des experts de l’institution accompagnent la Commission nationale consultative sur le gel administratif (CNCGA), chargée d’appliquer les sanctions financières ciblées. Plusieurs avancées ont également été enregistrées, notamment l’adoption du règlement communautaire de la CEMAC sur les sanctions financières ciblées, l’installation officielle des membres de la Commission ainsi que la mise en service d’une plateforme nationale destinée à diffuser les listes des personnes et organisations sanctionnées.
À Paris, le Cameroun a donc souscrit à un engagement international dont plusieurs composantes étaient déjà en cours de mise en œuvre à Yaoundé. Reste désormais à transformer ces engagements diplomatiques et réglementaires en résultats mesurables afin de convaincre le GAFI de retirer le pays de sa surveillance renforcée d’ici à la fin de l’année 2026.
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