Matchs controversés, suspensions et défiance des supporters inquiètent.
Peut-on encore croire aux championnats camerounais ? La question revient désormais dans presque toutes les tribunes. Entre soupçons de matchs arrangés, décisions arbitrales explosives et violences répétées dans les stades, le football camerounais traverse une zone de fortes turbulences.
Le football camerounais plongé dans la suspicion
Le malaise ne date pas d’hier. Mais ces derniers mois, il est devenu presque impossible de l’ignorer. Dans les gradins, les supporters parlent moins de tactique ou de beau jeu. Les conversations tournent désormais autour des décisions arbitrales, des penalties litigieux et des scénarios jugés trop prévisibles.
Ce qui inquiète surtout, c’est cette impression que certains matchs semblent écrits d’avance.
À force, le doute s’installe partout. Même les habitués des stades commencent à perdre patience. Un passionné de football résume parfaitement ce climat de défiance :
« Je n’ai pas besoin de 30 minutes pour savoir si un match a été manipulé ou pas ici. Je suis un habitué des stades et c’est souvent trop flagrant. Sauf que le public n’est plus dupe. On ne peut pas ramener le public dans les cadres avec ça »
Cette phrase revient presque comme un refrain autour des enceintes sportives du pays. Et le plus troublant, c’est que beaucoup de supporters partagent désormais ce sentiment sans même chercher à le cacher.
Les arbitres au cœur des critiques
Dans cette crise qui secoue le football camerounais, les arbitres occupent une place centrale. Certains noms reviennent constamment dans les discussions. Pas forcément pour de bonnes raisons.
Ndanga Moudi, symbole d’un arbitrage contesté
Depuis la saison dernière, Ndanga Moudi cristallise les tensions. Son ascension est intervenue après la grève des arbitres, lorsque plusieurs officiels réclamaient le paiement de leurs primes et indemnités.
La Fécafoot avait alors dû trouver rapidement des arbitres prêts à poursuivre les compétitions. Ndanga Moudi est devenu, au fil des semaines, l’un des hommes forts de la commission des arbitres.
Mais ses prestations ont rapidement suscité la polémique.
Décisions contestées, gestion tendue des rencontres, climat électrique dans les stades… Le scénario s’est répété plusieurs fois. À certains moments, les rencontres ont même dégénéré. L’arbitre a reçu des coups dans certaines enceintes sportives, preuve d’un niveau de tension devenu inquiétant.
Pourtant, malgré les critiques, il a continué à être désigné sur plusieurs affiches importantes.
Et il n’est pas le seul arbitre à se retrouver dans l’œil du cyclone.
Martin Bomba et les affaires qui fragilisent l’arbitrage
Le nom de Martin Bomba revient également parmi les arbitres les plus contestés du moment. La saison passée déjà, il avait fait parler de lui lors des Play-offs down à Odza.
L’épisode reste encore dans les mémoires.
Après un accrochage particulièrement tendu, il avait asséné un coup de tête au capitaine d’Isohsa avant d’être violemment pris à partie par plusieurs joueurs. Une scène surréaliste, presque irréelle, qui avait profondément choqué les observateurs.
Quelques jours plus tôt encore, Martin Bomba dirigeait la rencontre entre Stade Renard et Aigle de la Menoua. Là aussi, les discussions autour de son arbitrage ont rapidement envahi les réseaux sociaux et les débats sportifs.
À y regarder de plus près, le problème dépasse désormais les simples erreurs humaines. Beaucoup dénoncent plutôt un système devenu incontrôlable.
Tchefindjim Tchuam Bertolt et les décisions qui divisent
Autre arbitre pointé du doigt : Tchefindjim Tchuam Bertolt.
Lors de la rencontre entre Canon de Yaoundé et Dynamo de Douala, il a refusé un but qui continue de faire polémique. Selon plusieurs arbitres consultés après le match, la réalisation était pourtant valable.
Ce genre de décision alimente forcément les soupçons.
Dans un football déjà miné par la méfiance, chaque erreur devient une affaire nationale. Les ralentis circulent immédiatement sur les réseaux sociaux. Les commentaires explosent. Et la crédibilité des compétitions prend encore un coup.
Contrairement à ce qu’on entend souvent, le problème ne concerne pas seulement les supporters frustrés. Même certains acteurs du football commencent à tirer la sonnette d’alarme.
La Commission centrale des arbitres tente de réagir
Face à la multiplication des polémiques, la Commission centrale des arbitres a commencé à prendre certaines mesures disciplinaires.
Le cas du match PWD – Unisport reste particulièrement marquant. Après cette rencontre de la 19e journée, tous les arbitres impliqués ont été suspendus pour manquements graves.
Une décision saluée par plusieurs observateurs.
Mais beaucoup estiment que cela ne suffira pas. Car le malaise semble désormais structurel. Suspendre quelques arbitres règle une urgence. Pas forcément le problème de fond.
C’est justement là que plusieurs voix réclament une réforme plus profonde du système arbitral camerounais.
Emeyene Toukene, l’espoir qui inquiète déjà
Le cas du jeune Emeyene Toukene illustre parfaitement cette atmosphère pesante autour de l’arbitrage local.
Présenté comme l’un des grands espoirs camerounais du sifflet, il avait pourtant décroché cette année son badge FIFA grâce à ses performances sur les terrains. Une reconnaissance importante dans une carrière d’arbitre.
Mais certains observateurs commencent déjà à douter.
Le supporter Ousseini Ibrahim n’a d’ailleurs pas mâché ses mots :
« Un arbitre international a de la tenue et doit rester professionnel. Tous les arbitres qui s’exposent doivent être écartés. Une grosse déception pour ce jeune pourtant intéressant. Pour le moment, Martin Ze Mengatta fait partie des meilleurs arbitres au Cameroun. Ils ne sont pas nombreux. Les jeunes arbitres doivent protéger leur carrière. Quand on te suspend, ton image prend un coup et les images circules. On est à l’ère des TIC. Les images circules rapidement. Il doit rester professionnel sinon on va le griller »
Ce témoignage traduit un autre problème devenu majeur : l’image des arbitres se détériore très vite avec les réseaux sociaux. Une décision controversée, une vidéo virale, et toute une réputation peut basculer en quelques heures.
Pendant ce temps, dans les stades camerounais, la fracture continue de grandir entre le public et ceux censés garantir l’équité des rencontres.
