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Réserves de change: Les pays de la CEMAC de plus en plus dépendants des réserves du Cameroun

Selon un rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur le contrôle du Compte d’opérations arrêté au 31 décembre 2025, la structure des réserves extérieures de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) connaît une évolution marquée. Les données compilées par les cabinets Grant Thornton et Forvis Mazars montrent que le Cameroun détient à lui seul 1 274,7 milliards de FCFA d’avoirs en devises hors Compte d’opérations, sur un total régional de 1 954,7 milliards, soit plus de 65 %.
Dans le même temps, plusieurs économies de la zone enregistrent des replis significatifs. La Guinée équatoriale voit ses réserves fortement diminuer, tandis que le Gabon affiche désormais une position négative. Le Compte d’opérations constitue le cœur du dispositif monétaire de la zone.
Concrètement, il s’agit d’un compte ouvert au nom de la BEAC auprès du Trésor français, sur lequel les États membres déposent une partie de leurs réserves en devises, principalement en euros et en dollars. Ces réserves correspondent aux monnaies étrangères utilisées pour financer les importations, honorer la dette extérieure ou stabiliser la monnaie.
Leur centralisation permet de garantir la convertibilité du franc CFA en euro, c’est-à-dire la capacité d’échanger la monnaie locale contre une devise internationale. Dans ce dispositif, deux compartiments coexistent.
Le Compte d’opérations centralise l’essentiel des réserves, tandis que le Compte spécial de nivellement sert à ajuster les déséquilibres de liquidité à court terme entre les États. Or, selon le rapport, les revenus générés par ces placements se sont fortement contractés en 2025. Les intérêts créditeurs cumulés atteignent 110,6 milliards de FCFA, contre 190,9 milliards en 2024, soit une baisse de 42 %.
Ces intérêts correspondent à la rémunération des réserves déposées. Plus les taux d’intérêt internationaux sont élevés, plus ces dépôts rapportent. Le document précise que « les moyennes arithmétiques des taux de la facilité de prêt marginal […] et du taux de refinancement […] ont été respectivement de 2,66 % et 2,41 % » en 2025.
Dans le cas de la CEMAC, ces taux servent de base pour rémunérer les dépôts logés sur le Compte d’opérations. Parallèlement, les volumes placés diminuent. Les disponibilités du Compte d’opérations passent de 4 768,5 milliards de FCFA au quatrième trimestre 2024 à 3 664,7 milliards fin 2025.
Autrement dit, non seulement les placements rapportent moins, mais les montants placés eux-mêmes reculent, ce qui traduit soit une mobilisation accrue des réserves par les États, soit une moindre capacité à en accumuler.
LE CAMEROUN, PIVOT D’UN SYSTÈME DÉSÉQUILIBRÉ
La recomposition apparaît plus nettement encore à travers la répartition du solde du Compte d’opérations entre les États. Ce solde représente la part des réserves attribuée à chaque pays dans le compte commun. Le Cameroun demeure le principal contributeur avec 1 816,9 milliards de FCFA en 2025, contre 2 164,3 milliards en 2024, soit une baisse d’environ 347 milliards.
Ce recul suggère que le pays a soit mobilisé une partie de ses réserves, soit réduit ses dépôts dans le système central. En parallèle, il renforce nettement sa position hors Compte d’opérations. Ses avoirs atteignent 1 274,7 milliards de FCFA en 2025, contre 1 016,6 milliards un an plus tôt, soit une progression d’environ 258 milliards. Cette évolution contraste avec la situation d’autres États.
Le rapport souligne notamment que « la position du Compte d’opérations de l’État gabonais ressort débitrice à FCFA -166,355 milliards au 31 décembre 2025, traduisant une situation de déséquilibre significative », tout en précisant qu’aucune mesure corrective n’a encore été arrêtée. Une position débitrice signifie qu’un pays a retiré davantage de devises qu’il n’en a déposées dans le système.
Dans le même temps, la Guinée équatoriale enregistre une chute marquée de ses avoirs hors Compte d’opérations, qui passent de 213,6 à 92,6 milliards de FCFA entre 2024 et 2025, soit une baisse de 121 milliards, équivalente à 56,6 %. Le Tchad voit ses avoirs dans le Compte d’opérations reculer de 659,6 à 508,6 milliards, tandis que le Congo enregistre une légère diminution. Dans ce contexte, le Cameroun apparaît comme le principal point d’ancrage de la liquidité extérieure de la zone.
