Que reste-t-il d’un projet lancé il y a plus de quatorze ans quand son initiateur disparaît du paysage ? À Yaoundé, la réponse se dresse désormais au quartier Warda. Massive, moderne, presque inattendue pour certains. Le nouveau siège de la Fédération camerounaise de football vient d’être inauguré par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, sous les regards croisés de la CAF, des dirigeants du football africain et de nombreuses personnalités venues du continent.
La Fécafoot inaugure enfin sa nouvelle maison à Yaoundé
Il y avait du monde ce matin autour du nouveau bâtiment de la Fécafoot. Beaucoup plus qu’une simple cérémonie administrative. Le football camerounais voulait marquer le coup. Et il faut reconnaître une chose : l’édifice impose le respect dès les premiers mètres.
Situé au cœur de Yaoundé, au quartier Warda, ce nouveau siège tranche avec l’ancienne image parfois vieillissante de l’administration du football national. Verre, lignes modernes, espaces plus vastes… Ce qui frappe surtout, c’est cette volonté assumée de donner une autre dimension institutionnelle à la fédération.
Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a procédé à la coupure du ruban symbolique en présence du président de la CAF, , et du président de la Fécafoot, . Plusieurs invités africains avaient également fait le déplacement pour découvrir ce chantier devenu, au fil des années, presque un serpent de mer du football camerounais.
Car oui, nombreux sont ceux qui pensaient ne jamais voir ce projet aboutir.
Un projet imaginé dès 2010 par Iya Mohamed
À y regarder de plus près, cette inauguration raconte surtout une longue histoire. Une histoire politique, sportive et même judiciaire.
Le projet du nouveau siège de la Fécafoot remonte à 2010. À l’époque, c’est qui porte cette ambition. L’ancien patron de la Sodecoton voulait offrir au football camerounais des infrastructures administratives plus modernes, capables d’accompagner les ambitions des Lions Indomptables.
Deux ans plus tard, en 2012, il pose lui-même la première pierre du chantier. Puis tout bascule.
Pris dans des affaires judiciaires, Iya Mohamed est arrêté et placé en détention. Le chantier, lui, ralentit. Presque figé par moments. Le temps passe. Les présidents se succèdent. Le bâtiment reste inachevé, comme un immense rappel des blocages internes du football camerounais.
Soyons honnêtes : beaucoup avaient fini par considérer ce projet comme abandonné.
Samuel Eto’o a fait de ce chantier une priorité
Quand arrive à la tête de la Fécafoot, le chantier du siège revient rapidement au centre des priorités. L’ancien capitaine des Lions Indomptables veut terminer ce que ses prédécesseurs n’ont pas réussi à achever.
D’ailleurs, derrière cette inauguration, il y a aussi une bataille d’image. Samuel Eto’o savait qu’un siège moderne pouvait symboliser une rupture avec les années de turbulences administratives qui ont longtemps collé à la fédération.
Le président de la Fécafoot n’a d’ailleurs pas oublié celui qui avait lancé le projet. Pendant son discours, il a rendu un hommage appuyé à Iya Mohamed, dans un moment chargé d’émotion.
Le vibrant hommage de Samuel Eto’o à Iya Mohamed
Face aux invités, Samuel Eto’o a déclaré :
« Iya Mohamed voyait plus loin que son temps. Il est le début de ce beau rêve. Il a vu juste. Il a compris ce dont l’histoire de notre football avait besoin. Une administration à la hauteur des performances des Lions. Il nous a fallu plus de 14 ans. Et l’un de ses joueurs, ici devant vous devenu président, a tenu à accomplir son rêve. Voici donc son rêve qui a vu le jour. »
La citation a résonné dans la salle. Parce qu’elle dépasse le simple cadre d’un bâtiment. Elle raconte aussi une forme de transmission entre deux générations du football camerounais.
Un détail n’a échappé à personne : Iya Mohamed suit aujourd’hui l’aboutissement de ce projet depuis la prison. Une image forte, presque romanesque. Celui qui avait imaginé cette « maison du football » ne sera finalement pas présent pour voir le ruban être coupé.
Un symbole fort pour l’avenir du football camerounais
Au Cameroun, les infrastructures sportives provoquent souvent les mêmes débats : retards, financements flous, projets inachevés. Ce nouveau siège de la Fécafoot casse un peu cette habitude. Même tardivement.
Contrairement à ce qu’on entend souvent, un siège administratif ne sert pas uniquement à accueillir des bureaux. Dans le football moderne, l’image institutionnelle compte énormément. Les fédérations les plus puissantes du continent investissent désormais dans des centres techniques, des sièges modernes et des outils de gestion plus performants.
La Fécafoot veut clairement envoyer ce message : le football camerounais cherche à se repositionner.
Et puis il y a ce détail presque symbolique. Le bâtiment se dresse à Yaoundé comme une sorte de cicatrice refermée après des années de conflits internes, de querelles de gouvernance et de crises à répétition. Certains supporters y voient déjà un nouveau départ. D’autres restent prudents. Le football camerounais a tellement connu de turbulences qu’il faudra plus qu’un immeuble flambant neuf pour convaincre tout le monde.
Mais une chose est certaine : ce siège est désormais là. Réel. Visible. Et il porte encore, malgré les années et les controverses, l’empreinte du rêve initial d’Iya Mohamed.