DES RÉSERVES HORS CIRCUIT EN HAUSSE MAIS FORTEMENT CONCENTRÉES
Les réserves hors Compte d’opérations correspondent aux devises détenues en dehors du mécanisme centralisé. Elles peuvent être conservées directement par la banque centrale ou placées sur d’autres supports financiers. Elles offrent davantage de flexibilité dans la gestion, mais réduisent la mutualisation régionale. Plus ces réserves sont détenues en dehors du circuit commun, moins le système collectif joue pleinement son rôle de stabilisateur.
En 2025, ces réserves atteignent 1 954,7 milliards de FCFA, contre 1 897,8 milliards en 2024. Cette progression globale masque toutefois une forte concentration. Le Cameroun en détient 1 274,7 milliards de FCFA, loin devant le Tchad avec environ 360 milliards, le Congo avec 215,5 milliards et la RCA avec 120,4 milliards. À l’inverse, le Gabon affiche une position négative de -108,5 milliards, signe d’une absence de réserves nettes dans ce compartiment.
DES INDICATEURS EN AMÉLIORATION À INTERPRÉTER AVEC PRUDENCE
Le rapport met également en avant le ratio des réserves de change hors Compte d’opérations rapportées aux avoirs extérieurs nets. Cet indicateur mesure la capacité de la zone à couvrir ses engagements extérieurs avec ses réserves disponibles. En 2025, ce ratio progresse fortement. Il passe de 67,66 % en janvier à un pic de 108,62 % en octobre, avant de s’établir à 95,97 % en décembre. Un niveau supérieur à 100 % signifie que les réserves dépassent les engagements extérieurs nets, ce qui constitue en théorie un signal positif pour la stabilité financière.
Cependant, cette amélioration doit être interprétée avec prudence. Elle peut également résulter d’une baisse des importations, d’un ralentissement de l’activité économique ou d’une contraction des flux financiers, et non uniquement d’une accumulation de devises.
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Agroalimentaire : DENKY peaufine son installation dans la région de l’Ouest Cameroun

Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la création de plusieurs centaines d’emplois et répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution au Cameroun.
La région de l’Ouest Cameroun, département des Haut-plateaux dans le village Badenkop va s’enrichir d’une usine de transformation des produits alimentaires.
Le projet porté par Lisette Claudia Tame envisage la transformation du maïs et consacrera accessoirement des mini unités au développement des ressources telles que la pomme de terre, le plantain, la viande de porc, le sucre, avec l’ambition d’en faire à terme des unités autonomes, qui constitueront le complexe industriel qu’il est prévu de réaliser sur le même site.
Selon les prévisions, DENKY envisage de transformer chaque année : 500 tonnes de maïs ; 5 000 tonnes de sucre ; 300 tonnes de plantains et de pommes de terre ; 200 tonnes de fruits ; 200 tonnes de viande de porc. Le projet va générer 150 emplois directs et 200 emplois indirects. L’idée est de soutenir et de développer l’agriculture locale en encourageant des initiatives d’extension chez les agriculteurs locaux déjà actifs.
DENKY envisage également de fédérer les différents acteurs présents sur les chaines de valeurs des matières premières ciblées, pour garantir un fonctionnement régulier, et bien portant de ces différentes branches.
La cérémonie d’ouverture prévue vendredi 26 juin 2026 a pour objectif d’informer les acteurs du secteur agroindustriel de l’entrée d’une nouvelle unité dans la famille des transformations, présenter au gouvernement la réalisation d’un projet pour lequel ils ont été sollicités et présenter la vision qui fonde et accompagne cette réalisation.
Cet ouvrage vient répondre à la désormais traditionnelle problématique de l’import substitution, en proposant des produits issus des terres camerounaises, sous des aboutissements qui tutoient valablement l’offre étrangère.
Portrait
Lisette Claudia Tame est à la tête d’African Processing Company, la quatrième usine de transformation de cacao au Cameroun. Elle a su imposer sa marque de chocolats haut de gamme, Ca’Oly , symbole d’innovation, de qualité et de respect de l’environnement.
Son parcours est marqué par la détermination et la résilience. Après plusieurs années passées en Europe, elle fait le choix de revenir au pays pour y investir et bâtir un projet porteur de sens. Un pari réussi : son entreprise génère aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus d’un milliard de FCFA et a permis la création de près de 200 emplois directs et indirects.
En janvier 2025, elle inaugure une usine de transformation de cacao à Okoa Maria, près de Mbankomo. Dotée d’une capacité de broyage annuelle de 4 000 tonnes, cette installation place APC SA parmi les cinq principaux acteurs nationaux du secteur, rivalisant désormais avec des poids lourds tels que Sic Cacaos et Chococam.
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Commerce extérieur : les entreprises camerounaises mal préparées à l’accès sans droits de douane au marché chinois

L’ouverture totale du marché chinois aux produits africains constitue sans doute l’une des mesures commerciales les plus importantes de ces dernières années pour les économies du continent. Depuis le 1er mai 2026, la République populaire de Chine applique en effet une politique de tarif douanier zéro sur les importations en provenance des pays africains. Concrètement, les produits camerounais peuvent désormais accéder à l’un des plus vastes marchés du monde sans supporter les droits de douane qui réduisaient jusqu’ici leur compétitivité.
Une décision saluée par le gouvernement camerounais qui y voit une occasion exceptionnelle de renforcer les exportations nationales et de promouvoir le « Made in Cameroon » auprès de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Dans un communiqué adressé aux opérateurs économiques, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invité les entreprises concernées à accomplir les formalités nécessaires afin de bénéficier de ce nouveau régime préférentiel. Les filières du cacao, du café, du bois transformé, du coton, des fruits, des épices, des huiles végétales, des produits artisanaux ou encore des cornes séchées figurent parmi les principaux secteurs susceptibles de tirer profit de cette ouverture.
Pékin a par ailleurs mis en place des mécanismes de facilitation des exportations africaines, notamment à travers les « Corridors verts », destinés à fluidifier les échanges commerciaux et logistiques. Sur le papier, le Cameroun dispose pourtant de nombreux atouts pour profiter pleinement de cette nouvelle donne.
Le pays possède une diversité agroécologique rare en Afrique centrale, une production agricole abondante et des ressources forestières considérables. Du cacao aux fruits tropicaux, en passant par le café, le miel, les épices, le poivre de Penja, les huiles végétales ou les produits artisanaux, l’offre exportable existe bel et bien. À cela s’ajoute une position géographique stratégique qui fait du Cameroun une porte d’entrée naturelle vers les marchés de la sous-région.
Pourtant, entre le potentiel affiché et la capacité réelle des entreprises à exporter vers la Chine, le fossé demeure important. L’accès préférentiel au marché chinois ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Encore faut-il que les producteurs soient capables de satisfaire aux exigences de qualité, de traçabilité, de conditionnement et de certification imposées par les autorités chinoises. Or, sur ce terrain, beaucoup d’entreprises camerounaises restent insuffisamment préparées.
Les petites et moyennes entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu productif national, manquent souvent des moyens techniques et financiers nécessaires pour franchir ces barrières. C’est précisément sur ce point que les limites de l’action publique apparaissent. Si l’annonce de l’ouverture du marché chinois a été largement relayée, les mesures concrètes d’accompagnement restent encore peu visibles. Les opérateurs ont besoin d’informations détaillées sur les procédures d’accès, de formations sur les normes exigées, d’un appui à la certification, d’infrastructures logistiques adaptées et surtout de mécanismes de financement dédiés à l’exportation. Sans cet écosystème d’accompagnement, seuls quelques grands groupes déjà structurés seront en mesure de saisir cette opportunité, laissant de côté une grande partie des producteurs locaux.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les échanges entre Yaoundé et Pékin demeurent profondément déséquilibrés. Selon les données de l’Institut national de la statistique, les exportations camerounaises vers la Chine reposent encore essentiellement sur les matières premières brutes. Le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le bois et le coton dominent largement les flux commerciaux. Cette spécialisation maintient le pays dans une position de fournisseur de ressources peu transformées, tandis que la plus grande partie de la valeur ajoutée est créée à l’étranger. L’exonération douanière décidée par la Chine offre donc au Cameroun une occasion rare de changer de modèle.
Mais pour transformer cette ouverture en véritable levier de développement industriel, il faudra aller bien au-delà des déclarations d’intention. L’État, les banques, les organisations patronales et les investisseurs privés sont appelés à construire un dispositif cohérent permettant aux entreprises nationales de conquérir durablement ce marché. Faute d’une telle mobilisation, le risque est grand de voir cette opportunité historique profiter à une poignée d’acteurs seulement, tandis que le pays continuera d’exporter principalement des matières premières, sans parvenir à réduire le déséquilibre de sa balance commerciale avec la deuxième puissance économique mondiale.
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Infrastructures routières : 240 milliards FCFA pour la reconstruction du corridor Douala-Bangui

Selon le document d’évaluation du projet (PAD) rendu public le 12 juin 2026, le Cameroun bénéficiera d’un financement de 240,4 milliards de FCFA (425 millions de dollars), composé d’un prêt de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) de 230,3 milliards de FCFA (407 millions de dollars) et d’un crédit de l’Association internationale de développement (IDA) de 10,1 milliards de FCFA (18 millions de dollars).
Cette enveloppe représente l’essentiel du financement de la première phase du Programme de corridor économique Douala-Bangui, dont le coût total s’élève à 297,05 milliards de FCFA (525 millions de dollars). La République centrafricaine recevra un don IDA de 51 milliards de FCFA (90 millions de dollars), tandis que la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) bénéficiera d’un don de 5,6 milliards de FCFA (10 millions de dollars) pour soutenir les réformes régionales de facilitation du commerce et du transport.
L’approbation du financement par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 12 juin dernier marque le passage du projet de la phase de préparation à celle de mise en œuvre. Cette validation autorise désormais la signature des accords de financement et le démarrage des activités prévues. Quelques jours avant cette échéance, le ministère camerounais des Travaux publics (Mintp) indiquait déjà que toutes les conditions préalables avaient été remplies.
Dans un compte rendu publié à l’issue d’une réunion tenue le 10 juin 2026 entre le ministre des Travaux publics et une délégation de la Banque mondiale conduite par Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division Afrique de l’Ouest et du Centre, le département ministériel soulignait que « toutes les conditions préliminaires ont été satisfaites par le Cameroun pour mobiliser les ressources nécessaires à la reconstruction des axes du corridor Douala-Bangui ». Réhabiliter les principaux axes du corridor.
Ce financement s’inscrit dans une approche programmatique multiphase (MPA) dont l’enveloppe globale est estimée à plus de 600 milliards de FCFA (1,2 milliard de dollars). L’objectif est de renforcer la compétitivité du principal corridor commercial reliant le port de Douala à la République centrafricaine.
La première phase prévoit notamment la réhabilitation de la section Edéa-Yaoundé (164 km) au Cameroun et de la route Baoro-Bossemptélé en République centrafricaine. Des interventions ciblées sont également programmées sur les axes Ayos-Bertoua-Garoua-Boulaï (environ 575 km) et Bangui-Bossemptélé afin d’assurer la continuité du trafic. Le projet intègre également des mesures de sécurité routière fondées sur l’approche « Safe System », incluant l’amélioration des infrastructures critiques, le contrôle de la vitesse et le renforcement de la prise en charge post-accident.
UN PROJET À VOCATION ÉCONOMIQUE ET RÉGIONALE
Au-delà de la réhabilitation des routes, le programme vise à stimuler l’activité économique le long du corridor. Des études seront réalisées pour plusieurs projets structurants, dont la zone industrielle et la plateforme logistique d’Edéa, le complexe économique et touristique Mouanko-Yoyo, la Zone économique spéciale du bois de Bertoua, ainsi que le port sec de Béloko et la Zone économique spéciale de Boali en République centrafricaine.
Le projet prévoit également des investissements sociaux, notamment dans les écoles, les centres de santé, les centres de formation professionnelle et les marchés, avec une attention particulière à l’entrepreneuriat féminin. Enfin, une composante régionale mise en œuvre avec l’appui de la CEMAC doit permettre de fluidifier le commerce sur le corridor grâce à la numérisation des procédures, à l’extension du guichet unique, à la mise en place de plateformes logistiques numériques et au renforcement de la coordination entre les États concernés. L’objectif est de réduire les coûts et les délais de transport sur l’un des axes commerciaux les plus stratégiques d’Afrique centrale.
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